Deux ans plus tard
Je regarde ma montre. Joyce ne m'a toujours pas appelé. Je suis inquiète. Terriblement inquiète. C'est pas normal. Nous nous sommes promises de nous appeler toutes les deux semaines. Alternativement et à la même heure. Joyce n'a jamais manqué, ni n'a été en retard une seule fois à nos rendez vous téléphoniques...
Je me décide à l'appeler. Brisant notre règle commune. Mais l'inquiétude que j'ai dans l'estomac est plus fort que moi. Il faut que je sache, que je me rassure... Je pianotte nerveusement ce numéro qui m'est devenu familier et attend anxieusement qu'elle décroche:
"A-allo?", fait une voix étrangère
Une voix cassée par des pleurs en arrière, redoublant mon angoisse. Elle semble jeune. Celui d'une ado... Oh! la Crevette*! Dawn! Zut et zut! Qu'est ce que je fais?
"Heu bonjour... Puis-je avoir ta mère s'il te plait?"
"N-non...", fait elle aux bords des larmes
"Quand rentrera-t-elle?"
"J-j-jamais...", se met elle à sanglotter "Elle-elle est m-morte!"
Morte? Non, c'est impossible! J'ai certainement mal entendu!
"Pardon?"
"Elle-elle est m-morte hi-hier", explique la Crevette entre ses larmes "On-on rev-vient j-juste de-de s-s-son en-enterrem-ment..."
"Oh... Je-je... Je suis vraiment désolée de l'apprendre"
Et c'est vrai! Joyce morte... Joyce. Morte. MORTE!C'est comme si on vient de m'annoncer la mort de ma propre mère... Alors que je m'en fous complètement de ma vraie mère! Mais il faut que je sache comment elle est morte. Est ce l'oeuvre d'un démon? D'un vampire? Mais comment le faire comprendre à la Crevette sans éveiller les soupçons? Je me décide à la mort la plus censée du monde... normal où elle vivait:
"Un vol qui a mal tourné dans sa galerie?"
Je sens des secousses avant que la seconde fille des Summers ne me réponde:
"N-n-non... Aneuvrisme..."
C'est quoi encore ce truc là? Va falloir que je fasse des recherches. Mais pour l'instant, je dois lui apporter mon soutien...même si je ne suis pas là physiquement...
"Ecoutes... Je serais venue si je l'avais su...", commençais-je en cherchant activement un mensonge qui ne soit pas trop compliqué, " Et si j'avais été libre... Vraiment. Joyce était une femme formidable. Elle m'a aidé dans l'un de mes plus sombres moments. Elle a été comme une mère pour moi et jamais je ne pourrai lui dire à quel point elle m'a été précieuse... Et Dawn... Si cela ne te dérange pas, est ce que je peux te rappeler plus tard?"
"Je... Oui... Pourquoi?"
"Je pense qu'il serait bien pour toi si on se parle sans que ta soeur ne vienne te déranger... Sans que ses amis ne viennent t'emmerder... même si c'est pour te réconforter. Je pense que c'est bien d'en parler avec quelqu'un qui n'est pas trop proche de toi. Je garderai tes secrets et tu garderas les miens..."
"J'ai mes amis pour ça...", objecta-t-elle
Maligne la Crevette. Comme sa mère. Je ne peux m'empêcher de sourire et lui réplique doucement:
"Mais est-ce que tes amis savent que ta soeur est une Tueuse?"
"Comment...?", s'exclame t elle avec une surprise évidente
"Ta mère", l'interrompais-je rapidement afin que B ne comprenne pas qui est au téléphone. "Elle me disait bien des secrets et je lui confiais les miens... Je t'ai dit que je la considérais comme une mère. N'est ce pas ce que devrait faire une mère et sa fille?... En tout cas, je veux que la mienne me considère comme telle..."
"Fille?", note la Crevette avec confusion
"Oui... Ma petite Hope. Elle a deux ans... Tu veux savoir un secret?"
J'entends à nouveau le téléphone bouger avant qu'elle ne réponde, déterminée;
"Oui."
"Joyce, ta mère... Etait présente lors de sa naissance. C'est elle qui a coupé son cordon et enveloppé dans ses langes..."
"Maman a fait ça?..."
"Oui..."
"C'est qui Dawn?", fait soudain une voix que je reconnaitrais entre toutes
B. J'étais clouée sur place. Elle a beau être à des milliers de kilomètres d'ici, elle me fait toujours aussi peur.
"Personne!", maugrée la jeune fille de mauvaise humeur avant de me répondre d'une voix plus douce: "Tu pourras m'en dire plus?"
"Bien sur.. Mais, loin des oreilles indiscrètes... Je t'appellerai plus tard si tu veux bien?... Sur ce numéro... Lorsque ta soeur ira patrouiller?"
"D'accord!"
Sur ce, la Crevette raccroche. Toutefois, elle a l'air, du moins au téléphone, mieux. Je suis heureuse d'avoir pu enlever un peu de sa peine... Mais, tellement triste d'apprendre la nouvelle!
Je regarde ma petite Hope qui faisait sa sieste. Maintenant, il n'y a plus que toi et moi. Le Boss est parti. Joyce est partie. C'est comme si j'avais perdu mes parents... Même s'ils étaient de substitution, ils m'ont traité comme leur enfant. Comme un être de chair et de sang. Comme un être qui a des émotions et des sentiments...
Ma vue se brouille. Je sais que je suis en train de pleurer. Je pose une main tremblante sur le front de ma petite fille. Cette dernière, comme lorsqu'elle était dans mon ventre, se réveille. Elle pose sa main sur la mienne. Celle qui recouvre son front et me demande innoncement:
"M'man pweul?"
