Bonjour à toutes et à tous!

Voici le chapitre 2! L'histoire n'avance pas beaucoup, c'est normal, j'ai coupé ce chapitre en deux.

Vous me pardonnerez bien si je vous dis qu'on ne pouvait pas laisser passer l'occasion à Drago de découvrir l'univers moldu! Et j'avoue que l'imagination a été concluante.

(Beaucoup de Drago, peu d'Hermione, mais ne vous inquiétez pas, ils vont bientôt se retrouver!)

N'hésitez pas à me donner votre avis, vos reviews m'encouragent beaucoup et je vous en remercie énormément!

Bonne lecture!


Chapitre 2 : La Pire Journée de Drago Malefoy

L'atterrissage se fit en douceur, comparativement à la sensation désagréable d'avoir été happée dans un conduit caoutchouteux pour ensuite en avoir été extraite avec des pinces de fer sans ménagement. Hermione jeta un regard furtif autour d'elle : apparemment, ils avaient bougé, ils n'étaient plus au manoir, mais elle ne pouvait vraiment déterminer où ils étaient actuellement. La pièce était tout aussi froide, vaste salle en pierres grises où des larges teintures d'une autre époque subissaient le poids des ans en s'effilochant consciencieusement. Dénuée complètement de fauteuils ou de sofas, la pièce semblait encore plus glaciale et contrastait fortement avec le manoir surchargé qu'ils venaient de quitter.

- Tu pourrais peut-être me lâcher, maintenant, Drago, tu ne crois pas ? observa une voix douce à côté d'Hermione.

L'interpellée sursauta, se détacha rapidement du bras qu'elle tenait toujours serré et évita soigneusement les pupilles perçantes de l'interlocutrice. Elle marmonna un « désolé » qui se perdit dans les bruits de frottement de la robe de la troisième sorcière qui s'en allaient à grand pas vers une porte en bois massif fermée.

- Dépêchez-vous, Cissy ! Vite ! Il ne faut pas le faire attendre ! Allez ! s'exclamait-elle en faisant de grands gestes.

Narcissa regarda Hermione dans les yeux et lut une franche incompréhension, mêlée à de l'inquiétude. Ça s'annonçait mal, si elle pouvait lire aussi bien dans les pensées de cette enfant. Elle soupira un instant.

- Ne lui montre surtout pas qui tu es, lui glissa-t-elle à l'oreille, tandis qu'elle la dépassait pour rejoindre Bellatrix.

Hermione hocha la tête et s'empressa de lui emboîter le pas. Elles s'arrêtèrent devant la porte et la sorcière brune toqua trois fois. Un court silence se fit, puis la porte s'entrouvrit dans un grincement insupportable.

- Entrez, annonça une voix glaciale.

Trois silhouettes pénétrèrent une salle plus petite, aussi gelée que celle précédente, malgré le feu de cheminée qui crépitait, seul bruit convivial existant. Un fauteuil leur tournait le dos, face à la cheminée et Hermione put voir une queue de serpent luisante dépasser du fauteuil.

- Laissez-moi avec lui, ordonna une voix douce mais sans appel.

- Mais Maître…

Une main cadavérique, blanchâtre, s'était levée de derrière le fauteuil et Narcissa se tut. Elle jeta un regard désolé à Hermione et dut se retirer, Bellatrix la poussant à l'extérieur. Hermione entendit la prote se refermer avec douceur. Plus aucun bruit ne venait troubler l'endroit, à part le crépitement discret du bois enflammé.

- Je t'attendais, Drago…

La voix était douce, calme. Pourtant, un froid assassin s'élevait au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient. Hermione voyait la main cadavérique caresser les écailles du serpent et ça lui suffisait. Elle n'osait imaginer l'homme qui se trouvait derrière le fauteuil de velours, redoutant de voir son visage, effrayée que la description par Harry ne fût qu'une pâle copie de la vérité. Elle réprima un frisson : son corps entier la suppliait de s'enfuir à toutes jambes, de partir loin, mais son esprit ne pouvait émettre des pensées cohérentes, et elle attendit, impuissante.

- Ah, Drago… Drago…, répétait la voix, comme si elle se remémorait de bons souvenirs.

Hermione ne bougeait toujours pas, peinant à se calmer. Son cœur battait la chamade. Elle mobilisa toutes ses forces pour conserver un masque impassible sur le visage, attendant que l'homme le plus craint de tous les temps se retourne pour le punir ou le tuer.

- Allons, Drago… Je ne te tuerai pas, sois sans crainte, voyons, rassura la voix, qui se voulait chaleureuse.

Hermione se raidit. Il lisait dans les pensées. Harry lui avait pourtant bien évoqué qu'il était un grand légilimens et qu'il savait s'immiscer dans les pensées. Elle fit un effort considérable pour ne penser à rien d'autre qu'au feu qui crépitait.

- Drago… Vois-tu, susurra la voix, comme réjouie. Tu m'es précieux. J'ai besoin de toi… Tu es le seul à pouvoir mener cette mission pour moi…

Le jeune homme blond déglutit, essayant de conserver son visage de marbre. Seul son rythme cardiaque soutenu indiquait l'angoisse qui l'étouffait de plus en plus.

Le serpent se mit à descendre sur le tapis et à onduler en silence jusqu'au bout de la pièce. Et la silhouette dans le fauteuil s'anima : elle bougea lentement pour se mettre debout, se retourna et fit face à la mine cadavérique de Drago Malefoy. Hermione avait eu raison : la description d'Harry n'était rien face à ce qu'elle voyait : les pupilles fendues dans ses globes rouges, la peau grise, les deux fentes qui lui servaient de nez… Tout chez Voldemort était morbide. Il s'avança de quelques pas vers Hermione et étira ses lèvres fines en un pâle sourire sans joie. Elle aurait voulu fuir, lui échapper, mais elle resta là, statique, fixant ses prunelles dans les siennes, comme hypnotisée. Il posa une main glacée sur sa joue et elle frémit.

- Tu es courageux, Drago… Il me faut ce courage, siffla Voldemort de sa voix doucereuse. Tu as toujours dit à ton père que tu voulais m'être utile… Il est temps à présent de tenir parole.

Hermione ne réagissait pas, mais des larges traînées de sueur froide glissaient dans son dos. Elle ne broncha pas, mais elle sut que c'était à elle de parler à ce moment.

- Oui. Permettez-moi de vous servir, Maître, répondit-elle d'une voix blanche.

Les mots lui avaient échappé. Hermione était atterrée. Venait-elle de vouer allégeance au pire ennemi d'Harry ? Etait-ce ça le pouvoir annihilant de Voldemort ? Ne plus être capable de réfléchir par soi-même ?

Voldemort eut un rictus. Il scruta le jeune Malefoy comme pour le passer aux rayons X. Malgré ses seize ans, il avait une certaine prestance qui lui plaisait. Quel dommage que son père est échoué et que son fils doive subir sa punition à sa place… Quel gâchis de l'envoyer ainsi à l'abattoir !

- Drago… J'ai besoin de toi, sourit-il. Tu n'es pas sans connaître le seul sorcier qui ne m'ait jamais craint ? Il me faut sa chute, reprit-il d'un ton plus brusque.

Hermione cligna des yeux, comme si elle ne comprenait pas. Non, elle ne voulait pas comprendre. Elle ne pouvait accepter ce que Voldemort lui demandait.

