Merci pour les ajouts en favoris et follows. En espérant que la suite vous plaise !

Premier Croissant

Natsuki arriva aux pieds d'Amon Romen entre chiens et loups.

Seule une trainée de soleil rougeoyait encore sur le sommet des montagnes plongeant les champs, derrière elle, dans une pénombre anthracite.

Lui faisant face, la citée semblait la toiser de toute sa hauteur.

Taillés dans la roche, ses premiers remparts se dressaient à une hauteur vertigineuse. Des parois sombres et lisses, percées uniquement d'une imposante porte en son centre et de deux autres plus petites, aux herses de fer abaissées. Surmontant les créneaux, des gargouilles aux gueules béantes, paraissaient défier les visiteurs importuns. Deux autres enceintes également ceignaient la butte, tels des couronnes de pierre, coupant la ville en trois parties distinctes.

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Natsuki mit son cheval au pas, traversant lentement le pont qui surplombait les douves. Le claquement des sabots sur le pavage alerta aussitôt les gardes postés à l'entrée.

Elle en compta quatre dans l'ombre des murs. Dont deux qui s'avancèrent vers elle, arborant par-dessus leur cotte de maille des tabards gris frappés d'une montagne noire sur champ écarlate. Les armoiries de la ville, supposa Natsuki.

Ces deux là eurent tôt fait de croiser leurs hallebardes, barrant ainsi le passage à la cavalière.

«Halte là ! »

Avec une certaine ironie, la jeune femme nota que cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait entendu une voix humaine. Elle aurait préférée des mots de bienvenue au lieu de cette mise en garde.

« Je suis juste une voyageuse. » Sa propre voix lui semblait d'ailleurs rauque, aussi sèches que les landes qu'elle avait traversé.

« Mouais ou bien une chaipasquoi, là… une rôdeuse. Et on n'veut pas d'vagabonds par chez nous.» Un troisième homme s'était approché d'elle. Contrairement aux deux autres, il portait un plastron damasquiné d'airain sur un gambison rouge. Son visage était caché par son heaume. Niellé de vermeil également, il représentait la mâchoire d'un dragon.

Les Dragons Pourpres du Cormyr : la milice du royaume! Mais que font-ils aux portes de la ville ? Natsuki serra les dents tandis que le chevalier s'avançait, la jaugeant du regard.

« Vient d'où ton canasson ? » L'homme renifla, méprisant, comme s'il cherchait à flairer une éventuelle imposture.

« C'est le mien. » Le soldat tendit le bras vers l'encolure du cheval, mais celui recula d'un pas, s'ébrouant de mécontentement et les lances se pointèrent de nouveau dans sa direction.

« Tout doux, murmura-t-elle, caressant sa crinière.

« Le tien ?! » Le chevalier s'esclaffa. « Mézigue dirait plutôt que c'est une monture pour seigneur. Et t'as pas la gueule d'un Sire crois moi !

- L'a p'tr dessoudé le ch'valier, la donzelle. » Un des gardes blagua tout bas.

« Peut-être. » Le Dragon conclut avec un sérieux mortel. Pour sa part, Natsuki se contenta d'hausser les épaules, laconique :

« C'est le mien. J'ai fait une longue route, laissez-moi passer maintenant.» Elle sentait son ventre gronder et elle n'avait qu'une envie : se restaurer et prendre un bain. Ses mains se resserrèrent sur les brides, poussant Duran à faire un pas en avant.

Aussitôt les gardes brandirent leurs hallebardes, fébriles face à l'imposant destrier, et du coin de l'œil elle vit le chevalier défourailler.

Elle fut plus rapide.

La main encore posée sur la fusée de son arme, l'homme ne pouvait que contempler la lame du fauchon passé au travers la fente de son casque.

Une seule pression, et Natsuki savait qu'elle lui transpercerait la gorge.

Le chevalier, immobile, devait aussi l'avoir compris.

« On…on se calme ! » ânonna-t-il, le timbre troublé par la peur.

Soucieuse, la cavalière regarda quelques instants briller les entrelacs d'argent de sa lame. Ses lèvres remuèrent en silence, traduisant muettement le cours de sa pensée. Ce n'était pas la bonne solution, menacer cet homme pour rentrer dans la ville. Il y en avait une autre, plus raisonnable mais tout aussi risquée.

La jeune femme retira finalement son arme et elle entendit presque le chevalier pousser un soupire de soulagement avant qu'il ne s'éloigne d'elle, l'épée désormais au poing.

« Je me rends au temple de Séluné. » Elle affirma avec un aplomb qu'elle espérait convaincant. « Laissez-moi passer à présent. »

Les deux gardes se regardèrent, perplexes : elle n'avait pas l'allure d'une prêtresse et encore moins d'un paladin. Mais elle avait un atout.

Sous le regard suspicieux des trois hommes, la voyageuse tira de son sac un collier de pierre blanche qu'elle agita sous le nez du chevalier pourpre. Au bout du collier, un médaillon d'argent marqué de l'emblème de Séluné oscillait doucement.

