II. Juste pour essayer

Harry vit une ombre noire se rapprocher lentement de lui. L'ombre marchait lentement, d'un pas souple et léger. Sans savoir pourquoi, Harry ressentit une profonde attirance pour cette forme sombre qui s'avançait vers lui, et il voulut qu'elle aille plus vite. Quand la chose se fut rapprochée de lui, un rayon de lune éclaira son visage pâle et pointu, laissant découvrir ces cheveux platine et ces yeux d'acier que Harry trouvait si magnifiques. Drago s'avança un peu plus vers Harry, mais son visage conservait une expression impassible et neutre. Cependant, l'ombre d'un sourire apparut sur ses lèvres. Ces lèvres qu'il posa lentement sur celles de Harry. Ces lèvres douces et froides qui embrassaient si bien. Et soudain, ce parfum, cet odeur enivrante qui provenait de Drago remplit les narines de Harry, qui eut soudain très chaud. Ce doux parfum se répandit dans l'air, tandis que Drago embrassait amoureusement Harry de plus belle. Soudain, Drago s'éloigna et, souriant toujours, comme il était venu, disparut dans les ténèbres…

- Harry ! Harry, ça va bien, mon vieux ?

Harry ouvrit brusquement les yeux, tremblant, de la sueur coulant sur son front. Il regarda autour de lui et vit qu'il était toujours sur le rebord de la fenêtre. Il avait dû s'assoupir un moment… Ron et Seamus le regardaient avec inquiétude.

- Harry, ça va ? répéta Ron.

- Euh… Oui, très bien, pourquoi ?

- Ben… Quand j'ai eut fini de me marrer, je suis descendu dans la salle commune pour voir Seamus et les autres, et, quand je suis remonté, t'étais endormi là et tu marmonnais dans ton sommeil ! répondit Ron, mal à l'aise.

- Je marmonnais ? répéta Harry, rougissant légèrement. Et je marmonnais quoi ?

Ron et Seamus préférèrent ne rien répondre. De toutes manières, Harry connaissait très bien la réponse.

- Et on en conclu que… Ce qui s'est passé hier…

- Seamus ! protesta Harry. Ca n'a rien à voir avec Malfoy ! J'ai fait ça uniquement par vengeance.

- Et tu n'as pas… Comment dire… Profité de la situation ? Harry, tu sais, si tu es homo, tu peux nous le dire !

- Ron ! s'étrangla Harry. Je ne suis pas homo, t'es fou ou quoi ?

- Ben pourtant, répliqua Seamus, depuis ta rupture avec Chang, t'es sorti avec aucune fille. Personne, rien. Même pas un coup d'un soir. Et pourtant, elles se bousculent pour que le Survivant les remarque. Et tu murmure dans ton sommeil le nom de ton – soit disant – pire ennemi, juste après l'avoir embrassé en public – soit disant – par vengeance. Et tu nous dit que t'es pas gay. Harry, Harry, Harry…

- Mais vous êtes malade ou quoi ?

- Si tu veux, pour que tu y vois clair dans tes… sentiments… On pourrait organiser une soirée ce soir ? proposa Ron. Tu vois, pour savoir si tu es vraiment gay ou pas. Juste un petit test : on se réunit ici, tous les mecs du dortoir : Dean, Seamus, Neville, toi, moi… et tous les autres. Et on s'embrasse tour à tour. Pour voir si on ressent rien. Vu que, sûrement, tu voudrais pas le faire tout seul, on va le faire aussi, même si certains sont sûrs de leurs… comment dire… penchants ?

- Bon, ok…

- Parfait ! s'exclama Seamus. On appellerait ça : « La soirée des révélations : Juste pour essayer » !! Je vais en parler aux autres. Bon, salut Ron. Harry.

Il sortit du dortoir. Ron se tourna vers Harry, qui tremblait toujours.

- Je vais y aller aussi… On se voit au dîner ? C'est mieux que tu reste allongé pour l'instant. Ah, au fait, on mange dans… Une heure et quelques. T'en fais pas pour ce qui s'est passé, ça sortira pas d'ici.