- Il faut montrer à ce vieux fou qui détient les règles du jeu… Trouve un moyen de faire rentrer nos mangemorts à Poudlard, Drago…

Une lueur nouvelle étincela dans les pupilles rouges du mage noir et le rictus s'étira plus longuement sur ses lèvres.

- … et tue Dumbledore.

Le glas avait sonné. Dans l'esprit d'Hermione, des bourdonnements avaient envahi ses pensées valides et des cloches résonnaient sans cesse. Un vrai capharnaüm. Elle ne pensait plus rien, ne réfléchissait plus à rien. Voldemort venait de lui donner une mission et cette mission était de tuer l'homme qu'elle respectait le plus au monde. Ou plutôt, non, Voldemort venait d'assigner ce rôle à Drago Malefoy. Seulement, Drago Malefoy était à des lieues d'ici et n'était au courant de rien. Et c'était à elle de remédier à ce problème. Hermione se vit plonger dans le désarroi le plus complet. Les yeux vides, elle regardait sans voir le serpent se mouvoir avec une aisance déconcertante sur le tapis en sifflant légèrement entre ses crochets.

Il était évident que Lord Voldemort ne pardonnait pas les échecs. Assigner un rôle aussi important à un adolescent relevait du suicide. Elle en était consciente. Il ne s'attendait pas à ce que le jeune homme réussisse. C'était autre chose. Il y avait une autre raison.

- Drago…, murmura l'être décharné, donne-moi ton bras.

Un violent malaise la tira de ses pensées. Ses mains devinrent moites et elle ne réagit pas. Non, il n'allait quand même pas… Il ne pourrait pas… Pas à seize ans… Pas alors que Drago Malefoy était censé retourner à Poudlard. Elle lui jeta un regard horrifié.

- Drago ? demanda-t-il d'une voix douce, mais où une pointe d'exaspération se fit sentir.

Le jeune homme déglutit, cherchant une excuse à pouvoir sortir. Hermione Granger n'aimait déjà pas les tatouages à la base, elle n'aurait jamais accepté de se faire tatouer quelque chose sur le corps. Alors, faire tatouer un corps qui n'était pas le sien… Et surtout celui de Drago Malefoy… Pour autant qu'il soit heureux de faire partie de la garde rapprochée du mage noir, il n'apprécierait peut-être pas que la marque des Ténèbres soit faite alors qu'il était encore à Poudlard. De plus, il n'aimerait certainement pas qu'elle ait eu la première loge pour son apposition.

- Maître… Je ne suis pas assez digne de cette marque. Offrez-moi cet honneur quand j'aurais réussi ma mission avec brio.

Le Lord noir se figea un instant et Hermione crut qu'il allait lui sauter à la gorge sur place. Mais très vite, il sourit à nouveau et eut un rire froid et sans joie, puis il se retourna, s'asseyant à nouveau dans son fauteuil de velours.

- Certes, Drago, ce que tu dis est juste…

A son insu, le jeune homme blond réprima un soupir de soulagement, mais se raidit aussitôt en voyant le sorcier décharné prendre sa baguette magique.

- Ne me déçois pas, dans ce cas…

Hermione s'attendit à recevoir une douleur affreuse, mais Voldemort fit un mouvement désinvolte du poignet et la porte derrière lui s'entrouvrit, laissant apparaître deux femmes, l'une blonde et l'autre brune.

- Narcissa… Bellatrix… Approchez.

Les deux sorcières hésitèrent un instant, puis s'approchèrent timidement, en silence. La blonde dévisagea le jeune homme qui ne semblait plus respirer, tandis que la brune dévorait du regard le dos du fauteuil.

- La tâche de Drago est d'une importance capitale pour notre futur… Quiconque apprendrait cette mission serait un bien fâcheux inconvénient… Une vie entière à Azkaban serait une partie de plaisir à côté… Me suis-je bien fait comprendre ?

- Nous promettons, Seigneur, dirent les deux femmes en s'inclinant.

Hermione restait figée, arrivant à peine à mesurer l'étendue du pétrin dans lequel elle s'était fourrée. Mais surtout, pourquoi ? Pourquoi Voldemort donnait-il une tâche si ardue à un adolescent de seize ans qui n'avait, d'après elle, rien d'exceptionnel en lui ? Avait-il perdu la tête ? Etait-il pressé ? Mais la réponse lui sauta à la figure, tranchante comme l'épée de Godric Gryffondor, aiguisée comme les serres d'un hippogriffe, brûlante comme un verre de Whisky Pur Feu.

- Va, Drago. Lave l'honneur de ton père et tu seras récompensé à ta juste valeur.

Sans demander leur reste, Narcissa attrapa son fils par le bras, non sans s'être inclinée respectueusement avant, et franchit la porte en bois pour se retrouver dans la salle vide qui sembla tout à coup plus chaleureuse. L'air inquiet et pressé, elle planta son regard azuré dans le sien, gris et vide. Puis, avant que Bellatrix ne les rejoigne, elle transplana avec lui dans leur salon.


Une odeur de confiture donna la nausée à Drago Malefoy. De la fraise. Une raison de plus pour haïr ces gens qu'il ne connaissait pas encore. Mrs Granger s'activait à faire un jus d'orange pressé et Mr Granger, assis, lisait le journal du matin. Légèrement curieux malgré lui, Drago détailla la pièce dans laquelle il se trouvait : les murs étaient de couleurs chaudes, la table de la cuisine était blanche dans un matériau inconnu. Des revues entassées dans plusieurs coins et une panoplie d'ustensiles éparpillés sur le plan de travail semblaient confirmer que Mrs Granger était aussi bordélique que sa fille.

Mr Granger, homme de grande taille à la carrure imposante, brun aux yeux noisette, leva la tête de son journal et sursauta en voyant sa fille. Non seulement il ne l'avait pas entendue, elle si maladroite et bruyante d'habitude, mais en plus, elle était coiffée. Et sa tenue était soignée. Bien que le noir était une couleur plutôt étrangère pour la famille. Ravi, il la pria de s'asseoir et lui servit une tasse de thé.

- Comment va ma petite princesse aujourd'hui ? As-tu bien dormi ? J'imagine que tu as faim, dit-il, avec une voix chaleureuse.

Drago tressaillit à l'appellation « petite princesse » et faillit rétorquer une insulte. Mais il se tut et se contenta de hocher la tête, se plongeant soudain dans la contemplation de la tasse qu'il avait dans les mains : les pensées se bousculaient dans sa tête et il ne savait par quoi commencer. Mrs Granger déposa une assiette pleine de toasts et un verre de jus d'oranges fraîches devant lui. Ce dernier la remercia d'un autre signe de tête, attrapa un présentoir en porcelaine où plusieurs petits pots de couleur différente faisaient la ronde, et tartina ses pains grillés de confiture d'abricots. A priori, elle était faite maison. A priori, elle était bonne. A priori, Mrs Granger était un cordon bleu. Mais ça, Drago se garda bien de le faire remarquer : un compliment à un moldu ? Quelle idée !

- Tu ne prends pas celle de fraises ? Elle est délicieuse ! s'exclama Mr Granger.

- Non, merci, pas ce matin, répondit Drago d'un air morne en fixant d'un œil mauvais le petit pot rouge.

Les deux parents échangèrent un regard, mais ne dirent rien : les goûts changent, on n'y peut rien ! Le père d'Hermione posa le journal et Drago put lire les gros titres de The Times.

- Je peux ? demanda-t-il en prenant le papier imprimé sans attendre la réponse.

