Chapitre 2 : Sentiments & Attirances
Les bruits du Bas-Ougi se rapprochaient à ses oreilles. Son cœur palpitait comme un tigre se rapprochant de sa proie. Elle allait revoir son amour qu'elle fréquentait depuis près de sept mois, mais qu'elle avait ''retrouvée'' il y a deux ans. Elle vit son amour, proche d'un pont, guettant son arrivée. Alika s'arrêta, se repeigna, replaça ses habits et courut vers lui, son amour. La personne ouvrit ses bras et elle enfouit sa tête dans son épaule pour sentir l'odeur de ses longs cheveux, doux et soyeux.
« Bonjour ma chérie, lui susurra une voix féminine.
- Amaya-Chan !
- C'est ce soir, tu te souviens ?
- Oui !
- Tu n'as toujours rien dit à ta mère ?
- Je suis pas capable, pas pour le moment... j'ai peur d'être jetée hors du refuge familial si je le dis...
- Tu viendras habiter chez moi, non ?
- C'est une idée. »
Elles promenèrent main dans la main à travers la ville, mangèrent ensembles et allèrent à une fête nocturne. Il y avait un lien qui rapprochait les deux jeunes femmes amoureuses : elles s'étaient déjà rencontrées par le passé. Lorsqu'Alika avait été visité Kanbal avec Balsa et s'était faite gardée chez sa grand-tante Yuka, elle avait rencontré pour la première fois Amaya à l'école. Aussitôt, une amitié solide s'était bâties et bien qu'elles aient été jeunes, elles étaient tombées amoureuses et s'étaient promis de sortir ensembles dans un futur lointain ou proche. Amaya était 100% kanbalese et avait immigrée au Nouvel Empire de Yogo avec ses parents, originaire du Clan Muga, pour cause de trop grande pauvreté vers l'âge de neuf ans, un an après qu'Alika soit retournée au Nouvel Empire de Yogo. Dix ans plus tard, elles s'étaient retrouvées, mais par un pur hasard. Elles se sont reconnues grâce aux bracelets ajustables qu'avait faits Alika pour leur promesse et qu'elles portaient toujours, dix ans plus tard.
Le soir venu, elles étaient comme à l'habitude, couchées ensembles dans le futon, dans l'appartement d'Amaya. Ce n'était pas la première fois qu'elles dormaient ensembles, ni la première fois qu'elles se voyaient toutes nues, mais aller plus loin que cette simple attirance physique était encore très nouveau. Jamais elles n'avaient osé toucher l'entre jambe de leur copine, la poitrine oui, mais plus loin, jamais. Surtout pour Alika. Amaya avait déjà eu d'autres petites-amies avant elle, mais ça n'avait jamais duré plus de quatre mois. Alika était sa vraie première qui tenait le coup. Mais Amaya avait eu le temps de prendre de l'expérience en relation sexuelle lesbienne. Pour le moment, elles avaient encore leurs pyjamas.
« Alika ?
- Hum ?
- Je sais que tu ne l'as toujours pas dit à tes parents... mais quand comptes-tu leur dire ?
- Il va bien le falloir un jour, n'est-ce pas ?
- Et comment vont tes frères et ta sœur ?
- Ils vont bien. Nao se sent toujours différent à cause de ses yeux, mais je les échangerai volontiers si je le pourrais.
- Les yeux bleus à Kanbal sont très rares aussi... tu dis qu'aucun de tes parents ni de tes ancêtres n'ont des yeux bleus ?
- Exactement.
- Peut-être a-t-il une malformation génétique.
- Tu penses ?
- C'est juste une affirmation. Tu m'as aussi dit qu'il avait des dons, comme voir les esprits, voir dans le noir et avoir un langage aussi précoce pour son âge, si ?
- Yep. Comme moi, il voit les esprits. Tu as hâte de rencontrer ma famille, pas vrai ?