- Merci, Ron.

Ron marmonna un vague « De rien » et sortit du dortoir à son tour, laissant Harry seul, allongé, paniqué.

- Putain, c'est pas possible, je peux pas être gay ! pensa-t-il en se passant une main sur le front pour essuyer les perles de sueurs. C'est pas vrai, c'est pas normal… Je l'ai embrassé par vengeance, par provocation, rien que pour l'emmerder… Vengeance… Provocation… L'emmerder…

Mais Harry avait beau se répéter en boucle ces mots dans sa tête, rien n'y faisait. A chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait Drago surgissant des ténèbres, s'avançant en souriant pour l'embrasser et repartir comme il était venu, sans un mot… Harry secoua la tête, se leva et se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche bien glacée… Histoire de se rafraîchir les idées. Au bout de quelques minutes, il ressortit de la douche, une serviette blanche nouée autour des hanches. Il s'admira un instant. Les années d'entraînement de Quidditch avait renforcé ses muscles et ses abdos. Il n'était plus le petit garçon maigre du début. Il avait largement grandit – pas autant que Ron, bien sûr. Ses yeux brillaient toujours d'un magnifique éclat émeraude, ses cheveux étaient toujours aussi habilement décoiffés, tout en paraissant coiffés, et on ne pouvait faire aucune remarque désobligeante sur son corps musclé.

Ouais, il était vraiment beau mec. Il se trouvait très mignon, et il comprenait pourquoi autant de filles tombaient comme des mouches à ses pieds. Oui, franchement, s'il avait été une fille, il aurait tout fait pour sortir avec lui-même. Il était tellement attirant… Et voilà, maintenant, il était attiré par lui-même… Merlin, il avait vraiment pété un câble. Soit c'était du narcissisme à l'état pur, soit il était vraiment gay…

- A choisir, je pencherai plutôt pour le narcissisme ! pensa-t-il à haute voix.

Il se sécha, enfila un boxer, un débardeur blanc et retourna se coucher, les yeux ouverts, les pensées tournant et retournant dans sa tête pour revenir toujours au même sujet, cette personne qui hantait ses rêves et ses songes. Un certain Serpentard aux cheveux platine et aux yeux d'acier.


Une heure plus tard, Harry s'habilla et descendit dans la salle commune, où il trouva Ron, Seamus, Dean et Neville en pleine conversation, assis près de la cheminée. Lorsque Harry entra dans la pièce, ils arrêtèrent instantanément leur discussion.

- Ils parlent de moi, songea Harry.

- Hey, Harry ! s'exclama Dean en s'efforçant de paraître naturel, affichant un sourire forcé. Comment tu vas ?

- Mal, répliqua Harry froidement. Vous parliez de quoi ?

- De… Du devoir de potions que nous a donné Mr-J'ai-Des-Cheveux-Gras ! tenta Neville, peu convaincant.

- Neville, Neville, mon cher Neville… Tu n'as jamais su mentir ! pensa Harry tristement.

- Charmant, le petit nom ! remarqua Harry à haute voix. Qui l'a trouvé ?

- Moi ! dit fièrement Seamus. C'est un peu court, mais ça reflète bien sa personne ! ajouta-t-il en ricanant.

Harry eut un faible sourire qui se transforma en grimace.

- Bon, on va manger ? demanda-t-il pour changer de sujet. J'ai un peu faim.

Bien que ce fut un mensonge – en cet instant, il aurait été incapable d'avaler quoi que ce soit -, il fut assez content quand les autres approuvèrent d'un signe de tête en se levant. Dans l'escalier, ils furent rejoints par Hermione et Ginny. Quand il la vit, Dean prit Ginny par la taille et l'embrassa fougueusement. Harry ne leur adressa même pas un regard, il n'éprouvait aucune jalousie et aucune attirance envers la sœur de Ron, bien que celle-ci l'eut toujours aimé. Hermione, elle, adressa un sourire timide à Ron et s'approcha de Harry, l'entraînant un peu à l'écart des autres, marchant derrière eux.

