Dans une ville bien peuplée, un loup blanc se promenait avec ses trois compagnons. S'ils ne se faisaient pas repérer, c'est parce qu'ils se transformaient à l'image des humains. C'était le pouvoir qu'ils avaient tous pour sauver leur peau. En effet, on détestait tellement ces bêtes qu'ils avaient souvent pour métier chasseurs de loups.
Les quatre promeneurs avaient joué un rôle pour la construction de ce monde qui avait retrouvé toute sa vitalité. Ils se nommaient :
-Kiba, qui semblait être le chef de cette bande. Sous sa forme humaine, il ressemblait à un jeune homme brun aux yeux bleus. De taille et de poids raisonnable, il portait un jean banal, un tee-shirt simple et blanc ainsi que une veste noire. Au caractère assez calme, il paraissait très sure de lui. Mais il ne fallait pas s'y tromper, lui aussi avait ses doutes et ses peurs.
-Igue était un loup brun plus gros que ses compagnons. Cependant on comprenait mieux lorsqu'on le voyait manger. Si on le laissait se servir seul sur une portion pour deux, il mangeait tout. Le garçon auquel il se transformait était châtain aux yeux aussi marron que les cheveux de Kiba. Il portait un sweat-shirt noir et jaune ainsi que un jogging couleur jean et des baskets.
-Tsumé était certainement le plus âgé de tous mais pas au point d'être un homme âgé même si, sous son apparence humaine, il avait les cheveux blancs. Sur sa poitrine, on voyait une cicatrice en forme de croix. Il cachait son air doux sous un caractère brutal et sec. Le loup qu'il cachait était gris. C'est donc certainement pour cela que les habits qu'il portait étaient noirs et ses cheveux blancs.
_Tomoé était le plus jeune du groupe. Sa forme humaine le représentait comme un enfant qui aurait environ une dizaine d'années habillé d'une chemise rouge, d'un pantalon vert et de bottes noires. Ses yeux et ses cheveux étaient comme ses yeux et son pelage de loup : jaunes et roux. Après s'être brièvement perdus de vue, ils s'étaient retrouvés dans un champ de fleurs de lune. C'était une fleur blanche qui émettait un parfum très agréable.
Ce jour là, ils cherchaient désespérément quelque chose à se mettre sous la dent puisqu'en tant que loups ils ne pouvaient manger que la viande. Cela les attirèrent à l'extérieur de la ville. Ils coururent longtemps à travers champs et à travers bois jusqu'à ce qu'ils arrivèrent devant une sorte de cristal. La paroi était à des endroits très doux et polis. Mais d'autres était aussi coupant que le bord du verre. Le loup blanc nommé Kiba annonça tranquillement :
« C'est bizarre. On dirait que c'est de la glace. Mais par cette chaleur, ça devrait fondre.
_C'est vrai, avoua Tsumé qui était resté à l'écart. C'est pourquoi on devrait s'en aller en vitesse. Je croyais qu'on était parti chercher de la bouffe.
_Ouh ! Tsumé a peur !
_Oh ! La ferme Igue ! Je n'ai pas peur ! Je suis prudent, c'est tout. Et puis, finalement, je m'en fiche pas mal de ce qui peut arriver.
_Tu ne disais pas ça lors de notre voyage pour la quête de Sidbadway, lui rappela Kiba.
_Hé ! Regardez à l'intérieur, interpella soudainement Tomoé. On dirait qu'il y a quelqu'un.
_Oui, tu as raison, acquiesa Kiba.
_Comme elle a l'air triste…
_Comment la fait-on sortir ? demanda Tsumé.
_Je crois qu'il suffisait juste de demander ! » annonça joyeusement Tomoé.
En effet, le cristal était en train de se fissurer pour, au bout de quelques minutes, libérer une jeune femme assez mal en point. Kiba courut afin de l'accueillir dans ses bras alors qu'elle tombait d'assez haut. Ainsi elle ne s'écraserait pas au sol. Une fois qu'il eut rejoint ses amis, elle ouvrit doucement les yeux. Tomoé lui demanda gentiment :
« Est-ce que ça va ?
_Pourquoi ne réponds-tu pas ? s'étonna Kiba au bout de trente secondes de silence. Tu es malade ?
_Je pense qu'il faudrait trouver un docteur en ville.
_Hé ! Je croyais qu'on allait manger, se plaignit Igue avant que Tsumé ne s'en charge.
_Plus tard. Il faut d'abord savoir ce qu'elle a… Hein !? s'étonna le loup blanc quand la jeune femme le pris par un pan de sa veste. Qu'y a t il ? Qui ?
_Qu'est-ce qu'elle dit ? voulu savoir Tomoé.
_Elle appelle une certaine Luminis. Ensuite elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas faire long feu sans cette Luminis.
_Elle divague, c'est certain, déclara Tsumé d'un air indifférent.
_Raison de plus pour l'emmener au plus vite chez le docteur, s'énerva alors le jeune loup. Plus vite on trouvera quelqu'un, plus vite elle nous dira qui elle est, ce qui s'est passé et…
_Alors tu viens l'avorton, le questionna Igue qui avait déjà pris la route avec les autres. Tu es encore à la traîne.
_C'est bon j'arrive ! »
Une bonne demi-heure plus tard, ils arrivèrent enfin en ville. Il ne manquait plus qu'à localiser le cabinet d'un médecin. Mais c'était difficile quand on n'y allait jamais et que l'agglomération était très dense. Cependant ils finirent par trouver grâce à une petite fille qui venait juste d'en sortir. Kiba y alla seul avec sa protégée pendant que les autres l'attendaient dehors. Heureusement, il n'y avait pas beaucoup de patient, ils purent donc passer très vite.
Après examination, le docteur annonça :
« A moins que je ne me trompe, cette fille n'en a plus pour très longtemps.
_Pourquoi ?
_Je n'en sais pas plus que vous.
_Mais vous êtes médecin, non ?! s'énerva subitement Kiba.
_Mais la médecine n'est pas absolue, jeune homme. Et j'avoue que c'est très bizarre.
_Que voulez-vous dire ?
_Son cœur semble s'affaiblir alors qu'elle n'est apparemment pas atteinte d'une quelconque maladie. »
Quand il ressortit, tout le monde lui posa pleins de questions auxquelles il ne répondit pas. Il se contenta de marcher d'une allure paisible en direction de l'endroit où il l'avait trouvée.
Une fois arrivée, il la déposa contre le tronc d'un arbre et il lui demanda :
« Peux-tu au moins nous dire ton nom ?
_Je… Je m'appelle Sonia… arriva-t-elle à articuler avec difficulté. Je… J'en étais sure que j'allais mourir… à partir du moment où Luminis n'était plus en moi…
_Mais qui est cette Luminis, bon sang de bon soir ?! commença à s'énerver Tsumé.
_Elle… était… comme une sorte… de copie de mon âme. Mon pouvoir… qui est ma source de vie.
_Un pouvoir qui te permettait de faire quoi ?
_Tellement de… choses…
_Tu pleures ? remarqua Tomoé.
_Tous mes amis sont morts à cause… des hommes qui convoitaient mon pouvoir…
_Tu viens d'où ? demanda Igue.
_Je pense… que je viens d'un autre monde. Ils ont dû m'envoyer ici afin que je ne les gêne pas… pendant leur conquête du monde… Du moins c'est ce que je pense.
_Comment ça se fait que tu avais un pouvoir ?
_Etait-il puissant ?
_C'est… une longue histoire. »
C'est ainsi que Sonia leur raconta tout depuis sa rencontre avec ses amis jusqu'à son arrivée dans ce monde.
« Mais… je ne sais pas vraiment… à qui je parle…
_Oh ! Désolé, nous ne nous sommes pas présentés.
_Ah ! Oui, c'est vrai. Eh bien moi c'est Tomoé. Enchanté de te connaître.
_Moi c'est Igue. Derrière c'est Tsumé et celui devant toi c'est Chiba !
_Je t'ai déjà demandé de ne m'appeler comme ça, lui rappela l'intéressé.
_Il est tout le temps moqueur, notre Igue, informa Tomoé.
_Mon nom est Kiba. Mais… qu'y a-t-il ? Tu fais une de ces têtes.
_Kiba et… Tomoé ?
_Oui, pourquoi ? s'étonna Kiba en essayant de retenir la jeune femme qui essayait de se lever.
_Je… vous ai vu… lorsque j'étais en train… de perdre mon âme. Vous êtes… des loups ?
_Vas-tu nous détester pour ça ? demanda brutalement Tsumé.
_Non… au contraire. Si je vous ai vu, c'est que nos destins son liés… Ce qui est étonnant… c'est que je n'avais pas vu Kiba sous sa forme humaine… du moins, je ne savais pas… à quoi tu ressemblais…
_Tu dis ça avec tant de tendresse dans ton regard que je veux bien te croire, et te faire confiance.
_Bon ! Si vous avez fini tous les deux, j'aimerai bien manger quelque chose, moi… s'impatienta tout d'un coup Igue.
_Tu n'as qu'à aller nous chercher quelque chose à nous mettre sous la dent, lui dit ironiquement Tsumé.
_Je suis peut-être un avorton mais on t'a déjà dit que tu étais un estomac sur pattes ?
_Bon, bon. Ca va. J'y vais.
_Il faudrait lui trouver des habits qui feront d'elle quelqu'un d'ici.
_J'y vais, se porta volontaire Tsumé. Même si on sait qu'elle ne fera pas long feu.
_Toi, Tomoé, tu restes à ses côtés. Je vais essayer de trouver un bon coin où passer la nuit.
_D'accord. Bonne chance.
_Il ne trouvera… pas, annonça doucement Sonia.
_Que veux-tu dire ?
_Tout simplement qu'il reviendra bredouille. Ce… Ce n'est pas moi qui le veux…
_Alors, comment le sais-tu ?
_J'ai peur de te le révéler… Même si je sais qu'il n'y a aucune raison pour que le malheur que j'imagine arrive… »
Sur ces mots, elle s'endormit. Plus tard, les trois loups revinrent. Igue avait réussi à trouver de la viande pour tout le monde mais il ne voulut pas dire où il l'avait déniché. Quant à Tsumé, il avait volé un jean foncé, une paire de chaussettes, une paire de bottes noires, un tee-shirt blanc, un pull gris et même des couvertures. Mais Kiba, comme l'avait prédit Sania, n'avait rien trouvé. On décida donc de passer la nuit au pied de l'arbre contre lequel la jeune femme dormait. On fit un feu de camp. Tsumé avait monté la plus grande couverture comme une tente afin qu'ils ne soient pas mouillés par la pluie. Tomoé veillait la mystérieuse Sonia qui dormait dans les couvertures pendant que Kiba partageait la nourriture devant les yeux envieux de Igue.
Le lendemain matin, le loup blanc se réveilla tôt. Il se leva et son premier réflexe fut de regarder comment allait leur jeune protégée. Mais il vit qu'elle n'était plus là. Il se dépêcha de sortir à l'extérieur et il la vit, debout face au vent, les cheveux dénoués. Elle avait enfilé ses nouveaux habits qui lui allaient comme un gant. Elle se retourna et, quand elle le vit, elle lui annonça avec un sourire sincère et radieux :
« Bonjour Kiba. Je vais beaucoup mieux aujourd'hui.
_Tu es sure ? lui demanda-t-il, en tentant vainement de se calmer.
_Oui. C'est bizarre… Je me sens en pleine forme alors que Luminis n'est pas revenue… Crois-tu que je vais tout de même mourir ?
_Je ne sais pas, mais j'espère de tout cœur que tu vivras longtemps.
_Merci. »
Finalement, ils rejoignèrent les autres qui commençaient seulement à sortir de leur sommeil.
Plus tard, quand tous furent prêts à partir, Sania leur demanda :
« Où comptez-vous aller ?
_Nous ne savons pas, répondit Tomoé. Mais j'aimerai bien voire si on peut trouver la fille-fleur qui nous a accompagnés très loin dans la quête de Sidbadway.
_Tu veux parler de Yuna ? voulut vérifier Igue.
_Oui.
_De quoi parlez-vous, si ce n'est pas indiscret ? Je suis une inconnue ici…
_Autrefois, ce monde était une ruine. Tous les quatre, nous sommes partis à la recherche du Sidbadway, un monde où les loups sont rois. Mais, les évènements ont fait que nous n'avons jamais sut à quoi il ressemblait. Une fille, ni fleur, ni humaine, nous a accompagnés dans notre quête. Elle s'appelait Yuna.
