Second texte de ce petit recueil, on retourne cette fois sur deux jeunes hommes que j'aime beaucoup: Aphrodite et Rune.

Ce texte est un genre de séquelle à "Contrefaçon", la lecture de celui-ci n'est pas spécialement nécessaire pour comprendre ce One Shot. Si je ne l'ai pas placé à la suite de "Contrefaçon", c'est parce que je ne mentionne plus le couple de base (Minos-Albafica)... et aussi parce que j'hésite sur différentes suites à Contrefaçon alors il n'est pas impossible que je poste d'autres petites séquelles à ce récit que j'aime bien. Je trouve ce pairing inattendu plutôt intéressant et plaisant à découvrir. J'aimerais que vous preniez tout autant plaisir à la lecture.

Je remercie les reviewers du fond du coeur, ça fait toujours très plaisir de lire vos impressions, vos encouragements et tout ce qui va avec.

Brefouille, merci encore et je vous dis à bientôt pour le prochain texte !


Nos Nuits Partagées

–« Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? »

–« Puisque je t'assure que non. »

Dubitatif, Aphrodite regardait son hôte qui, lui, s'évertuait à lui tourner le dos, s'affairant à ajuster les couettes sur le grand lit majestueux. Puis celui-ci se dirigea vers une armoire pour en tirer un yukata de nuit aux teintes sombres et argentés. Le chevalier des Poissons suivait le moindre de ses mouvements comme un animal curieux. Il aimait bien découvrir son hôte. Il le trouvait intrigant avec ses manières et son impassibilité toute faite.

Le Balrog quant à lui se pinçait les lèvres. Il sentait clairement le regard de son « invité » dans son dos et… c'était dérangeant. Il n'était déjà pas habitué à recevoir chez lui mais si en plus il s'agissait d'un guerrier d'Athéna… et qu'elle idée lui avait traversé la tête aussi ? Comment avait-il pu lui assurer qu'il pouvait rester là pour passer la nuit ? Sûrement parce qu'une part de lui se sentait responsable de sa présence aux Enfers. Oui, ça pourrait sembler très idiot, voire complètement immature, mais il ne pouvait pas s'empêcher de voir le Poisson comme sa propriété. Après tout, Minos ne le lui avait-il pas offert ? Alors il lui fallait s'assurer un minimum de son confort avant qu'il ne puisse repartir au Sanctuaire.

Donc, d'accord, il était puéril à s'en sentir autant responsable. D'autant plus qu'Aphrodite était grand -de deux ans de plus d'ailleurs ! – et savait très bien se défendre tout seul. Mais, voilà, les faits étaient là, Rune avait tenu à ce qu'il demeure ici jusqu'à ce que les choses s'arrangent et, donc, ils se retrouvaient ici, tous deux dans la chambre, devant l'unique lit des appartements du Balrog. Bien sûr, en assurant à son invité surprise qu'il resterait ici, il n'avait pas réfléchit à la façon dont se déroulerait la nuit.

Forcément.

Rune sentait poindre la migraine.

Pourquoi y avait-il fallut qu'on lui offre un chevalier des Poissons d'abord ? Et sans raison en plus… ! Qu'est-ce qui avait bien put passer par les têtes de Griffon et de Garuda de ses supérieurs, franchement ? C'était à ne rien y comprendre… !

Donc, malgré la tension nettement palpable chez le procureur, qui s'obstinait à lui tourner le dos, l'actuel plus beau chevalier restait silencieux, bien qu'un sourire ourlait ses lèvres roses et qu'un de ses sourcils étaient galamment haussés. Pour sa part, cette colocation forcée ne l'embarrassait pas. Ca l'amusait même un peu. Un peu parce que bon, être prit pour une vulgaire marchandise et se faire encartonné vivant dans le plus simple appareil pour être offert ne faisait clairement pas parti de ses hobbys. D'accord, il n'était pas peu fier de sa plastique, mais tout de même, il aurait aimé au moins signer une demande d'autorisation de livraison… !