- Harry, commença-t-elle en murmurant. Tu sais, pour ce qui s'est passé… Ron m'a tout raconté, ainsi que ce que tu disais en dormant… Tu sais, si tu éprouves des… Comment dire… Des sentiments à l'égard de Malfoy, tu peut nous le dire. On sera toujours prêts à t'écouter, tu sais. Mais je sais très bien que peut-être tu ne ressens aucune attirance pour lui, poursuivit-elle précipitamment en voyant que Harry était sur le point de répliquer furieusement. J'anticipe, c'est tout. Ron m'a parlé aussi de cette soirée des révélations… C'est très bien, ça t'aidera à y voir plus clair dans tes préférences et attirances, tu ne crois pas ?

- Mouais, grogna Harry. Sûrement…

- Bon, conclut Hermione avec un sourire amical, si jamais tu as besoin de parler, on est toujours là, d'accord ? Tu peux tout nous dire.

Harry se contenta d'hocher la tête. Hermione sourit de nouveau et rejoint les autres. Harry, lui, resta encore un peu à la traîne. Non mais c'est pas vrai, ils le prenaient vraiment pour un gay ! Et Hermione qui lui parle comme à un gamin de 8 ans, comme à un type malade mental… Comme à un homo, quoi. Harry soupira et leva les yeux au ciel. Ils ne comprenaient donc rien ? Il n'était pas gay, bon sang ! C'est pourtant facile à comprendre, non ? Enfin, il le saurait s'il aimait les hommes, quand même ! Non ? Bon… C'est vrai, peut-être, peut-être qu'il avait aimé ça… Sentir le goût des lèvres douces et froides de Drago contre les siennes… Son haleine de menthe flottant dans l'air, et son parfum… Son parfum… Bon, ok, d'accord, il avait aimé ça, mais juste un peu ! Faut pas se faire trop d'illusions non plus.

- Harry ? Tu viens ?

Harry sortit de ses pensées et suivit Hermione qui le regardait tristement en entrant dans la Grande Salle. Il s'assit entre ses deux meilleurs amis. Ron commençait déjà à manger férocement. Hermione le regarda avec un sourire attendri. Harry, lui, comme il l'avait prédit, ne pouvais rien avaler.

- T'as pas faim ? remarqua Dean.

- Hum, quoi ? Ah… Nan, nan j'ai pas trop faim…

- Bonjour, Harry Potter ! s'exclama joyeusement une voix rêveuse derrière lui.

Harry sursauta et se retourna pour voir une Luna Lovegood qui le regardait en souriant.

- Oh, salut Luna !

- J'ai entendu dire que tu avais embrassé Drago Malfoy, poursuivit la jeune fille. Tu sais, certains ne te croient pas vraiment quand tu prétends avoir fait ça simplement pour l'énerver. Ils disent que tu aime les hommes. Moi, je te crois quand tu affirme le contraire. Je pense que ton cerveau à été quelque peu embrouillé, sûrement à cause des Joncheruines. Tu sais, au début de l'année, dans le train, je t'avais dit que j'en avais senti autour de nous. Peut-être une colonie. Ils ont dû te suivre. Je suis désolée pour toi, mais saches que je te soutiens. Bon, je vais y aller, au revoir Harry !

Et elle reparti d'un pas léger vers la table des Serdaigle. Harry, figé, la regarda partir. Il avait toujours pensé que Luna était un peu folle. Très intelligente, mais folle, bien qu'elle put comprendre et voir des choses que les autres de comprenaient pas. En tout cas, son ton sérieux quand elle parlait de créatures inexistantes et sa franchise déconcertante étaient très bizarres. En tout cas, Harry l'aimait beaucoup, car elle le soutenait et l'aidait tout le temps. Oui, Luna était vraiment une amie. Mais il n'avait jamais pensé à sortir avec elle. Ni Hermione, d'ailleurs. Ginny, oui, peut-être une ou deux fois, il avait pensé qu'il l'aimait… Mais finalement, non. Toutes ces filles étaient trop… Ou pas assez… C'était un sentiment inexplicable que Harry ne parvenait pas à décrire. Enfin, de toutes façons, il n'était pas gay, et c'est tout. Il en était sûr, parfaitement sûr.