Ce rosaire, c'était un prêtre d'Arabel qui le lui avait donné, la nuit de l'enterrement de ses compagnons. Cela semblait dater d'une éternité, mais elle se rappelait qu'il le lui avait offert pour qu'elle préserve sa foi. Natsuki doutait avoir conservé une once de croyance en elle, mais ce chapelet l'avait en mainte occasion aidée à trouver un endroit où se nourrir et se loger. Le peuple du Cormyr accordait beaucoup de crédit aux hommes pieux, et Natsuki espérait que cela serait de même pour ces gardes-ci.

Pourtant, le chevalier se contenta de marmonner un « Ah ouais ? » méfiant.

Natsuki soupira, défaite, presque résignée à passer une nouvelle nuit dehors et retenter sa chance le lendemain matin. Elle replaça donc le collier dans sa besace et commença à s'éloigner des trois hommes. Mieux valait qu'elle parte maintenant avant que la situation dégénère et qu'elle attire davantage l'attention sur elle.

« Attendez !»

Natsuki se retourna à cet ordre. Le quatrième soldat, planté jusqu'à présent au pied de la porte, s'avançait rapidement vers elle. Un Dragon Pourpre également si elle se fiait à son armure, mais contrairement à l'autre chevalier, il avait ôté son casque dévoilant le visage d'un homme d'âge mur, une bonne quarantaine d'Automne, aux cheveux blonds ébouriffés et avec une barbe dru et sombre qui courrait le long de ses tempes.

Il s'adressa rudement à son compère :

« Vimaire! Soit pas stupide et laisse-la rentrer ! Tu sais qu'on attend des sélunites ! »

Le chevalier se contenta de bougonner avant de battre en retraite et les fers se décroisèrent, autorisant enfin le passage.

« Excusez nous, reprit le chevalier blond, mais nous nous devons d'être prudent. »

Il s'approcha de la cavalière, agrippant le harnais avant d'ajouter sur un ton bas :

« Surtout avec les événements récents. »

Son cœur s'accéléra tandis qu'un frisson d'anticipation parcourut son échine.

« Il y a eu un meurtre, souffla-t-elle d'une voix basse.

- une sélunite, y a d'ça deux jours.

- Tuer froidement, n'est-ce pas ? De grandes lacérations, des blessures nettes ? »

Il confirma d'un hochement, grave.

La bouche sèche, les mains moites, Natsuki avait l'impression que son cœur allait exploser. Elle prit une profonde respiration pour calmer son rythme cardiaque effréné. Se concentrant sur les fragrances nocturnes, cherchant dans l'air du soir son odeur, son parfum. A elle.

Le piège se refermait.

«Les portes sont gardées jours et nuits, le temple de la Dame Lunaire est sous haute surveillance…Mais soyez prudente. L'assassin est peut-être encore dans les murs de la ville…»

Son visage se fendit d'un rictus carnassier. Elle était encore là, Natsuki le savait. Tout en ce lieu le lui criait : le vent frappant la roche, les torrents qui grondaient dans les montagnes, la nuit froide qui les enserrait…

L'homme relâcha sa monture et lui ouvrit la marche :

« Y a qu'Bill le Ferrant qui tient son échoppe ouverte le soir, vous pourrez y laisser vot'cheval. Ne vous attardez pas trop à Ville-Basse, et filez direct au temple…'fin c'n'est qu'mon avis. »

Il s'écarta de la route et, d'un mouvement de tête, Natsuki le remercia avant de s'engouffrer sous la large embrassure.


Trouver Bill le Ferrant avait été un jeu d'enfant.

L'homme travaillait au noir, et elle n'avait eu qu'à suivre la lourde odeur de houille et le son du marteau tintant sur l'enclume, pour se retrouver au seuil de son atelier.

Moyennant cinquante pièces de cuivres, il accepta de s'occuper de Duran, arguant qu'il prendrait soin de le panser et de changer ses fers pour le lendemain matin.

Contre vingt autres piécettes, l'artisan lui proposa une place dans son établi pour la nuit, mais Natsuki refusa.

Il était encore tôt, et elle pensait avoir le temps de rejoindre les quartiers commerçants afin de se trouver une auberge.

Sa besace sur le dos, son fauchon à la ceinture et les épaules ceintes de sa cape grise, elle avait suivi une route étroite de terre battue qui serpentait entre les potagers, enclos à bétails et autres bastides aux toits de chaumes, la menant sur les premières hauteurs de la ville.

De derrière les fenêtres des grosses maisons fermières, elle avait cru apercevoir les regards inquiets et perplexes de quelques habitants.

Mais elle ne s'y intéressa guère, préférant concentrer son attention sur le chemin boueux où le passage constant des chariots avait creusé de profondes ornières, dangereuses dans la noirceur ambiante.

Aucune torche n'éclairait la route, et si ce n'était la fumée diffuse de quelques cheminées et cette impression constante d'être observée, Natsuki en aurait pensée que la bourgade était déserte.

Le quartier paysan, elle conclut, après avoir passé la journée à s'éreinter dans les champs, pas étonnant que cette partie de la ville soit aussi calme.