Je sais ce qu'elle voulait me dire; 'maman pleure'... Je lui souris tristement et m'accroupit près d'elle. D'une voix triste, je lui répond:
"Oui... Maman pleure... Tu te rappelle de mamie?"
Aussitôt, son visage s'éclaire. Elle se rappelle. Joyce est venue nous voir pour ses deux anniversaire. Le dernier, celui de ses deux ans étant il y a presque deux mois... Je prends une grande bouffée avant de lui avouer:
"Mamie ne viendra plus... Mamie est partie dans le Ciel.. avec les anges..."
"Oh...", fait elle tristement.
Elle se redresse et tend ses petits bras moi. Bras qui touchaient doucement mes épaules à sa hauteur. De sa petite voix d'ange, elle demande:
"M'man... po'ter..."
Je lui souris et la prends tendrement dans mes bras. Puis, je la serre contre mon coeur alors que, de sa petite et ses petits , Hope essaie de me rassurer du mieux que son petit être pouvait:
"wà, wà... Finis m'man... Pas pweulé"
J'enfouis ma tête dans le creux de son cou et respire son odeur. Profondément. J'adorais la respirer. Me remplir les poumons de son odeur. Son odeur d'enfant. Si délicat. Si rassurant... ce, malgré les circonstances. Mon petit ange lui, me caressait les cheveux. Doucement. En faisant attention à ne pas s'emmêler les doigts.
Puis, je la regarde et renouvelle ma promesse. Une promesse que je lui faisais toujours lorsque je me sentais triste ou abattue. Je regardais dans ses yeux d'un vert noisette, comme ceux de B... et de Joyce, et reprenais courage. C'était tout ce qu'il me fallait pour me rendre ma détermination. Une fois encore, je lui promis:
" Je te promets d'être toujours là pour toi, de te protéger de tous les dangers et de tout faire pour que tu sois fière de moi..."
C'était une promesse que Joyce répétait aux filles lorsqu'elles étaient encore des enfants. Mais, B est devenue la Tueuse et l'a complètement négligé. Quant à la Crevette, Joyce lui tiens, non tenait, tant bien que mal cette promesse... Parce que cette promesse qu'elle faisait à ces enfants était tant admirable, j'ai décidé de la suivre et surtout... de m'y tenir...
Je sais qu'avec Hope, ce ne sera pas facile. D'abord, je sais de source sure qu'elle est née Tueuse. Comment? En rencontrant un vampire lors d'un trip à Détroit. Nous nous sommes rendues à une exposition d'oeuvres d'art contemporain. Elle a fait 'grr!' et essayé de lui faire peur... Comme si un bout de chou pouvait faire peur à cet âge-là! Mais bon! Au moins, elle a saisi l'esprit et a... 'senti' ce vampire... Ensuite, puisque c'est une Tueuse née, il faudra que je l'entraine pour qu'elle garde toujours le contrôle de ses pouvoirs, qu'elle ne se laisse pas dominer par eux comme moi par le passé. Enfin, il y a la question qui tue qui va arriver un jour ou l'autre 'où est mon papa?'. Qu'est ce que je vais bien pouvoir lui? 'En fait, tu as deux mamans dont l'une veut tuer l'autre.' Hors de questions que je l'oblige à choisir entre B et moi...
Mais Joyce, à qui j'ai tout raconté à son premier anniversaire, m'a dit qu'il faudrait bien que Hope sache un jour pour B. Elle aussi n'était pas très chaude à l'idée de lui dire que sa fille, B, est aussi sa mère et que c'est aussi une Tueuse. Mais surtout, elle craint que Hope ne nous accuse de la tenir éloigné de B. Joyce m'a dit que B se sert de sa... mission pour s'éloigner d'elle et faire sa vie avec le boyscout de l'Iowa. Cela l'a rendu tellement triste. Je me suis donnée un mal de chien pour la rassurer et la calmer, pour lui rappeler qu'elle a une seconde fille et que celle-là ne sera pas une déception émotionnelle. J'avais tout misé sur la Crevette et Joyce m'a fait confiance. Elle m'a écouté lui donner des conseils sur comment gérer sa fille adolescente, ce qu'il faut lui dire et ne pas dire, jusqu'où mettre les limites, lui donner un sens de responsabilité et lui donnant l'occasion de négocier certaines libertés. Le résultat ne sait pas fait attendre. La Crevette ne tarissait pas d'éloges lorsqu'elle rentrait à la maison pour lui raconter sa journée ET lui dire qu'elle était la maman la plus cool du monde. Joyce, en retour, ne tarissait pas de remerciements à mon égard...
Que de souvenirs! Je caresse le visage angélique de mon petit trésor. Elle me sourit et me déclare fermement:
"'ope et m'man twoujouls!"
Je souris devant sa détermination innocente. Puis, je l'embrasse sur le nez et lui répond:
"Oui... Toujours..."
Quelques heures plus tard
Je re-pianotte les touches du téléphone cellulaire de Joyce. Cette fois, la Crevette répondit plus rapidement
"Hey...", la saluai -je
"Hey..."
"Alors comment tu vas par rapport à cet après-midi?", lui demandai je poliment
"Mieux. Je n'arrive toujours pas à croire que maman ne soit plus là.", arrive t elle à me dire
"Moi aussi", lui avouai-je doucement. "J'étais tellement choquée que j'ai réveillé sans le vouloir ma fille. Je lui ai dit pour ta maman... Elle m'a réconforté du mieux qu'elle pouvait. Mais, j'étais un vrai déchet à ce moment-là. Maintenant, ça va mieux et Hope dort. Elle est près de moi. Je... Je crois que je n'aurais pas le courage de dormir seule ce soir..."