Il parcourut les articles, ne comprit rien à ce qu'ils disaient, ni aux inconnus qui étaient mentionnés, et reposa le journal avec mépris. Granger ne recevait-elle pas La Gazette du Sorcier comme tout le monde ? Il soupira, avalant un morceau de toast.

- Que vas-tu faire, aujourd'hui, en attendant, ma puce ? s'enquit Mr Granger, dans un sourire.

- Je ne sais pas, avoua franchement sa fille, l'air abattu.

- Hermione chérie…, demanda Mrs Granger d'une voix mal assurée. Tu veux peut-être aller faire un tour ? On pourrait aller faire un peu de shopping toutes les deux, qu'en penses-tu ?

- Ah, c'est une très bonne idée ! Allons-y maintenant ! s'exclama Drago, la mine soudain éclairée.

A l'évidence, Drago Malefoy était persuadé que « faire du shopping » se résumait à aller dans la seule allée magique de Londres qui était cachée par « Le Chaudron Baveur ». Il ne faisait donc aucun doute qu'il pourrait trouver des hiboux à envoyer et peut-être même qu'il pourrait fausser compagnie à ces moldus ignorants et collants. Surprise par cette attitude changeante, Mrs Granger acquiesça.

- Je dois finir le repas de midi. On part dans une petite heure, ça te va ? sourit-elle.

Drago ouvrit la bouche avec mépris, s'apprêtant à rétorquer qu'il n'avait pas vraiment le choix, mais il se ravisa et hocha la tête, pour la énième fois. Si ça se trouve, après, ils ne voudront plus l'emmener. Toujours assis, son regard s'attarda sur une table basse où reposait un petit cube noir qui était cerclé d'une autre matière, noire elle aussi et dont une antenne longue et grise dépassait. Suspicieux, il détailla le reste des instruments moldus qu'il ne connaissait pas, mais revenait inlassablement sur ce cube qui ne lui inspirait pas confiance. Il voulait poser la question, mais il savait aussi qu'Hermione Granger le savait déjà, et il ne voulait pas passer pour un imbécile.

- Tu veux regarder la télé, Hermione ? demanda Mr Granger.

L'interpellé se tourna vers lui comme frappé par la foudre.

- La quoi ?

- La télévision ! J'imagine qu'elle doit te manquer un peu, quand tu es à Pouledard… Quoique tu ne dois pas t'ennuyer non plus !

Drago faillit incendier l'homme qui avait écorché le nom de Poudlard, mais se contenta de le fusiller de ses pupilles noisette. Il allait rétorquer une réplique cinglante, mais Mr Granger prit un boitier d'un noir semblable au cube, le tendit vers ce dernier et appuya dessus. Renforçant sa méfiance, Drago détaillait le moindre fait et geste que le moldu faisait, en fronçant les sourcils : on aurait dit qu'il essayait de lancer un sort, mais à qui le lançait-il ? Il sursauta en entendant des éclats de voix de l'autre côté de la pièce et s'aperçut avec effarement que le bruit venait du petit cube qui s'était subitement illuminé : pire, des gens étaient dedans. Toujours suspicieux, Drago oublia un instant les moldus à côté de lui : il sortit sa baguette magique et s'approcha doucement de ce cube qui faisait de la lumière et enfermait des gens en les réduisant à minima. S'arrêtant à une distance respectable, il fixait d'un œil mauvais une demoiselle blonde dans un tailleur criard rose fluo qui annonçait un accident sur un boulevard quelconque. Les images bougeaient rapidement, et ce que disaient les personnes semblait se passer récemment. Mr et Mrs Granger échangèrent un regard inquiet, mais aucun mot ne leur échappa.

Drago eut un regard abasourdi : à vrai dire, que savaient-ils des moldus ? On lui avait toujours dit que ces personnes dénuées de pouvoirs magiques menaient une existence bien morose, obligées de travailler plus durement pour voir leurs efforts payer, ne connaissant pas la sensation de voler, et n'ayant aucune possibilité de côtoyer la magie ni de la sentir dans leurs veines pour la simple et bonne raison qu'ils n'en avaient pas. Mais ça, cette petite boîte dans laquelle ils enfermaient des gens pour leur dire des choses qui se passaient au moment-même, c'était une idée qui relevait de la magie noire la plus avancée. Même le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas eu cette idée aussi tordue !

Il jeta un regard aux deux habitants de la maison, mais ils ne semblaient même pas faire attention à ce qu'il se disait dans le cube. Les traitant d'imbéciles intérieurement, Drago replongea son regard envoûté dans la petite boîte noire dont le carré au centre était coloré et oubliant tout ce pourquoi il était en colère et désarmé. Il s'assit devant le poste, complètement hypnotisé. Du moins, il oublia tout, le temps que Mrs Granger arrive devant lui et éteigne la magique petite boîte. Elle afficha un large sourire, alors qu'il la fusillait du regard.

- J'ai fini, Hermione ! Allons-y !

Lentement, son cerveau se reconnecta à la réalité et il reprit ses esprits : il avait oublié jusqu'au fait qu'il était chez des moldus et que son corps n'était pas son corps ! Depuis quand était-il scotché devant cette boîte noire ? Une heure ? Une heure et demie ? Se relevant bien vite, il lança une œillade noire au cube redevenu de la même couleur : décidément, cette machine du diable faisait même perdre la mémoire aux gens. C'était vraiment un produit de très haut niveau de sorcellerie.

Drago suivit Mrs Granger dans le hall d'entrée et sortit sur le pallier. Il s'aperçut qu'il était dans un quartier où toutes les maisons se ressemblaient et où d'affreuses caisses métalliques de différentes couleurs rehaussées de ronds noirs et gris étaient tantôt encastrées, tantôt posées devant les maisons. La verdure du lieu était sa seule vertu. Mr Granger s'empressa de fermer la maison et se dirigea vers une de ces caisses métalliques proche du mur de droite. Drago s'arrêta à mi-chemin, alors que les deux bruns s'apprêtaient à monter dans la caisse qui semblait leur appartenir. Il hésita, l'air peu convaincu. Mrs Granger s'en aperçut.

- Qu'as-tu Hermione ? Il y a un problème ?

- Peut-on… peut-on y aller à pied ?

Les deux parents échangèrent un regard, puis Mr Granger prit la parole, un sourire aux lèvres.

- C'est assez loin, Hermione. Tu sais, nous allons là où tu adores te rendre ! Il faut bien une heure de marche pour atteindre le cœur de Londres !

A contrecœur, Drago s'approcha de la caisse, imita Mr Granger en soulevant une poignée qui actionna un mécanisme permettant d'ouvrir un pan de cette caisse pour rentrer à l'intérieur. Il s'assit confortablement, un peu surpris de la décoration de la caisse qu'il pensait vide et plus spacieuse. Se demandant comment ils allaient pouvoir arriver à la bonne destination, la jeune fille brune se retint de pousser une exclamation quand elle sentit le sol vrombir et vibrer, et la caisse s'activer en arrière et en avant. Drago se contint à grand-peine, se rassurant comme il pouvait en voyant Mr Granger visiblement très calme tourner un grand cercle devant lui, qui à chaque effleurage, faisait bouger le monstre dans lequel ils étaient à droite ou à gauche. Finalement, le cauchemar cessa et il put sortir, en se promettant bien sûr que jamais, plus jamais, il ne monterait dans une invention de magie noire encore plus horrible que le petit cube qui emprisonnait les gens.

