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Six semaines que celà dure.

A deux trois semaines prêts.

Il n'a plus aucune notion du temps passé.

Et s'en fout de celui à venir.

Il n'arrive déjà pas à supporter le temps présent.

Il hurle à mort, ou est-ce à la mort ? Crie à s'en déchirer les cordes vocales. Frappe le mur de ses poings, de sa tête, en arrache le plâtre à grand renforts d'ongles cassés et sanguinolents. Ses muscles sont en feu, son cerveau prêt à faire une combustion spontanée et ses yeux à tomber. Ses membres perpétuellement en mouvement veulent faire sécession et les tremblements qui les traversent pourraient surement être enregistrés par un sismographe.

Et il hurle. Et crache. Mord dans tout ce qu'il trouve. S'écroule en pleurs. Et crie de plus belle entre ses dents.

Non il ne devient pas fou.

Juste six semaines que l'Homme l'empêche de dormir plus de quelques minutes d'affilée.

Alors non il ne devient pas fou.

La ligne est déjà franchie.

Il est complètement et irrémédiablement atteint.

Voilà pourquoi il cherche à attraper à bras le corps des fantômes inventés par son cerveau exténué.

Car ce sont des hallucinations n'est-ce pas ?

Jamais Gibbs resterait là les bras croisés à le regarder, impassible, se jeter au sol en se griffant les bras et le ventre pour retirer les insectes qui y rampe sous sa peau.

Où lorsqu'il regarde le sang se cristalliser autour de ces nouvelles plaies et qu'il passe doucement le doigt dessus s'étonnant de ne rien sentir, pas le moindre picotement, comme s'il caresse le bras d'un autre.

Les frissons reprennent. Bientôt suivi par les gémissements, et les morsures.

Les mains plaquées sur les oreilles pour ne plus entendre les tambours et percussions qui y résonnent, les hurlements déchirant de bête blessée auxquels se mêlent très vite les siens. Le heavy metal craché inlassablement par les enceintes du plafond bien trop haut.

Si Gibbs est vraiment là, avec lui, il aurait bougé depuis longtemps …

N'est-ce pas ?

Gibbs n'est pas comme ça.

Il peut crier, rabaisser, aboyer, le claquer, le blesser par ses mots et son attitude mais jamais jamais il ne lui ferait du mal.

Pas délibérément. Ou de manière aussi ostensible.

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Mais ce raisonnement le convainc de moins en moins à chaque nouvelle crise. A chaque nouveau réveil brutal alors qu'il vient tout juste de fermer les yeux.

Tout parait si réel, si lumineux. Et la vision de Gibbs est si … si identique à l'original. Les mêmes yeux bleus glacés emplis de déception, les mêmes cheveux grisonnants coupés courts, la crispation de sa mâchoire lorsqu'il tente de se contenir avant d'exploser.

Tout est là. Jusqu'à la posture raide et agressive.

Il ne sait plus.

La notion de vrai et de faux a disparu de ses critères d'authentification.

A présent il raisonne en termes de visible et de non-visible.

Il y a ce qu'il voit.

Et ce qu'il ne voit pas.

C'est ça la réalité. Dans ce nouveau monde qu'il habite depuis … depuis … depuis que tout ça à commencer.

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Il voit Gibbs.

Il ne voit pas de porte de sortie.

Il voit Gibbs.

Il voit l'Homme.

Il voit Gibbs avec l'Homme.

Il ne voit plus rien d'autre.

Plus d'issue. Vers la sortie.

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Gibbs ?

Il ne veut plus savoir.

N'est-il pas déjà assez détruit ?

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Autre question : un fou peut-il devenir encore plus fou ?

Cette idée fugace et volatile lui déclenche un fou rire irrépressible.

Il en tombe à genou le bras pressé contre son ventre pour en maitriser les crampes.

Les larmes coulent le long de ses joues.

C'est drôle non ? Un fou encore plus fou ? Est-ce un fou-fou ? Un doublement fou ? Un fou foutu ?

C'est drôle admettez-le.

Il en pleure toujours.

Mais ne rit plus.

Il se roule en boule sur le sol et enfouie sa tête dans ses bras.

Et reste là, sanglotant, tandis que plus haut les Beatles ont remplacé ACDC.

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A dans une semaine. Bon week-end.