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Ce n'était guère plus le cas lorsqu'elle arriva devant la deuxième muraille, un parapet de caillasses renforcé de bois.

Déjà elle pouvait entendre des clameurs s'élever de derrières les murs, et l'éclat de quelques flambeaux brillait au-delà de l'entrée.

Un garde y était adossé, sa lance à la main.

Avant même d'être à sa hauteur, Natsuki sentait les relents rances de transpiration et de vin qui émanaient de l'homme.

A moins que ce ne soit la ville entière qui empeste, elle se demanda en pénétrant dans ce que le chevalier avait nommé "Ville-Basse".

Le bourbier avait laissé place à des rues pavées, escarpées et étroites, et dont les caniveaux dégorgeaient une eau souillée. De chaque cotés de ces ruelles, des demeures biscornues s'élevaient sur plusieurs étage, côte à côte, entassées sur les trottoirs. Les colombages, qui les ornaient, tentaient tant bien que mal de contenir leurs parois de torchis renflés et certains encorbellements étaient si proches les uns des autres qu'ils obturaient totalement le ciel.

Au travers de ces dédales, Natsuki dépassa quelques tavernes bruyantes où des ivrognes cuvaient à l'extérieur et où des filles de joie commençaient leur nuit.

Un simple coup d'œil à l'intérieur d'une de ces gargotes suffit à la dissuader.

L'air était encrassé par la fumée des torches, et emplie de l'odeur graisseuse d'oignons frits, saturée d'effluves avinées.

Natsuki rechigna, résolue à poursuivre sa route jusqu'à ce qu'elle trouve une auberge digne de ce nom.


Le clocher de Heaume marquait déjà le quart de la nuit lorsque Natsuki décida d'abandonner ses recherches. Dépitée, elle se laissa choir contre le muret d'une fontaine.

Il va pleuvoir…

Au sol, la cavalière regardait pensivement les nuages noirs descendre silencieusement des montagnes, en ombres fantomatiques, et venir nimber les hautes parois qui protégeaient la dernière partie de la ville.

Durant son ascension dans Ville-Basse, Natsuki avait entrevu au dessus des murailles, le sommet des différents temples : le beffroi austère de Kelemvor, le dieu des morts les flèches rutilantes de bronze de Heaume, le protecteur du Cormyr. Et enfin le dôme d'argent de l'Eglise de Séluné.

Mais maintenant tout ce qu'elle pouvait voir, c'était ces enceintes noires, polies par le temps, qui clôturaient le cœur d'Amon Romen. Et cette imposante porte de fer, hermétiquement close, encadrée de deux gigantesques statues qui semblaient être les gardiens muets des temples. Des chevaliers de pierre finement ciselés dans le granite, l'épée au poing et le pavois dressé face à d'invisibles envahisseurs.

Devant les fortifications, une large place dallée s'étendait. Bordée de commerce, Natsuki se doutait qu'en plein jour elle devait être grouillante de monde, accueillant foire et marchées. Mais dans la nuit, hormis la présence de quelques chats errants, elle était totalement déserte.

Natsuki soupira.

Elle avait parcouru les ruelles de Ville-Basse, à la recherche d'un gîte mais aucun, mise à part d'horrible coupe-gorge, n'avaient voulu l'accueillir.

Elle avait eut beau agiter sous le nez des tenanciers son rosaire, beau faire tinter les écus dans sa bourse, elle s'était seulement heurtée à des regards farouches et méprisants. Et maintenant, elle se retrouvait devant ces portes fermées, sans aucune motivation pour redescendre au pied de la ville, à la recherche de n'importe quel établissement voulant d'elle.

Un nouveau soupire, et son estomac se tordit de faim.

La jeune femme commençait à regretter amèrement la proposition de Bill le Ferrant. Ou même d'avoir fait la fine bouche devant les bordels.

Mais elle avait vu pire, elle se dit avec opiniâtreté. Et même si elle allait devoir dormir le ventre vide, la nuit dans les murs de la ville était nettement moins fraiche que celles qu'elle avait affrontées dans les landes.

Demain, à la lueur du jour, elle était persuadée que les habitants se montreraient plus avenants.

Prendre son mal en patience…

Malgré elle, ses yeux se fermèrent doucement, éprouvant toute la fatigue des derniers jours de route.


Ce fut le frôlement d'une lame, près de son visage, qui la tira de son sommeil.

D'un bond, Natsuki se redressa, arme au clair. Un regard au alentour. Rien. Un instant d'hésitation avant qu'elle réalise.

On l'avait délestée de sa besace !

Ses sens se mirent en alertes, cherchant dans l'obscurité une silhouette, le moindre murmure…

Là, derrière elle ! Le bruissement d'un vêtement. Des pas qui claquèrent sur le pavé.

Elle s'élança, leste et rapide, à la poursuite d'une ombre.

En quelques enjambées, elle s'engouffra dans une venelle obscure, où son assaillant s'était enfuit.

Son regard parcourut hâtivement les lieux. Personne.

Le bruit d'une respiration, à ses cotés, et Natsuki eut juste le temps de parer.