_Je vois. J'aimerai bien la rencontrer. Enfin… si vous voulez bien.
_C'est vrai ? s'étonna Tomoé. Tu veux nous accompagner ? Pourquoi ?
_Ouais ! Pourquoi une fille banale telle que toi voudrais rencontrer une fille-fleur et accompagner des loups qu'elle connaît à peine ? demanda avec force Tsumé alors que Sania, toujours souriante, baissait les yeux.
_Pour plusieurs raisons, répondit-elle avec douceur. Tout d'abord, je vous aime bien. Le fait que vous soyez des loups ne me gêne pas. Au contraire, c'est super de savoir qu'ici, on peut parler à certains animaux, en l'occurrence les loups, qui, en plus, m'ont aidée alors que j'étais en difficulté. Ensuite, je pense avoir une dette envers vous. Et enfin… je n'ai nulle part où aller. Alors ?
_Pour moi, même sans raison, tu pouvais nous accompagner, lui assura Kiba.
_Moi aussi, dirent en chœur Igue et Tomoé.
_Je vois. Finalement ça m'est bien égal.
_Tu ressemble à Fabien…
_Qui ? se retourna le loup à cicatrice, surpris.
_Oh ! Pardon. Il était un garçon avec un peu le même caractère que toi aux premiers abords. Mais au fond il était très gentil et très attentif aux autres… Il est mort le premier, le jour où je me suis fais enlever.
_Oui, tu nous en as parlé hier, l'arrêta Kiba avant qu'elle ne fonde en larme. Et ça s'est passé avant qu'on ne t'envoie ici.
_Ah! Ce gars-là…
_Et ça te laisse indifférent qu'elle se blesse pour te raconter une fois encore cette période difficile ? s'indigna Tomoé. Tu es vraiment sans cœur.
_Quoi ?!
_Ca suffit tous les deux ! cria Sania. Ca m'est bien égal de devoir répéter. Je le ferai autan de fois qu'il le faudra.
_Moi je ne veux pas que tu te fasses du mal…
_Tu es gentil Tomoé. Bon ! Et si on y allait, voire Yuna ? » demanda avec un grand sourire la jeune femme.
Pour Kiba, c'était clair, Sonia et Tomoé étaient devenus amis. Cela ne l'étonnait pas car le jeune loup aimait beaucoup les humains. En effet, il avait été élevé par une vieille femme qui l'avait recueilli quand il venait d'ouvrir les yeux. Mais elle était morte un an après. Elle avait été renversée par un bolide qui roulait à une vitesse supérieure à celle réglementée en ville. Mais il se demandait qu'est-ce qu'il en était pour Igue qui se cachait sous son air « je ne regarde que mon estomac qui cri famine » et Tsumé sous celui qui dit « je suis désagréable avec tout le monde ». Et lui ? L'aimait-il ? Il n'aurait pas sut répondre.
Tout le monde marchait tranquillement sous la demande du grand loup blanc qui ne voulait pas fatiguer inutilement Sonia. Celle-ci ne se plaignait jamais et gardait souvent le sourire. Elle ouvrait même la marche en compagnie du jeune loup qui lui racontait leurs aventures les plus folles et décrivait Yuna avec beaucoup de passion. Et Tsumé, qui fermait la marche, semblait bouder. Il se disait que ce n'était plus la même chose qu'avant son arrivée et qu'on ne pourrait plus faire comme si elle n'avait pas existée. Pour sa part, Igue était curieux de savoir ce qui allait se passer. Comment allait réagir la fille-fleur devant Sania ? Qu'allait-il se passer lors de leur rencontre ? Allaient-ils vraiment retrouver Yuna ? Toutes ces questions resteraient, de toute manière, sans réponse si on ne cherchait pas. Il demanda alors à la jeune femme :
« Dis-moi, Sonia ? Sais-tu où nous allons ?
_Je dirais… qu'il faudrait trouver un champ de fleurs de lune ou aller là où vous avez vu votre amie la dernière foi.
_Et si on commençait par là-bas ? proposa Tomoé très enthousiaste.
_Bonne idée, reconnu Kiba. Qu'en penses-tu Tsumé ?
_J'en pense que je m'en fiche. Faîtes ce que vous voulez, de toute façon je vous suivrais où vous alliez.
_Alors c'est décidé. Direction l'arbre de vérité ! » s'exclama Igue.
IIAprès avoir longtemps marché et courut, passé des nuits dans des grottes ou à la belle étoile et traversé de multiples villes, la petite troupe arriva enfin au pied d'une montagne très particulière. En effet, celle-ci montait au-dessus des nuages et était creuse. Pour atteindre l'intérieur, il fallait escalader le flanc du mont sur lequel se trouvait un arbre qui était un gardien de la montagne même s'il n'en avait pas l'air. On le nommait l'arbre de vérité. C'était à l'intérieur que Kiba avait vu Yuna pour la dernière fois. Ce jour-là, elle se fanait mais elle avait aussi été maltraitée par un loup sans foi ni loi qui ne désirait qu'une chose avant que le poison qui se trouvait dans le sang vert de la fille-fleur n'agisse : être le roi du Sidbadway, seul, sans aucun loup à ses côtés. Cette bête était noire, avait un caractère violant et il était solitaire comme un vagabond.
Sonia était sidérée par la beauté du paysage. Elle s'imaginait un paysage de glace et de neige. Mais à la place c'était des pierres qui cachaient un chemin entouré de magnifiques fleurs s'offraient à elle. Elle dit d'une voix faible :
« Je ne m'attendais pas à ça…
_Nous non plus, tu sais ? la rassura Igue.
_Quand nous y sommes allés, il neigeait sans arrêt. Je pense qu'aucun d'entre nous ne pensait voir un paysage aussi splendide.
_Non, c'est vrai, Tsumé. Mais ne serais-tu pas en train de t'attendrir ? demanda Tomoé
_Non mais tu m'as bien regardé ?!
_J'observe chacun de tes gestes, pourquoi ?
_Et tu te moques de moi en plus ?!
_C'est fini tous les deux ?
_Chiba a raison. Il nous faut garder nos forces pour la petite grimpette qui nous attend.
_Tu n'es pas mieux avec ton surnom débile.
_Pardon…
_Bon, on grimpe ? s'impatienta Sonia qui en avait marre des disputes.
_Oui. C'est mieux que de rester à se disputer pour rien. » répondit Tsumé.
Et ils reprirent leur route.
Pendant la rude escalade, les loups furent plus agiles donc moins facile à suivre pour Sonia. Heureusement ils l'attendaient et l'aidaient à chaque fois qu'elle en avait besoin. Malgré le grand fossé qui restait entre Tsumé et la jeune femme, le caractère du grand loup à la cicatrice s'était radouci. C'était les faits, même s'il les contestait. La jeune femme ne le comprenait pas et cela lui faisait mal. Effectivement il lui rappelait les mauvais souvenirs que lui avaient laissés les années avant qu'elle ne rencontre Espérance et Jade.
Enfin ils arrivèrent tous sains et saufs près de l'arbre de vérité qui était magnifique malgré ses quelques milliers d'années. Des fleurs aussi blanches que la neige étaient éparpillées dans son feuillage qui était d'un vert éclatant. Le petit groupe s'en approchèrent. Soudain, la plante imposante bougea une de ses branches en direction de Sania qui eut un mouvement de recul. Les racines sortirent donc du sol et l'attrapèrent et la branche se posa sur le front de la jeune femme. Cette dernière ne bougea plus. Tsumé s'énerva donc :
« Mais c'est quoi cette histoire ?!
_Ne vous inquiétez pas, jeunes loups, répondit l'arbre. Je renvoie seulement votre nouvelle amie dans ses véritables souvenirs. Peut-être vous racontera-t-elle sa vie depuis le début. Mais pour cela, il faut qu'elle voyage au plus profond de son âme.
_Pouvez-vous nous dire si c'est plus ou moins triste que ce qu'elle nous a raconté ? demanda timidement Tomoé.
_Je ne sais pas ce qu'elle vous a raconté. Par contre je sais qu'une vie malheureuse reste une vie malheureuse. Maintenant laissons-la explorer sa vie, en silence »
Tous portèrent leur regard sur Sonia qui semblait dormir les yeux ouverts.
IIILa jeune femme s'était retrouvée dans un paysage qui lui semblait étranger. Elle allait paniquer et appeler les loups dont elle avait remarqué l'absence quand une main qui lui semblait familière se posa sur son épaule. Elle se retourna et vit une dame plus grande qu'elle qui la regardait avec un doux regard, comme une mère regarderait son enfant. Elle ressemblait à une déesse aux longs cheveux d'or qui portait une magnifique robe blanche et lumineuse d'apparat. Sa peau blanche paraissait transparente et ses yeux ne portaient aucune couleur. Elle parla d'une voix cristalline :
« Bonjour jeune demoiselle.
_Qui êtes-vous ? Où suis-je ?
_Tu es au plus profond de ton âme. Pour que les choses soit faciles à comprendre, je vais te montrer ce que tu dois savoir.
_Que voulez-vous dire ? »
Mais avant que la belle dame ne réponde, un paysage se forma. Elle se trouvait dans une grotte très sombre. Au milieu de la grande salle principale, au milieu des stalagmites et des stalactites, un œuf attendait le moment où il devait éclore. Sania se demanda à quel animal appartenait ce bel objet de couleur ambre. Soudain, la coquille craquela. La grande dame invita la jeune femme à s'approcher. Cette dernière hésita puis, doucement, elle enchaîna les pas en direction de la créature, toujours dans sa coquille. Sa surprise fut grande quand elle vit que c'était elle qui se trouvait à l'intérieur. Elle se rappela alors son étrange tâche de naissance sur son épaule droite. Elle était de la même couleur que la coquille. C'est à ce moment où le nouveau-né cria d'une voix suraiguë « Fria ». La voix cristalline s'éleva :
« C'est son prénom.
_C'est donc… le mien ?
_Oui, ma jeune Silry.
_Qu'est-ce qu'une Silry ?
_C'est le nom de notre tribu dont tu es la dernière survivante. C'est moi qui t'ai mise au monde.
_Je vous avais pris pour une déesse. Pourquoi suis-je seule ? Et je sens un grand danger. Qu'est-ce ? Et pourquoi n'êtes-vous pas avec votre enfant, enfin…
_Ce sont des insectes qui attendent d'avoir à manger. Et, pour répondre à ta deuxième question, quand je t'ai pondue, j'étais sur le point de mourir car je n'avais plus d'énergie vitale. »
En effet, des espèces de mille-pattes apparurent et, une fois que l'enfant, qui ressemblait déjà à une adolescente, fut sortie, se jetèrent sur la nourriture qui leur était offert sur un plateau d'argent. Mais elle ne se laissa pas faire. Elle poussa un cri strident qui désorienta les bestioles qui allèrent directement dans la gueule des plantes carnivores qui attendaient un peu plus loin. La petite sortit et s'avança, debout sur ses deux jambes, vers les plantes. Puis, elle vit la sortie et pris sa direction. Dehors, il faisait nuit. Quand elle sortit, elle vit un paysage splendide : un lac entouré d'un magnifique champ de fleurs au-dessus desquelles volaient des lucioles. Mais la fillette s'en moquait : son but était de retrouver sa mère. Et comme elle n'en trouva pas la trace, elle fondit en larme. La pauvre petite criait désespérément en sanglotant : « Maman ! Maman ! » sans que personne ne lui réponde. Finalement, elle s'endormit au pied de l'arbre unique qui se trouvait à côté d'elle. Pendant la nuit, des hommes en noir vinrent enlever la petite qui dormait profondément. Puis, quand ils furent arrivés dans leur quartier général, ils la plongèrent dans une sphère remplie d'eau transparente et lumineuse. La grande dame pris alors la parole alors que les images disparaissaient :
« A partir de là, tu es restée ainsi. Jusqu'au jour où tu t'es enfin servi d'un de tes pouvoirs. Si tu étais sur le point de mourir lorsque les loups t'ont trouvée, c'est parce que tu étais affamée, épuisée…
_Donc le monde dans lequel j'ai soi-disant grandi était faux ? Mes amis aussi ?
_Oui.
_Plus j'y pense et plus je me dis que vous ressemblez à Miss Kaïo qui se trouvait dans mes faux souvenirs.
_C'est parce qu'inconsciemment, tu m'imaginais. Tu imaginais à quoi pouvaient ressembler tes parents.
_Comment était mon père ?
_Comme l'homme que tu appelais Toya. Je n'ai jamais su où il était partit et ce qu'il est devenu. Peut-être auras-tu la chance de le rencontrer.