"Est ce... Est ce que Hope connaissait maman?"
"Oui... En fait, nous aurions pu nous rencontrer il y a à peu près deux mois de cela..."
"C'est toi! C'est toi qui nous a invité là-bas! Merci! C'était génial!", s'exclame la Crevette avec ahurissement et joie
"Ta mère avait besoin d'un break", lui répondais je doucement "Et c'était l'anniversaire de ma fille... Ta mère ne voulait rater cela pour rien au monde... Elle adore Hope. Elle dit qu'elle a l'impression de te voir en elle..."
"M-merci...", bégaie la jeune fille.
Je ne peux m'empêcher de sourire. A tous les coups, elle est en train de rougir d'embarras. Je voulais la titiller un peu mais, je n'ai pas envie qu'elle me raccroche au nez. Aussi, j'opte pour la sagesse maternelle:
"J'avoue qu'elle n'a pas tout à fait tord... J'espère seulement pouvoir l'élever aussi bien que ta mère l'a fait avec toi."
"Elle ne t'a pas parlé de... ma soeur?", s'étonne légèrement la Crevette
"Ta soeur?... Elle n'a été qu'une source d'ennuis pour ta mère à partir du moment où elle est devenue la Tueuse.", lui révélai je abruptement.
"Tu ne l'aimes pas beaucoup on dirait...", avance doucement la jeune Summers
Je souris légèrement, me rappelant que ce n'est pas sa faute si elle a une soeur égoïste:
"Je m'excuse... Mais c'est vrai. Je ne l'a porte pas dans mon coeur. Je n'arrive toujours pas à concevoir le fait qu'elle soit sorti avec un vampire... même s'il a une âme... L'... Dawn... Un vampire reste un vampire. C'est mort et ça doit le rester... Cela n'a pas plu à ta mère. Et tu sais pourquoi?"
"Non."
"Ce n'est pas le fait qu'il soit entré chez vous et vous ai menacé. C'est le fait qu'elle l'ait fait derrière son dos, c'est le fait qu'elle l'a permis d'entrer chez vous en l'invitant lorsqu'il avait encore son âme..."
Je m'arrête. J'hésite. Dois - je aller plus aux devants des confidences de Joyce? En même temps, la jeune fille au bout du fil a l'air d'avoir besoin d'être prise en main, d'être rassurée. Et puis zut! J'espère que Joyce me pardonnera. Mais, c'est pour le bien de sa fille:
"Dawn... Tu dois comprendre que ta mère, cette nuit-là, n'avait pas eu peur pour sa vie, mais pour toi. Elle avait peur pour toi. Et elle ne pouvait rien faire parce que c'était un vampire. Elle s'était promise de vous protéger toutes les deux. Elle a ressenti cette nuit-là comme un échec à son devoir de mère..."
J'entends des sanglots étouffés à l'autre bout du fil. Je m'arrête un instant pour lui laisser le temps de se reprendre. Puis, je lui demande:
"Et toi Dawn... Qu'as tu ressenti cette nuit-là?"
"Pourquoi tu me demandes ça? Pourquoi tu me fais revivre ça?"
"Je veux savoir si j'ai eu raison de lui dire que tu ne lui en voulais pas et que tu savais qu'elle a tout fait pour te protéger. Je veux savoir si j'ai eu raison de lui dire qu'il suffit qu'elle te regarde dans les yeux pour voir à quel point tu l'aimes et qu'elle n'a pas failli à son devoir..."
"Non... Je-je l'aimais. Je sais qu'elle a tout fait. Je le sais au plus profond de mon coeur. Je sais que j'étais petite mais je sais que maman s'est battue pour moi... J'avais tellement peur qu'elle ne se fasse tuer tu sais..."
"Je sais... Crois moi, je le sais... Maintenant, je veux que tu gardes en toi ce sentiment... Je veux que tu gardes en toi l'image que tu avais d'elle cette nuit-là. Rappelles toi comment elle s'est tenue face à Angelus. Rappelles toi à quel point elle s'est montrée forte pour te protéger... Maintenant, je veux que tu sois forte comme elle. Je veux que tu te tiennes droite comme elle l'a fait. Tu es sa fille et je sais que tu as sa force et son courage..."
"Mais j'ai peur!... Tellement peur!... Et puis, et puis les autres ne sont pas là pour moi. Ils sont là pour Buffy"
Je soupire. Ce n'est pas juste. Ce n'est vraiment pas juste. B était rarement à la maison et pourtant, c'est elle qui reçoit toutes les attentions... Alors que la Crevette est dans le désespoir totale. Je ne peux m'empêcher de secouer tristement la tête avant de lui répondre:
"Je sais... Mais moi je suis là. Moi et... comment elle s'appelle déjà... Tara? Oui! Tara... Ta maman m'a dit beaucoup de bien d'elle, qu'elle venait de temps en temps vous rendre visite et vous préparer à manger..."
"Oui. Tara est très gentille...", répond l'adolescente d'une vois admirative.
Je souris légèrement. Je savais qu'en évoquant cette fille, la Crevette allait immédiatement se calmer. Joyce m'a dit que c'était une sorcière à la présence rassurante. C'est un bon point.
"Et bien, tu peux compter sur elle. Tara ne te laissera pas tomber... et moi non plus. Nous allons faire face ensemble... Tu veux bien?"