- Oui. Mais je vais attendre que tu sois prête. Je ne veux pas brusquer les choses.
- Comme en ce moment ?
- Exactement.
- Je suis prête. J'attends ce moment depuis longtemps, mais j'hésite parfois à me jeter à l'eau...
- On y va à ton rythme. »
Amaya se redressa et se plaça au-dessus de sa copine qui avait écarté les jambes, mais toujours avec son sous-vêtement et son pyjama avant de s'embrasser. Ses longs cheveux bruns formaient un voile qui cachait parfaitement l'intimité du baiser... Elles s'observèrent dans les yeux et de façon très sensuelle, Amaya tira sur l'encolure du pyjama de sa petite-amie en esquissant un sourire ravie en voyant la démarcation de sa poitrine généreuse. Alika eut les joues d'un jolie pourpre timide et discret.
« Respire... et détends-toi. T'es encore toute crispée.
- Je suis simplement heureuse... de partager ma première fois avec toi. Mais toi, ça ne te dérange pas ?
- De quoi ?
- De... bin... que je sois encore vierge de toutes relations sexuelles.
- Alika, ça ne change rien. Le sexe dans mes couples, ça passe en second plan. Tant que je suis avec ta présence et avec ta magnifique personnalité, je suis comblée. Alors, arrête de stresser, tu es en vie. Être en vie ça signifie : va fourrer, va grimper dans les arbres, embrasse ta petite-amie sur la bouche avec la langue, mange à même le plat familial, déconne et saute dans la rivière. »
Alika sourit et laissa ses lèvres jouer avec celles de son amoureuse.
« Je connais ce regard, s'amusa Amaya. C'est le regard de quelqu'un qui a peur de commettre une erreur. Qu'est-ce qui te fait peur ?
- Je sais pas où mettre mes mains...
- Fais comme tu sens, j'y vais à ton rythme ma chérie. »
Amaya retira le kimono de sa petite-amie pour la trouver poitrine dénudée et fit de même avec elle, et envoya valser son pyjama à l'autre bout de la pièce. Elles s'embrassèrent à nouveau, cette fois de façon plus fougueuse. À califourchon, Amaya s'aventura plus loin, passant ses lèvres contre la nuque d'Alika, son cou pour arriver à sa poitrine. La fille de Balsa déposa ses mains de chaque côté de sa tête, sur le futon, perdue et enivrée de ces caresses.
« Amaya ?
- Oui ?
- ... Est-ce que tu parles quand tu as des relations comme ça ?
- Oui, quelques fois. Mais ça dépend. Est-ce que toi tu veux parler ?
- Bah... je ne sais pas. Je suis perdue... c'est ma première fois.
- Dans ce cas, ne te retiens pas de gémir. Tu n'es pas obligée de parler, si ça te déconcentre.
- ... d'accord. Mais j'ai peur de gémir…
- Ça ira. Laisse-toi aller. »
Sa copine revient à sa tête et sourit avant de la réattaquer, par surprise, en lui roulant une pelle. Alika fut si surprise qu'elle faillit en tomber en bas du lit. Pour se venger, elle plaqua Amaya sur le dos et l'embrassa avec tellement de vigueur qu'Amaya en fut surprise. Sa copine plaqua sa tête dans les seins de la jeune Yonsa et lui souffla de l'air avant de la faire rouler sur le côté. Un frisson la parcourut, pas de peur, non, de plaisir. Doucement, Amaya glissa sa main dans les jambes de sa petite-amie et la posa sur son sexe. C'était la première fois qu'Alika ne se débattait pas ou résistait quand elle posait sa main sur son sexe, même s'il y avait son sous-vêtement. En faisant un mouvement de va-et-vient avec ses doigts et sa paume de main, Amaya ré embrassa sa copine.
« Ama… ya… sortit Alika entre deux souffles de baiser. »
Amaya prit la main de sa petite-amie débutante et baissa son sous-vêtement avant de la poser entre ses jambes aussi.