Son agresseur disparut, dissimulé dans les ténèbres. Elle avait à peine eu le temps de l'apercevoir. Petit, un corps fin. Terriblement silencieux.

Sur la défensive, la rôdeuse resta attentive au moindre son.

Le sifflement subtil d'une lame perça l'obscurité.

Natsuki esquiva souplement la frappe. Un autre coup qu'elle dévia, laissant son attaquant fondre sur elle avant d'envoyer son poing en avant. Le crochet cueillit l'agresseur en pleine tempe. Son surin glissa au sol, tandis qu'il s'affaissait, complètement sonné. En un pas, Natsuki fut sur lui, un pied sur son couteau et empoignant sa tignasse pour le redresser.

La redresser, elle corrigea mentalement.

Une jeune fille, peut-être une adolescente. Maigrichonne, avec des cheveux roux coupés à la diable.

Une pèlerine défraichie, une robe de coton maculée…mais pas son paquetage.

Natsuki ragea. Elle ne pouvait pas s'être trompée de personne !

Elle la secoua sans ménagement pour lui faire reprendre ses esprits et dans sa colère, elle sentit davantage qu'elle entendit un deuxième individu se faufiler derrière elle. Immédiatement, Natsuki fit volteface, tenant la voleuse comme bouclier. Son fauchon plaqué contre le cou de la jeune fille.

La lame s'arrêta à un pouce d'elles.

Et derrière cette épée : une gamine, sa besace volée jetée négligemment sur l'épaule. Maigre également. De ses cheveux noirs, aussi courts et hirsutes que ceux de sa complice, s'échappaient deux longues nattes. Sur son visage d'enfant, ses pupilles fiévreuses la fixaient sans sourciller. Le regard d'un chat guettant sa proie.

Mais Natsuki n'était pas une souris, et hormis la monstrueuse claymore qu'elle brandissait, la mioche n'avait rien d'impressionnant.

La gamine dirigea son arme vers elle, prête à attaquer de nouveau. Natsuki resserra sa poigne, dévoilant la gorge fragile de son otage. Un couinement apeuré l'avertit que la rousse venait de revenir à elle.

« Mon sac. » Sa voix était devenue basse, absorbée par les ténèbres ambiantes.

D'un geste de la tête, la fillette réfuta son ordre. La lame s'appuya davantage sur la peau fine.

« Mon sac ou je la tue.» Sa proie commençait à s'agiter. Un coup de genoux dans le dos calma ses ardeurs. Et la gosse sembla hésiter un instant, avant d'affermir la prise de son épée.

Elle va vraiment m'attaquer…cette gamine est folle.

« Mon sac, et je l'épargne, t'en dis quoi ?» Natsuki répéta, mais la voleuse resta à soutenir son regard.

« D'accord, Natsuki reprit flegmatique, alors je l'égorge, je m'occupe de toi et après je récupère mon bien. Tu préfère ca ? »

Les yeux de l'enfant passèrent rapidement du visage fermé de la rôdeuse à celui suppliant de son amie.

« Mikoto, maugréa celle-ci, laisse tomber ! S'en fout d'sa p'tain d'sacoche ! »

Natsuki retint un sourire, tandis que la fillette abaissait finalement sa lame.

« Bien, tu quittes ton arme et tu m'envois ma besace. Et fais gaffe où tu la lances ! » Du bout de son fer, Natsuki tapota la gorge exposée de la brigande. « Ca serait dommage que ma lame glisse en tentant de la rattraper. »

Avec un regret visible, la roublarde laissa tomber sa claymore au sol. Son regard chercha un instant l'approbation de son acolyte. Contre elle, Natsuki sentit la jeune fille acquiescer, le corps tremblant de rage ou de peur, elle n'aurait su le dire.

Le sac s'envola dans les airs et la brune n'eut qu'à tendre la main pour l'atteindre.

Maintenant toujours son arme sous la gorge de sa détrousseuse, elle fit un rapide inventaire. Rien ne semblait lui manquer. Elle en sortit son falcata pour le glisser à sa ceinture avant de reporter son attention sur les deux jeunes filles.

« Bon maintenant qu'est-ce que je vais faire de vous… »

A ces mots la brunette fit mine de plonger vers son épée. Un seul regard de Natsuki l'en dissuada.

« P'tain ! cracha la rouquine. T'avais dis que tu m'laisserais !

-Non, corrigea la rôdeuse. J'ai dis que je ne te tuerai pas, nuance. Je ne peux pas me permettre de vous laissez vagabonder et me faire dépouiller une nouvelle fois. »

Sa prise se débattit, essayant tant bien que mal de se libérer de sa poigne au risque de se blesser contre la lame. Natsuki tira un coup sec sur ses cheveux, la ramenant au calme. Du moins en apparence.

Les pulsions de son cœur, affolés, semblaient emplir la ruelle, tout comme l'odeur âcre de peur qu'elle dégageait, et celle plus salée des larmes qui dévalaient sur ses joues sales.

Sa complice la fixait avec rage, les yeux étrécis de colère et l'échine courbé. Un fauve prêt à l'attaque.