_Et vous ?
_Je me suis installée dans ton cœur. Ainsi je peux, d'une certaine façon, voire ma fille grandire au fil des années.
_Pouvez-vous me parler de notre tribu, je vous prie ?
_Nous n'étions que des femmes. Nous unions nos vies à celles des hommes où aux animaux desquels on pouvait prendre la forme. Nous vivions tous ensemble en harmonie, en nous mélangeant. Puis des humains avides de pouvoirs vinrent pour toutes nous tuer. Au début, j'étais la seule survivante mais j'avais été mortellement blessée. Mais, heureusement, j'ai préservé ma race en te mettant au monde, Fria, ma petite fille.
_Comment savoir en quel animal puis-je me transformer ? Et qui va m'apprendre à utiliser mes pouvoirs ?
_Ce sont deux gros problèmes, en effet.
_Pourquoi donc est-ce de gros problèmes ? demanda Fria sans cacher sa grande surprise.
_Nous, les Silry, n'apprenons la vie que par nos mères.
_Alors apprenez-moi pendant mon sommeil.
_D'accord. Mais on alternera l'histoire du monde avec l'apprentissage des pouvoirs.
_Si tu veux. » répondit avec un grand sourire la petite fille qui, en fin de compte, ne commençait à vivre réellement que depuis quelques jours.
IV
Les jeunes loups attendaient patiemment pour certains le réveil de leur amie, toujours entre les racines de l'arbre. Les autres tournaient sans cesse en rond. Puis, après trois jours d'attente, l'arbre de vérité leur annonça :
« Votre amie se réveille enfin. Je pense qu'elle va avoir des tas de choses à vous raconter, dit-il en relâchant la jeune femme qui semblait sombrer encore un peu dans l'inconscience.
_Merci. » le remercia poliment Kiba alors qu'il prenait sa protégée dans ses bras.
Quelques minutes plus tard, elle reprit connaissance. Elle regarda autour d'elle et se souvint du pourquoi et du comment elle se trouvait en ces lieus. Elle reconnut même ses amis. Elle se releva et chercha à se repérer. Tomoé s'approcha d'elle doucement en se disant que se n'était pas le moment de se jeter dans ses bras. Quant à Tsumé, il se demandait s'ils n'avaient finalement pas Yuna, là, devant leurs yeux. Igue répondit à sa question silencieuse :
« Je ne pense pas qu'elle soit notre fille-fleur préférée, sinon elle sentirait le parfum de la belle fleur de lune.
_Tu as raison, soupira Tsumé qui avait l'espoir de ne plus avoir à escalader l'imposante montagne.
_Alors, Sonia ? demanda Kiba. Qu'as-tu découvert ?
_Je m'appelle Fria, lui répondit-elle avec un grand sourire. Je suis la dernière Silry dans ce monde.
_Mais… Et tes souvenirs ? faillit s'étouffer Igue.
_Ils étaient faux. Ma maman m'a tout raconté.
_On dirait que tu es encore une petite enfant.
_C'est le cas, Tsumé.
_Quel âge as-tu ? demanda Tomoé.
_Heu… J'ai à peine… cinq ans.
_Tu te moques de nous.
_Non. C'est ma maman qui me l'a dit.
_Ca expliquerai son soudain changement de comportement, commenta Igue. Avant elle semblait être une adulte, mais maintenant nous avons en face de nous quelqu'un presque de l'âge de notre avorton préféré.
_Avant, je pensais tout connaître de la vie. Maintenant que je connais mes véritables souvenirs, je n'arrive pas à retrouver mes habitudes.
_Peux-tu me dire où est ta mère ? lui demanda tendrement Kiba en la prenant par les épaules et en mettant ses yeux dans les siens.
_Ici, répondit-elle en mettant sa main droite sur son cœur. »
Après s'être assuré que leur amie se souvenait de leur présence ici, il recommencèrent à escalader la montagne afin d'atteindre le sommet avant la tombée de la nuit. Fria semblait en pleine forme et beaucoup plus agile qu'avant. Elle regrettait de ne pas leur avoir dit qu'elle pouvait se transformer en animal, mais comme elle ne savait pas encore lequel, elle continua à garder le silence sur ce sujet.
Après une longue et épuisante montée, ils aperçurent un champ de fleurs de lune au fond du cratère. Un chemin permettait d'y accéder. Ils commencèrent à descendre, mais, n'y tenant plus, Fria courut comme si elle faisait une course suivit par Tomoé qui était aussi devenu tout fou en revoyant ces fleurs qui hantaient ses rêves. A l'arrivée, ils s'arrêtèrent net afin de ne pas abîmer le magnifique spectacle qui s'offrait à eux. La Silry s'avança et s'agenouilla. Puis, sous le regard étonné de tous, des larmes roulèrent sur ses joues.
La nuit tomba doucement. Quand il fit noir, des lucioles apparurent. Ce spectacle enchanteur empêcha les loups de s'endormir. Ils virent alors que leur amie se transformait : ses cheveux d'or grandissaient à vue d'œil et ses oreilles poussaient et se pointillaient à leurs extrémités. Quand ce fut fini, elle se dirigea vers l'autre côté où se trouvait un point d'eau. Là, elle entra dans le liquide glacé, et elle maîtrisa l'eau. Elle fit des figures grandioses : elle passa de simples traits à des figures compliquées en laissant des traces du passage de l'eau. Fria, aidée de sa mère, s'entraînait à utiliser l'un de ses pouvoirs.
A l'aube, elle sortit de l'eau et alla se sécher. Kiba l'aida et l'assit contre un arbre. Il remarqua que ses cheveux et ses oreilles avaient gardé leurs transformations. Il lui demanda d'une voix douce :
« Que s'est-il passé ?
_Oh ! Trois fois rien, essaya de le rassurer Fria. Je me suis entraînée avec maman pour maîtriser mes pouvoirs.
_Et ce changement soudain d'apparence ?
_Je suis maintenant redevenue moi-même. Ne t'inquiètes pas. Je vais très, très bien.
_Tant mieux. Dis-moi, sais-tu où se trouve Yuna ?
_Oui. Elle est parmi les âmes des fleurs de lune, les Flores. Donc ici.
_Nous avons réussi.
_Que se passe-t-il ? demandèrent leurs compagnons en arrivant vers eux.
_Nous avons réussi, leur répondit Kiba, un grand sourire aux lèvres.
_Ouais ! »
A ce moment précis, une fille au parfum agréable, accompagnée d'une vieille femme et de jeunes créatures semblables, avança vers eux, l'air surpris. Kiba se releva. Personne ne disait un mot. Ce fut alors Fria qui la prit à cause du malaise que provoquait ce silence prolongé :
« Bonjour ! Je m'appelle Fria. Et vous ?
_Tu es la petite qui nous a vendues, il a cinq ans. Par ta faute nous avons dut nous cacher ici.
_Je n'en ai aucun souvenir ! Maman m'a redonné mes vrais souvenirs quand on était avec l'arbre de vérité ! Je ne sais pas ! commença-t-elle à pleurer.
_Pouvez-vous nous expliquer comment elle aurait fait si elle était enfermée dans une bulle d'eau semblable à celle où on plaçait Yuna avant ? demanda Tomoé pour aider son amie.
_Ce n'était pas elle ?
_Que s'est-il passé ? voulut savoir Tsumé.
_Des hommes sont venus dans un champ de fleur semblable à celui-ci. Une jeune fille qui lui ressemblait beaucoup leur a dit que nous étions des traîtres. Mais ce n'était pas le cas ! Nous avons promis devant les Dieux que notre vengeance serait terrible.
_Rappelez-moi quand cela s'est-il passé exactement ?
_Il y a exactement cinq ans. Après l'extermination des Silry.
_Je venais à peine de naître. Comment aurais-je fais ? Ce devait être des robots ou des clones mais, moi, je n'ai absolument rien fait. Pendant ce temps on m'avait donné de faux souvenirs jusqu'à ce je me libère.
_Nous verrons plus tard si la vérité que tu dis est celle-là. Faîtes ce que vous voulez. »
Sur ces mots, Fria parti en courant vers l'arbre de vérité. Tomoé l'accompagna afin qu'elle ne soit pas seule avec son chagrin. Kiba aurait bien voulut les accompagner aussi mais il avait tellement de choses à dire, à demander à Yuna qu'il resta avec cette dernière. Tsumé et Igue se dirent qu'ils allaient avoir besoin de manger. Ils allèrent donc, sous leur forme de loup, à la chasse.
Devant l'arbre de vérité, la petite Silry demanda :
« Arbre, Ô! Joli arbre, peux-tu me dire qui a pris ma place pour trahir ces fleurs de lune? »
Mais elle n'obtint aucune réponse. Tomoé arriva juste après et proposa un jeu que Fria accepta en se disant qu'elle se changerait ainsi les idées. Alors, ils jouèrent ensemble autour du vieil arbre toujours silencieux. Il observait la petite de cinq ans pour qui l'âge n'avait aucune importance car elle ne pouvait mourir de vieillesse.
Le soir, Tomoé proposa de rejoindre les autres mais son amie refusa. Elle voulait absolument avoir sa réponse même si elle était négative. Elle resta donc seule. Une fois qu'il eut rejoint les autres, il leur fit part de ses inquiétudes :
« Eh ! Les gars ! Je pense que Fria n'est pas dans son assiette.
_Que veux-tu dire ? demanda Kiba, inquiet.
_Je pense que l'avorton veut dire que la petite Silry a du mal à s'adapter, surtout avec ses Flores qui l'accusent, tenta Igue.
_Yuna m'a dit que leurs accusations étaient vérifiées à 50%.
_Que veux-tu dire Kiba ?
_Qu'il y a 50% de chance pour que notre Fria ne les ait pas trahies. Moi, personnellement j'aimerai qu'elle ne soit pas coupable.
_Tu n'es pas le seul, avoua une belle voix féminine connue de tous les loups présents. Vous m'avez tous manqués…
_Yuna ! s'exclama Tomoé en courant vers elle pour recevoir des caresses.
_Où est votre amie ?
_Elle a voulut rester près de l'arbre de vérité, lui répondit le jeune loup sous le regard insistant des grands.
_Amènes-moi à elle.
_Nous te suivons Tomoé, acquiesça Kiba.
_Venez alors, c'est par ici. »
Plus tard, ils aperçurent enfin Fria qui était à genoux, devant l'arbre, marmonnant des mots incompréhensibles. La fille-fleur s'approcha doucement d'elle, puis lui posa sa main droite sur son épaule. Par pur réflexe, la Silry se retourna brusquement, l'air effrayé. Yuna se releva et Fria en profita pour regarder de la tête aux pieds celle qui lui était apparue en compagnie des Flores. Elle était grande, brune aux yeux blancs avec des reflets violets. Elle portait une longue robe rouge et blanche ainsi que des petites ballerines avec les mêmes couleurs. Elle dégageait un parfum doux et agréable de fleur de lune. Elle remarqua en plus que tous les animaux semblaient l'apprécier. En la regardant droit dans les yeux, elle vit qu'elle ne lui voulait aucun mal. Elle regrettait de s'être méfiée sans aucune raison valable. C'était comme si elle se sentait coupable de quelque chose. Mais de quoi ? Pendant un instant elle pensa qu'elle les avait vraiment « trahies ». Mais comment ? Dans quel but ? L'avait-elle fait volontairement ou l'avait-on poussée à le faire ? Comment pourrait-elle le savoir ? Elle demeura silencieuse et songeuse. Quant à Yuna, qui la dévisageait avec beaucoup d'intérêt : elle voulait tout savoir sur cet être féminin qui avait réussi à gagner la confiance de ses loups préférés. Plus elle la regardait et plus la possibilité que se soit cette jeune fille qui ait trahi les Flores diminuait. Elle sentait que cette créature si fragile n'aurait pas put le faire, elle était beaucoup trop inexpérimentée pour cela. A sa naissance, la fillette ne savait même pas qui étaient les Flores puisqu'elle ne pouvait connaître les secrets du monde que par le biais de sa mère qui, ce jour-là, était morte.
Fria leva les yeux vers la jeune femme brune qui la regardait avec un regard plein de compassion et d'amour. Elle sentit alors qu'on ne lui voulait aucun mal. Cependant, le doute persista encore quelques instants dans son esprit. Elle pensait que, malgré le bon sentiment qui semblait émaner de la fille-fleur, cette dernière lui gardait toujours rancune, quand sa mère l'appela dans son esprit. La jeune Silry commença donc une transe.