Cependant, au souvenir des rougissements de son charmant hôte à sa découverte, il devait reconnaître que ce petit séjour inattendu promettait d'être intéressant. Et puis ce n'était pas déplaisant d'être invité à partager les appartements d'un homme aussi énigmatique que charismatique comme l'était le procureur de Minos.

–« Je peux t'emprunter ta salle de bain ? », se décida à demander un Poisson radieux.

–« Fais donc. »

Tout guilleret, Aphrodite s'en alla donc se faire un brin de toilette, peignant sa chevelure azurée et rafraichissant sa peau avec un parfum de sa confection, il sortit quelques minutes plus tard, toujours de sa bonne humeur naturelle et revint se présenter dans la chambre une fois vêtu d'un peignoir léger prévu par son hôte. Il retint un gloussement amusé en avisant le spectre, rangeant des vêtements dans une armoire et vêtu de son propre yukata. Visiblement, celui-ci n'avait attendu que l'occasion de se changer sans public. Son colocataire trouva cette conduite très mignonne et cacha un rire derrière sa main. Un regard blasé violacé se tourna vers lui avec interrogation, mais il ne dit mot tandis que la rose bleutée lui assurait innocemment que ce n'était rien.

–« Côté droit ou gauche ? », interrogea-t-il pour changer de sujet, indiquant le lit épais et garnis de nombreuses couettes et oreillers.

Les orbes clairs se tournèrent vers la couche d'un air faussement désintéressé.

–« Je prendrai le côté libre. »

Cela le fit sourire.

–« Tu n'es pas du genre compliqué. », s'amusa à faire remarquer le beau chevalier.

Il scruta le lit l'espace d'un instant comme s'il cherchait à savoir à vue d'œil quel côté était le plus confortable. Rapidement toutefois, il se décida et, tel un félin, alla prendre place du côté droit, tâtant d'abord la place et les oreillers avec une expression satisfaite avant de s'engouffrer sous les couettes.

Suivant son curieux petit manège d'un regard intrigué, Rune haussa les épaules, allant souffler les quelques bougies éclairant la pièce.

–« Pas pour des choses si futiles... »

A son tour il s'avança avec prudence sous les orbes bleus qui le toisaient avec cette grande attention qui avait le don de l'embarrasser. Etait-ce le fait de l'avoir découvert nu dans son papier d'emballage qui le rendait ainsi ? Ou bien la perspective de partager sa couche avec ce chevalier qui était tout de même l'actuelle beauté du Sanctuaire ? Quoiqu'il en soit, il tâcha d'ignorer ce regard en approchant.

Les lèvres roses étaient étirées en un sourire intéressé bien qu'il ne le remarqua pas. Il n'était même pas conscient de l'intérêt du jeune homme pour lui et ne remarquait pas non plus que celui-ci cherchait à le découvrir doucement.

–« Oh ? Et pour quel genre de choses es-tu compliqué… ? »

–« La cuisine, le travail, l'hygiène, le tri, le nettoyage, le bruit, les relations avec mes pairs, les sentiments… », énuméra le Balrog par simple réflexe.

Et celui-ci se glissa à son tour sous les couettes chaudes et moelleuses, ne retenant pas un soupir de contentement qu'il avait de coutume à cet instant de la journée. Il se plaça sur son flanc droit, faisant ainsi dos à son beau colocataire.

–« Les relations et les sentiments, hein… ? »

Le murmure lui fit rouvrir les yeux dans la pénombre, angoissé.

Aphrodite quant à lui observait dans l'ombre le dos droit qui lui était offert. Son sourire s'était doucement fané.

Ce n'était pas une surprise, bien sûr, d'entendre le spectre avouer ses difficultés à créer des relations. Mais cela rappela au Poisson sa propre situation à leur résurrection. Traitre et assassin, il avait mis du temps avant d'accepter de se tourner vers les autres. Après tout, avant d'obtenir leurs pardons, il avait dû parvenir à se pardonner lui-même.