« Alors ? Tu te dé-gênes enfin ? Il y a juste toi et moi qui le saura...
- C'est... confortable, du moins, je le vois comme ça. Je ne déteste pas ça.
- T'es cutes.
- Toi aussi. »
Elles roulèrent sur le côté et continuèrent à s'embrasser. Amaya fit une drôle de moue et lui vola un bisou furtif avant de s'accoter sur sa poitrine, lui murmurant que les vraies choses sérieuses pouvaient finalement commencer...
Dès que sa fille aînée fut partie, Balsa retourna dans le refuge pour terminer quelques trucs. Jiguro et Karuna* étaient partis jouer dans la forêt avec leurs bâtons en bambou, tandis que Nao, solitaire de nature, était calmement assit sur le quai à lire des manuscrits et des papiers. La mère de famille ressortit avec sa lance et vérifia les alentours avant de marcher vers un grand et gros arbre. Oui, depuis que les jumeaux étaient nés, Alika et elle devaient faire attention où elles laissaient leur lance, car ils étaient toujours, mais bien toujours, portés à jouer avec... et Balsa savait très bien que les lances étaient trop lourdes pour leur âge et qu'ils pouvaient blesser même si ce n'était pas le cas souhaité. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que les jumeaux étaient cachés à merveille dans un buisson pour voir comment elle montait et où elle cachait sa lance dans les branches.
« Karuna ! Regarde bien les mouvements de Maman, on va essayer à notre tour pour prendre sa lance !
- C'est ce que je fais ! »
Balsa posa un pied sur une branche d'arbre et monta son autre jambe pour ensuite s'agripper à une branche placée en angle. Elle emprisonna sa lance dans sa bouche – oui oui, vous avez bien lu, dans sa bouche – entre ses dents et continua d'escalader l'arbre d'une agilité déconcertante, faisant aussi preuve de souplesse démontrant ses muscles qu'elle n'avait pas perdu même avec ses grossesses. Elle se hissa sur une grosse branche et se plaça à califourchon dessus avant de ramper sur le ventre. Elle attrapa la corde et attacha sa lance d'un nœud compliqué avant de faire trois tours autour de la branche, de lâcher son arme et rajouta une corde en plus. Sa fille Motoko allait avoir sept ans au mois de novembre et étant aussi talentueuse que sa sœur aînée, elle aura à son tour une vraie lance. Elle se redressa, se massa la poitrine pour compenser le fait qu'elle se l'avait vraiment écrabouillée en étant sur le ventre et redescendit avant de frotter ses mains ensembles et de retourner dans le refuge.
« Maman est hors vue ! »
Les jumeaux s'offrir le signal et coururent vers l'arbre « cache-lance » ou « balançoire à lance », nom qu'ils avaient offert à l'arbre, pour justement, le désigner ainsi. Karuna plaça ses mains en tant que support, fléchit un peu les genoux et fit grimper son frère. Celui-ci lui tendit les mains et le hissa à son tour. Comme un parfait duo acrobatique et avec l'agilité de deux petits singes, ils atteignirent la branche qui servait de support aux lances, dont pour le moment se comptait que d'une seule. Ils devaient s'avouer qu'ils étaient très hauts, mais ils étaient trop contents d'avoir atteint la branche. Jiguro prit la corde et tira lentement. À quatre paires de main, ils remontèrent la lance de leur mère et jouèrent après le nœud avec une énorme patience et une manipulation étonnante.
« Le prochain défi, descendre de l'arbre avec ! dit fièrement Jiguro.
- Tu crois qu'on y arrivera ? Est-ce que Nao-Oniisan va nous voir ?
- Il a trop le nez dans ses bouquins. Grouillons-nous. »
Jiguro tint la lance et son frère descendit le premier. Se passant la lance de main en main, et prenant appui sur les branches et le tronc, ils atteignirent le sol en moins de dix minutes. Ce qu'ils ne savaient pas : leur mère les observait de loin sous son œil de lynx. Ils se tapèrent dans les mains et tinrent la lance à deux comme un long bout de bois.