- Nous y sommes ! dit Mr Granger d'un ton joyeux.

Les Granger étaient ravis et souriaient comme deux enfants. Drago fit une grimace : ils se trouvaient… Il ne savait pas où ils se trouvaient. Mais ils n'étaient certainement pas au Chemin de Traverse.

- Qu'est-ce que… On va où ? demanda-t-il d'une voix courroucée.

- « Chez Oliver Twist et Cie », ta librairie préférée !

Ils se dirigeaient à pas rapide dans les ruelles de Londres, croisant diverses personnes. Les rues moldues de Londres étaient remarquables d'originalité : les caisses comme celle de Mr Granger étaient nombreuses, roulant en plein milieu des rues, et les passants marchaient à côté, restant loin d'elles. Drago fut un peu soulagé, en pensant qu'il n'était pas le seul à qui ces choses faisaient peur. Mais les moldus étaient des créatures pour le moins étonnantes : vêtues d'habits bizarres, colorés, découpés de façon peu probable, certains tenaient des sacs, d'autres des valises, on aurait dit qu'ils étaient constamment en train de déménager ou de fuir quelque chose d'invisible. Il remarqua aussi bien vite que certains d'entre eux avaient des fils qui pendaient à leurs oreilles et retombaient dans leurs poches de pantalons ou de gilets. Drago eut un sentiment bizarre, soudain : il avait peur. Ce monde inconnu qu'il n'avait jamais eu la curiosité de connaître s'ouvrait tout à coup à lui et lui faisait peur. Il fronça les sourcils, mais se dépêcha de rejoindre les parents d'Hermione. Ils arrivèrent devant la devanture gigantesque d'une librairie.

Drago Malefoy aimait les livres, certes, ce n'était pas le genre de personnes à rester une heure dans une librairie en se tâtant devant la sept-cent-quatre-vingt-quatorzième édition des Contes des Mille et Une Nuits, ce qu'à priori faisait Hermione Granger en voyant Mrs Granger s'esbaudir devant la couverture qu'elle tenait sous son nez. Il s'éloigna rapidement de cette femme exubérante pour faire un tour entre les présentoirs, l'air morose. Les mains dans les poches, il s'ennuyait fermement et maugréait tout bas. Sa mère était malade, seule, loin, et un inconnu occupait son corps. Ou une inconnue, ou pire, une fille qu'il connaissait par malheur. Le Seigneur des Ténèbres allait lui rendre visite d'une minute à l'autre, peut-être même lui confier une mission importante, peut-être même que Granger – si jamais c'était elle – ne pourrait pas lui résister et qu'elle était déjà en train d'agoniser sur le plancher… Et lui, lui, il perdait son temps dans une librairie moldue avec deux moldus ignares et complètement inutiles qui s'extasiaient comme des enfants. Drago vit rouge et il s'assit en rageant par terre, le dos adossé à une étagère.

- Pousses-toi, Madame, tu gênes, lança une voix fluette.

L'interpelé leva la tête et fusilla du regard une gamine blonde dont les iris verts renvoyèrent son propre énervement. Les deux filles se défièrent du regard quelques instants.

- Pousses-toi, Madame. J'ai besoin d'un livre qui est derrière toi, insista la gamine sans se dégonfler.

- Et si j'ai pas envie ? répondit-il d'un ton brusque et buté.

- Alors je vais pleurer et je dirais que tu m'as tapée, répliqua-t-elle, les sourcils froncés.

Drago ouvrit de grands yeux devant la réponse inattendue de la fillette. Puis, de mauvaise grâce, il continua de fixer ses yeux vert feuille et se décala d'un pas vers la gauche. Il n'aimait pas se plier à un ordre d'un si petit personnage, mais l'idée de se faire accusé d'un méfait qu'il n'aurait pas commis lui était odieuse. Surtout dans un monde inconnu. Sans un mot de remerciement, la fillette attrapa un grand livre cartonné dont la couverture montrait des souris colorées qui s'enfuyaient l'une derrière l'autre en riant et sans un regard, s'assit à côté de la brunette pour entamer sa lecture : beaucoup de dessins et des grosses bulles blanches remplies d'écriture. Drago se rendit compte qu'à l'évidence, il était dans le rayon pour enfants. La curiosité l'emporta sur sa colère : au-dessus de l'épaule de la gamine, son regard ne pouvait se détacher de cette souris grotesque qui assommait une espèce de chat qui proférait des grossièretés.

- C'est quoi ? demanda-t-il, après un silence.

- Mickey, répondit la fillette, sans le regarder.

- Et… il fait quoi, Miki ? questionna-t-il à nouveau, mal à l'aise.

- Il arrête les méchants.

- Ah bon. Et c'est son travail ?

- Non, il… En fait, dit la fillette en se reprenant, il fait un peu de tout. Des fois il est policier, des fois il est journaliste… Ca dépend, il fait beaucoup de choses.

- Ouais, il se mêle de ce qui ne le regarde pas, quoi. C'est une sale souris fouineuse, soupira la jeune fille brune, et l'image d'Harry Potter traversa son esprit.

- Il est curieux et c'est cool.

- C'est cool de se mêler de tout et n'importe quoi ?

- Non, c'est cool car il arrête les méchants.

- C'est cool d'arrêter les méchants ?

- Oui, il est gentil.

- Il ne l'est pas avec les méchants, fit remarquer Drago.

- C'est normal. Un méchant, c'est un méchant, répondit la fillette d'un ton catégorique.

- Comment tu peux savoir que c'est un méchant ? se braqua-t-il.

- Ils tuent les gens, expliqua-t-elle, comme à un demeuré.

- Donc forcément, quand une personne tue des gens, c'est un méchant ?

- Evidemment, dit-elle en levant les yeux vers lui, comme s'il s'agissait d'une vérité à toute épreuve.

- Et Miki, il tue les méchants ?

- Bah non, il les met en prison, répondit-elle en levant les yeux au ciel, comme s'il était le dernier des imbéciles.

- Ah bon ? Parce que ça fait de lui un gentil, de mettre des gens en prison ? s'énerva Drago, en repensant à Saint-Potter qui avait lui-même offert un petit séjour à Azkaban à son père.

- Bah oui. Les méchants, ils vont toujours en prison.

- Tu sais ce que c'est, une prison ? Les gardiens aspirent tes pensées et te tuent à petit feu…, commença-t-il, amer.

- Mais n'importe quoi ! le coupa la fillette, encore plus énervée. Tu dis ça parce que tu veux me faire peur ! Mais c'est pas vrai ! Mon papa, il est gardien de prison. Et les méchants en prison, même qu'ils sont super bien traités ! Même qu'en plus, en prison, des fois, ils ont la télé !

Sur ce, elle claqua le livre et partit d'un pas furieux vers un autre rayon. Drago, décontenancé, maîtrisait avec peine sa colère. Il se releva et ressassa les paroles de la gamine. Alors comme ça, même chez les moldus, les fouineurs qui se mêlaient de ce qui ne les regardait pas émerveillaient les foules ! Pire, les prisons des moldus étaient confortables ? Et ils avaient même le cube de magie noire à leur disposition ? Il enrageait. Ces moldus étaient des dégénérés. Pas étonnant que leur race ne soit jamais allée très loin dans l'Histoire ! Tout à ces pensées, sans se préoccuper de sa destination, il faillit renverser Mrs Granger qui venait à sa rencontre, un gros volume en main.