Harry sursauta quand il entendit le raclement de plusieurs chaises. Il se rendit compte que ses amis se levaient, sur le point de partir. Il réagit et se leva lui aussi, sans avoir rien avalé. Dean lui tendit quand même un morceau de tarte à la mélasse, qu'Harry accepta à contre-cœur, même si c'était de loin son dessert préféré. Il jeta un rapide regard à la dérobée vers la table des Serpentard, malgré lui. Il sentit un pincement au cœur quand il vit Drago, riant à gorge déployée, passer un bras autour de l'épaule de Pansy Parkinson qui rougit aussitôt avant de déposer un baiser sur la joue du blond, qui se mit à rire plus fort, souriant à la fille à tête de pékinois. Harry détourna la tête et sentit son moral descendre plus bas.

- Tu viens, Harry ? demanda Hermione, quelques mètres plus loin.

- Ouais, ouais…

Harry marcha d'un pas nonchalant vers la porte de la Grande Salle, s'efforçant de penser à autre chose qu'a l'air réjoui de Drago quand Pansy lui avait embrassé la joue. Trouver un autre sujet, trouver un autre sujet… La soirée ! Mais bien sûr, cette fameuse soirée où il allait devoir embrasser tour à tour ses amis dans l'espoir d'en savoir plus sur ses… penchants.

- Le mot de passe ?

Harry sursauta. Il avait monté sans s'en rendre compte les marches de l'escalier, suivant ses amis, pour arriver devant le portrait de la Grosse Dame. Ce fut Hermione qui répondit, d'un ton très sérieux. En entrant dans la salle commune, Harry grimpa directement dans le dortoir. Dean, Neville et Seamus le suivirent, tandis que Ron s'affalait sur le canapé écarlate devant la cheminée. Harry eut juste le temps de voir Hermione s'asseoir à côté du roux avant de gravir quatre à quatre les marches de l'escalier du dortoir. Il poussa la porte et entendit un petit bruit.

- Tic, tic, tic !

Il se tourna vers la fenêtre et vit une chouette d'une blancheur de neige, magnifique, qui le fixait de ses yeux ambre en tapotant à la vitre avec son bec.

- Hedwige !

Harry se précipita vers la fenêtre et l'ouvrit. Sa chouette entra aussitôt et fonça sur le lit, l'air gelée par le froid, tremblante.. Harry lui enleva la lettre accrochée à sa patte et l'ouvrit.

Harry,

J'ai appris pour l'incident de cet après midi. J'ai entendu dire que tu avais fait ça par provocation pour déstabiliser Malfoy, mais j'aimerais quand même que tu vienne me rendre visite dans quelques temps. Samedi après-midi, ça te convient ? Renvoi-moi Hedwige pour me répondre.

Amitiés,

Hagrid

Sans attendre, Harry prit une plume et de l'encre dans son sac et écrivit un rapide « Je serais là samedi aux alentours de 16h ». Il s'approcha d'Hedwige, occupée à mordiller un bout de tarte à la mélasse sur un lit, et lui attrapa la patte pour y accrocher le parchemin. Celle-ci émit un hululement de protestation, mais lâcha quand même le morceau de tarte pour qu'Harry puisse mettre la lettre correctement. Lorsqu'il eut fini, elle reprit le bout de tarte à la mélasse avant de s'envoler par la fenêtre ouverte. Harry se leva pour la voir partir vers la cabane de Hagrid, sa blancheur se fondant dans le décor enneigé.

- Bon, cette soirée, ça commence quand ? demanda soudain Seamus.

- Sais pas, répondit Neville. Harry, Dean ?

- Ben on pourrait commencer maintenant, non ? répondit Dean.

- Ok, répondit Seamus. On va faire ça juste tout les cinq, avec Ron, quand il sera remonté.