« Mais ils vont tomber en bas de l'arbre ! s'était écrié Tanda.
- Ils apprendront. Qu'ils tombent pour voir.
- Balsa !
- Quoi ? Je suis aussi tombée d'un arbre Yukka quand j'étais vraiment jeune... je me suis cassée le bras, mais je n'en suis pas morte.
- Je me demande de qui ils retiennent... (Balsa lui laissa un sourire amusé avant de retourner à ses occupations) »
Elle se planta au milieu du chemin, les bras croisés et un regard à demi-sévère. Les jumeaux se figèrent comme des statues et cessèrent tous mouvements. Avec le temps, son regard sévère qui pouvait tenir une éternité, s'était lentement adoucit et elle ne restait jamais fâchée longtemps.
« On s'amuse, mes petits singes ?
- Eeeeehhhhhhhh... firent-ils à l'unisson.
- Je suppose que je ne peux rien y faire. (Elle soupira) Mais je le répète : ceci n'est pas un jouet. Vous pourriez vous blesser ou faire mal à vos sœurs et votre frère.
- Mais c'est pas drôle jouer avec des bambous ! pleurnicha Jiguro.
- Pourquoi n'irais-tu pas demander conseil à ton grand frère Nao ? tenta Balsa.
- Parce qu'il ne maîtrise pas la lance ! Et que je suis pas comme Karuna qui adore la médecine, lui.
- Que faut-il pour te faire changer d'idée ?
- Me faire porter ta lance.
- ''Nous'' ! rectifia Karuna.
- Bon... Motoko ?! appela-t-elle. »
Les buissons bougèrent et sa seconde fille ressortit, les mains peinturlurées de fruits écrasés et la bouche salit.
« Maman ? Tu m'as appelée ?
- Veux-tu offrir quelque cours à tes frères ? Des cours de lance ?
- Je veux tenir ta lance !
- NON ! répliquèrent les jumeaux en reculant avec.
- Je suis l'aînée !
- Techniquement, c'est Alika qui est l'aînée, arriva Nao avec son bouquin.
- Je suis la seconde fille de la famille et donc, quand Oneesama n'est pas là, c'est MOI la fille aînée ! »
Balsa leva les yeux au ciel, amusé et dodelina la tête. Les fameux débats du plus fort, de l'aîné(e), du plus gourmand, du plus intelligent recommençaient entre eux. Elle s'avança et d'un coup de sourcil bien levé, les jumeaux lui remirent à contre cœur l'arme en effectuant une moue boudeuse. Un seul regard et on obéit, avait commenté Tanda.
« Dès que vous aurez sept ans, vous pourrez en avoir une. Pour le moment, c'est au tour de Motoko désormais de porter une arme de ''grande personne''.
- Alika a-t-elle eu une lance à sept ans ?
- Évidemment ! Alors sept ans est mon âge attitré pour vous en procurer une.
- Alors on grandira plus vite ! dirent à l'unisson les jumeaux. Nao, tu peux pas faire une potion qui nous ferait grandir plus vite ?
- Je suis un apprenti chamane et apothicaire, pas un sorcier, les jumeaux.
- Je t'avais dit qu'il était ennuyant ! commenta Karuna qui se mangea un regard bleu glaçon de Nao, avant que celui-ci hausse les épaules.
- Je m'en fous, j'ai la lecture pour me porter compagnie. Je n'ai pas besoin de d'autre personne. »
Et il entra. Balsa remit la lance à sa seconde fille qui s'était lavée un peu, caressa ses cheveux et alla retrouver Nao qui s'était couché dans le lit de ses parents au second étage pour lire ses bouquins habituels. Il ne leva même pas les yeux pour observer la nouvelle arrivante.
« Tu ne t'ennuis pas, seul ici ?