- Tout va bien, Hermione ? demanda-t-elle en scrutant sa fille, le visage inquiet.

La brunette ne répondit pas, cachant ses poings dans les poches de son pantalon et afficha une mine boudeuse.

- As-tu trouvé ton bonheur ? sourit-elle.

- Non, répondit Drago, en haussant les épaules, toujours énervé par la gamine insolente.

Mrs Granger eut un instant l'air embêté. Sa fille trouvait toujours un livre ici… Peut-être que cette année, ces intérêts avaient divergé ? Les deux femmes se dirigèrent vers la sortie pour attendre Mr Granger qui se dépêcha en les voyant. Il eut un regard surpris quand il n'aperçut aucun paquet dans les mains de sa fille, mais il s'abstint de tout commentaire. Ils sortirent de la boutique et revinrent rapidement vers la caisse métallique que Drago détestait. Alors que les Granger montaient à l'avant, il s'arrêta net. C'était maintenant ou jamais.

- Je dois envoyer un hibou, dit-il brusquement.

Les deux adultes s'immobilisèrent et se retournèrent vers leur fille.

- Maintenant, ça va être un peu difficile… On est déjà un peu en retard…, déclara Mr Granger en consultant un rond qui était autour de son poignet.

- En retard pour quoi ?

- Eh bien… Kathleen doit t'attendre, à l'heure actuelle…, reprit Mrs Granger, un petit sourire aux lèvres.

Drago se retint de demander qui était Kathleen. Au vu de la situation, Hermione Granger devait la connaître.

- Mais nous irons ce weekend ! le réconforta Mr Granger, avec un petit clin d'œil, en voyant la moue de sa fille.

- Si tard que ça ? s'exclama la jeune fille, qui comptait mentalement qu'ils n'étaient que mercredi.

- Oui, s'excusa Mrs Granger. Nous devons travailler, nous ne pourrons pas t'emmener jusqu'au Chemin magique…

Les dernières paroles des moldus lui restèrent en travers du gosier. Visiblement, il ne pourrait pas envoyer de courrier. Merlin lui refusait cette solution pour le débarrasser de ces moldus. Il soupira. Il se glissa à contrecœur dans la caisse métallique et attendit que son calvaire soit fini pendant un bon quart d'heure.

Ils arrivèrent enfin dans leur banlieue maussade, pensa Drago. Le nez collé à la vitre, il n'attendit pas que le moteur du monstre s'arrête pour sauter dehors, respirant fortement. Merlin qu'il détestait cette sensation ! Sans demander son reste, il escalada l'escalier raide et disparut au grenier.

Enfin seul, il se reprit un peu et jeta un regard circulaire à la pièce. Un peu abattu, il s'assit sur une pile de livres et soupira longuement. Que faire maintenant ? Est-ce que Granger était dans son corps ? Est-ce que Voldemort s'était manifesté ? Est-ce que sa mère s'était aperçue de sa disparition ? Oui, sans aucun doute. Il était évident que Narcissa Malefoy aurait découvert qu'il n'était pas dans son état naturel. Une voix le sortit de ses réflexions.

- Hermione, Katleen est là ! hurla la voix en bas des escaliers.

Drago tressaillit, puis dans un grand soupir, les yeux au ciel, il ouvrit la porte et descendit les escaliers. Pendant combien de temps devrait-il supporter cette mascarade ?


Le transplanage les fit atterrir plus brutalement que la dernière fois. La lumière de l'après-midi baignait le salon d'une chaleur agréable et apaisante. Narcissa gardait encore cet air soucieux en essayant d'attraper le regard éteint de son fils, mais elle n'y arriva pas. Elle le conduisit alors dans un canapé de la bibliothèque, l'assit, et se posa à côté de lui. Ils restèrent ainsi de longues minutes.

Hermione, les yeux dans le vide, ne pouvait réfléchir correctement à ce qu'elle allait devoir faire. La voix de Voldemort résonnait encore dans ses oreilles. Tue Dumbledore… Elle n'avait pu croire qu'il demandât une mission aussi importante à un adolescent de seize ans toujours fourré dans les basques de sa mère ou suspendu à la réputation de son père. Et puis la vérité lui avait sauté au visage. Lave l'honneur de ton père. C'était donc ça, l'explication. L'échec de Lucius Malefoy avait contrarié les plans du mage noir et maintenant, il se vengeait sur le fils d'une façon puérile. Oui, mais quel échec ? Hermione réfléchit rapidement : Lucius était emprisonné à Azkaban. Encore une fois la vérité se fit éclatante. Evidemment ! La prophétie au Ministère de la magie ! Drago Malefoy devait subir la punition de Lucius qui n'a pas su se battre contre cinq élèves de Poudlard. Et maintenant qu'elle était Drago Malefoy, c'était elle-même qui était victime de sa rancune. Ironie du sort : c'était de sa faute à elle. Si elle n'avait pas eu cette chance qui la caractérisait quand elle était avec Harry et qu'ils s'engouffraient dans des aventures rocambolesques en fonçant droit devant, elle ne serait pas là, abattue, les yeux dans le vide, à compter les jours avant sa propre mort. Si elle avait laissé Lucius Malefoy récupérer la prophétie, elle n'aurait jamais eu ce couperet au-dessus de la tête. Si seulement la prophétie n'était pas tombée. Si elle pouvait modifier l'ordre des choses…

Hermione secoua vivement la tête. Il fallait arrêter de s'imaginer qu'elle pourrait changer ce qui avait été fait. Elle n'avait plus de retourneur de temps depuis sa troisième année, et les dégâts causés n'étaient qu'irrémédiables à mauvais escient. Elle se concentra sur le présent et le futur. Essayant de prioriser ce qu'elle devait faire, elle fronça les sourcils. Il fallait qu'elle voie Malefoy. Elle devait lui expliquer que sa vie était en jeu – leur vie. Elle devait l'informer de sa mission – leur mission, et des conséquences que cela encourait, même si, elle n'en doutait pas, il en était conscient. Elle lui avait envoyé un hibou ce matin. S'il faisait bien son boulot, le message serait délivré rapidement. Il fallait juste attendre qu'il réponde.

La question était de savoir comment sauver sa peau – leur peau. La mission semblait impossible à réaliser : elle, tuer Dumbledore ? Faire rentrer des mangemorts à côté était une partie de plaisir ! Elle aurait bien voulu donner les clefs de Poudlard tout de suite à Voldemort si jamais cela suffisait à lui laisser la vie sauve ! Mais tuer le plus grand directeur de l'école des sorciers que l'on n'ait jamais connu ? Impossible ! Oui, pour la simple et bonne raison qu'elle n'avait jamais réussi à toucher la moindre petite bestiole vivante. Alors, tuer un homme, un grand homme, qui plus est, était tout simplement impensable. Elle avait de plus un respect trop important pour le vieux sorcier. Et si jamais Harry ou Ron l'apprenait ? Elle devait leur dire, pour trouver une solution à cette horrible tragédie qui se profilait sous leur nez. Mais trahir le secret signifiait aussi mettre en péril sa propre vie. Une vague de désespoir la submergea et des larmes commencèrent à perler le long de ses yeux gris.

Narcissa posa un regard sur son fils : la tête dans les mains, il se balançait doucement, les yeux hagards, et… des larmes coulaient sur ses joues. Il lui fallut une demi-seconde pour se souvenir que Drago n'était pas Drago. Elle ne put s'empêcher cependant de réprimer un frisson en voyant son enfant pleurer de la sorte. Drago avait banni ces gouttes salées de son anatomie depuis de très longues années, c'est donc avec appréhension que Narcissa les vit rouler sur ses joues pâles.