Mais un fauve terrorisé, réalisa Natsuki, ce ne sont que deux gosses terrorisées. Elle desserra légèrement son étreinte, prise de remord. Pourtant le souvenir de la lame brisant son sommeil était encore trop présent dans son esprit pour qu'elle les laisse vadrouiller librement.

« Vous allez m'accompagner. Je vais vous livrer à la garde.

- Non ! Pas ca ! » La roublarde s'affola, mais sa protestation n'était tout au plus qu'un gémissement. « Tu n'sais pas ce qu'ils vont nous faire !

-Ce n'est pas mon problème. » trancha Natsuki. Elle commençait à être fatiguée de la situation, son voyage lui pesait et elle mourait de faim.

« Vous n'êtes que des enfants : ils vous garderont en cellule pour la nuit et moi je pourrai dormir tranquillement.

« Hé ! » s'indigna la rousse : « J'suis pas une gamine !

-Ce n'est pas mon problème. » La rôdeuse répéta mettant fin à la discussion. Sa main se resserra dans la chevelure et d'un coup d'épaule, elle obligea la roublarde à avancer. D'un geste de la tête elle incita sa complice à lui emboiter le pas. Mais celle-ci, étrangement immobile, semblait aux aguets, prête à fuir. Il ne fallut qu'un instant à Natsuki pour comprendre se qui retenait son attention.

Le cliquètement caractéristique d'une armure. Non, Natsuki se corrigea, de plusieurs armures.

Les trois silhouettes qui se profilèrent à l'entrée de la rue lui donnèrent raison.

« Et encore une rixe de mendiants ! » Elle entendit un des hommes plaisanter. « Aller les gars, ceux-là on les embarque !»

Trois gardes ! Elle devina, rassurée. Mais son soulagement fut de courte durée. Elle était entrain de menacer deux enfants désarmés, et qui plus est, elle était une étrangère. Vue la situation, c'était surtout elle qui risquait de se faire arrêter !

Natsuki jura entre ses dents, avant de repousser son otage et de fuir. Aussitôt, elle entendit un bruit précipité de pas, juste derrière elle, probablement les maraudeuses qui détalaient également. Un coup d'œil à ses arrières et elle vit la petite brune sur ses talons. Mais pas son acolyte.

Un cri aigu s'éleva soudain dans la nuit, stoppant leur course. Puis le son sec d'un coup.

Dans l'obscurité, Natsuki repéra la jeune fille en proie avec les trois hommes. L'un d'eux venait de la gifler.

La gosse, à ses cotés, s'élança sans hésiter, sa claymore brandie.

Quelle inconsciente ! Natsuki pesta intérieurement avant de bondir à son tour, écartant au passage l'adolescente.

En un instant elle fut sur les gardes. Sa botte s'écrasa violement dans les cotes d'un des hommes, le mettant à terre, et avant que les deux autres soldats n'aient le temps de réagir, Natsuki avait déjà empoigné la rouquine par le col, l'entrainant dans son sillage.

Au détour de la voie, elle tomba sur la gamine qui paraissait les attendre. D'un geste impatient, elle désigna les toits des habitations puis, d'une agilité féline, s'agrippa aux colombages et disparut sur la toiture.

Tant bien que mal, Natsuki se hissa sur le premier balcon, aidant derrière elle la voleuse encore à demie-sonnée.

Le bruit de la course des gardes se rapprochait.

Avec désespoir, elle regarda le faîtage d'ardoise qui la surplombait à peine à quelques pas au dessus d'elle. Seule, la rôdeuse l'aurait atteint avec facilité, mais avec son fardeau elle doutait de pouvoir réussir.

Les soldats venaient d'atteindre l'entrée de la ruelle.

Un tapotement au dessus de sa tête attira son attention : la jeune roublarde lui tendait la main.

Un regard pour désigner son amie et du bout des bras, Natsuki la hissa vers elle. Les deux jeunes filles disparurent derrière le fronton de la maison.

A moi maintenant ! Et vue l'avancée des soldats elle avait intérêt de se hâter si elle ne voulait pas être attrapée.

En un saut, la rôdeuse attrapa le bord de l'acrotère, ses jambes battirent l'air, tentant de trouver un appui. En vain : elle avait malheureuses surestimé ses forces. Et alors qu'elle pensait lâcher, Natsuki sentit soudain les mains de la fillette se refermer sur ses avant bras et la haler.

A peine eurent-elles roulées sur le toit, qu'elle perçut en contrebas le passage des hommes.

Moins une !

Le souffle encore court, Natsuki se tourna vers la jeune fille :

« Merci. » elle haleta et la gamine se contenta de hocher la tête, ses pupilles mordorées braquées sur elle.

« Non, c'est à nous de te remercier plutôt. »

La deuxième détrousseuse venait de revenir à elle. Assise à quelques pas d'elle, elle la gratifia d'un sourire, frottant en même temps sa mâchoire endolorie.

A la lumière de la lune, la brune avisa que celle qu'elle avait prit pour une enfant était en réalité une femme faite. A peine un ou deux Printemps de moins qu'elle, si Natsuki pouvait en juger.