- Non, je ne m'ennuis jamais seul.
- Tu es comme ton père.
- C'est mal d'être calme comme moi ?
- Je n'ai jamais dit ça, se reprit Balsa. J'ai juste peur que tu t'ennuis, c'est tout.
- Ça n'arrivera pas.
- D'accord mon poussin. Je serai en bas si jamais il y a quelque chose. »
Elle ébouriffa ses cheveux et baisa son front avant de redescendre. Elle ramassa le salon familial, remit les couvertures en place, les meubles aux endroits initiaux et passa un coup de balais. Elle commença également les préparations du souper. Les cliquetis des bâtons en bambou contre sa lance résonnaient à ses oreilles, la remmenant dans ses souvenirs quand elle s'entraînait avec Jiguro, puis Alika. Elle se mit même à penser qu'elle avait créé une lignée de futurs lanciers. Enfin, il n'y a que Nao qui n'a jamais été très fan des arts martiaux ni même n'a jamais eu envie de posséder une lance... Kasem aurait-il été un fanatique de la lance ou aurait-il été le portrait craché de Tanda ? Elle frissonna en pensant à lui. Même s'il n'avait pas vécu longtemps, elle ressentait toujours son absence. Elle aimait comme jamais ses cinq enfants, elle avait eu une vie comblée, mais la place vide qu'avait laissé Kasem était toujours présente, dix ans même après sa mort périnatal. Or, Nao, Motoko, Karuna et Jiguro savaient que Kasem était le second enfant né après Alika et que c'était officiellement lui le garçon aîné – même s'ils aimaient se disputer la place du plus vieux. Nao, enfant précoce, était aussi au courant que sa naissance ne remplaçait pas la place de son frère aîné. Et il ne s'était jamais senti comme un remplaçant, mais comme le petit frère de Kasem.
« Maman ? résonna la voix de l'un des jumeaux. »
Balsa sortit de ses pensées, secoua la tête et essuya vivement ses larmes discrètes.
« Qu'est-ce qu'il y a, trésor ? »
Le jumeau leva son genou.
« Je suis tombé.
- On va arranger ça, viens eh...
- Karuna, Maman.
- Karuna, se corrigea Balsa. »
Elle déposa le couteau sur le comptoir, prit son fils dans ses bras et l'emmena au second étage. Elle prit la trousse de premier soin et pansa la blessure de son fils. Puis, elle colla son index et son majeur sur ses lèvres et les posa sur la blessure pansée.
« Un bisou pour accélérer la guérison. (elle se pencha et baisa le genou : ) Et un bécco-bobo de Maman pour qu'il parte au plus vite. »
Karuna sourit et descendit de la boîte en bois. Nao était toujours dans son bouquin et n'avait même pas jeté un regard.
« Tu lis quoi ? demanda le petit frère.
- Des contes et légendes Yakue, fit Nao. Je les mémorise.
- Tu les quoi ?
- Je les retiens par cœur.
- Pourquoi ?
- Je veux devenir compteur au village Yakue Toumi.
- Pourquoi ?
- Parce que ça me tente ?
- Pourquoi ? »
Nao soupira. Balsa se rapprocha, soudainement curieuse.
« Tu veux faire ça comme métier ?
- J'ai toujours aimé les légendes Yakue, les coutumes. J'ai lu des coutumes anciennes qui avaient disparu et ont disparu et ce serait bien de les restaurer je trouve.
- Si Alika était fanatique de Kanbal, toi, tu es fanatique du peuple Yakue. Vous êtes de vrais opposés ta sœur aînée et toi.
- Je sais. On partage aussi la faculté de parler aux esprits et de voir le monde spirituel. Mais Oneesama est trop énergétique et extravertie pour moi. Elle ressemble plus à Motoko et Jiguro. De plus, elle n'utilise presque plus son don de voir les esprits et le deuxième monde spirituel. Moi, je veux utiliser cette faculté, je sais que je suis plus fort qu'elle sur ce domaine.