- Ron est remonté, on peut commencer ! dit alors une voix derrière Seamus, et Ron entra dans le dortoir en refermant la porte derrière lui. Alors, on y va ?

- Ouais, dit Dean. Alors, alignez-vous tous, comme ça. Ensuite, y'en a un qui vient ici – Seamus s'avança vers son ami à l'endroit indiqué – et tout le monde l'embrasse tour à tour. Si quelqu'un ressent quelque chose de spécial – en dehors d'une folle envie de péter de rire -, vous le dites. Ensuite, on fera pareil avec Ron, puis Neville, moi et enfin Harry. Ca vous va ?

- Parfait ! s'exclama Ron. J'commence.

Le roux s'avança vers Seamus et, hésitant un instant, posa ses lèvres sur les siennes. Aussitôt, Seamus les pris et l'embrassa. Au bout de quelques secondes, Ron s'éloigna et, avec un rictus de dégoût, confirma :

- Ouais, je suis vraiment pas gay. En tout cas, te vexe pas Seam', mais je t'aime pas.

- Pareil, répondit Seamus en souriant. Au suivant !

Dean s'avança et, sans hésitation, embrassa Seamus. Lorsqu'ils se détachèrent, Seamus se passa la langue sur ses lèvres en marmonnant un vague : « Pas mal… » mais n'ajouta rien de plus. Dean se contenta de sourire et se mit à côté de Ron, derrière Seamus. Ce fut au tour de Neville. Il s'avança timidement.

- Fais pas comme si t'avais jamais embrassé personne ! s'exclama Seamus d'un ton encourageant. Allez, je t'ai vu l'autre jour, dans la tour d'astronomie, avec Luna !

Il éclata de rire lorsque le teint de Neville passa du vert pâle au rouge cramoisi. Celui-ci s'avança alors d'un pas décidé et embrassa Seamus avec conviction. Lorsqu'il s'éloigna, Neville sourit et dit :

- Désolé vieux mais… Luna embrasse mieux que toi.

Ce fut au tour de Dean et Ron d'éclater de rire. Seamus grogna et marmonna « Au suivant ». Harry s'approcha de lui.

- On va voir si il embrasse bien ! chuchota Dean à Ron. Deux mornilles qu'il est pire que Seamus.

- Tenu ! répliqua Ron en sortant deux pièces d'argent de sa poche.

Harry embrassa aussitôt Seamus en essayant de faire comme avec Malfoy. Seamus répondit à son baiser et Harry put constater que Luna devait embrasser très bien car Seamus ne se débrouillait pas trop mal non plus, même si ses lèvres avaient un léger goût salé. Lorsque Harry se détacha de lui, Seamus paraissait impressionné.

- Putain, Harry ! Je comprends pas pourquoi Malfoy est parti quand tu l'a embrassé ! Arrête, rien qu'en embrassant quelqu'un, tu pourrait le faire devenir homo !! Enfin bon, heureusement, je ne succombe pas à quelqu'un simplement quand il m'embrasse, surtout si c'est pas une fille. Donc bon, je sais pas si t'a embrassé Chang comme ça mais si c'est le cas, je comprends pourquoi elle a pleuré des litres quand tu l'a largué !

Ron, Dean et Neville ouvrirent d'énormes yeux et fixèrent Harry. Dean, vexé, glissa discrètement deux mornilles dans la main de Ron qui souriait largement en rangeant l'argent dans sa poche.

- T'embrasse aussi les filles comme ça, ou c'est réservé aux mecs ?

- Dean ! s'offusqua Harry. J'ai jamais embrassé un mec avant Malfoy !

- Wouuh, c'est le p'tit privilégié alors ! Le premier type à avoir embrassé le Survivant !!

- Ron, tu la ferme ! Bon, on continu ?

- Avec plaisir ! s'exclama Dean. Ron, à ton tour !

Ron s'avança, un peu perturbé par ce qui se passait : il allait se faire embrasser par quatre de ses amis. Cette perspective le dégoûtait un peu, mais il essaya d'imaginer que chacun était Hermione. La tâche parut alors beaucoup plus agréable.