Et si on ne tenait pas compte de sa silhouette osseuse et des haillons qu'elle portait, son teint laiteux contrastant avec sa chevelure de feu et ses yeux verts pétillants de malice, lui donnaient un certain charme.

« Nao Zhang. » Elle tendit sa main vers la rôdeuse.

« Natsuki. » Elle la lui serra brièvement avant que la rouquine désigne son amie :

« Elle, c'est Mikoto. » La gamine lui adressa un bref geste de la tête.

« On t'est redevable » Et devant le haussement d'épaule de Natsuki, elle insista :

« Si, sans toi j'serais au mitard, et crois moi pour y avoir déjà fait un tour c'est pas la joie là d'dans ! T'es étrangère, vrai ?

Natsuki approuva, méfiante : « je suis arrivée en ville dans la soirée.

- Ouais et c'est la misère pour trouver un hébergement, non? Alors voila c'que j'en dis : tu t'ramènes avec nous et on t'offre l'hospitalité pour la nuit et de quoi becqueter et après cela on sera quitte. Marché conclu ? »

La brune hésita. La proposition était intéressante en tout cas plus que de passer la nuit dehors à devoir échapper aux patrouilles. Mais elle ne devait pas oublier que les deux filles qui lui faisaient face étaient des brigands.

Nao dut sentir sa défiance :

« Allez, quoi ! Promis on n'est pas du style à tâter pas du surin pendant ton sommeil! C'est vraiment de bon cœur que je te fais cette proposition ! »

Natsuki esquissa un faible sourire : comment osait-elle dire ca après ce qui venait de se passer ? une embobineuse à n'en pas douter.

Un tonnerre gronda au loin, et bientôt une fine pluie vint ricocher contre la toiture. Elle soupira, finalement défaite.

Sa main vient machinalement tapoter sa lame, callée contre sa cuisse. Au pire des cas, elle avait de quoi se défendre si ses belles paroles viraient au fiel.

« Je vous suis. »


Natsuki s'était attendue à ce qu'elles l'emmènent dans une sorte de gargote malodorante, un repaire de traîne-misère ou d'une guilde obscure.

Non pas à se tenir face à une auberge qui avait l'air tout à fait respectable.

Une bonne masure à deux étages, planquée au pied de la muraille, aux parois tapissées de lierre. De derrière leurs épais rideaux, les larges fenêtres du rez-de-chaussée laissaient filtrer une lumière chaude et rassurante. Sur la devanture, battant contre la porte d'entrée en bois massif, une enseigne en fer forgé annonçait : « Auberge du Dragon Rouge ».

Une agréable odeur de repas emplissait la rue et le tout était suffisamment accueillant pour que Natsuki baisse sa garde. Juste un peu.

Du coin de l'œil, elle vit les deux filles s'échanger un regard entendu avant que la plus jeune disparaisse, sa gigantesque claymore sur le dos.

« Où va-t-elle ? s'enquit Natsuki, sur la défensive.

« Quitter son épée, t'inquiète pas ! » La rousse blagua et un instant plus tard, Natsuki vit effectivement la gamine réapparaître désarmée. Elle lui passa devant, toqua brièvement à la porte avant de leur lancer un regard éloquent.

« Elle n'est pas très bavarde ton amie… »

La roublarde s'esclaffa : « Ouais ! Elle a comme qui dirait donné sa langue au chat ! »


L'intérieur donnait cette même impression de demeure rustique.

Une vaste salle au plancher de bois et dont la charpente basse était noirci par la fumée des quelques lanternes éclairant les lieux. Des tablées, nombreuses et éparses, contenaient encore des reliefs de repas qu'un jeune garçon aux cheveux cuivrés s'affairait de débarrasser.

Un large comptoir séparait la salle des cuisines. Seuls deux clients l'occupaient : un vieil homme qui fumait tranquillement une pipe, sa chope de bière à la main et un autre, qui lui, la tête posé sur le bois, semblait avoir eu son comptant d'alcool.

Au fond de la pièce, un escalier semblait donner sur l'étage supérieur, probablement destiné aux chambres, et au plus grand plaisir de Natsuki, une grande cheminé propageait une douce chaleur, salutaire après l'averse qu'elles venaient d'essuyer.

Natsuki se serait presque sentie en confiance. Presque, car la tenancière qui lui faisait face la dévisageait avec suspicion.

C'était une femme d'une quarantaine d'Automnes à la poitrine opulente dont la chevelure auburn et les yeux d'un mauve claire trahissaient des origines venues de l'Ouest. Une belle femme malgré sa mine austère et la position autoritaire qu'elle affichait face à Natsuki.

Le poing serré sur un torchon, l'autre posé sur sa hanche, elle avait écouté le laïus de Nao sans dire un mot avant de secouer la tête, inflexible.

« P'tain ! Mais je t'dis que c'est vrai ! » la roublarde argua de plus belle, à grand renfort de geste :

« Y avait ces gars qui cherchaient l'embrouille, mauvais comme tout, et v'là qu'y a cette femme qu'est venue nous aider. Regarde ! Y en même un qui m'a cogné ! Dis-lui Mikoto.»

