Ce fût donc avec enthousiasme que je demandai à la réceptionniste l'adresse du médecin le plus proche.
« C'i… Misieure Abazid. Oune tri bo… solée, bon doctor. »
J'acquiesçai, sautant déjà sur place d'excitation, et me ruai dehors – non sans auparavant m'emparer de ma poupée en résine Robert Pattinson.
Je trouvai tout de suite. Sur une place baignée de soleil – il faudrait que je pense à revenir pour bronzer un peu –, un petit porche offrait un coin d'ombre. L'écriteau attira mon attention, car il était aussi rédigé en français, ainsi que dans plein de langues différentes. Docteur Abazid, médecin généraliste (diplômé de l'EEC – Ecole Européenne de Clonage.)
Clonage ! Parfait ! Je me frottai les mains, prise de frénésie. J'avais envie de monter sur le toit pour offrir un strip-tease au monde, mais j'étais pressée. Heureusement pour les passants : ils seraient tous tombés comme des mouches, traumatisés, sinon. Remettant une mèche blonde en place – même pas teints, mes cheveux, nananère ! –, je poussai la porte en verre froid.
« Can I help you ? demanda poliment la jolie standardiste.
— Pardon ? (Rien compris ! Quelle langue parlait-il donc, ces étrangers ? C'était bizarre, n'empêche ! N'étaient-ils donc jamais allés à l'école – en cours de français, par exemple ?) Euh… (Quelle était cette expression, déjà ? Ah oui !) I'm… seurry, beute aïe don't compris. »
Ses sourcils parfaitement épilés se courbèrent en accent circonflexe.
« Hum… hésita-t-elle. I'm calling the doctor, okay ? »
Je ne cherchai même pas à comprendre un autre mot que "docteur". Je trépignai déjà sur place, impatiente.
Elle décrocha un vieux téléphone et composa un numéro quelconque, prononçant des mots en arabe quand on répondit à son appel.
Soudain, un quadragénaire à la boule à zéro déboula dans le petit local, souriant.
« Bonjour Mademoiselle, me salua-t-il dans un français impeccable.
— Vous parlez français ? Oh, je vous aime déjà ! » m'exclamai-je, lui sautant au cou.
Il recula, gêné par mon expansivité.
« Hum, hum… Euh, comment puis-je vous aider ? »
Soudain fit demi-tour pour revenir avec une photo paradisiaque de Dubaï et trois filles assez canons en maillot de bain qui se mirent à danser (!) en chantant :
« A Dubaï, nous sommes là pour vous servir ? Que voulez-vous ? Un bébé aux yeux violets, un chien aux poils bleus ? Tout ce que vous voulez, car à Dubaï, l'impossible devient possible ! »
Elle arrêtèrent soudain de danser et prirent la pose, les mains sur les hanches et un sourire publicitaire sur un visage qu'elles devaient à la chirurgie plastique (comme tout le monde, en 2020 – sauf moi – elles étaient refaites, évidemment !)
Ouh là ! Où avais-je atterri ?
Ils sont tous fous ! Ils vont me tuer, me déchiqueter et brûler les morceaux, comme James, me dis-je, légèrement paniquée. Que la force vampirique des Cullen (surtout Edward, s'il vous plaît !) soit avec moi. Courage, courage, courage, Marion Louise N... (Je ne disais mon nom en entier qu'en pleine horreur, pour vous dire)
« Euh… Je voulais… Je voudrais un vampire. Un vampire qui ressemble à ça, expliquai-je en brandissant ma poupée Robert Pattinson/Edward.
— Pas de problème, nous pouvons tout faire ! Un vampire, dites-vous ? Grandes canines, peau pâle, ne sort que la nuit, peur de l'eau bénite et des croix, et tout les grands classiques ?
— Non, non, non et NON ! hurlai-je. Dents normales, ne brûle pas mais brille au soleil, ne dort pas, peau pâle, oui, beauté extraordinaire, yeux noirs quand il a soif, rouges – ou topazes si il a décidé de se nourrir de sang animal – quand il a bu, grâce hors du commun, vitesse, force incroyable, bref, tout le portrait des vampires de Twilight, inculte !!!
— D'accord, d'accord, marmonna-t-il en notant tout sur un calepin. Combien de modèles ?
— Eh bien, un me suffira bien, mais, attendez… (Je fouillai dans mon sac.) Voici le DVD du film. Vous pouvez en faire plusieurs exemplaires, ça se vendra comme des petits pains. Des Emmett, des Jasper, des Carlisle et même des Bella, des Alice ou des Esmée.
— Okay, c'est noté, ma petite dame. Comment vous appelez-vous, en fait ?
— Marion N…
— D'accord… Où dois-je livrer votre exemplaire ? »
Je lui filai l'adresse, l'inscrivant vite fait sur un vieux bout de papier (un post-it New Moon, et un stylo Eclipse.)
« Pas de problème. Livré dans… oh là là, je n'ai vraiment pas le temps. (Je me mis à hyperventiler. Mon rêve allait-il s'écrouler ?) Vous pouvez attendre une heure ? me supplia-t-il, avec l'air d'un petit garçon surpris en pleine bêtise.