"Oui..."
"Dawn... Es tu prête à affronter le reste du monde?... Parce que c'est ce qui va t'arriver. Je parie que tu es dans ta chambre n'est ce pas?"
"Oui."
"Eh bien... Même si tu sais qu'il y a des démons, dans l' genre VRAIS démons, saches que ce n'est la seule chose que tu devras affronter. Ces murs deviendront ton sanctuaire, les seuls témoins de ton chagrin. Dehors, tu devras te montrer forte. Comme ta..."
"Je sais. Ma soeur.", achève t elle comme s'il s'agissait d'un fait
"Non. Ta mère...", lui répondais d'un ton un tantiné sec.
Il faut que je remette un peu les pendules à l'heure. Je ne sais pas ce que B et les autres lui ont encore raconté, mais j'ai pas l'intention de laisser la mémoire de Joyce partir en fumée!
"Dis moi Dawn, c'est ta soeur qui t'a protégé d'Angélus? C'est ta soeur qui venait te voir la nuit lorsque tu te réveillais en hurlant de peur à cause de lui? C'est ta soeur qui te calmait et te rassurait, restait à ton chevêt jusqu'à ce que tu dormes? C'est ta soeur qui te défendait contre tes professeurs? C'est ta soeur qui t'a accompagné à l'hôpital pour ton apendicite?...
J'entendais à l'autre bout du téléphone ses sanglots. Je sais que je faisais ressurgir ce passé que Joyce m'a raconté, m'a mise dans le secret. Mais, je sais que c'est beaucoup mieux de lui faire rappeler la femme géniale que sa mère était à ses yeux, plutôt que de simples et sans convictions 'ta mère était une femme formidable; passionnée; charmante...' Non. En lui contant tous ce que je sais, je lui montre aussi bien qu'elle me parlait d'elle au quotidien mais aussi qu'elle l'aimait de tout son coeur:
"Je peux continuer toute la nuit pour te montrer à quel point ta mère était forte. Ce sont des choses insignifiantes de la vie d'un être humain. Mais, ces petites choses... Elles sont précieuses parce qu'elles montrent que ta maman t'aimait. Elles montrent que ta maman tenait à toi. Ta maman se tenait près de toi dans les moments les plus pénibles. Pas ta soeur. Ta mère... Elle s'est montrée forte pour toi, pour te rassurer, pour te dire à sa manière 'ne t'inquiètes pas, je suis là'..."
"Elle me manque tellement...", murmure la jeune fille
"Dawn... Je sais qu'elle te manque... Et je suis sure que tu dois lui manquer énormément... Je suis certaine que, de là où elle est, elle doit être en train de te regarder et son coeur doit être brisé parce qu'elle ne peut plus te prendre dans ses bras et te rassurer par sa seule présence..."
"Tu-tu crois?", me demande t elle timidement.
"J'en suis absolument convaincue... Mais, je crois que ça la déchire de te voir ainsi. Je vais te dire un truc qu'elle m'a dit un jour..., il y a très longtemps... Elle m'a dit que... 'tant que tu te souviendras de cette personne, elle sera toujours vivante. Elle n'aura plus de corps, c'est vrai, mais elle sera toujours là pour te guider dans tes choix'... Est ce que tu comprends ce que j'essaie de te dire? Tu dois te souvenir d'elle en respectant ce qu'elle était. Une femme forte. Une femme courageuse... Je sais que c'est dur, que ce sera dur. Tu as le droit de pleurer. Mais, ne montres pas que tu es blessée..."
Je m'arrête un instant. Le temps de me reprendre. Ces mots, Joyce me les avait dit lorsque j'ai passé mon Noël à Sunnydale. Lorsque B s'en est allée retrouver Batman et la Crevette aux bras de Morphée. Je lui ai raconté pour mon Observatrice et à quel point je regrettais d'avoir fui. Elle m'a alors rassuré en me disant que si elle m'a vraiment aimé comme une mère, elle aurait approuvé ma décision. Elle m'a aussi dit que tant que je penserai à elle, elle sera toujours là pour que je puisse prendre les bonnes décisions... Elle avait raison. A partir du moment où j'ai cessé de penser à elle, mes ennuis ont commencé. Maintenant, c'est son souvenir ainsi que ceux de Joyce qui m'aident à avancer. J'ai bien l'intention de m'acquitter de ma dette envers la femme Summers...
"Comment tu t'appelles?" me demande soudain la Crevette
Bien que prise de court, je me mets aussitôt à penser à mon second prénom:
"Malicia. Comme dans les X-Men... Pas commun. Mais ma mère aimait l'opposition dans la Bible. La Foi et le Malin..."
Oups! Je CROIS que j'en ai trop dit! Pourtant, la Crevette ne semble pas avoir tilté. Ouffff!
"Malicia... Merci. Je-je me sens beaucoup mieux. En fait, à chaque fois que je te parle, je me sens toujours mieux..."
"Ce doit être la fibre maternelle", me moquai- je
"Oui. Je crois que c'est ça. Après tout, t'es la seule personne que je connaisse qui ait un enfant. Tous les autres..., ils savent pas ce que c'est. D'être maman. Ils savent pas comment ils doivent faire avec moi. Ils pensent que je suis trop petite pour comprendre..."
"Eh bien... Si tu le prends ainsi... Que dirais tu que je t'appelle toutes les deux semaines comme je le faisais avec ta maman?..."
"Tu l'appelais toutes les deux semaines?"