- Tu es plus fort qu'elle niveau spiritualité ?
- Exactement.
- Mais elle, elle est bonne à la lance et aux arts martiaux, sortit Karuna.
- M'ouais... sans doute. »
La maman sourit et descendit en bas continuer le souper. Motoko avait fini l'entraînement et nettoyait les mains de son frère. Elle fit le saut en voyant sa mère apparaître.
« Vous vous êtes bien entraînés ?
- Oui ! répondit Jiguro avec enthousiasme.
- C'est toujours plaisant de tenir ta lance, fit Motoko. Qu'est-ce que je peux faire pour aider au souper, Maman ?
- Veux-tu mettre la table ?
- D'accord. »
Elle passa les napperons à sa fille puis les baguettes. Jiguro alla se reposer sur un grand coussin dans le salon, fatigué de son entrainement.
« Je te réveillerai quand on va manger, sourit Balsa.
- D'accord.
- Reposes-toi bien. »
Tanda revint de son travail et entra.
« Papa ! s'écria Motoko qui aidait Balsa.
- Bonsoir Motoko, la salua-t-il en déposant son sac.
- On fait le souper.
- Je vois ça, c'est bien. Où sont les autres ?
- Nao et Karuna sont en haut, Motoko et Jiguro ici. Le dernier se repose de son entrainement.
- Des nouvelles d'Alika ?
- Non, toujours pas. Mais je ne m'en fait pas trop, elle a l'âge de sortir et je lui fais confiance.
- Hmmm...
- Cesse de t'en faire, le pria Balsa en se retournant. Alika doit avoir de la liberté. Et elle doit sentir qu'on ne s'en fait pas pour elle quand elle nous avertit d'avance. Elle ne sera pas ta petite fille éternellement. Viens nous aider à faire le souper.
- Quel changement abrupt de conversation... nota-t-il.
- Ce n'est pas le moment. »
Il soupira et alla aider. Balsa réveilla Jiguro et appela Nao et Karuna à venir manger à leur tour.
« Ali-Chan n'est pas là ? s'enquit le premier des jumeaux, Karuna.
- Non pas ce soir.
- Ça fait bizarre.
- Maman, on prit Kasem pour le repas ? demanda Motoko.
- Bien sûr, comme toujours.
- Oui. »
Ils prièrent et commencèrent à manger. Le souper se passa sans trop d'encombre, à l'exception des jumeaux qui se volaient de la nourriture dans leur propre assiette. Balsa donc avait échangé leur assiette et le spectacle continuait toujours. Motoko avait à son tour décidé de mélanger leurs deux assiettes ensembles et ils s'étaient mis à voler la nourriture dans les plats de leurs aînés. Motoko se mit à crier et à pleurnicher alors que Nao tirait le plus près possible son assiette contre lui de façon possessive. Balsa trouvait ça comique et Tanda, qui normalement, aurait ri avec eux, était encore dans ses pensées. C'est quand Karuna lança une carotte cuite sur son père sans faire exprès que ce dernier sortit de ses pensées. La maman rit aux grands éclats, mais elle devait avouer que l'absence de son aînée changeait l'atmosphère. Après souper, Tanda s'occupa de ses plantes médicinales accompagner de son fils Karuna et Balsa passa du temps avec Motoko à la lance.
« Qu'est-ce que tu fais ? se renseigna Karuna en se penchant par-dessus l'épaule de son père.
- Je mets de l'engrais.
- Pourquoi ?
- Pour aider les plantes à mieux pousser.
- Ah... ?
- Tu veux m'aider à en mettre ou retirer les mauvaises herbes ?
- Aider ! »
Tanda lui montra comment il faisait et Karuna l'imita rapidement. Puis, soudain, l'apothicaire se mit à rire.
« Papa ? Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?
- Maman n'a jamais eu le pouce vert pour planter des plantes ou même les entretenir.