Son hôte n'était pas particulièrement désagréable, au contraire, il prenait plaisir à le découvrir. Mais il était évident que celui-ci se souffrait plus ou moins de ces complications qui le freinaient dans ses relations. Il était certain pourtant que, malgré tout, Rune appréciait sa présence. Pourquoi avoir tenu à ce qu'il reste avec lui sinon ? Il aurait bien pu partir à la recherche d'un autre hébergeur s'il n'avait pu dormir ici.

–« Ecoute, », soupira la voix lasse et hésitante du procureur. « J'ai du travail qui m'attends demain. Laisse-moi dormir, je te prie... »

Baissant les yeux, le Poisson obéit et n'ajouta rien de plus. Après tout, il ne voulait pas forcer son camarade à s'exprimer sur le sujet, même s'il aurait aimé en apprendre un peu plus sur cet étrange norvégien avec qui il cohabitait désormais.

La solitude et l'impassibilité semblaient représenter le Balrog. Droit, fier, travailleur, à l'image de son étoile. Il faisait la fierté de son juge.

Pourtant, Aphrodite ressentait l'étrange besoin de briser cette barrière qui le rendait inaccessible. Il était certain pouvoir y parvenir à force d'efforts. Rune s'efforçait à se maintenir à bonne distance des autres. Il n'aimait pas le bruit –ce qui constituait certes une excuse convenable- et suivait scrupuleusement les directives qu'on lui donnait. Certains le voyaient comme un névrosé du travail…

Aphrodite quant à lui, le voyait plus comme un jeune homme perdu, cherchant à se cacher et se perdre dans un travail trop pratiqué. Il semblait juste vouloir s'oublier, oublier les sentiments pour rester inaccessible. Avait-il peur d'être blessé ? C'était, en tout cas, ce qu'il croyait.

Les bras du chevalier d'or s'étendirent pour venir se refermer avec douceur autour de ce corps qui refusait de lui faire face, mais avec tout de même une légère fermeté. Il sentit nettement celui-ci se raidir et se crisper tandis qu'il venait le coller à lui, mais il le précéda avant qu'il n'ait pu penser dire quoi que ce soit pour l'obliger à le lâcher.

–« Pour ma part, cher Balrog, je ne te trouve pas tant asocial que ça. », avoua-t-il avec sincérité, un sourire fleurissant peu à peu sur son visage. « Pour être franc, je crois que ces vacances forcées ne vont pas être si désagréables que ça. Je t'apprécie, tu sais… ? J'aimerais que tu penses pareil, mais ce n'est pas grave… ! »

Les yeux parme s'ouvrirent de surprise et embrumés d'une émotion inconnue mais contenue. Il rougissait de gêne.

Les lèvres roses de son comparse déposèrent un baiser bruyant sur une joue désormais cramoisie bien que ce dernier ne la vit pas, puis il se réinstalla confortablement derrière lui et avec légèreté, tête sur ses oreillers.

–« Bonne nuit ! », souhaita-t-il avec bonne humeur, son nez se réfugiant plaisamment dans les mèches argentés.

Le corps prisonnier frémit à ce souffle chaud qui gagnait sa nuque mais, à nouveau, ne chercha pas à se libérer. Devant ce comportement insouciant étonnant -voire enfantin-, Rune hésitait, inconfortable à cette situation tout en l'appréciant un tantinet. Ces bras qui l'enserraient, cette étreinte douce et tiède… c'était… oui, c'était agréable, il devait le reconnaître.

Après un long moment, il se détendit un peu et ses mains plus timides se posèrent sur celles qui l'enlaçaient. La chaleur du chevalier des Poissons l'apaisait et, à son tour, il ferma les yeux.

–« Bonne nuit… »

Tous deux ne pouvaient que se satisfaire de cette première nuit qu'ils se retrouvaient à partager, enlacés dans le lit du Balrog.

Oui, ça aurait pu être pire pour une première nuit partagée, Rune aurait pu le repousser, Aphrodite aurait pu s'ennuyer de sa présence... mais ce n'était pas le cas. Cela les conforta et ils purent s'endormir, apaisés à cette simple idée.