"En fait, on s'appelait alternativement, toutes les deux semaines... Aujourd'hui... Ce devait être son tour..."
"Oh... Et de quoi parlez vous?"
"De tout et de rien. Cela dépendait de ce qui c'est passé pendant ce laps de temps... Par exemple, là, je lui aurais parlé de notre journée à la maison Hope et moi autour du feu..."
"Autour du feu?"
"Oui. Il pleut en ce moment. La munnicipalité a demandé à ce qu'on reste à l'abri. Nous ne pouvons pas nous permettre de sortir par un temps pareil et risquer de se faire emporter..."
J'entends le bruit d'un moteur de recherche. Aussitôt, je lui demande:
" Serais tu en train d'essayer de me localiser?"
"Oui... Comment tu l' sais?"
"Eh bien... Tu étais trop silencieuse..."
"Oui. Je voulais savoir si t'étais pas trop loin. Comme ça, je pourrais venir habiter chez toi..."
"Je t'aurais accueilli à bras ouverts chérie mais, si ton moteur de recherche a fait du bon boulot avec ce peu d'informations... Tu vois bien que tu es trop loin de chez moi..."
"Oui... Le même Etat que celui où nous étions maman et moi..."
"Normal. C'est là que j'habite. En fait, j'habite l'île d'en face où vous étiez..."
"Wooowww! Trop cool!"
"Si tu le dis..."
C'est à ce moment là que Hope se réveille. Bien que les yeux encore endormi, elle vient vers moi à quatre pattes. Je lui souris et me baisse pour lui donner un bisou sur le front. Elle en profite pour me demander:
"C'est qwui m'man?"
"Tatie Dawn... La fille de mamie..."
Presque immédiatement, je remarque une lueur dans les yeux de ma fille. Elle tend le bras vers moi et demande à nouveau:
"Peut m'man?"
"Attends une seconde chérie...", lui murmurai je avant de demander à la Crevette: "Dawn... Hope voudrait te parler. Est ce que cela ne te dérange pas?"
"Non... Je serais ravie d'entendre celle qui me ressemble!"
"Ok... Mais, surveilles ton language!"
Je pose alors le combiné près du lit, appuyant sur le mode 'haut parleur'. Hope fait alors de sa voix d'enfant:
"Allo?"
"Hey Hope! Comment tu vas?"
"Vais bien... Mamie pa'ti au cwiel?"
"Oui. Mamie est parlie au Ciel. Elle ne pourra plus revenir..."
"M'man beaucoup pweulé... Tatie beaucoup pweulé ausswi?"
"Oui... Moi aussi j'ai beaucoup pleuré... Dis moi Hope... Tu ne devrais pas être en train de dormir? Tu n'as pas école demain?"
Je vois alors ma petite fille faire de gros yeux. D'une voix innocente, elle lui demande:
" Comment tu sais?"
"J'ai aussi école demain."
"Tatie ausswi va à l'écwole! Tatie va à l'écwole!... M'man entendu? Tatie va à l'écwole!"
Je ris un peu avant de lui répondre:
"Oui j'ai entendu... et tatie a raison. C'est l'heure de faire dodo bout d' chou"
"Oui, m'man!"
Elle retourne à sa place tandis que je repris le téléphone.
"C'est un amour...", commente alors la Crevette.
"Oui... Je donnerai ma vie pour elle... Ecoutes Dawn, je dois maintenant te quitter. Mon devoir de mère m'a appelle. Mais est ce que tu es d'accord pour cette arrangement?"
"Oui... Mais, je veux t'appeler aussi. Je peux?"
Je réfléchis rapidement. Je sais qu'elle voudra m'appeler à n'importe quelle heure de la nuit. Elle a besoin d'un soutien affectif que les autres, sauf Tara, ne lui donneront pas. Je soupire lentement, pour qu'elle ne prenne pas cela pour autre chose que ce que c'est. Puis, d'une vois ferme, je lui réponds:
"Très bien. Je te donne mon numéro. MAIS! Tu ne m'appelles UNIQUEMENT sur ce portable. Si je vois qu'un autre numéro est affiché sur mon écran, je ne répondrai pas... M'as tu bien comprise?"
Je l'entends qui hoche de la tête. J'en profite pour l'avertir:
"Autre chose Dawn... Je ne veux que personne ne sache pour moi. Débrouilles toi comme tu peux, mais évites de le dire aux autres. Je ne les aime pas. Plus ils seront loin de moi, mieux je me porte... La seule autre personne dont je tolèrerais la présence serait Tara. Uniquement parce que ta maman avait confiance en elle... Maintenant, mon numéro..."
Je le lui donne. Elle s'empresse de le retenir. Puis, elle me dit:
"A la prochaine Malicia... Ca m'a vraiment fait du bien de te parler..."
"Tout à fait normal. Appelles moi quand tu veux... Du moment que ce ne soit pas très tard dans la nuit..."
"Ok... Bonn' nuit..."
"Bonn' nuit Dawn..."
Quelques mois plus tard
Je me réveille en hurlant de douleur. J'avais l'impression qu'on m'arrachait le coeur, qu'on l'aplatissait, qu'on le broyait... Merde! Mais qu'est ce que c'est! Le souffle court, la sueur sur le front, la main sur la poitrine; je m'asseyais avec effort. C'est pas tous les jours qu'on expérimente une crise cardiaque pareille... surtout à mon âge!
Près de mon lit, Hope s'était elle aussi réveillée. Elle me regardait avec frayeur. Aussitôt, j'étais près d'elle pour la rassurer. Mais, en moi, je savais qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond... Et à tout les coups, ce quelque chose a avoir avec B... Ma réponse ne se fait pas attendre... Presqu'une heure plus tard, mon téléphone portable sonne. La Crevette...