- Oh !... elle n'aime pas les fleurs ?
- Oui, mais elle n'aime pas les entretenir, elle dit qu'elle oublie tout le temps. Donc, elle me laisse toutes les tâches reliées aux fleurs.
- Les fleurs, c'est jolie !
- Tu as raison. »
Un peu plus loin, Balsa ne retenait pas ses coups de lance envers sa seconde fille et la poussait jusqu'à ses limites.
« Replace ton pied, il est mal positionné, commanda-t-elle.
- Dé-désolée...
- Arrête de t'excuser. Tu n'auras pas le temps de te sentir désolée contre ton adversaire… Hum, tu veux qu'on prenne une pause ?
- Non ! Je veux être aussi forte qu'Alika-Oneesama !
- Donc, on va pratiquer ton endurance ?
- Tu ne me le faisais déjà pas pratiquer, Maman ?
- Si, mais j'étais curieuse de voir quel domaine tu préférais. Vois-tu, ta grande sœur préférait la puissance et l'agilité. Toi, l'endurance et l'analyse des mouvements de ton adversaire.
- Pas bête. Bon, on recommence, Maman ! »
Elle se jeta sur sa mère et offrit son plus puissant coup avec son bambou. Balsa para puis réattaqua à son tour, mais Motoko se mit sur la défensive et repoussa sa lance tout de suite après.
« Oh ho ! pas mal ! complimenta Balsa.
- Merci ! Est-ce que tu trouves que je m'améliore ?
- Bin oui. Je trouve que tu t'améliores toujours de fois en fois. Tu seras aussi douée que ta sœur et moi.
- J'espère ! »
Soudain, elle lâcha son bambou et se jeta vers les jambes de sa mère en entourant ses bras autour, la faisant tomber au sol. Balsa échappa sa lance au passage et tomba sur l'herbe en faisant un couinement estomaqué.
« Motoko ! Mais c'est quoi ce... mouvem... attaque ?
- Un peu de divertissement... j'ai réussi à baisser ta garde ! Tu dois l'avouer ! »
Motoko s'esclaffait en remontant vers elle pour l'entourer de ses petits bras. Balsa la regarda et se mit à l'accompagner avant de rouler avec en riant.
« Alors... allons s'amuser ! »
Dans la soirée, Nao n'avait toujours pas bougé de son livre et Jiguro avait pris sa soirée relaxe en dessinant un peu. Balsa donna le bain aux jumeaux, arrivant parfaitement à les distinguer – ou presque. Elle les borda et alla nettoyer sa lance sous le regard de Motoko qui la regardait bien attentivement, couchée sur le ventre.
« Maman ?
- Hum ?
- Alika bien eu une lance à sept ans, si ?
- Oui.
- J'ai presque sept ans... »
Balsa redressa la tête.
« C'est bien vrai. Bientôt, on ira faire forger une lance pour toi, qu'en dis-tu ? Je crois que tu assez en mesure d'en porter une vraie.
- Vraiment ?! s'égaya Motoko en se redressant vivement sur ses mains.
- Oui. Dès que j'aurai le temps. Il faut que tu me le rappelles par contre.
- Oui ! Aussi, Maman ?
- Hum ?
- Je veux prendre mon bain avec toi !
- Ce serait bien amusant, en effet. Allons le prendre toute de suite dans ce cas.
- Oui ! »
Elles prirent leur bain en parlant de tout et de rien. Puis vint le tour de Tanda et Nao une fois que les femmes eurent fini de le prendre. Balsa conduisit Motoko dans ses bras jusqu'à son futon, étendu dans le salon familial, aux côtés de ceux de ses frères déjà endormit. Les quatre futons formaient deux rangés de deux lits, collés ensembles. Les jumeaux partageaient le même pour le moment, vu leur petite taille et celui d'Alika était vide et un peu plus en retrait.
« Allez, c'est le temps d'aller dormir, sinon tu ne seras pas en forme pour ton entrainement demain.