VUne fois de plus, Fria revint auprès de sa mère dans une belle clairière. L'herbe y était tendre, douce avec une légère rosée qui persistait. De magnifiques arbres l'entouraient. Ils étaient joliment disposés avec leur irrégularité. Sa mère avait toujours l'air d'être une déesse. Cela faisait sourire la petite qui se disait qu'elle avait de la chance de tout apprendre de celle qui lui avait donné la vie, mais aussi celle qui était la seule qui pouvait lui enseigner tout ce qu'elle savait. Ce jour-là, elle semblait à la fois inquiète et surprise. La jeune Silry la regardait avec un regard étonné. En effet, la dernière fois qu'elle l'avait appelée, elle avait le sourire et cela inquiétait sa fille qui se posait désormais des tas de questions. Soudain, la voix de la mère décédée s'éleva :
« Ma fille, pourquoi ne fais-tu pas confiance à Yuna ? Ce n'est pas elle que tu dois craindre car elle est l'amie des loups qui t'ont sauvé la vie.
_Certes, mère. Mais elle m'accuse, tout comme les Flores, de les avoir trahies. Mais je n'ai aucun souvenir tout ça ! Je ne sais pas ce qui s'est passé, et l'arbre de vérité ne veut rien me dire !
_Tout simplement parce que tu peux le découvrir par toi-même.
_Que voulez-vous dire ?
_Qu'est-ce que tu as de plus que les autres ?
_Je peux séparer mes pouvoirs, tout comme je peux les réunir pour faire des tas de choses différentes.
_Exact. Combien as-tu de pouvoirs distincts sans les mélanger ?
_Heu… cinq, mère.
_C'est bien. Peux-tu me les nommer ?
_L'eau…, la terre, l'air… Le feu et… mmh… L'énergie vitale qui m'est propre. Et si je l'épuise, c'est la mort assurée.
_C'est cela.
_Mais en quoi ça à voir avec mon problème de savoir la vérité ?
_Cela à un lien avec ton énergie vital. Et je vais t'apprendre à l'utiliser. Il faudra que tu reste avec moi jusqu'à ce que tu le maîtrise parfaitement. »
C'est ainsi qu'un entraînement ardu commença.
De leur côté, Kiba et les autres cherchaient un moyen de veiller sur Fria à tour de rôle. Soudain, la vieille Flore vint, un couteau en main. Igue lui demanda alors :
« Que faîtes-vous ?
_Je vous avais prévenus que ma vengeance serait terrible.
_Sauf que ce n'est pas certain que ce soit elle, annonça Yuna.
_Quoi ?!
_C'était sur à 50% que ce soit elle. Mais à ce moment là, elle venait à peine de sortir de l'œuf et elle s'est fait enlever par des hommes qui l'ont mise dans une sphère emplie d'eau. Depuis qu'elle a vu Yuna, Fria est devenue bizarre, expliqua Kiba en, tentant de calmer la vieille femme.
_Mais… commença cette dernière.
_Elle vient même d'entrer en transe ! s'énerva le petit Tomoé. Je suis certain qu'elle est en train de chercher la vérité ! Alors, jusqu'à ce qu'elle nous dise ce qui s'est passé, laissez-la tranquille.
_Bien dit, l'avorton, appuya Tsumé.
_Et dire que moi et les miens vous avons aidés dans votre quête de Sidbadway, déplora la Flore. Vous ne méritez pas d'être les rois de ce monde !
_Mais, ils ne l'ont jamais été… déclara une petite voix presque ensommeillée. Ils sont tous morts avant que le monde ne commence à se reformer. Heureusement, on a bien voulu qu'ils revivent. Ainsi, j'ai pu les connaître. Ils m'ont sauvé la vie.
_Tu es sortie de transe ?
_Oui, Yuna, lui répondit-elle, un grand sourire aux lèvres. Je peux voir la vérité, déclara-t-elle en se tournant vers la femme qui tenait toujours son couteau en main.
_Comment ? demanda Tsumé.
_C'est un secret. Bref, celle qui vous a « trahi » n'est pas moi, mais un clone dirigé par les hommes qui m'ont enlevée. J'ai aussi appris que ma mère était une reine. Je peux donc dire que je suis une princesse. Une princesse qui ne deviendra jamais reine puisqu'elle n'a pas de peuple. Ils ont tous été assassinés…
_Tu es donc quelqu'un d'important ? demanda Tomoé qui n'en croyait pas ses yeux.
_Oui et non.
_Alors… je ne pourrais jamais venger mes sœurs qui ont été brûlées, se lamenta la vieille fleur.
_Moi, je le ferai à votre place. Je sais où se trouve leur repère. Je peux nous venger de ce que ces hommes ont fait à vos sœurs disparues et mon peuple décimé.
_Mais qu'est-ce qui me prouve que ce que tu dis est vrai ?
_Je n'aurai jamais utilisé mon énergie vitale si c'était pour vous mentir. De plus les Silry ne savent pas mentir car les petites qui sortent de leurs œufs apprennent tout de leur mère. Et sachant que leurs mères n'ont pas appris à mentir…
_… elles ne peuvent pas leur apprendre, fini la Flore, honteuse de s'en être pris à la créature qui était la dernière de son espèce.
_En effet. »
Dans la montagne, tout le monde se préparait à partir. Tous sauf les Flores qui devaient rester aux côtés des fleurs de lune. Fria se demandait s'il n'était pas mieux pour elle de rester. Lorsqu'elle en parla à sa mère, la veille du départ, cette dernière lui répondit que, dans la plaine des Silry, tous les éléments seraient présents pour son entraînement contrairement à cet endroit enchanteur. Elle lui promit aussi une grande surprise quand elle y serait. La jeune fille alla donc trouver les loups et Yuna, dès le lendemain matin, afin de choisir une destination. Tsumé commença à râler parce qu'il prétendait qu'on n'y trouverait rien. Alors on vota à qui voulait voyager avec la fillette. La majorité l'emporta et le grand loup à cicatrice les suivit donc.
VILorsque le petit groupe s'approcha de l'arbre de vérité, Fria regarda les vieilles branches fleuries. Elle y lut le bonheur qui allait planer sur les habitantes de la montagne creuse. Un sourire radieux apparut alors sur son visage et elle continua son chemin, l'âme en paix. Tsumé, en la voyant les rattraper en courant se demanda qu'est-ce qu'ils allaient faire d'elle si elle les mettait déjà en retard. Yuna capta sa pensé. Elle se tourna donc vers lui et lui demanda :
« Tu ne lui fais pas encore confiance ? Tu as pourtant vu à quel point elle pouvait être gentille, serviable et…
_Si je ne lui fais pas confiance, la coupa-t-il, c'est parce qu'elle va nous mettre en retard si elle continue à rêver.
_Je ne rêvais pas, annonça une petite voix qui n'aurait pas dût se faire entendre. Je vérifiais si les Flores allaient avoir une vie pleine de bonheur.
_Et alors ? demanda Kiba avec un air étonné.
_Elles seront foudroyées dès qu'on aura quitté la montagne ? plaisanta Igue.
_Moi je pense plutôt qu'elles vivront en paix, répliqua Tomoé sur un ton sérieux.
_Oh ! Mais on ne peut même plus plaisanter ici… En plus la vieille ne la mérite pas, cette vie dont tu parles.
_Pourquoi ? demanda innocemment Fria.
_Parce qu'elle t'a presque tuée ! s'indigna le loup qui portait un collier.
_Je ne suis pas de ton avis, protesta la petite Silry. Elle ne m'a pas tuée. Au contraire, elle a été compréhensive. Et pour moi, ça, ça vaut le bonheur. Surtout avec tous les problèmes qu'elle a affrontés au cours de sa vie.
_Au fond, je m'en fiche pas mal, annonça Tsumé qui avançait en écoutant ce que disaient ses amis en silence.
_C'est pourtant à cause de toi qu'ils ont commencé ce débat, répliqua d'une voix douce la fille-fleur. »
Le loup à la cicatrice la regarda. Elle ne lui faisait aucun reproche. Ses grands yeux innocents reflétaient la sympathie qu'elle éprouvait pour chacun de ses compagnons. Ils disaient silencieusement ce que seul un sage, un puissant mage ou une simple Silry pouvaient comprendre.
Bien des kilomètres plus loin, une forte et écœurante odeur se fit sentir. Tomoé commença à se plaindre de plus en plus, ce qui fini d'agacer Tsumé. Igue, pour détendre l'atmosphère qui commençait à peser, sortit quelques blagues qui finirent d'énerver son ami. Ce dernier fit de plus belle sa mauvaise tête. Kiba, qui ouvrait la marche avec les deux filles, se retourna en lançant à ses compagnons un regard plein de reproche. Il en avait marre qu'ils se chamaillent sans arrêt. Mais d'un autre côté, s'il s'arrêtait, il ne le supporterait pas non plus. Fria le compris et lui dit gentiment :
« Je pense qu'on ne peut rien y faire. C'est leur caractère. Et même si tu le leur demandais, ils ne s'arrêteraient pas. Je pense même que ce serait pire…
_Je sais... soupira le jeune loup blanc. Malheureusement, je les trouve lourds.
_On n'est pas gros, pourtant, ironisa Igue.
_Igue, si tu continue, je vais t'enfermer dans la grotte qui se trouve là-haut, le menaça le grand brun.
_Essaie un peu pour voir.
_Je ne me ferai pas prier. »
Et se fut une course-poursuite qui commença. Comme ils se trouvaient dans un site montagneux, tous deux étaient ralentis à cause des rochers glissants et des cailloux qui pouvaient créer une avalanche. Cependant, on voyait bien que Kiba était le plus rapide. Ils furent pourtant arrêtés juste au moment où Igue se faisait attraper car Fria avait poussé un cri de frayeur. En effet, deux minutes plus tôt, deux adolescents humains, une fille et un garçon, étaient apparus soudainement devant le reste du groupe. Tomoé et Tsumé s'étaient mis en position pour protéger les deux filles. Par contre, après un rude combat, les deux loups étaient tombés. Alors, Fria avait voulut appeler ses deux compagnons mais la fille menaçait Yuna avec un couteau. La Silry s'était donc jetée sur leurs deux agresseurs en poussant un cri qui ne témoignait pas sa bravoure mais sa peur. Les deux chahuteurs vinrent à la rescousse et mirent les deux troubles-fêtes hors d'état de nuire. Les deux amies s'occupèrent de leurs compagnons blessés pendant que Kiba attachait les deux voyous à un arbre avec l'aide de Igue.
Quelques jours plus tard, les deux adolescents reprirent conscience. Fria les regardait attentivement. Ils étaient blonds aux yeux clairs. Ils avaient la même forme de visage et exactement le même regard. Elle remarqua cependant que la fille était plus petite et avait les cheveux plus longs que le garçon qui avait une coupe au bol alors qu'elle avait un long dégradé qui lui arrivait jusqu'à la taille. Elle vit aussi qu'ils avaient opté pour des tenues presque similaires taillées dans le même tissu. Tous deux portaient un collier qui comportait les mêmes perles et les mêmes formes. Soudain, le garçon lui cracha à la figure, ce qui fit réagire Kiba qui bondit sous sa forme de loup devant le coupable et grogna longuement. Yuna accourut alors avec les trois autres loups. La fille se réveilla et, après avoir vu la rage qui fumait dans le cœur du garçon à ses côtés, elle parla doucement :
« Calmes-toi. S'ils nous voulaient du mal, ils nous auraient tués depuis longtemps.
_Sauf s'ils veulent nous interroger avant de le faire, répliqua-t-il.
_Je ne vois pas pourquoi on vous tuerait…
_Oh ! Toi, la faible créature, tu te tais ! On ne t'a pas sonnée !
_Quel ton hargneux… siffla Igue, faussement impressionné.
_Viens, Fria. Allons au ruisseau pour te laver.
_Yuna.
_Oui, Kiba ?
_Occupes-toi bien d'elle.
_Pas de problème. Mais vous, ne les mangez pas.
_Comptes sur nous, répondit Tsumé. Ils ont, de toute façon, l'air très indigeste.
_Arrêtez vos blagues stupides !
_Et toi, Ross, tu arrêtes de faire ta grosse tête ! Tu n'es pas en position pour le faire ! Regardes-nous ! Nous sommes attachés à un arbre !
_Tu devrais l'écouter, appuya Tomoé qui était resté à l'écart. Mais finalement, de quoi je me mêle ?
_J'allai te poser la même question.
_Ca suffit, leur intima Kiba en reprenant sa forme humaine. Tsumé, j'aimerai que tu sois un peu plus agréable avec nous tous.