Je soupire. Je m'étais rapidement attachée à elle. C'est une bonne fille. Joyce avait raison. Elle a juste besoin d'un petit peu de soutien, de compréhension et d'attention... J'ai été plus que choquée d'apprendre qu'elle n'existait pas réellement, qu'elle n'était qu'une boule d'énergie dont la seule et unique utilité est d'ouvrir des portes dimensionnelles, qu'elle avait été envoyée à Buffy sous forme de soeur pour qu'elle la protège. Elle me l'a annoncé en pleurant à chaudes larmes. Elle était plus que bouleversée et était prête à s'enfuir. J'ai réussi tant bien que mal à la persuader que ce n'était pas sa faute. Elle m'avait demandé si je pouvais la garder chez moi. Bien entendu, je lui avait répondu que oui mais que sa soeur allait s'inquiéter. Je lui ai dit que, même si elle était cette sorte de... 'Clé', B allait toujours l'aimé comme une soeur. Elle ne devait pas perdre courage et confiance...
Elle s'était décidée à me suivre. Elle m'écoutait presque tout le temps. B a de la chance que je ne veuille plus lui faire du tord. J'aurais très bien pu par l'intermédiaire de sa petite soeur qui n'est pas vraiment sa petite soeur mais qui l'est quand même... Ouch! Ca me fait mal à la tête rien que de me dire ça!
Toutefois, avant de savoir tout ça, j'ai appris de bonnes. Par exemple que la petite famille Summers était à la dech... Chose que j'ai immédiatement réglé. J'ai dit à la Crevette que je m'occuperai du côté financier. J'ai ajouté que si B demandait d'où ça venait, elle n'avait qu'à répliquer que c'est leur père. Je sais que ce c... s'en fout royalement. De toute manière, je m'occupe aussi de lui... à ma manière... Grâce aux cours accélérés de maitre Davencort, je suis très connue dans le monde des affaires. Même si personne ne m'a rencontré en chair et en os, tout le monde craint mon nom... Héhé! Qui aurait cru que j'étais un génie des affaires... Pas moi en tout cas. Je crois que seul le Boss et Joyce ont cru en mes capacités... autres que relatives au monde du surnaturel... J'en ai profité pour racheter la boite où son pat's bosse. Depuis, je lui fais mener un enfer... Un... petit souvenir de Joyce... Bref! B a toujours espéré que leur père allait leur revenir. Pourquoi ne pas lui donner un peu de cette illusion?...
Je prends une longue inspiration. Je sens que cette conversation ne va pas être agréable... Puis, d'une main ferme, je déccroche:
"Dawn?"
Silence. Presque pesant. Étouffant. J'aime pas ça. Vraiment pas... Je lance un regard vers ma petite fille qui s'était rendormie. C'est alors que j'entends sa voix. Brisée. Par des sanglots.
"M-m-malicia?"
"Que se passe t il? Je sais que quelque chose ne va pas... Dis moi..."
"B-b-b-buffy... Elle-elle est morte..."
J'écarquille les yeux et retiens mon souffle. Comment?
"Comment?"
"Elle-elle s'est je-jetée d-d-d-dans le vi-vi-vide. P-p-p-pour reffffffferm-m-m-mer un po-po-portail. Elle-elle a fffffffffait ça p-p-p-pour me sauvvvver.", explique ma petite Crevette entre deux sanglots. "P-p-p-pourquoi? Pourquoi les gens autour de moi meurent?"
Je sens un pan de culpabilité me serrer le coeur. J'aurais vraiment voulu l'aider à passer ce moment difficile. Etre là pour la prendre dans mes bras et lui dire que tout allait s'arranger. Mais, avant toute chose, je crois qu'elle n'a pas besoin de ces débilités... Ca ne m'a rien apporter à moi. Autant parler franc jeu comme je l'ai toujours fait avec elle.
"Hey... Tu n'y es pour rien tu m'entends. Si elle a fait ça, c'est qu'elle n'avait pas d'autres choix. Et puis, tu dois comprendre qu'en se sacrifiant durant sa mission, elle a gagné quelque chose... Une Tueuse, quelque soit la manière dont elle meure, si elle meure durant sa mission, est sauvée. Elle se retrouve au paradis des Tueuses... Je parie qu'elle doit être avec ta maman et que toutes les deux te regardent avec amour."
"Tu crois?", s'enquiert l'adolescente avec espoir
"J'en suis certaine."
Un moment passe. Il nous arrive souvent qu'on reste silencieuse des minutes. Juste à écouter le souffle de l'autre, comme pour se rassurer... Je sais que ça a l'air ridicule mais pour des filles comme nous... Délaissées. Ce silence nous est précieux. Un silence pour nous reprendre. Un silence pour nous rappeler que nous ne sommes pas seules. Même une grande distance nous sépare, nous peut tout se dire, sans contraintes...
"Malicia?..."
"Moui?"
"Comment tu peux savoir tout ça? Je veux dire... Sur les Tueuses, le paradis des Tueuses et tout le reste..."
"Parce que...", je m'arrête soudain dans mon élan.
Est ce que c'est une bonne idée? J'hésite à le lui dire. Et si ensuite, elle ne veut plus me parler? Mais je lui ai promis de ne jamais rien lui cacher après qu'elle ait découvert, sans le vouloir, qui elle était réellement. Elle l'a découvert de la manière la plus brutale qu'il soit et cela lui a fait très mal qu'on lui ai caché une telle chose.