Assise près du feu, un gros chat posé sur les genoux, la gosse se contenta d'acquiescer avec sérieux.

« Nao ! » L'aubergiste agitait son torchon face à la jeune femme. « Je commence à connaître tes combines ! Et il est hors de questions que j'accueille tout les voyous avec qui tu décides de t'acoquiner ! Déjà, estime toi heureuse que je ne te mette pas dehors quant tu débarques comme ca en pleine nuit. Le nombre de fois que Tate a dû te ramener de la commanderie… »

D'un geste de la main, Natsuki l'interrompit.

« C'est bon, je vais m'en aller. » En face d'elle la roublarde lui lança un regard désemparé :

« Non ! Mai s'il te plaît ! T'vas pas la laisser d'hors avec c'temps de chien quand même !»

Natsuki se contenta d'hausser les épaules, elle trouverait bien un moyen ou un autre pour s'abriter.

Alors qu'elle allait lui répondre, son estomac décida de se manifester.

Un gargouillement assez fort pour être entendu dans toute l'auberge.

Natsuki baissa les yeux, les joues rouges de gêne. Un raclement de gorge pour reprendre contenance, et elle réajusta sa cape, s'apprêtant à sortir.

« Attendez !» La voix soucieuse de la tavernière l'arrêta.

« Il est de quand votre dernier repas ?

- Ce matin, maugréa la brune.

- un vrai repas ? »

Natsuki fit un geste évasif. Un vrai repas ? Cela devait dater d'au moins une Lune. Voire peut-être même deux.

« Je ne sais plus, j'ai traversé les plaines de Tilverton pour me rendre à Amon Romen. Et il n'y a pas vraiment d'auberges dans les landes. »

La patronne soupira bruyamment avant de s'avancer vers elle, portant une main chaude à son visage.

« Vous êtes gelée ! »

Elle agrippa le haut de son vêtement trempé la poussant vers la cheminé.

« Asseyez-vous ! » Elle la lâcha sur un banc.

« Il doit bien y avoir des restes en cuisine. »


Un instant plus tard Natsuki contemplait devant elle "les restes" en question.

Une large bolée de soupe sentant bon le potiron et la châtaigne. Des grands tranchoirs de pain emplis de confit de canard et accompagnés d'une purée de pommes. Un broc d'eau fraiche et un autre plus petit contenant un vin aromatisé d'épices. Un plateau de fromage. Et pour finir, une coupe débordante de fruits de saisons.

Le bol entre les mains, humant le fumet, elle réalisa que cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas prit un véritable repas qu'elle en avait presque oublié la saveur des aliments. La chaleur qui se diffusait dans ses paumes lui rappelait également à quel point elle était transite de froid.

Après quelques gorgées délicieusement bouillantes, elle leva enfin les yeux vers la patronne.

« Excusez moi, je ne me suis même pas présentée : Natsuki. »

Malgré son air chaleureux, une lueur de méfiance persistait dans ses yeux améthyste.

« Natsuki comment ? » La femme demanda.

La rôdeuse grimaça. Le temps ne lui avait pas rendu sa mémoire, et mise à part quelques bribes de souvenir fragmenté concernant vaguement son agression, son passé restait un néant complet.

La tavernière dut sentir son embarras, car sans attendre de réponse elle lui tendit la main :

« Tokiha Mai, et comme vous l'avez probablement compris je suis la tenancière de cet auberge. »

Sans plus de cérémonie, elle se détourna d'elle, rejoignant le jeune homme derrière le comptoir.

Du coin de l'œil, Natsuki vit la patronne s'entretenir avec le garçon. Celui-ci lui lança un regard à la dérobé avant d'attraper sa pelisse et sortir de l'établissement.

Suspicieuse, elle n'eut pourtant pas le temps de s'attarder sur ce problème : les deux roublardes venaient de s'installer à sa table, piochant allégrement dans ses plats.

Nao attrapa le pichet de vin, s'en servi un godet avant d'en offrir un à l'étrangère.

« Vas-y, goute ! » lui lança-t-elle.

Natsuki trempa ses lèvres dans le breuvage. L'alcool était doux, sucré et fruité.

« Il est bon.

- Ouais, c'est un vin du Sud, pas de la piquette du Nord »

La brune en reprit une gorgée. Plus amer, cette fois-ci. Le gout douçâtre du vin lui rappelait en effet celui qu'on servait au sanctuaire. Elle repoussa sa chope tandis que la rouquine enchainait les questions sous le regard attentif de son acolyte :

« Et donc t'es quoi au juste ? Une voyageuse ? T'viens d'où? T'es ici pour les affaires ? »

Natsuki préféra éluder, répondant dans le vague :

« Une voyageuse, on peut dire ca. » Après tout elle préférait ce terme à celui de rôdeuse, qui dans les villes était synonyme de vagabond.

« Ah ouais, continua la jeune fille, et t'as beaucoup voyagé ? T'as vu quoi d'intéressant ? »

Natsuki dissimula un sourire, se prêtant malgré elle au jeu des questions.

« Mhm… » Elle fit semblant de réfléchir, un index tapotant son menton, s'amusant des mines sérieuses qui lui faisaient face.