_Nous avons raté quelque chose ?
_Une dispute entre les prisonniers, Yuna. Rien d'important.
_Puis-je leur poser quelques questions, s'il te plaît Kiba ? demanda soudainement Fria.
_Pourquoi pas ?
_Merci. Dîtes ? Êtes-vous frère et sœur ?
_Si tu crois que nous allons te répondre… commença le dénommé Ross.
_Oui, tu as vu juste.
_Chelinka !
_Ils ont le droit de savoir !
_Arrêtez de vous disputer, je vous prie, supplia doucement la jeune Silry. Je pourrais savoir la suite. Seule.
_Comment pourrais-tu ? se moqua le garçon. Personne ne nous connaît réellement.
_Ne la sous-estime pas, jeune homme, le prévint Kiba alors que son amie s'éloignait afin d'entrer tranquillement en transe. Elle est bien plus puissante qu'elle ne le laisse paraître. »
Dans son esprit, Fria appela sa mère qui lui apparut instantanément. Elle demanda alors de lui parler des humains, Ross et Chelinka, après lui avoir raconté ce qui s'était passé. La belle dame lui apprit donc que ces deux jeunes gens étaient des jumeaux qui avaient été chassés par tous les humains à cause d'une légende qui était fausse du début à la fin. Elle lui parla ensuite de leur vie dans la nature depuis leurs cinq ans. Ils avaient toujours veillé l'un sur l'autre malgré leurs innombrables disputes. Mais le plus incroyable était que leur oncle était aussi le père de la petite Fria. On ne voyait pourtant aucun lien de parenté entre les trois enfants. La défunte déclara alors qu'il y en aurait encore moins lorsqu'elle aurait atteint sa destination. Et elle disparut.
Quand elle se réveilla, la petite Silry alla parler aux prisonniers. Ces derniers étaient plus calmes mais cela ne voulait rien dire. En effet, lorsqu'il la vit, Ross commença à s'agiter comme s'il avait des puces. Tsumé s'approcha de lui et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Fria ne savait pas ce qu'il lui avait dit mais ça l'avait calmé. Chelinka se mit alors à chanter à tue-tête qu'elle l'avait prédit. Kiba, ne sachant quoi faire pour les calmer, s'approcha de la petite qui s'avançait vers eux et lui expliqua que s'ils ne s'arrêtaient pas, l'un comme l'autre, aucun des loups ne tiendrait pas longtemps avant de leur sauter dessus. Cela la fit rire, ce qui attira l'attention des deux voyous. Elle se dirigea vers eux et leur apprit qu'elle connaissait toute leur histoire. Bien entendu, ils ne la crurent pas. Mais elle ne se découragea pas pour autant. Elle les menaça :
« Si vous ne voulez pas que je demande aux humains de venir vous mettre la main dessus, vous feriez mieux de vous tenir tranquille.
_Tu n'oserais pas, la testa Ross qui était d'une humeur massacrante.
_Moi ? Oui et non. Mais j'en connais quatre qui le feraient si vous ne vous calmez pas.
_Ce sont tous des loups ? demanda Chelinka, visiblement inquiète.
_En effet, confirma Fria après avoir posé un regard interrogateur sur ses amis. Et ils n'en peuvent plus. Et moi, j'aimerai commencer ma vie avec des gens qui ne me manque pas de respect.
_Tu veux dire que tu es une Silry ?
_C'est impossible, voyons ! Elles ont toutes disparues.
_Votre oncle ma conçue avec ma mère qui était une Silry, avoua l'orpheline.
_Je savais qu'il n'était pas net.
_Ne dis pas ça frangin. Il t'a sauvé la vie tout de même…
_Oui, mais c'était avant qu'il nous abandonne à notre sort. Tu t'en souviens, j'espère.
_Oui. Bien sure…
_Savez-vous où il se trouve actuellement ?
_Aucune idée. Et, de toute manière, je ne te donnerais aucune information à ce sujet. »
Mais ce fut une parole de trop. Tsumé se transforma en loup avec Igue et tous deux grognèrent férocement en montrant leurs crocs de devant afin d'intimider le jeune homme. Yuna les retint, même si elle savait qu'il était allé un peu trop loin, alors que Kiba essayait de ne pas lui mettre un poing dans la figure. C'est à ce moment qu'un homme fit son apparition entre les deux adolescents et le groupe de voyageurs. Il était grand et avait une belle musculature. Fria se souvint qu'elle avait déjà vu cette chevelure rousse et ces yeux verts dans la vie dans laquelle elle se prénommait Sania. Elle se souvenait qu'elle l'appelait Toya mais elle n'osa pas le dire devant tout le monde. Chelinka l'appela en disant son prénom : Yûma. Quant à Ross, il hurla :
« Qu'est-ce que tu fiche ici ?! Tu nous abandonnes et, par la suite, tu te pointes devant nous ? Tu nous prends pour qui ?
_Pour mes neveux, lui répondit le nouvel arrivant. Ne puis-je pas venir voir ma fille ? Parce que, au cas où tu ne le savais pas, Fria, cette fille là, commença-t-il en prenant par les épaules la petite Silry, c'est la mienne.
_Elle nous l'a dit, l'informa calmement Chelinka. Peux-tu leur demander de nous détacher, s'il te plaît ?
_Je n'en ai même pas besoin ! » déclara joyeusement l'adulte alors que Tomoé allait leur rendre ce petit service sous l'œil méfiant des trois autres loups.
Le frère allait se jeter sur son oncle mais sa sœur l'en empêcha. Tous deux se fixèrent et la tension monta rapidement. Même Igue n'osa pas dire une des blagues qui naissaient dans son fort-intérieur. Tsumé devint, quant à lui, plus grognon, ce qui n'arrangea pas les choses. Personne n'osait parler. Yuna s'approcha lentement du petit ruisseau qui suivait son court tout près, et elle commença à chanter. Les jumeaux se tournèrent vers elle, visiblement intrigués. Les loups commencèrent à se détendre, et, avant de s'endormir, ils créèrent un demi-cercle autour de la fille-fleur. Yûma regarda sa fille avec son air interrogateur. Mais cette dernière ne le remarqua pas. En effet, elle écoutait attentivement le doux chant avant de le reproduire. Sa voix avait le même timbre que celui de son amie et les paroles étaient exactement similaires. C'est ainsi que, sous la lune naissante, tout le monde dormit en harmonie.
Le lendemain matin, lorsque tous les loups se réveillèrent, le soleil était très haut dans le ciel. Fria parlait tranquillement avec son père alors que les jumeaux partaient à la chasse pour midi. Kiba leur proposa alors de les aider en tant qu'ami. Après quelques minutes de débat entre eux, ils acceptèrent. Ainsi ils auraient plus de nourriture. Yuna resta près du ruisseau avec Tsumé, Tomoé et Igue pour une petite mise au point sur les attitudes à avoir quand on voyage en groupe et quand on rencontre des étrangers. Cette leçon de savoir-vivre leur fit du bien, même s'ils ne le montraient pas. Et, aux environs de midi, les chasseurs revinrent de la chasse qui avait été excellente. La petite Silry alla les accueillir et, après qu'ils lui aient raconté comment cela s'était passé, elle prépara un festin de roi pour tous. Et même si tout le monde n'était pas d'accord sur la qualité de la nourriture, ils se régalèrent. Tant et si bien qu'il ne resta plus rien. Et c'est l'estomac plein que tous rigolèrent aux pitreries de Igue et aux adresses de Fria qui jonglait avec l'eau et firent la paix. Ils décidèrent ensuite de voyager ensemble. Ainsi le chemin paraîtrait moins périlleux et pénible.
VII
Après quelques jours de marche sans tension, le petit groupe se retrouva dans une plaine qui s'ouvrait sur un champ de fleurs. Les loups, heureux de pouvoir gambader sans se retenir pour ne pas se blesser, se transformèrent et jouèrent ensemble. Même Tsumé ne chercha pas à se retenir. Les autres les regardèrent en riant quand l'un d'eux tombait ou quand Igue se mettait en tête d'énerver ses amis en leur posant des énigmes qui n'avaient aucun sens. La joie était telle que tous furent d'accord pour camper dans cet endroit enchanteur. Il fut choisit de camper à l'orée de forêt afin de pouvoir faire un feu de camp sans créer un incendie parmi les magnifiques fleurs colorées.
Le lendemain matin, Fria fut la première à se réveiller. Seule, elle se dirigea vers les champs en faisant attention de ne sortir personne de son sommeil. Elle s'en voudrait horriblement. Donc son pas fut celui d'un chat en train de chasser. Curieusement, quand elle se trouva à l'endroit où ses amis loups s'étaient amusés, elle se sentie en joie. C'était un sentiment extrêmement fort. Cela n'échappa pas à la petite Silry qui savait que c'était due à l'animal qui se cachait en elle. Cela la mena à se demander en quel genre d'animal se transformerai-t-elle. Elle avait une petite idée de la réponse mais elle n'osait ni trop s'en réjouir ni essayer de se transformer. Tout cela parce qu'elle ne savait pas ce qui allait se passer par la suite : comment allaient réagir ses amis ? Ses cousins ? Et son père ? Et si cela se passait mal, reprendrait-elle sa forme initiale ? Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête quand une main se posa sur son épaule. Surprise, elle sursauta et se retourna. Elle soupira de soulagement en découvrant que c'était Yuna. Cette dernière ne dormait jamais. Elle faisait juste semblant pour ne pas inquiéter inutilement son entourage. Ne le sachant donc pas, Fria s'inquiéta de l'avoir réveillée, mais la fille-fleur l'assura qu'elle ne dormait pas ce qui la soulagea. Toutes deux gambadèrent à travers champs en parlant de tout et de rien quand un filet les attrapa soudainement. Et, avant qu'elles ne puissent appeler à l'aide, elles disparurent.
Ne sentant plus la présence de Yuna et de Fria, Kiba eut un mauvais pressentiment. Lorsqu'il se releva, il s'aperçut que toutes deux n'étaient plus sur leurs matelas de feuilles et de mousse. Il réveilla alors Yûma pour lui raconter ce qu'il avait découvert ainsi que ses doutes et ses peurs. L'adulte l'écouta attentivement, réfléchit longuement et demanda précipitamment de réveiller tout le monde afin de faire le point. Cela fut vite fait, bien fait malgré que tout le monde rouspètait sans arrêt. Tellement vite que le père de la petite Silry n'eut pas le temps de se changer. En effet, il allait quitter se habits de voyage afin d'enfiler ses vêtements similaires à ceux des érudits. Mais les érudits étaient vus avec des ailes. Et Yûma n'en avait point. Ce ne fut qu'une fois qu'il était vêtu tel un érudit, que ses ailes apparurent. Kiba pensa alors qu'il avait compris pourquoi Fria avait vu, dans sa vie quand elle était Sania, que son père était un rosifalien et que le peuple des rosifaliens pouvait avoir des ailes mais qu'ils ne le savaient pas tous.
Où suis-je ? Je me souviens que j'étais avec Yuna dans un champ de fleurs à la sortie de la montagne dans laquelle j'ai retrouvé mon père… Nous parlions. Ensuite, il y a eut un filet, qui n'était pas ordinaire, puis, plus rien. Peut-être est-ce une décharge électrique qui nous a évanouies. Ou, nous a-t-on assommées ? Cet endroit, en tout cas, n'est ni réel, ni imaginaire. Je le sens. Quelqu'un est derrière moi. Il faut que je me retourne. J'ai fais un tour sur moi-même et je suis maintenant en face d'une femme. Je la reconnais.
« Que faîtes vous ici, mère ? Sommes-nous dans mon esprit ?
_Non. Nous nous trouvons dans l'anti-chambre des rêves.
_Vous voulez dire que nous ne sommes ni dans le monde des rêves dans lequel j'avais voyagé quand on m'avait enlevée juste après ma naissance, ni dans la réalité ?
_C'est exact. C'est pour cela que tu ne vois pas ton amie.
_Et vous ?
_Je suis venue comme à chaque fois que tu n'es pas dans ton esprit. Ainsi, tu peux penser librement sans m'entendre, moi, à longueur de temps.
_Je vois. Sais-tu ce qui nous est arrivé, à Yuna et moi ?
_Les hommes qui t'ont enlevée quand tu est sortie de ton œuf vous ont enlevées.
_Encore ?! Comment puis-je les combattre ?