D'un côté, je suis heureuse que Joyce n'ait pas à supporter une telle épreuve. Savoir que sa fille n'est pas vraiment sa fille? que tous ses souvenirs ont été fabriqués? Mon dieu! Elle en mourait!
" Dawn... Est ce que tu me promets de ne pas me hurler dessus ou de me détester?"
"Pourquoi?", demande la Crevette, un peu mal à l'aise
"Parce que ce que je vais te dire va certainement te faire mal."
"Je-je vais essayer"
"Je suis aussi une Tueuse... Comme ta soeur. Je m'appelle Faith Malicia Lehane. Mais, tout le monde à Sunnydale m'appelle..."
"Faith...", murmure alors, un peu avec incrédulité, la Crevette.
Un moment passe. Je ne sais pas comment je dois le prendre. Une bonne chose qu'elle ne me hurle pas dessus. Mais, je ne sais pas si elle peut digérer tout ça...
"Je-je crois que je vais raccrocher.", balbutiais je
Toutefois, sa voix m'arrête:
"Non!... Je... C'est dur à croire que, depuis tout ce temps, c'est avec toi que je parle...", murmure t elle doucement. " Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de toi. Mais, aucun de mes souvenirs sur toi ne sont mauvais. Tu étais mon modèle et quand j'ai appris que tu étais une méchante, j'ai pas voulu le croire... Et je ne le crois toujours pas..."
Je ne peux m'empêcher de sourire, même si elle ne le voyait pas. Cela fait toujours plaisir à entendre un truc comme ça, sans s'y attendre. Puis, lentement, je lui demande:
" Tu n'es pas fâchée? Je veux dire... J'aurais pu aider ta soeur pour cette déesse démoniaque et tout le reste..."
"Non... Je comprends très bien tu sais..." m'interrompt elle. "Même si les autres me prennent pour une gamine, toi non. Jamais. C'est pour ça que je t'aimais... Et même maintenant, tu me traites pas comme une mioche. Tu as changé aussi. Tu as Hope..."
"Oui... Hope est toute ma vie..."
"Oui... Je sais. Tu me disais que si Hope avait été un peu plus grande, vous seriez venues... Mais franchement? Je crois que tu as bien fait de ne pas venir maintenant que je sais qui tu es réellement..."
"Pourquoi?", lui demandai je curieuse
"Ben... Les autres sont toujours aussi furieux après toi...", déclare t elle comme une évidence
"Oui... Je suppose que tu as raison... Qu'est ce que tu vas faire maintenant?"
"Je ne sais pas... Je veux dire... Normalement, une Tueuse devrait être appelée non?..."
"Non... L'appel de la Tueuse coule par moi... Si ta soeur meurt, aucune Tueuse potentielle ne sera appelée. Mais, si MOI, je meure...alors une Tueuse naîtra. Mais je ne peux pas mourir... Je ne peux pas laisser Hope..."
"Je comprends... Je... Je me disais que... Si ma soeur n'est plus là et que papa ne veut pas de moi, je pourrais venir vivre avec toi maintenant..."
"Oui... Mais, que vont dire les autres?"
"Ils n'ont rien à me dire!", s'exclament enflammée la plus jeune des Summers avant de se reprendre: "Est ce que ça veut dire que je peux?"
"Oui...", lui répondais je sans hésiter. "J'appelle mon avocat sur Sunnydale..."
"Il faut VRAIMENT que tu me dises comment t'as fait!", rit alors la Crevette
"Tu le sauras bien assez tôt... Je suis certaine que Hope sera ravie de t'avoir parmi nous..."
"J'ai hâte de la rencontrer!"
"Très bien! Donnes moi quelques jours pour tout régler avec mon avocat ok?"
"Ok... Faith? Merci..."
"De rien trésor..."
"Tu sais que tu peux m'appeler 'la Crevette' maintenant que je sais qui tu es..."
"Tant que je ne verrai pas, ABSOLUMENT PAS!... Bises! Et essayes de dormir..."
Deux mois plus tard
Je me réveille à nouveau en hurlant. J'ai l'impression que l'air me quitte. Mon corps entier me brûle. Je regarde autour de moi. Pourtant, tout est clair. Je comprends que cela avoir avec Sunnydale... Bon sang! Quand vont ils arrêter de me torturer ainsi!
La crevette et Hope s'étaient réveillées également. La première portant l'autre, toutes les deux viennent vers moi pour me réconforter. Toutefois, d'un geste, j'indique qu'à l'adolescente de prendre son portable. Bien que fronçant les sourcils pour montrer sa confusion, la Crevette ne discute pas mes ordres, trop préoccupée par mon état.
J'ai du mal à respirer. Je m'accroche au bord de mon lit tant bien que mal. Il faut... Il faut faire vite... J'en peux plus! Non... Je dois rester en vie. Pour Hope. Mais aussi pour DawnD'un voix étranglée, je lui dis:
"Appelles Rox* et Rouky*... IMMEDIATEMENT! B... Buffy a été... ressuscitée... mais elle va mourir... d'asphyxie si... on la déterre pas!"
Ouvrant les grands yeux, la Crevette compose rapidement le numéro de téléphone de sa maison d'origine. Elle n'eut pas à attendre que la voix de Rouky résonne dans la pièce. Il n'a pas l'air d'avoir beaucoup dormi. Mais, la Crevette prenait les choses en main. Sans lui laisser le temps de répondre, elle lui hurle dessus:
"Alex! Prends une pelle et va à la tombe de Buffy!"