- Bon, qui commence pour Ron ? Neville ?

Neville s'approcha de Ron et l'embrassa, exactement comme il l'avait fait pour Seamus. Quelques secondes plus tard, Ron le repoussa et marmonna :

- J'imagine que Hermione doit être bien mieux à embrasser !

Neville laissa échapper un petit rire et alla se placer derrière Ron en attendant les autres. Ce fut au tour de Dean. Celui-ci embrassa Ron sans détour, mais sans trop d'enthousiasme. Le roux n'était pas très heureux non plus, il semblait passablement écœuré. Quand Dean s'éloigna, il parut soulagé mais se rembrunit quand Seamus s'approcha de lui, souriant. Il l'embrassa aussi. Ca devenait répétitif, et pas très agréable. Ron commençait à en avoir marre de cette soirée de gays. Seamus s'éloigna et Harry s'avança à son tour. Le brun semblait mal à l'aise. Ron sembla vaguement intéressé, vu le fait que Harry embrassait aussi bien qu'il volait sur un balai d'après Seamus. Mais le fait d'embrasser son meilleur ami, Harry, son frère… Non, c'était vraiment contre nature.

- Désolé, je peux pas faire ça ! annonça-t-il en voyant Harry approcher ses lèvres des siennes. Je peux pas, c'est tout. Je ne suis pas homo le moins du monde, ça c'est sûr. Bon, je crois que j'ai embrassé tout le monde là ? Ca vous fait quelque chose ?

Tous hochèrent négativement la tête, sauf Harry qui n'avait pas vécu l'expérience. Soulagé, Ron déclara qu'il allait dormir parce que cette soirée commençait à l'agacer sérieusement.

- Neville, à ton tour ! conclut Seamus pendant que Ron claquait la porte de la salle de bain.

- Mais j'ai déjà embrassé tout le monde ! répliqua Neville.

- Pas Harry, rappela Dean. Allez, juste une fois et on te laisse tranquille. Ok ?

- Bon, d'accord.

Neville s'avança et posa sans détour ses lèvres contre celles de Harry. A l'évidence, il n'avait pas beaucoup d'expérience – Neville, pas Harry – et n'était pas très doué en la matière. Harry fut plutôt soulagé quand il s'éloigna.

- Ouais, pas mal du tout ! fit-il.

- Je peux pas en dire autant que toi, marmonna Harry assez bas pour que personne ne l'entende.

- Dean, t'as embrassé tout le monde ? demanda Seamus.

- Pas Harry, répéta-t-il en s'avançant vers le concerné. Le pauvre, il doit en avoir marre, surtout si il est pas gay.

- Comment ça, « si » ? protesta Harry. Je ne suis pas gay !

Dean marmonna un vague « mais bien sûr » avant de poser ses lèvres contre celles de Harry. Voyant qu'il semblait attendre sans rien faire, Harry leva les yeux au ciel et l'embrassa vraiment. Quand Harry le relâcha, Dean parut satisfait.

- Ouais, c'est vraiment pas mal !

- J'vous avait dit ! s'exclama Seamus.

- Vous pourriez la fermer un peu ? demanda une voix derrière eux.

Ils se retournèrent et virent Ron, une serviette autour de la taille. Il avait l'air passablement mécontent.

- Là encore ça va, mais quand je vais dormir, vous allez baisser le ton. Clair ?

- Okay ! répondit joyeusement Dean.

- Si sa majesté insiste, répliqua Seamus en faisant une révérence.

- Vos gueules ! rétorqua Harry aux deux autres. Ok Ron, je les surveillerais. Si ils parlent trop fort…

Il se passa un index menaçant sur le cou en tirant la langue. Ron eut un sourire et hocha la tête avant de retourner dans la salle de bain.

- Bon, tout le monde a embrassé tout le monde, c'est bon ? conclut Dean. C'est pas que j'mennuie mais…

- Ouais, c'est bon ! répondit Seamus en se dirigeant vers la porte. Tu viens Dean ? ajouta-t-il en se tournant vers son ami. On fais une partie d'échecs ?