_Il va falloir que tu fasses confiance à tes amis et à ton père. Ce sont eux qui te sauveront. »
Elle ne parle plus. Je sens que quelque chose m'entraîne. J'ai l'impression que je monte vers le haut. Peut-être vers le monde des rêves. Quoi qu'il arrive, je ferai, de toute manière, confiance à mes amis.
Quelques heures après avoir inspecté les champs de fleurs, les quatre loups, Yûma et les jumeaux trouvèrent enfin une piste. En effet, Yuna avait pleuré, ce qui avait fait apparaître des fleurs de lune. Elles montraient un chemin à travers champs. Le petit groupe suivit la seule piste qu'ils avaient sans chercher à savoir où cela allait les mener.
VIII
Fria se réveilla soudainement dans un lit simple. Ses draps étaient blancs. Elle portait une chemise de nuit simple, blanche, qui lui arrivait aux chevilles. Sa chambre était simple, avec des couleurs douces, les froides et les chaudes mélangées. C'est tout ce que contenait cette chambre minuscule. Cela intrigua la jeune Silry qui ne comprenait qu'a moitié ce qui se passait. Soudain, quelqu'un frappa à la porte et une voix de femme s'éleva :
« Allez debout ! Tu as assez dormis… Mei.
_M…Mei ? répéta en balbutiant la petite dans son lit en se relevant.
_Qu'y a-t-il ? demanda une belle dame en entrant. Tu as encore des troubles de mémoire ?
_De quoi parlez-vous ?
_Oh ! Non. Kiichi !
_Qu'est-ce qu'il y a, ma puce ?
_Appelle un médecin. Mei a encore perdu la mémoire !
_C'est pas vrai… »
Ce n'était à ne plus rien comprendre. Fria. Ou Mei. Peu importe quel était son nom. Elle se souvenait parfaitement de ses vies d'avant. Et elle n'avait aucune intention d'en savoir d'avantage.
Plus tard, un monsieur arriva. Fria (Mei) était assise dans un fauteuil, dans le salon qui se situait, d'après les propriétaires de la maison dans laquelle elle se trouvait, en dessous de la chambre où elle s'était réveillée. D'où elle se trouvait, elle découvrit un grand homme, brun et qui avait des yeux sombres dans lesquels brillaient une lueur d'intelligence et de profonde gentillesse. Il était vêtu d'un jean bleu et d'une chemise blanche. Ses chaussures noires brillaient de mille feux au soleil qui éblouissait toutes les personnes qui sortaient de chez elles par le temps splendide qu'offrait cette magnifique journée. Le grand homme s'approcha de la petite boule au fond de son fauteuil avec sa sacoche de cuir marron dans sa main droite. Doucement, il s'accroupit et la regarda, tranquillement. A la place de sa chemise de nuit, elle portait un pantalon noir qui lui collait à la peau, une chemise blanche avec, au bout des manches, des volants et enfin une veste bleue. Contrairement à ses vies précédentes, ses cheveux blonds étaient plus courts, et la forme de son visage était visiblement différente. Quelques minutes avant l'arrivée de cet homme étrange, elle s'était regardée dans un miroir. Elle avait immédiatement remarqué ces changements et elle avait pris peur, car, même si elle rêvait, elle avait tout de même gardé son apparence d'origine dans son premier rêve. Du moins, c'est ce qu'elle voulait croire. Les personnes autour d'elle ne voulait rien entendre de se qu'elle racontait. Ils ne voulait pas savoir pourquoi elle réagissait ainsi.
Alors, elle se taisait. Plus un mot ne sortait de sa bouche. Et elle pensait que se serait ainsi jusqu'à se qu'ils veuillent bien l'écouter. Mais le médecin lui demanda innocemment :
« Comment t'appelle-tu ? Le sais-tu ?
_Oui ! s'exclama-t-elle alors sous la pression de sa colère. Je me prénomme Fria ! Je suis la princesse des Silrys ! Et il faut que je me réveille !
_Il n'y a aucun doute, déclara le dénommé Kiichi, elle délire.
_Ne parlez pas trop vite. Peut-être que votre fille est possédée par l'esprit qui se prénomme Fria.
_Comment pouvez-vous dire des choses pareilles ?
_J'ai étudié, il y a bien longtemps en compagnie d'une voyante qui disait souvent qu'il existait des mondes parallèles au notre et que là-bas des créatures que nous ne soupçonnons pas vivaient. Elle m'a annoncé qu'un esprit d'un de ces mondes viendrait prendre possession du corps d'une fille à la mémoire qui flanche.
_Vous avez-t-elle dit le nom de cet esprit ?
_Oui, monsieur. Et elle vient justement de le prononcer.
_Et comment pouvons-nous l'aider ? questionna la mère de l'enfant.
_Ecoutez-la, aidez-la à surmonter les épreuves de cette vie, de la vie de votre fille et, surtout, ne la rejetez pas.
_Bien, répondirent en cœur les deux époux.
_Quant à toi, Fria. Habitues-toi à te faire appeler Mei sans oublier ta véritable identité. D'accords ?
_Plus facile à dire qu'à faire… Mais je ferait de mon mieux.
_Si jamais tu as un problème, ou que tu veux seulement me parler, viens me voir à cette adresse, ou appelle-moi à ce numéro.
_Entendu.
_Bien. »
Et il partit en saluant les deux adultes qui allaient désormais garder le corps de leur fille, mais l'esprit de Fria.
Quelques jours plus tard, quand Fria se fut familiarisée avec les lois, les habitudes et les objets de ce nouveau monde, elle dut aller à l'école. Bizarrement, elle demanda si une des amies de Mei allait venir la chercher comme à leur habitude. Cela surpris ses nouveau parents. Elle leur expliqua donc que, progressivement, elle voyait tous les souvenir du corps et de l'esprit de celle qui voulait bien l'accueillir en elle. Elle leur fit comprendre que c'était grâce à ces souvenirs qu'elle arrivait si bien à s'habituer à tout ce qui l'entourait. Soudain, on sonna à la porte. C'était, en effet, une des amies, la meilleure, qui était venue chercher Mei (Fria) pour aller à l'école. Contrairement aux autres élèves, les deux jeunes filles s'y rendaient à pieds. Les parents de Mei étaient surpris quand Fria leur avait expliqué qu'elle connaissait le nom de toutes les machines qui roulaient, volaient, qui servaient à taper des textes ou surfer sur Internet, ou encore celles qui servaient à communiquer avec une personne qui se trouvait très loin de nous. Elle connaissait déjà les noms et elle prétendait que c'était grâce à un rêve qu'elle avait fait étant petite. Mais, même s'ils n'y laissèrent rien paraître, ils ne crurent pas un mot de ce qu'elle raconta. Et c'est donc sur le chemin de l'école que Fria, qui avait enfilé de grandes bottes rouges pour sortir, remettait tous les évènements passés. Mais ce fut peine perdue. Tous ses souvenirs s'effaçaient peu à peu. Sauf une phrase. Qu'une dame avait prononcée avant qu'elle ne se retrouve pour la première fois dans ce monde, dans cette ville nommée Hardiré. Ville qui, en apparence, était accueillante.
La meilleure amie de Mei la regardait. Ses yeux bleus reflétaient une grande curiosité. Soudainement, elle demanda :
« Connais-tu la légende des rosifaliens et des ailes ?
_Euh… oui, répondit Fria en tournant la tête vers son interlocutrice.
_Et la prophétie qui va avec ?
_La… quoi ?
_La prophétie.
_Pas que je sache… Je devrais ?
_Non, la rassura-t-elle aussitôt. Je l'ai entendue hier soir. Mes parents avaient une conversation à ton propos et de tes pertes de mémoires subites. Ils disaient que ça pouvait avoir un rapport.
_Quel genre ? Tu peux me la réciter ?
_Euh… oui. « Ne pas se fier aux apparences, les légendes sont parfois fausse, mais elles peuvent aussi être vraies. Une jeune fille naîtra en sortant d'un œuf, voyagera dans des tas de mondes différents, elle sera seule au monde malgré ses amis… » et… je ne sais plus la suite mais elle dit que cette fille pourrai être à l'origine de la fusion de tous les mondes qu'elle a visités.
_Tu… tu plaisante, n'est-ce pas ?
_Non, pourquoi ?
_Répond a cette question sincèrement, je t'en prie.
_D… d'accord.
_Es-tu vraiment la… ma meilleure amie ? Saurais-tu garder un secret très, très lourd.
_Pas de soucis. Tu peux compter sur moi.
_Merci, Jade. Donc, voilà… Par où commencer ?
_Par le début.
_Pas bête. Moi, mon corps que tu vois, c'est celui de Mei.
_Ca, je le sais.
_Mais ce que tu ne sais pas, c'est que l'âme qui habite ce corps n'est pas Mei, mais la fille de la prophétie. Dans son vrai monde, ou plutôt, mon monde, je me prénomme Fria, la dernière Silry, la dernière de son espèce.
_Quel rapport ?
_Les Silry sortent d'œufs. Fria, en est a son troisième monde. Et, malgré tous ceux qui m'entourent, je me sens seule au monde. Dans le premier monde, j'étais Sania. Mes quatre amis sont morts juste avant que je ne revienne dans mon monde natal. Dans ce dernier, j'ai retrouvé mon père génétique, j'ai fais la connaissance de mes cousins qui sont des jumeaux et enfin, j'avais cinq amis. Mais nous avons été séparés à cause de plusieurs hommes qui m'ont enlevées. Avant d'atterrir dans le corps de Mei, j'ai vu ma mère génétique. Elle était bien sure une Silry. Et, elle m'a dit d'avoir confiance en mes amis. Euh… vu ta tête, tu ne me crois pas.
_Non, ce n'est pas ça. C'est juste que je suis l'amie de Mei, bien entendu, mais je suis l'amie de la fille la plus géniale du monde. La fille de la prophétie. Quelqu'un qui a une grande patience. Je t'aiderai. C'est promis !
_Merci beaucoup. »
Arrivées à l'école, qui était un collège, Fria et Jade rencontrèrent un groupe de filles qui semblaient être de mauvais poil. Celle qui, d'après les apparences, était la chef s'appelait Miyako. Elle était la fille d'une chanteuse très célèbre. On comprenait donc mieux, en sachant cela, pourquoi elle était habillée à la dernière mode et pourquoi son caractère laissait à désirer. Les trois filles derrières elles n'étaient pas mieux. En effet, à chaque fois que la « chef » disait quelque chose, elles renchérissaient en faisant « Oui ! Oui ! Oui ! Oui ! ». C'est ce qu'elles firent lorsque leur amie annonça à Mei (Fria) :
« Mais qui voilà ? Mais c'est une revenante ! Alors, les filles, vous croyez qu'elle fera ce qu'on lui dira, notre toutou Mei ?
_Oui ! Oui ! Oui ! Oui !
_Elle se déshabillera ?
_Oui ! Oui ! Oui ! Oui !
_Elles ne savent dire que ça, tes puces ? riposta Fria.
_Mei… l'appela doucement Jade.
_Fais attention, elles vont sucer tout ton sang, comme des vampires. Ensuite, tu ressembleras à un mort-vivant !
_Que dis-tu ?! fulmina Miyako, verte de rage.
_Rien de spéciale, répliqua la jeune fille en faisant comme si de rien n'était.
_Arrête, Mei. Tu vas finir par l'énerver sérieusement et il va arriver malheur…
_Tu me fais confiance ?
_Ben, oui. Pourquoi ?
_Parce que quand je te le dirai, tu devras courir aussi vite que possible. Hé ! Miyako ! Que dirais-tu si je te demandai le sort que tu réserves à ceux qui vont contre ta volonté ?
_Tu devrais le savoir !
_Mais je veux l'entendre de ta bouche…
_Ca suffit ! Tu veux vraiment que je te remette les points sur les i ?! cria la peste en commençant à s'approcher l'air menaçant.
_Comment ? Je crois que je n'ai pas bien entendu…
_Tu vas me le payer !
_Vu le temps que tu le dis, je devrais déjà être morte à l'heure qu'il est. Tu m'ennuies. Viens, Jade ! Laissons cette chienne en tête à tête avec ses puces. Nous, nous devrions aller en cours.
_Bonne idée.
_Cours ! » chuchota soudainement Fria à l'oreille de son amie alors que le groupe ramassaient des cailloux.