- Oui. »
Elle lui baisa le front et Nao arriva au même moment avant de se coucher aux côtés de sa petite sœur.
« Ça va faire onze ans demain, sortit-il en regardant sa mère d'un regard qu'elle était incapable de déchiffrer. »
Le cœur de Balsa manqua un battement. Nao avait beau être le portrait craché de son père physiquement, et ses croyances spirituelles étaient très proches de la culture Yakue, il semblerait qu'il ait retenu de l'ancien caractère taciturne et laconique de sa mère, autrefois.
« Je sais, dit-elle avant de lui baiser la joue. Allez bonne nuit. »
Elle se déplaça sur ses genoux, replaça la couverture de ses jumeaux avant de se redresser et de monter au second étage, rejoindre Tanda. Juste avant de poser son pied sur la première marche, elle entendit Motoko bousculer son frère.
« Pourquoi t'as dit ça comme ça hein ?! Tu sais que c'est dur pour elle encore aujourd'hui ?! C'est notre Maman après tout !
- Je le sais bien, je ne voulais simplement pas passer à côté de l'anniversaire de Kasem.
- Je ne pense pas que Maman l'aurait oublié ! Tu aurais pu utiliser un ton différent pour lui dire, genre, un sourire, un ton plus doux ! C'est quand même elle qui t'a donné vie, ou je pourrais dire que tu as remplacé notre frère aîné, pris sa place !
- La ferme Motoko, tu ne sais pas ce que tu dis ! Je n'ai jamais remplacé Kasem, si tu verrais les esprits, tu comprendrais ! »
Balsa se racla la gorge pour les faire taire et les avertir qu'elle les entendait toujours, ce qui fonctionna. Motoko se retourna, dos à son frère, et ferma les yeux.
« Nao, t'es méchant ! finit-elle. Demande pardon à Maman demain. »
Il ne dit rien. Tanda accueillis Balsa dans ses bras et éteignit la bougie. Elle ne bougeait presque pas et s'était complètement mit en position fœtal, collée contre son flanc, en l'enlaçant d'un bras.
« Quelque chose ne va pas, Balsa ?
- C'est demain... murmura-t-elle.
- Je sais, susurra-t-il en caressant ses cheveux soyeux. On fera comme on l'a toujours fait.
- Les souvenirs de sa naissance me reviennent toujours en tête cette journée-là. Je n'arrête pas de me dire que tout est de ma faute...
- Balsa, rien n'est de ta faute, tenta-t-il de la rassurer.
- Si... j'ai encore cette culpabilité en moi, onze ans plus tard. Si j'étais restée avec toi pour au moins attendre sa naissance- »
Tanda la fit taire en l'embrassant et glissa sa main sur sa joue alors qu'une larme roulait sur la joue de sa femme.
« Arrête s'il te plait. Tu ne sens pas quelque chose, une ''présence'' quand tu es triste et que tu ne penses que du noir ?
- ... Toujours...
- Alors arrête de t'en faire. Kasem continue toujours de veiller sur toi, et sur nous tous. Il est toujours accroché et relié à toi, d'une façon. Je vois parfois vaguement une silhouette de lumière, ou même un point lumineux, dans ton dos ou sur ton épaule. Il s'accroche à toi, un peu comme... à la manière d'un bébé koala. Tu n'as pas à t'en faire, alors, arrête de culpabiliser. »
Elle ne dit rien et préféra s'endormir dans ses bras.
Quelques précisions à dire :
* Pour le physique des jumeaux, je les imagine tous les deux physiquement comme Karuna Yonsa (le père de Balsa), identiques à lui, mais version enfant, si vous voyez ce que je veux dire.
* Ce n'est pas pour rien qu'Amaya Muga, vous avez sans doute obligatoirement lu Yami no Moribito pour la connaître, est apparue dans le second tome. Elle m'était utile pour la suite. ^-^