Elle essaya de voir la jeune fille à travers le corps de son fils. Elle se souvenait vaguement d'Hermione Granger, une brune somme toute banale. Rien de particulier, à part ses cheveux touffus. Et le fait qu'elle était la meilleure amie d'Harry Potter et du dernier des Weasley. Narcissa s'était demandé comment cette fille née de parents moldus avait pu devenir leur amie. Mais très vite, Lucius lui avait donné la réponse : « Potter est né chez les moldus. Et les Weasley sont des traîtres-à-leur-sang. Arthur Weasley a toujours trouvé attrayant la vie des sans-magie. » Face à cette explication, la noble blonde avait eu un haut-le-cœur. Etre de sang-pur était une fierté parmi les sorciers, et gaspiller ainsi son patrimoine en fréquentant des nés-moldus ou en s'émerveillant devant un peuple incapable de pratiquer la moindre étincelle de magie était quelque chose qui la dépassait complètement.

C'est ainsi qu'à l'époque où Tom Jedusor avait décidé de conquérir le monde et exposé ses idées sur la supériorité du sang, ils avaient volontiers adhéré, convaincus qu'une différence était évidente. Il leur était impensable que le monde sorcier pût être un jour régi par Premier Ministre né-moldu. Les sang-mêlé étaient tolérés, mais avec une certaine réticence.

Drago avait été élevé dans ces idées et ces valeurs. La supériorité du sang ne faisait aucun doute, il n'y avait qu'à voir les résultats des plus grands sorciers de l'histoire. Il était même question pour lui de partir à Durmstrang. Mais il n'aurait pas pu rentrer à chaque vacance, et ça, Narcissa avait été claire sur ce point. Drago a alors fait son entrée à Poudlard, où il a connu le garçon-qui-a-survécu. On parlait beaucoup de lui, à la table des Malefoy. Drago était tellement persuadé que cet enfant qui avait causé la perte du mage noir allait devenir un proche. Comment Drago, un sang-pur d'une telle lignée, a-t-il pu échouer là où une vulgaire née-moldue avait réussi ? Les choix de Merlin sont impénétrables.

Cette Hermione Granger avait beaucoup perturbé Drago, au cours de sa scolarité. Combien de fois il en parlait en rouspétant, en l'insultant et la méprisant ? Combien de fois il la raillait tout seul ? Combien de fois Narcissa en passant dans le couloir l'avait entendu parler d'elle à haute voix, comme si elle avait été là ? Il s'énervait contre ses cours, contre ses merveilleux résultats, contre sa façon qu'elle avait d'être toujours fière et intouchable, contre sa pitié envers les faibles, contre son caractère fort et indomptable… Il l'avait tellement dépeinte que Mrs Malefoy avait l'impression de connaître vraiment Hermione Granger, alors qu'elle ne lui avait jamais adressé la parole.

Et maintenant, elle était à côté d'elle, dans l'enveloppe charnelle de son fils. Et cette grande combattante qui était décrite comme une fille sûre d'elle et inatteignable pleurait. Il est vrai que ce n'était pas la première fois que les nerfs lâchaient en présence de Voldemort. Mais Narcissa se doutait que ce n'était pas qu'à cause du regard rouge du mage noir qu'elle était dans cet état. La mission qu'il lui avait confiée devait être effroyable.

- Miss Granger…, appela doucement la femme de Lucius. Que vous a demandé le Seigneur des Ténèbres ?

L'interpelée restait statique et les larmes redoublèrent sur son visage. Drago Malefoy faisait vraiment pitié à voir : ses yeux gris inondés de larmes étaient baissés et sa bouche tremblait.

- Je dois tuer…

Mais sa voix était si faible que Narcissa n'entendit pas la fin de la phrase. Pourtant, elle la devina. Elle blêmit légèrement. Ainsi, elle avait eu raison : Voldemort envoyait son fils à une mort assurée. En l'occurrence, il s'agissait d'une étrangère, mais l'enveloppe corporelle était bien celle de Drago et il fallait empêcher qu'un massacre s'annonce. Comment faire ? Narcissa se tordit les doigts en cherchant des solutions. Un sentiment de crainte la rongea : qu'en était-il de la marque ? A l'évidence, Voldemort n'avait rien tatoué sur le bras pâle de son fils, sinon elle aurait entendu des hurlements depuis la porte fermée où elle se trouvait, mais elle voulait avoir la confirmation.

Elle allait poser la question quand un pop sonore résonna dans la bibliothèque : un elfe dans un torchon crasseux apparut et s'inclina profondément sur le sol.

- Si Maîtresse Malefoy et le Jeune Maître désirent dîner, Bugsy va faire le repas. Bugsy demande ce que Maîtresse Malefoy et le Jeune Maître souhaitent manger ce soir, couina le dénommé Bugsy.

Narcissa regarda un instant de plus le visage encadré de mèches blondes de son fils, puis se tourna vers l'elfe.

- Merci, Bugsy. Mais ce soir, tu peux te reposer. Je ne suis pas sûre que nous ayons faim.


Drago descendit les marches d'un pas lent. Il n'avait vraiment pas envie de rencontrer la fameuse Kathleen. Il n'avait pas atteint les dernières marches qu'une petite blonde tirant sur le roux lui sauta au cou. Desserrant son étreinte, elle planta ses yeux ambre dans les siens et un large sourire s'étira sur ses lèvres.

- Ça fait longtemps, Hermione ! Tu m'as manquée ! s'exclama-t-elle d'une voix aigue.

Il ne répondit pas, mais dévisagea l'inconnue. Encore une moldue !, pensa-t-il. Le contact proche de cette étrangère le révulsait et il voulut se dégager, mais elle ne lui en laissa pas le choix.

- Sérieusement, tu t'es coiffée aujourd'hui ! C'est un jour spécial ? T'as un rencard ? T'as perdu ta langue ?

Toujours sans voix, Drago réfléchit à grande vitesse. Il se dit que pour la première fois de la journée, il allait endosser le rôle d'Hermione Granger. Il fit donc un effort considérable en souriant à cette fille qu'il commençait à détester et ouvrit la bouche de mauvaise grâce.

- Euh… oui, ne put-il qu'articuler.

Un peu surprise par la réponse de son amie (oui à quoi ?), la petite blonde prit sa main et l'entraîna vers la cuisine où une délicieuse odeur de pommes de terre sortait du four. Confus et rendu furieux par l'initiative de l'étrangère, Drago se raisonnait tant bien que mal en ruminant. « Ce n'est qu'une moldue. Ce n'est qu'une moldue. Ne lui inflige aucun sortilège. C'est l'amie de Granger, elle ne connaît que Granger. Elle pense qu'elle tient la main de Granger, ce n'est qu'une moldue, calme-toi… »

Le couvert étant mis, les deux adolescentes s'assirent à côté l'une de l'autre, au plus grand désespoir de la brunette. Kathleen était un vrai moulin à paroles et ne tarissait plus d'anecdotes croustillantes. Les Granger écoutaient et rebondissaient sur des bribes de phrase avec un engouement et un plaisir évidents. Drago se sentit très seul, une oreille distraite sur les conversations moldues dont il ne comprenait rien, attablé avec trois moldus qui lui étaient étrangers, sans pouvoir recourir à aucune magie que ce soit, privé de hibou à envoyer et sans nouvelle de Granger. Il se replongea dans ses réflexions. Se pouvait-il que Granger n'ait pas pensé à lui écrire ? Non, elle n'était pas si bête, elle aurait forcément envoyé un hibou pour au moins être sûre que c'était bien lui qui avait le contrôle de son corps. Et si elle ne l'avait pas fait ? Si elle s'était fait démasquer avant ? Si elle était déjà en position dangereuse ? Si elle était déjà morte ? Drago blêmit en s'imaginant condamné à vivre dans ce corps qui lui faisait horreur.