— Une heure ? m'étonnai-je. Mais c'est super rapide ! C'est parfait !
— Merci de votre compréhension, souffla-t-il en s'essuyant le front, couvert de sueur par la peur de la réprimande. C'est que vous comprenez, la Poste est lente, ici, et puis il me faut le temps de tout cloner, d'en faire plusieurs et tout… »
Où était-je donc ? Une heure, lent ? Cela se voyait qu'il n'avait jamais fait la queue pour acheter une Barbapapa à la fête de l'école, LUI.
Après des remerciements émotifs – je dus verser quelques larmes de joie, un tout petit peu, hein (bon d'accord, c'était les chutes du Niagara, mais j'étais très émue, il faut me comprendre, qui ne l'aurait pas été ? J'allais avoir un vampire personnel !!!) –, je quittai le petit bâtiment, non sans sautiller d'allégresse. Un vampire, un vampire, un vampire !
Je montai sur un poteau de la rue et criai, les mains en porte-voix, tout en bougeant du popotin, pleine d'insouciance.
« Je vais avoir un vampire ! Un vampire ! Jaloux ? Un vampire va habiter chez moi !!! Il va me mordre ! Me sucer le sang ! Ce sera sexy, non ? »
Je remarquai une petite fille qui me regardait, les yeux ronds comme des soucoupes. Une Française, sûrement.
Je m'en fichai. J'étais si heureuse !
Peut-être qu'il allait boire mon sang, genre Angel dans Buffy (contre les vampires) et Edward dans Twilight. Je frémis d'excitation.
Comment l'appellerai-je ? Edward, sûrement. Oui, Edward c'était bien. Ce serait mon Eddy personnel, mon chéri à moi.
Il se mit à pleuvoir. Sans me hâter, je continuais à marcher vers mon vieil hôtel adoré. Arrivée, je m'assis sur un banc, pépère.
J'étais trempée quand un camion s'arrêta devant moi. Ce fût avec les pupilles dilatées que je fixai des ouvriers descendre une cage. Une cage dans laquelle mon Eddy-pour-lequel-je-vis était enfermé. Edward, enfermé !
« Eddy, m'écriai-je en m'élançant. Tu es si beau, mon amour ! »
L'intéressé grogna. Tout y était. Cette magnifique tignasse aux reflets dorés, ses yeux pour l'instant noir, sa peau pâle, sa splendide et éclatante beauté… Stephenie Meyer disait :
Mes yeux balayèrent la pâleur de son visage, sa mâchoire carrée et dure, la courbe plus tendre de ses lèvres, qui en cet instant, me souriaient (bon là il grimaçait plus que souriait, mais bon…), la ligne droite de son nez, l'angle saillant de ses pommettes, l'étendue lisse de son front en partie obscurcie par une mèche de cheveux cuivre que la pluie avait foncés, les dotant d'une couleur bronze… (tiens, il pleuvait ! Coïncidence ou…)
Tout y était ! Il faudrait que je pense à remercier ce docteur.
Je m'approchai de mon adorable trésor et lui tapotai la joue.
« On va bien s'éclater, toi et moi. Je t'ai fait quelques chansons.
« Edwaaaaard ! Je t'aaaaaaaiiiiiimeuh ! Comme une folle, comme une groupie, comme un vampire que je voudrais êêêêêêtre ! Tu vois je t'aime comme çaaaaaaaaaaa, braillai-je sur l'air de Lara Fabian.
« J'ai pas fini ! protestai-je quand il se plaqua les mains sur les oreilles.
« Il a les yeux topaze, il a la mâchoire qui tue, il m'a mordu le premier, il a sucé, c'est foutu !!! hurlai-je sur l'air de la chanson ''Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue, elle a tiré la première, elle m'a touché, c'est foutu, etc.'' de Julien Clerc.
— Argh ! » gémirent les livreurs.
Ralala. Ces chansons étaient trop géniales, n'avaient-ils donc aucun goût musical ?
« Vous pouvez le relâcher ? »
Pour toute réponse, un type me tendit une lettre.
A l'intention de Mademoiselle N…
Mademoiselle, voici un prototype. Le reste est déjà en magasin, et vous aviez raison, ça part, ça part ! Plusieurs milliers d'exemplaires sont déjà liquidés en quelques minutes. MERCI. Une recommandation tout de même : ne le sortez pas de sa cage, il est peut-être dangereux. Je vous ne le fait pas payer, bien sûr : c'est à vous que je dois ma renommée à présent internationale, en même pas une heure ! Vous devrez le nourrir, bien sûr, du sang animal est maintenant disponible en magasin. Il sait parler toutes les langues du monde, mais il est encore un peu… agressif.
Vous assurant de mes sentiments les meilleurs,
Amicalement,
Docteur Abazid, Dubaï, le 17 juillet 2020.