- J'arrive, dit celui-ci en se tournant vers Harry.

Seamus sourit et descendit dans la salle commune après avoir fermé la porte derrière lui. Neville se dirigea vers son lit, s'allongea par terre et commença à fouiller sous le matelas. Il ressortit avec un sourire victorieux, brandissant un énorme paquet de Patacitrouilles.

- Mon petit faible, avoua Neville en s'asseyant sur son lit avant de commencer à dévorer les friandises.

Dean entraîna Harry à un coin du dortoir, assez loin pour que Neville ne les entende pas parler. Quand ils furent hors d'écoute, Dean prit la parole :

- Ecoute… Me demande pas comment, mais je crois savoir une chose que tu ne sais pas. C'est inexplicable, ça se ressent dans la façon dont tu embrasse… N'importe qui d'assez expérimenté saurait le deviner. Ne le prends pas mal, il faut accepter ce que l'on est. Tu dois accepter ce que tu es. Et tu es gay. Non, non, tais toi ! ajouta-t-il précipitamment en voyant que Harry s'apprêtait à répliquer, furieux. C'est comme ça, c'est tout. Tu ne peux rien y changer, c'est dans ta nature. Faut pas en avoir honte, y'a plein de mecs de nos jours qui sont attirés par d'autres hommes. C'est pas une tare, c'est pas un défaut. Ca fait partie de nous. En tout cas, je l'ai ressenti quand tu m'a embrassé, et j'en suis sûr. Maintenant que tu le sais, tu peux y réfléchir. Bon, Seam' m'attends. Salut, Harry.

Sur ce, il s'éloigna vers la porte du dortoir, laissant Harry en plan, choqué. Comment Dean pouvait-il savoir quelque chose qu'il ignorait sur lui-même ? En plus, si il était homo, il s'en serait quand même rendu compte en premier, non ? De toutes façons, Dean mentait, il en était sûr. Il faisait ça pour le forcer à admettre qu'il était gay, alors qu'en plus, il n'était pas gay. Ce n'était pas possible. Il n'aimait pas les hommes. Pourtant… Aucune fille ne lui faisait vraiment envie non plus. Eh bien alors tout simplement il n'était ni attiré par les hommes, ni par les femmes. Il n'était ni hétéro, ni gay. Il n'était rien… Mais rien est tout et tout est rien… Alors il était bi. C'est fou les conclusions qu'on obtient quand on réfléchit trop longtemps. Oui, arrête de réfléchir un moment, Harry. On fait une pause.

- T'as l'air pensif, fit remarquer Ron en sortant de la salle de bain.

Harry se retourna pour lui faire face. Son meilleur ami était vêtu de l'éternel pyjama violet se séchait ses cheveux flamboyants qui dégoulinaient sur le parquet avec une serviette également violette.

- Ouais, nan… Je réfléchissais.

- Tu sais, dit Ron en posant une main paternelle sur son épaule, je comprends que ça te mette la pression tout ça. Embrasser l'autre abruti, les rumeurs qui commencent à courir, cette soirée… Moi aussi, si j'étais à ta place, je serai perturbé. C'est déstabilisant, tout ça, et je le comprends. Je te comprends. Et je te crois quand tu dis que tu n'es pas gay, comme je te croyais quand tu disais que Tu-Sais-Qui était revenu… Je t'ai toujours cru, j'ai toujours eu confiance en toi – sauf quand tu affirmais que tu n'avais pas mis ton nom dans la Coupe en 4e année, bon, là, d'accord –, tu es plus qu'un ami, tu fais partie de ma famille. T'es un peu comme mon frère… Si t'as besoin de parler ou besoin d'aide, je suis là, ok ?

Harry, ne sachant que répondre, se contenta d'hocher la tête. Ron lui sourit et, prenant une plume, de l'encre et un parchemin, s'assit sur son lit et tira les rideaux de son baldaquin. Harry ne chercha pas à savoir ce qu'il faisait et préféra descendre faire un tour.