- Tout va bien, Hermione ? s'enquit une voix inquiète.

L'interpelé acquiesça et retourna à son assiette. Non, tout n'allait pas bien. Qu'est-ce qui pourrait aller bien quand on est dans un endroit inconnu dans un corps qui n'est pas le vôtre ? Et Granger qui ne donnait pas signe de vie… Elle aurait pu arriver ici, avec un balai ou un portoloin et venir le chercher ! Il pensa qu'elle n'était qu'une idiote sans cervelle et un rictus se dessina sur son visage. Granger était une moldue, elle ne pourrait jamais réfléchir comme un sorcier. L'idée de se voir condamné à rester chez ces gens ne l'énerva pas tant que le fait qu'il devrait y rester à cause du manque d'initiatives d'une Sang-de-Bourbe. Tout ça, encore une fois, c'était la faute de Granger. Il se promit : dès qu'il la reverrait, il la torturerait sans ménagement. Il lui ferait ça… Et puis ça… et surtout ça… Et sous les yeux inquiets de trois moldus qui s'étaient tus, Drago ricana en martelant sa fourchette dans son assiette.


- Elle va quoi ?

- Bah oui, Hermione, Kathleen va dormir dans ta chambre ! Tu étais d'accord hier ! Vous avez sûrement plein de choses à vous dire, je vais installer le lit…

Drago faillit rétorquer qu'hier, c'était hier, et qu'à présent, il était hors de question qu'une inconnue qu'il détestait empiète sur son territoire qui n'était pas son territoire mais qui le deviendrait incessamment sous peu. Il s'énerva tout seul : il avait pensé que l'amie de Granger ne resterait que quelques heures, pas une semaine entière ! Qu'allait-il faire, pendant une semaine, à essayer de deviner ce qu'elle allait lui raconter ? Elle ne le laisserait jamais en paix et il serait obligé de renoncer à jamais à envoyer un hibou à Granger pour lui demander de le sortir de là. Il fusilla du regard la petite blonde qui haussa les sourcils, mal à l'aise du nouveau comportement de son amie. Se pouvait-il que Poudlard l'ait changée à ce point, cette année ? La brunette assista, impuissante, au lit de camp que ses parents mettaient en place en poussant les piles de livres monstrueuses qui encombraient la pièce. Drago eut un sourire malsain en pensant que peut-être, par inadvertance, une pile tomberait malencontreusement sur la jeune fille durant son sommeil. Mais il chassa ces pensées en entendant le prénom auquel il devait désormais répondre et enfila de mauvaise humeur un oreiller dans une taie. « Ah ces fichus moldus… Même pas d'elfe de maison pour faire le travail… »

L'après-midi commençait tout doucement et Mr et Mrs Granger saluèrent chaleureusement les deux filles pour partir au travail.

Ne restaient que Drago et Kathleen. Cette dernière ne lui laissa aucun répit. Elle planta ses iris ambrés dans le regard acide de son amie.

- Bon, toi, t'as plein de choses à me raconter ! déclara-t-elle d'une voix sans appel.

Et sans la consulter, elle l'entraîna dans le grenier. Assises toutes les deux sur le lit d'appoint, la brunette se sentit mal à l'aise, soumise aux rayons X de Kathleen.

- Alors, alors, cette année ? Quoi de neuf ? demanda celle-ci, les yeux pétillants.

Drago haussa les épaules : comme s'il allait parler de magie avec une moldue.

- Rien de particulier, lâcha-t-il.

- Tu ne vas pas me faire croire qu'en un an, il ne s'est rien passé à Poudlard ! s'exclama-t-elle.

La brunette se retourna vivement vers la jeune fille, comme frappé par la foudre.

- Tu connais Poudlard ? demanda-t-il prestement.

- Evidemment, répondit la jeune fille, confuse. Hermione, c'est toi qui m'en as parlé ! Tu m'as aussi raconté plein de choses par rapport à la magie, tes amis là-bas… Harry, Ron… Ce minable de Malefoy…

- Pardon ? s'étrangla Drago, la baguette magique prête à sortir.

- … et tu m'as raconté toutes tes aventures aussi, tu t'en souviens pas ? Comment la première année, vous avez pris la pierre philos-opale, comment en deuxième année, tu t'es fait pétrifiée, comment en troisième, vous avez réussi à relâcher Buck et Sirius…

- Quoi ? Ils ont fait échapper cet abominable hippogriffe ?

- … et puis en quatrième, le tournoi où Harry a dû participer… et où Malefoy s'est fait changer en fouine…

- Bon, ça va avec Malefoy.

Kathleen se tut, ne comprenant pas ce comportement. D'habitude, elles riaient beaucoup des mésaventures de cet arrogant personnage. Drago, de son côté, ne savait plus quoi penser. Cette fille connaissait par cœur ce qui se passait dans leur monde, et lui ne savait même pas ce qu'était ces caisses métalliques qui bougeaient en plein milieu des rues. Il soupira. Peut-être qu'elle allait lui être utile, finalement.

- Au fait, Hermione…, murmura la jeune fille.

- Quoi ? râla-t-il d'un air nonchalant.

- Demain, c'est ton anniversaire, tu voudrais aller où ? demanda la jeune fille en souriant.

Drago cligna des yeux. C'était l'anniversaire d'Hermione Granger demain ? Peut-être pourrait-il en profiter pour demander à aller au manoir Malefoy ? Pour l'instant, il ne fallait pas qu'il se trompe. Après tout, Hermione Granger devait savoir sa date d'anniversaire.

- Ah, oui, c'est une bonne question, dit-il d'un ton sérieux. Pourquoi ne pas aller à…

- Perdu.

Drago leva ses yeux noisette et s'aperçut que Kathleen le regardait d'un air mauvais. Les poings sur les hanches, elle toisait son amie.

- Qui es-tu ? demanda-t-elle, lentement. Tu n'es pas Hermione, reprit-elle après le silence éloquent de l'interlocutrice. Je le sais. Je connais Hermione depuis mes quatre ans. Je connais tout d'elle. Tous ses secrets, toute sa vie. Et je sais aussi qu'Hermione sait quand est son anniversaire. Et il est évident que tu ne le sais pas. Alors qui es-tu ?

L'espace d'un instant, Drago fut impressionné par la capacité d'analyse de la jeune fille et se surprit à penser que pour une fois, un moldu remontait dans son estime. Ensuite, il s'aperçut avec effroi qu'il avait été découvert et ça ne l'amusa plus du tout. Il pesa le pour et le contre de cette nouvelle situation.

- Ok, admit-il. Je ne suis pas Granger. Mais apparemment, ses parents sont assez stupides pour ne pas s'en être aperçus.