« Alors, mon Eddy chéri, il paraît que tu es dangereux ? gazouillai-je à l'intention de l'homme de ma vie. Tu seras gentil, mon amour, n'est-ce pas ?
— (Grognement)
— Je prends ça pour un oui, mon bébé adoré que j'aime fort, fort, fort.
— (Grognement) »
Je souris. Il était tellement intelligent, mon vampire d'amour !
Je voulus l'embrasser, et il me griffa la joue. Ralala, qu'il était capricieux ! Tant pis, c'était encore un bébé d'à peine une heure. Il allait grandir, apprendre la politesse et abandonner ses attitudes animales, mon poussin d'amour.
Les livreurs le montèrent dans ma chambre, et mon Eddy se débattit, peu content d'être emprisonné. Je fonçai au supermarché pendant ce temps là. Ah oui.
Ici, comme partout dans le monde, nous vendons des vampires, copies conformes de ceux du film culte Twilight ! Poches de sang, cages, toute ce qu'il faut ! Pour tout renseignement, voir à l'accueil.
Et dans des dizaines de langues différentes, s'il vous plaît. Et un de ces mondes !!!
Je bousculai la foule, et chopai au passage une centaine de poches de sang. Y'avait un peu de tout (lapin, biche, ours, oiseau, renard et même poisson !), mais je ne pris, évidemment, que du puma. Devinez pourquoi ?
Je lui pris également des vêtement au rayon homme – quelques jeans (Levi's, bien sûr, rien n'était trop beau pour mon chéri poussin bébé d'amour !), des chemises simples et élégantes, une ceinture, des chaussures, des tennis, etc.
J'avais un vampire chez moi ! Dans ma chambre ! Je me sentis soudain genre Bella numéro 2. D'accord, j'étais blonde et non brune, mais j'avais les yeux chocolat, moi aussi !
Je rentrai en courant ''chez moi'', impatiente de retrouver le magnifique, splendide, merveilleux être qui me servait de futur mari.
« Salut mon amour !
— (Grognement)
— Comment ça va ? Je t'ai ramené du sang ! Et des vêtements !
— (Grognement)
— Tu es content, mon chéri ?
— (Grognement)
— Ralala, tu sais faire autre chose que grogner ?
— (Grognement)
— C'n'est pas grave, mon poussin, je t'aime comme tu es ! affirmai-je.
— (Grognement) »
Je l'aimais de plus en plus, ce vampire. Il était si gentil !
« Tu sais que je t'aime, toi ? babillai-je.
— (Grognement)
— (Rire adorateur)
— (Grognement) »
Que ces conversations avec lui sont constructives, me dis-je. Qu'est-ce que je l'aime ! Qu'est-ce qu'il est beau ! Intelligent ! Cultivé ! Gentil ! Poli ! Adorable !
J'ouvris une poche et versai le sang dans une coupelle. Je lui donnai à travers les barreaux, manquant de justesse un coup de dents. Il se jeta à genoux par terre, et sa mirifique langue pâle lapa le contenu de l'assiette.
Les jours passèrent. Entre Edward et moi s'installa une routine. Le matin, je me levais et entamais la conversation « Bonjour toi. Bonne nuit ? Tu as fait quoi ? — (Grognement) — Wouah, tu as bien dû t'amuser, dis donc. — (Grognement) — Je t'aime mon bébé. — (Grognement) »
Puis je le nourrissais, essayais de l'embrasser, il me repoussait en essayant de me mordre, je me rerererererererereregardai Twilight et il me tenait compagnie.
Ensuite, je sortais faire un tour en l'accablant auparavant de gazouillis. « Au revoir, mon bébé d'amour — (Grognement) — Je t'aime fort, tu sais. — (Grognement.) — Je reviens vite, vite, vite, mon trésor. — (Grognement) — A tout à l'heure ! — (Grognement.) »
Puis je rentrais : « Bonne nuit mon poussin que j'aime. — (Grognement) — Tu fais pas de bêtises, hein mon amour ? — (Grognement) — Je t'aime. — (Grognement.) »
Mais, environ une semaine après son arrivée, il me tendit un piège.
« Bonjour toi. Bonne nuit ? lui demandai-je, comme à l'habitude.
— Très bonne, et toi ma chérie ? »
Je sursautai.
« Pardon ???
— Je suis désolé de pas avoir parlé, mais j'étais timide tu comprends ? Je t'aime aussi, tu sais. Je me suis attaché à toi. »
Je fondis quand il me regarda par-dessous ses cils, m'hypnotisant.
« Je me demandais… Tu pourrais peut-être me libérer, non ? me supplia-t-il.
— Bien sûr, mon bébé, acceptai-je immédiatement. Comment te refuser quoi que se soit ? »
C'est alors que je commis une grosse erreur. J'ouvris la porte.
Aussitôt, il se barra. Hop, par la porte, super rapidement. J'entendis son rire fantomatique accompagné de ses mots « Adieu, la grosse conne ! »
C'est ainsi que les vampires envahirent la Terre.
OoOoO
A suivre...
OoOoO
... mais j'attends vos reviews !