En cours, Fria due faire un effort phénoménal afin de ne pas dire tout ce qu'elle savait. En effet, d'un coup, la mémoire de Mei lui révéla tout ce qu'il y avait d'enregistrer. Dont les cours qu'elle était en train de suivre. Quand le professeur d'histoire lui posa plusieurs questions, elle y répondit sans hésiter. Ce qui surprit toute la classe. La jeune fille ne compris pas tout de suite pourquoi. Ce fut donc Jade qui lui révéla qu'elle n'était pas très bonne élève, quand Fria ne prenait pas possession du corps de Mei. L'esprit, nullement malsain, de Fria s'en voulut d'avoir prit ce corps. Même pour quelques temps.
IX
Mei était une jeune fille comme toute les jeunes filles de son âge. Habituellement, elle était connue pour ses pertes de mémoires de plus en plus fréquentes. Mais, depuis quelques temps, elle semblait différente. D'habitude mauvaise élève, elle était devenue la première de la classe et elle avait toute sa tête, toute sa mémoire. Et comme tout cela était inhabituel, le monde commença à lui tourner le dos.
Pendant environ deux périodes scolaires, seule Jade resta son amie. Mais à présent, même elle lui tournait le dos. Ce qui rendit au monde une jeune fille seule. Tout à fait seule.
Un jour, le soleil était haut dans le ciel. Cela tombait bien car il y avait une sortie de prévue avec l'école. Il allaient tous, en effet visiter un volcan encore en activité, puis un autre mais éteint. On allait sur place en autobus. Et, comme par hasard, personne ne se mit aux côtés de Mei pendant le voyage.
Au premier, de dangereux cratères sillonnaient le sol. Il fallait faire très attention où on mettait les pieds et s'entraider pour ne pas tomber dans la lave fumante. En effet, le dessous était si chaud que le sol fondait comme la cire d'une bougie allumée. De plus cela sentait l'œuf pourrit, autrement dit, le souffre. A plusieurs reprises, Mei failli y tomber. Seule la monitrice, pour ne pas aller en justice, la sauva. La jeune fille savait, donc jamais elle ne dit merci, même si cela lui brûlait les lèvres.
Dans le deuxième volcan, le patron de la visite guidée ordonna à ses collègues d'enlever les barrières protectrices qu'il y avait autour d'un cratère extrêmement profond. Si profond qu'on n'en voyait pas le fond. Ses intentions étaient clairs, faire en sorte que Mei, la fille la plus détestée de tout le pays et abandonnées de ses amies tombe. Ensuite elle serait portée disparue pour finalement mourir dans la plus totale ignorance. Et pendant qu'il pensait à son plan machiavélique, la classe arriva. Comme il ne les avait pas vus, son assistant le prévint. Il se dépêcha donc de les rejoindre avant qu'on ne se doute de quoi que se soit.
A la fin de la visite, le patron alla trouver Mei qui, comme à son habitude depuis quelques temps, était seule et lui promis une très belle surprise. Naïvement, elle voulut y croire. Elle le suivit donc. Peu après, ils arrivèrent devant le cratère auquel on avait enlevé les barrières. La jeune fille s'approcha du bord afin de voir les dernières braises promises. Comme elle n'en voyait toujours pas, elle se pencha plus. Impatient de la laisser pourrir dans ce trou, l'homme la poussa brusquement. On ne revit plus Mei Tsuno.
Dans son trou, après un dur atterrissage, la jeune victime se réveilla. En voyant qu'il faisait extrêmement noir, elle en conclue qu'il faisait nuit. En s'écrasant sur le sol, elle s'était cognée la tête. Mais ce n'était pas tout ! En effet, sa jambe et son poignet droits s'étaient coincés sous son corps quand celui-ci se crashait sur le sol. Par chance, ils n'étaient pas cassés. Aussi put-elle se relever. Mei, sachant qu'on essaierait de lui faire un mauvais coup, avait prit dans son sac une lampe de poche, de la nourriture, de l'eau, un gros manteau, un foulard ainsi que son téléphone portable. Cependant, ce dernier ne fonctionnait pas : il n'y avait aucun réseaux. Alors, ne pouvant appeler les secours (qui ne viendraient pas), elle alluma sa mini lumière et elle étudia les lieux. Elle découvrit alors qu'il y avait une galerie creusée. Mei espéra en silence que cela débouchait quelque part.
«
Après avoir marché jusqu'à l'épuisement, elle s'arrêta pour manger un peu. Puis, elle regarda autour d'elle. Elle vit alors qu'elle était dans un cul de sac. Elle commença donc à désespérer quand, soudain, une voix lui demanda doucement :
« Alors ? Où en es-tu dans ta quête ? As-tu toujours confiance en tes amis ?
_Qui est là ? Que voulez-vous dire ? Je ne comprends plus rien…
_Je vois.
_Quoi ?
_Vos deux âmes ont donc fusionnées. Fria, ma petite fille, ma dernière Silry, rappelle-toi.
_Je ne comprend rien ! Montrez-vous !
_Je ne peux pas voyons…
_Pourquoi ?
_Je suis dans le cœur de ma fille. Elle a un monde à sauver, ainsi qu'une amie.
_Att…
_Laisses-moi sortir, Mei, entendit une deuxième voix qui ne lui était pas inconnue. Je dois sauver Yuna ! Et je dois rassurer mes amis, mes cousins et mon père. Et, ainsi, tu auras encore tes amis.
_C'est toi qui avait pris ma place au début et qui me disais tout. C'était toi ?!
_Oui… Je suis désolée… s'excusa la voix en apparaissant sous la forme d'une sorte de jeune elfe avec des ailes de papillons.
_Non !
_Hein ? s'étonna Fria alors que Mei la regardait avec gratitude. Tu…
_Je ne suis pas du tout fâchée contre toi. Au contraire, je te suis infiniment reconnaissante. Grâce à toi, j'ai enfin repris confiance en moi.
_Mais, je t'ai fait perdre tous tes amis.
_C'est qu'ils ne tenaient pas à moi.
_Et tes parents ?
_De toute façon, aujourd'hui c'est mon anniversaire. Je suis enfin majeure.
_Ici tu vas mourir, je vais donc te faire remonter à la surface.
_J'aimerai venir avec toi…
_Je suis désolée, Mei, lui répondit la mère de la jeune Silry. Mais si tu quittes ce monde, si ma fille reviens ici, elle sera seule.
_Je vois. En tous cas, je te remercie du fond du cœur. Je ne t'oublierai jamais.
_Moi non plus. Et souviens-toi, tu auras toujours un ami quelque part qui t'attendra.
_Je m'en souviendrai ! » lui répondit la jeune humaine en faisant de grands signes alors que Fria s'éloignait.
X
Après avoir été aspirée par un tourbillon de papillons, Fria apparut dans une forêt dans laquelle les fleurs et les brins d'herbes se comptaient par centaines de milliers. Le ciel était d'un bleu très apaisant, sans aucun nuage pour caché le soleil qui était très haut. La jeune Silry inspira profondément pour remplir ses poumons de l'air pur qui régnait. Des bruits dans les buissons indiquaient que des animaux animaient ce lieu enchanteur.
Soudain, une voix d'homme s'éleva :
« Fria ? C'est bien toi ?
_Tomoé ?
_Oui, c'est moi. Ou étais-tu passée ? Nous t'avons cherchée partout.
_Avez-vous récupéré Yuna ? demanda la jeune Silry.
_Oui. Elle veut te voir.
_Amènes moi à elle, alors. »
Après avoir longtemps marché à travers la belle forêt, les deux amis arrivèrent dans une clairière dans laquelle montaient la garde trois loups. Et derrière les bêtes étaient agenouillées un homme et deux adolescents autour d'une fille en assez mal en point. Fria les reconnu tous dès le premier regard qu'elle posa sur chacun d'eux. Mais eux, ils ne la reconnurent pas. Beaucoup de choses avaient changées : des ailes avaient poussées dans son dos, et elle semblait avoir grandit. Kiba s'approcha sous sa forme humaine et il lui dit :
« Tu as changée.
_Vous non, par contre…
_Comment peux-tu dire que c'est elle, Kiba ? demanda Tsumé. Elle nous a abandonnés comme des vieilles chaussettes !
_Je vois que vous ne savez rien de ce que j'ai subi… Laissez au moins guérir Yuna, je vous en pris.
_Et pourquoi ? questionna Igue avec force.
_Parce que c'est ma faute si elle est dans cet état. Si seulement je n'avais pas disparue, si seulement je n'avais pas eut peur de me transformer… Mes ailes appartiennent à l'un des deux animaux qui sont en moi, expliqua Fria en s'avançant vers son amie qui gisait par terre.
_Fria, ma fille. Tu es enfin rentrée.
_Père. Vous vous êtes transformé ?
_Je t'expliquerai tout plus tard. Yuna va mal.
_Je sais. J'ai le contre-poison. »
La jeune Silry s'approcha, sous le regard inquiet de tous, de la malade, un flacon à la main. Elle s'agenouilla, enleva le bouchon du petit flacon transparent et laissa le liquide verdâtre couler dans la bouche de la fille-fleur. Et une fois que cette dernière eut tout avalé, La jeune Silry annonça qu'il faudrait attendre quelques jours avant que la guérison soit totale et s'attendre à avoir de la visite non voulue.
Une nuit, après une longue semaine d'attente, Yuna se réveilla. Voyant que seule Fria était réveillé, elle se leva pour aller lui tenir compagnie. Elle s'approcha doucement et, croyant qu'elle ne l'avait pas entendue, elle s'apprêta à dire quelque chose. Cependant, Son amie la devança :
« Je suis désolée qu'on t'ai fait subir tout ça. Pourras-tu un jour me pardonner ?
_Tu m'a sauvé la vie. C'est comme si rien ne s'était passé. De plus, tu ne pouvais pas savoir ce qu'on allait me faire.
_Ce n'est pas ça…
_Que veux-tu dire ?
_J'aurai dû quitter le corps de cette fille, Mei, plus tôt. Venir vous rejoindre…
_Tu savais comment faire ?
_Oui et non.
_Alors ce n'est pas de ta faute. Je suis certaine que tout le monde t'a déjà tout pardonné. J'entendais toutes leurs conversations. Je peux donc te dire qu'aucun d'eux ne t'en veux.
_Mmmh…
_Je sais qu'ils t'en font voire de toutes les couleurs en ce moment mais ça va passer. Tu verras.
_Comment réagiront-ils quand ils sauront que je suis un loup, un papillon et une Silry ?
_Tu peux être deux animaux en même temps ?!
_C'est parce que ma mère m'a légué le sien. Le papillon est mon ange gardien. Le loup représente ma force et je suis une Silry.
_Nos quatre loups seront enchantés que tu fasses partie de leur clan. Mais je ne sais de ce qu'il en est de ta famille. Quant à moi, je suis heureuse que tu ait enfin trouvé qui tu es.
_Merci. Merci pour tout.
_Je t'en prie. Tien ? Voilà Kiba qui se réveille.
_C'est l'aube. »
Un par un, tous leurs amis se réveillaient. Certains comme Tsumé n'avaient aucune envie de parler à Fria. Mais d'autres comme Tomoé se disaient qu'elle avait peut-être une raison pour ne pas être venue plus tôt. Seul Yûma, l'érudit, n'avait aucune opinion. Il préférait écouter les explications de sa fille avant d'avancer un jugement. Mais la pauvre n'osait prendre la parole devant toutes ces querelles. En effet, elle se disait que c'était encore sa faute, que rien ne changerait. Cependant, elle ne partit pas en courant. Elle resta en leur faisant confiance comme le lui avait conseillé se mère. Plus tard, cette dernière apparu devant sa fille :
« Il faut que tu aille retrouver Mei.
_Que se passe-t-il ? Il lui est arrivé un malheur ?
_Tout le monde veut la tuer !
_Il faut que j'aille la sauver. C'est ma faute si elle a des ennuis.
_Je viens avec toi ! annonça Yuna. Et vous ? demanda-t-elle au reste du groupe.
_Oui, répondit Yûma.
_Nous aussi, firent ensemble les jumeaux.
_Kiba ? insista la fille-fleur.
_J'ai hâte de savoir à quoi ressemble le monde dans lequel a vécut notre Silry préférée pendant tout ce temps.
_Moi aussi, avouèrent Tomoé et Igue.
_Il ne manque plus que Tsumé, compta la défunte Silry.
_Je ne viendrai pas ! Ne comptez pas sur moi pour aider cette traîtresse !
_Pourquoi me considère-tu comme une personne qui t'as trahie ?
_Pourquoi n'es-tu pas venue quand on avait le plus besoin de toi ? Pourquoi n'as-tu pas sauvé Yuna des hommes qui l'ont enlevée ?
_Pour chaque question, il n'y a qu'une seule réponse : je n'étais pas moi-même, dans un autre monde avec d'autres problèmes ! J'ai failli mourir plusieurs fois !