- Mr et Mrs Granger sont intelligents, rectifia-t-elle, cinglante, mais ils ne connaissent pas tout ce qui est possible en matière de magie. Or, il se trouve qu'Hermione m'en a beaucoup raconté. Tu as pris du jus de cheveux ou un truc du genre ?

- Du quoi ? demanda Drago, éberlué.

- Du jus où tu mets des cheveux dedans. Une espèce de potion.

La brunette cligna des yeux, peu sûre de ce qu'elle venait d'entendre. A l'évidence, cette moldue avançait des hypothèses qu'elle ne maîtrisait qu'à moitié. Un silence.

- Ah ! s'exclama Drago. Tu veux sans doute parler du polynectar ?

Kathleen acquiesça et la brunette ria de bon cœur. Oui, c'est bien vrai, tout le monde a envie de savoir la vie privée d'Hermione Granger et tout le monde prend du polynectar pour s'infiltrer chez elle en la séquestrant dans une boîte comme Maugrey en quatrième année. Quoique l'idée de séquestration était à retenir quand il la reverrait…

- Non, perdu à ton tour. Je n'ai pas pris de polynectar. C'est bien dommage d'ailleurs, parce que je n'aurais pas eu à subir ce satané corps aussi longtemps ! Non, c'est un peu plus compliqué que ça.

Drago raconta sa mésaventure à Kathleen. Après tout, elle l'avait démasqué, il était donc possible qu'elle puisse l'aider à ne pas commettre de bourdes dans cette situation intolérable. Il omit cependant de lui dévoiler son identité. A la fin de son monologue, la blondinette était atterrée. Qui était alors dans le corps d'Hermione ? Qui était cet inconnu ? Se remémorant des quelques heures avec elle, la vérité se fit sentir : ces yeux emplis d'arrogance, cet air froid, ce rictus en coin et cette fierté détestable… Non, ça ne pouvait être… Elle jeta un regard mauvais à son amie, comme si c'était de la bouse de dragon.

- Alors, c'est toi, Drago Malefoy?

Un silence suivit, confirmant cet horrible aveu. La brunette se redressa de toute sa hauteur et défia du regard la petite blonde.

- Et si c'était vrai ? lança-t-il, mauvais, bien que légèrement troublé et vexé qu'elle ait lu en lui comme dans un livre ouvert (Se pouvait-il qu'elle pratique la légilimencie aussi ?).

- Où est Hermione ? demanda Kathleen, suspicieuse.

- Probablement dans mon corps…, rétorqua-t-il, en haussant les épaules.

Un silence de plus s'installa. Drago regardait par la fenêtre et Kathleen était plongée dans ses pensées.

- Tu sais, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, interrompit la blonde.

Il posa son regard indéchiffrable sur elle.

- Apprends à être Hermione, se précipita-t-elle pour dire, avant qu'il l'ait interrompue. Ici, tu peux bien donner à Hermione un caractère épouvantable, on pensera qu'elle s'est réveillée du pied gauche. Mais à Poudlard, tu ne pourras duper personne si tu n'y mets pas un peu du tien. En l'occurrence, tu as de la chance que je sois là, moi qui connais le mieux Hermione.

Cette fille était décidément intéressante. Elle avait l'esprit d'à-propos et analysait vraiment bien les choses. Le pire, c'était qu'elle avait raison. Il eut un petit sourire en coin.

- Très bien, dis-moi comment me comporter.


Drago était épuisé et se coucha lourdement sur le lit trop dur à son goût. La fin d'après-midi avait été laborieuse et la soirée n'avait rien arrangé. Kathleen était un vrai démon. A l'évidence, elle était persuadée qu'elle ne risquait rien en sa compagnie – du moins tant qu'il ne pourrait se servir de la magie – et en avait profité pour jouer les tyrans. Ou peut-être se montrait-elle particulièrement revêche pour venger Hermione.

- Non, une démarche plus souple.

- Ne te coiffe pas les cheveux. Ne pose même pas un peigne sur un seul de tes cheveux.

- Sois plus poli.

- Souris.

Le repas avec les Granger fut encore plus soutenu, Kathleen n'hésitant pas à lui donner de grands coups de pied sous la table pour l'inciter à se montrer plus cordial. Les effets escomptés se virent bientôt : Mr et Mrs Granger étaient désormais persuadés que leur fille était à nouveau normale. A une exception près.

- Il faut que j'aille au manoir Malefoy, avait déclaré Drago, abruptement.

- Où donc ? Malefoy… Oh, Ce n'est pas là où habite le blondinet que tu détestes ? demanda Mr Granger.

- Pourquoi donc ? Tu nous as bien dit qu'il était d'une suffisance et d'une arrogance digne de son hibou grand duc et que tu préfèrerais ne plus jamais le revoir de toute ta vie si tu en avais le choix ? renchérit Mrs Granger.

- C'est vrai, rajouta Mr Granger. Ne nous as-tu pas dit il y a quelques jours que tu étais même très satisfaite qu'il soit devenu une grosse limace ?

Drago faillit s'étouffer de fureur et son teint prit une couleur tomate. Sous la table, Kathleen lui balança un coup de pied dans les tibias et il lui lança un regard meurtrier. Apparemment, il ne pourrait pas aller au manoir non plus. Il essaya de se calmer tant bien que mal et le repas se serait continuer dans le silence, si la blondinette n'avait pas eu l'idée géniale de changer de sujet.

La question de dormir dans la même chambre avait été évoquée : bien que cela n'enchantât ni l'un ni l'autre à partager les lieux, Kathleen réfléchit encore avec logique.

- Dans ce corps-là, tu ne pourras rien me faire, avec la force d'Hermione. Et puis, souviens-toi aussi que je suis ceinture noire de judo.

Drago ne comprit pas le sens de cette phrase, ne sachant ni ce qu'était le judo, ni en quoi le fait d'avoir une ceinture de couleur noire devait susciter la crainte. Mais il ne répliqua pas et haussa les épaules. Une semaine. Il fallait qu'il tienne une semaine.

Alors qu'il tombait doucement dans les bras de Morphée, il entendit quelques grattements à la fenêtre et son cœur fit un bond dans sa poitrine en reconnaissant un superbe hibou grand duc. Alors, elle ne l'avait pas oublié ! Se glissant hors des couvertures, il ouvrit la fenêtre et d'une main un peu fébrile déplia le parchemin sur la patte du hibou. En lisant la lettre, il fut soudainement soulagé de savoir que la personne dans son corps avait pris l'initiative de lui écrire et lui demandait de le voir. Il savait pertinemment que c'était Granger, comment le hibou serait-il parvenu jusqu'ici sinon ? Essayant de ne pas réveiller Kathleen qui gémissait sur le lit d'appoint, il alluma sa baguette et écrivit sur le rebord de la fenêtre au dos du parchemin avec une écriture tremblante d'excitation. Il en avait même complètement oublié les paroles blessantes que Granger avait dites à son égard à ses parents ou à Kathleen. Elle devenait sa porte de sortie, son issue de secours et pour rien au monde, il n'allait laisser passer cette chance en la rudoyant par écrit.

Message bien reçu. Aucun moyen de te joindre. Envoie-moi un balai pour que je vienne au manoir.

Drago caressa doucement la tête du hibou, heureux de voir une créature familière. Il lui donna deux sucreries qu'il prit d'un bocal en verre sur le rebord de la fenêtre et le regarda s'envoler dans la nuit étoilée. Soulagé, il se recoucha, l'esprit un peu plus tranquille.


Merci de votre temps et de votre patience!

Au plaisir,

Kumi