« Un troll, une fois dans une forêt du Sud. » Les yeux des jeunes filles s'écarquillèrent avec enthousiasme.

« Des marins, venant d'au delà de la Mer des Dragons, capables de changer d'apparence. Des tribus de nomades qui arpentaient les Pics des Tonnerres sur le dos de gigantesque ours… » Elle s'arrêta quelques instants, profitant de son auditoire subjugué. Les citadins ignoraient bien souvent les peuples et créatures qui pouvaient vivre au-delà des murs des villes.

Elfes, gnomes, nains et halfelins, avaient depuis longtemps déserté les grandes citées des Hommes, préférant le calme des bois ou bien la tranquillité de leurs immenses royaumes oubliés. Tout cela, pour celui qui ne sortait pas de sa demeure, n'était au finale que de simple légende.

Tout comme ces peuples de l'ombre : gobelins, change-peaux et orcs…des contes pour effrayer les enfants, voila ce qui en restait. Pourtant plus d'un aurai été effrayé en apprenant ce qui parfois pouvait se terrer dans les profondeurs d'une ville.

Elle reprit en guise de conclusion:

« Et des ensorceleurs vivants dans les sombres forêts. »

Mais sa dernière réplique n'eut pas le succès escompté :

«Des ensorceleurs ? Des magiciens, quoi ! La magie, ca c'est commun ! » la rouquine targua, puis pointant du doigt la gamine :

« Regarde, Mikoto, elle en fait de la magie ! »

Impassible, la fillette sortie une rondelle de cuivre de sa poche puis commença à la faire rouler sur ses phalanges. La pièce glissa dans sa paume avant de disparaître.

La brunette tendit alors sa main vers l'écuelle de Natsuki pour en refaire sortir sa monnaie.

« Jolie. Mais ce n'est pas de cette magie dont je faisais allusion.

- De quoi alors ? Y a plusieurs types d' magie ? »

Un claquement sec contre le comptoir arrêta le jeu de Natsuki.

Mai, la tavernière, la foudroyait du regard.

« Mikoto ! Va donc aider en cuisine ! Et toi, Nao, occupe toi du bain de ton invité ! »

Les deux filles déguerpirent laissant seule une Natsuki terriblement embarrassée face au regard inquisiteur de la patronne.


Avec précaution, Natsuki posa un pied sur l'empierrement rugueux et humide.

La salle d'eau était baignée de vapeurs chaudes, de l'odeur douce du savon, rendant l'atmosphère pesante et moite. Rien de tel après son long voyage et son périple durant la soirée.

A cotés du baquet d'eau, une serviette épaisse était accrochée. Elle l'attrapa, l'enroulant autours de son corps avant de sortir du bassin. Une simple cuve de bois en faite, assez large pour une personne, emplie d'eau bouillante.

Elle eut un regard pour son tas de vêtements, jeté pêle-mêle dans un recoin de la pièce. Maintenant qu'elle se sentait enfin propre elle n'avait guère envie de remettre ses frusques.

La serviette fera l'affaire.

Du moins pour rejoindre sa chambrée et y passé la nuit. Le lendemain…Natsuki soupira.

Le matin était encore loin et pour l'instant sa principale préoccupation était de passer une bonne nuit de sommeil.

Elle attrapa ses affaires, se dirigeant vers la sortie.

Au dernier moment, elle marqua un arrêt. Un miroir était accroché à un mur.

Elle s'approcha et d'un revers de main, essuya la buée qui imprégnait la surface froide.

Un court instant d'hésitation, proche du trouble.

C'est vraiment moi? Depuis combien de temps n'ai-je pas croisé mon reflet ?

Le visage qui lui faisait face avait une allure sauvage, avec ses pommettes hautes et saillante et sa peau bien trop blême. Les deux cicatrices qui s'étiraient sur son visage n'arrangeaient guère son apparence. Deux sillons bruns, dont un marquait méchamment son menton et dont l'autre zébrait largement sa tempe.

Elle repoussa quelques mèches détrempées de ses longs cheveux sombres, dévoilant ses yeux.

Ses prunelles, d'un vert pâle, étaient transparentes comme du verre, dures et cassantes. Une étrange lueur semblait briller dans ses iris, rendant son regard fiévreux.

Celui d'un animal affamé.

Affamé, c'est bien le mot qui convient…Elle nota, ironique, en entrapercevant son corps, fin et émacié, qui se dessinait sous l'étoffe.

Elle se dévisagea encore un instant avant de laisser échapper un rire nerveux.

Un mouvement de tête pour chasser son amusement, et elle sortie de la salle.

Je comprends mieux pourquoi aucun aubergiste n'a voulu me louer une chambre…

Un ricanement filtra d'entre ses lèvres. Et ces deux roublardes devaient vraiment être inconscientes pour oser s'attaquer à moi !

Arrivée dans le couloir, son rire stoppa net.

La tavernière l'attendait fermement devant la porte de sa chambre. A ces cotés, elle devina une autre silhouette.

Celle d'un homme portant l'armure rouge des Dragons Pourpres.

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