_Tu aurai put t'aider de tes pouvoirs !
_En ne sachant plus qui je suis ?! Comment aurai-je pu faire ? Ah !
_Fria ! Que se passe-t-il ? s'inquiéta Chelinka.
_J'ai mal…
_Où ? Dis moi où.
_… Au niveau de… la poitrine.
_Laisse-moi regarder. Les garçon, vous allez plus loin. Même vous, mon oncle.
_Occupe-toi bien d'elle.
_Comptez sur moi. Alors, voyons. Fria ! N'aurais-tu pas avalé la poison dans le sang de Yuna, au lieu de lui donner le contre-poison ?
_Presque…
_Espèce d'idiote. Accroche-toi ! »
Pendant presque trois heures, tout le monde attendit en silence. Ils voulaient savoir quel était le sort de Fria. Si elle allait bien, ou si elle allait mourir. Sachant que les quatre loups l'avaient déjà sauvée, ils ne voulaient pas qu'elle meure avant qu'eux ne meurent. Surtout qu'elle était plus jeune. Soudain, Chelinka fit son apparition. Elle avait l'air épuisée. Mais apparemment, elle semblait heureuse, ou satisfaite :
« Fria est hors de danger.
_Tu as réussi à la guérir ? demanda Kiba.
_Oui. Dès qu'elle sera réveillée, nous pourrons partir TOUS ensemble au secours de… l'amie de notre malade-empoisonnée.
_Que veux-tu dire ? la questionna Yuna avec l'air inquiet.
_Pour te guérir, elle t'a fait boire de l'eau en faisant croire qu'elle te faisait avaler de l'anti-poison pour qu'on ne la voit pas aspirer le poison qui t'affaiblissait.
_T'as vu, Tsumé ? Finalement, Fria est une grande héroïne ! s'enthousiasma Tomoé.
_Si tu le dit… fit ce dernier, ce qui fit éclater un rire de soulagement de la part de tout le monde. Tant et si bien que cela réveilla Fria qui était censée se reposer.
_Que se passe-t-il ?
_Fria ! s'exclama Chelinka. Tu devrais être couchée !
_Comment puis-je me reposer ?!
_A quoi pense-tu ? demanda Ross qui ne comprenait rien à rien.
_Je doit sauver Mei. Et… franchement, comment je pourrai me reposer avec le boucan d'enfer que vous faîtes ?
_Oh… On ne faisait pas tant de bruit ? Si ?!
_Arrête de faire semblant Tomoé. De toute façon, nous ne pouvons nous permettre d'attendre. »
C'est sur ces mots qu'elle sauta dans le passage qui allait la mener à son amie.
XI
Lorsqu'ils arrivèrent tous dans la ville dans laquelle habitait Mei, Fria remarqua que tout avait changé. Toutes les maisons étaient soit démolies, soit brûlées. Des morts jonchaient le sol. Des militaires couraient de partout en criant de se cacher parce que les ennemis arrivaient. On entendait des mitraillettes se déchargeaient de leurs balles. Le petit groupe compris alors que la guerre faisait rage.
En utilisant l'énergie qui lui restait, elle analysa toute la surface de la ville ainsi que sous terre et dans les aires afin de repérer son amie. Mais il n'y eut aucune trace d'elle. Alors, sans prévenir, elle courut droit devant elle, évitant balles, grenades, soldats, corps inertes et débris de voitures, de verres… Les autres eurent du mal à suivre. Et c'est après une course folle d'une trentaine de minutes que la Silry se décida enfin à s'arrêter. Et, avant qu'elle ne remette ça, Kiba l'attrapa doucement par les épaules en faisant attention aux belles ailes de papillon qu'elle avait dans le dos et il lui dit :
« Fria, nous sommes peut-être des êtres magiques et des animaux mais nous ne sommes pas inépuisables…
_Je suis désolée. Mais je suis terrifiée à l'idée que Mei soit morte.
_Elle est très faible mais son cœur bas encore, lui annonça donc la défunte Silry en apparaissant. Tu as du temps pour la retrouver, même s'il faut que tu te dépêche.
_Sais-tu où chercher au moins ? demanda Igue en faisant la mou en pensant qu'il faudrait encore courir.
_Oui. J'aimerai tout d'abord chercher dans un volcan inactif. C'est là-bas que nous l'avons laissée pour la dernière fois.
_Es-tu bien certaine qu'elle n'est pas dans cette ville ? questionna Yuna qui n'aimait pas trop les volcans.
_Si tu veux, tu peux prendre quelques compagnons et aller chercher dans la forêt voisine. Normalement, elle s'était fabriqué un petit refuge, une cabane en bois dans un arbre. Il est très facilement repérable.
_D'accord, acquiesa la fille-fleur.
_Je serai votre moyen de communication, proposa la dame fantôme. Si vous avez besoin de passer un message à quelqu'un, appelez-moi.
_C'est d'accord. Merci mère. Qui choisis-tu dans ton groupe, Yuna ?
_Alors… Yûma, Igue, Tsumé et Ross. Tu prends le reste, Fria ?
_Oui. Comme il y a une sorte de connexion entre Ross et Chelinka, nous saurons si vous êtes en danger et vice- versa. En plus, tu es bien protégée. C'est parfait. Ca vous convient à tous ?
_Nous sommes d'accord.
_Pas de problèmes.
_Je n'aurais, de toute manière, pas supporté d'être avec toi.
_T'es méchant ! » se plaignit Fria de façon à détendre l'atmosphère.
Et ce fut le départ. Et pour ne rien arranger, la jeune Silry recommença à se dépêcher. Mais il fallait la comprendre. En effet, Mei était en danger de mort quand elle était en harmonie avec Fria dans son corps.
Que feriez-vous à sa place ?
XII
Dans la grande forêt du monde inconnu, Yuna était à la recherche de Mei avec Tsumé, Yûma, Igue et Ross. Régulièrement, elle envoyait un message à Fria, la dernière Silry, par l'intermédiaire de la mère de cette dernière. Les cinq compagnons avaient beau chercher, la cabane en bois qui était le refuge de l'amie de Fria qui habitait dans ce monde était toujours introuvable. De son côté, en compagnie du reste de ses amis, la dernière de sa lignée venait d'arriver au volcan dans lequel elle avait vue pour la dernière fois la fille disparue. Elle inspecta chaque trou, puis elle trouva le bon. Après que Tomoé ait fait un commentaire sur la profondeur, la belle créature sauta. Kiba tenta de la retenir mais il échoua. Seule Chelinka ne s'inquiéta pas. Les deux loups lui firent pleins de reproches jusqu'à ce qu'ils entendent la voix de leur chef de groupe qui les appelait afin qu'il la rejoignent. Comme personne ne se décidait, la jumelle de Ross se jeta la première dans les profondeurs du volcan. Elle n'eut même pas à se préparer pour l'atterrissage puisqu'un vent léger la fit planer et la déposa à terre. Une fois que tout le groupe fut réuni, tous suivirent Fria qui marchait sans avoir recours à la lumière. Elle créa tout de même une boule d'énergie lumineuse afin que les autres puissent la suivre dans les ténèbres.
Pendant ce temps, les bois révélaient à la fille-fleur l'emplacement exact du refuge dont parlait Fria. Ce n'est que quand ils y arrivèrent qu'ils comprirent ce que tous voulaient dire par « il est très facilement repérable » : c'était une simple petite cabane en bois dans les arbres mais, tout autour de ce dernier, contrairement aux autres dans cette forêt, des fleurs de lune fleurissaient avec élégance. Le parfum de ces dernières avait un nectar particulier. Les fleurs se fanaient. Yuna le sentait. Un malheur était arrivé.
Arrivés au bout du tunnel, les quatre compagnons virent une jeune fille, inerte, allongée sur le sol. Elle avait des cheveux blonds comme les blés, courts. Sa chemise blanche était tâchée de poussière et de sang d'un rouge écarlate. Son pantalon noir et sa veste bleue étaient tous deux troués et ses bottes de cuir n'avaient plus de semelles. Pour Fria, il n'y avait aucun doute, cette jeune fille était Mei. Ayant apprit comment sauver quelqu'un, elle fit les gestes simples sur son amie. Quand elle vit qu'elle ne respirait pas, elle commença un massage cardiaque. Mais rien n'y fit. La fille de Kiichi était morte ! Après l'avoir elle même constaté, Chelinka demanda à la mère de la Silry de le dire à l'autre groupe. Ensuite, elle alla consoler la jeune fille qui pleurait toutes les larmes de son corps. Mais il n'y avait rien à faire. Aucune parole ne semblait l'atteindre, son chagrin semblait même empirer.
Kiba se transforma alors pour prendre sa forme de loup, et il vint se coucher à ses genoux afin qu'elle voit que sa peine le touchait beaucoup. Soudain, une lumière aveuglante illumina la sombre grotte et un jeune garçon apparut. Il avait de longs cheveux bruns et une couronne en or autour de la tête. Il portait un somptueux manteau mauve et un jean bleu. Ses yeux marron reflétaient de la compassion et de la tristesse. Alors qu'il avançait, les deux loups et Chelinka se mirent devant leur amie afin de la protéger. L'inconnu s'arrêta, les regarda longuement et dit sur un ton très doux avec une voix qui semblait avoir un timbre qui mélangeait celui d'un homme adulte et celui d'un enfant qui n'avait pas encore mué :
« Je suis soulagé de voir que vous êtes tous sain et saufs. »
Pendant qu'il fouillait la petite cabane, Ross sentit son cœur s'emballer sans raison. La défunte Silry se matérialisa devant le groupe de Yuna. Elle leur apprit que Mei avait rejoint les dieux. Tsumé fit comme si cela ne le concernait pas. Ross demanda comment allait sa sœur, mais le silence pesant qui commençait à s'installer lui fit peur. Il lui ordonna donc de l'emmener à elle sans chercher à savoir si les autres étaient d'accord. Il le paya d'un coup de poing dans le nez de la part d'Igue. Ce dernier râla :
« Non mais ! Tu te prends pour qui ? Nous sommes là nous aussi. Tu n'es pas le seul à être inquiet parce que nous aussi nous l'adorons mais elle n'est pas seule je te rappelle. Fria, Tomoé et Kiba l'accompagnent.
_Mais tu ne sais pas se que ça fait lorsque tu ressens ton cœur s'emballer sans raison ! riposta le jeune garçon en se relevant avec difficulté. »
« Qui es-tu ? questionna Chelinka. Un monstre ?
_Pour le moment vous pouvez me considérer comme un simple messager.
_Et quel est le message que tu veux nous apporter ? lança Kiba avec haine.
_Je dois le dire à Fria, seulement.
_Et pourquoi ? demanda Tomoé avec curiosité. Non seulement nous sommes ses compagnons de route mais aussi ses amis. Je ne vois donc pas pourquoi cela ne nous concernerait pas !
_Miss Fria, votre altesse. Je vous prie de ne plus faire d'efforts physiques.
_Pourquoi donc ? Que se passe-t-il ?
_Eh bien…
_CHELINKA, tu vas bien ?
_Ross ! Que fais-tu là ?
_J'ai eu si peur… C'est qui celui-là ?
_Que disiez-vous ?
_Vous êtes enceinte. Vous avez été violée il y a quelques années…
_Mais que dîtes-vous ? s'énerva alors Chelinka. J'en ai marre ! Et qui êtes vous pour dire de pareilles infamies ?!
_Comme je vous l'ai dit je suis un messager. Le messager des Dieux pour être exact. On me nomme Son Goku. »
Personne ne voulait y croire. Et un brouhaha se leva. Seule Fria restait muette, trop surprise par ce que lui avait dit cet étrange garçon et bouleversée par le fait qu'elle allait bientôt mourir. Puis, un sourire se forma sur ses lèvres. Les yeux bruns de Goku se posèrent sur elle avec une interrogation bien précise dans leurs lueurs. Pourquoi riait-elle ?
Au bout de quelques mois, après être retournée dans le monde qui l'avait vue naître, Fria était seule avec la superbe petite fille qu'elle avait mise au monde, puisque ses cousins, son père ainsi que les loups en compagnie de leur fille-fleur l'avaient quittée pour découvrir leur monde, et surtout pour oublier ce qu'ils avaient vu et entendu à propos des univers parallèles, sans avoir pris le temps d'assister au magnifique événement qu'est la naissance d'un enfant Silry. De plus, elle allait bientôt mourir. Qu'allait devenir son enfant ? Cette seule question la rendit extrêmement triste.