"On y rev..."
"Putain! Vas y et déterres la! Elle est en train d'étouffer!"
Ouh là! Elle a grandis la petite Crevette! Je me demande si je suis une bonne influence pour elle... Bah! Laissons les choses qui fache de côté et concentrons nous sur ce qui me tombe dessus! Elle raccroche en poussant un soupir d'exaspération. Puis, elle vient vers moi, me prend dans ses bras et me murmure:
"Ils vont y aller... Ne t'inquiètes pas... Ils vont la sortir de là..."
Pendant ce temps, je pleurais,la tête posée sur son épaule offerte. J'avais trop mal pour parler. Hope, assise aussi près de moi, essuyait mes larmes. Je savais qu'elle était toute aussi inquiète que la Crevette. J'essayais de la rassurer mais j'avais encore trop mal...
Au bout d'un moment... qui me parut une éternité, je pu enfin respirer normalement. Ce n'était pas facile. Mais, tout allait mieux. La Crevette me demande alors, un peu inquiète:
"Est ce que ça veut dire que je dois y retourner?"
Je prends une grande inspiration et lui demande à mon tour, posément:
"Est ce que tu veux y retourner?"
Elle secoue énergiquement la tête. Je m'y attendais un peu. Elle se plaisait ici. Contrairement à B, je lui avais appris à se battre. De temps à autres, elle me suivait lors de mes rondes dans les cimetières. Je lui laissais quelques vampires. Juste un peu. Les moins expérimentés. Elle aimait ça. Tuer je veux dire. Elle avait l'impression d'être libre...
Je lui souris doucement avant de lui dire avec plus de sérieux:
"Moi non plus. Je veux que tu restes. Mais, Buffy est ta soeur. Tu devrais au moins l'appeler pour avoir de ses nouvelles..."
"Je le ferai... plus tard... Mais Faith... Tu m'as dit que Buffy était au paradis des Tueuses..."
"Oui", lui répondais je en fronçant les sourcils avant de lui révéler: "Quelque chose ou quelqu'un l'a forcé à revenir ici. Sur Terre. Je la sens là. Dans mon coeur. Elle est perdue, déboussolée. Elle ne sait pas ce qu'elle fait ici. Elle ne comprends pas..."
"Moi aussi, je ne comprends pas... Tu crois qu'un démon l'a faite revenir?..."
"Non... Je crois, en fait j'ai la conviction que Rox y est pour quelque chose. Tu m'as dit qu'elle et Blondie faisaient de la magie non?... Ben ça, c'est tout, sauf de la magie blanche!... Faudra surveiller Rox..."
"Pourquoi ils feraient une chose pareille?", s'inquiète la Crevette. "Elle a bien mériter de se reposer non? Et eux... Ils sont libres de partir de là-bas, non?"
"Je ne sais pas la Crevette... Mais une chose est sure, d'après ma connexion avec Buffy... Elle se sent complètement vide. Aussi vide qu'un...qu'un...cadavre...", achevais je sur une grimace avant d'ajouter mollement "Quelque part, ça ne m'étonne pas..."
"Qu'est ce que tu veux dire?"
"Eh bien... Ca va bientôt faire deux mois qu'elle est morte non? Deux mois où elle était au paradis..."
La Crevette hoche de la tête, essayant de comprendre mon raisonnement. Je poursuis:
" Eh ben, ces deux mois au paradis peuvent lui sembler comme DES ANNEES... Des années de bonheur absolu, où tout est beau et joyeux. Et là, d'un coup d'un seul, elle se retrouve sur Terre. Un endroit où il y a la souffrance, un endroit où il y a la peur, un endroit où elle est vouée à se battre... Elle n'est pas seulement vide et déboussolée, elle est furieuse d'avoir été ramenée ici. C'est comme si on mettait en cure de désintox une personne qui se drogue depuis des années... Crois moi, c'est pas beau à voir..."
Je vois des larmes perler dans les yeux de ma jeune amie. Délicatement, je les essuie et lui murmure d'un ton rassurant:
"Lorsque tu vas l'appeler, dis lui que tu comprends ce qu'elle ressent. Dis lui que tu sais qu'elle était au paradis et qu'elle peut t'en parler librement... Je sais qu'elle va pas le dire aux autres... et eux bien entendu, seront trop dans leur petit monde pour penser qu'il y a quelque chose qui ne va pas..."
"D'accord... Et si elle me demande de revenir près d'elle?"
"Je... C'est ta famille. C'est normale qu'elle te demande ça. Mais, tu peux lui dire que tu te sens bien ici. Tu peux lui dire que jamais vous n'avez de bonnes conversations si ce n'est au téléphone. Tu peux enfin lui dire que tu préfèrerai que cela reste ainsi, comme ça, plus de secrets... Elle devra bien tout te dire..."
La Crevette sourit légèrement devant ma tirade.
"Je crois que c'est pour ça que j'aime être avec toi...", déclare t elle. "Tu ne m'as jamais, ou presque jamais, donné d'ordres..."
"Ce n'est pas à moi de le faire", lui répliquai je en serrant Hope contre mon coeur.
"Oui mais quand même!", s'exclame t elle avant de venir à la hauteur de Hope pour lui murmurer: "J'espère que tu te rends compte de la super maman que t'as!"
Ma petite fille se contente de hocher la tête avec vivacité, avant de me fixer avec un regard empli d'adoration. Puis, elle se blottit contre moi pour murmurer contre ma poitrine:
"M'man... Je t'aime..."
"Moi aussi mon chou", lui répondais je les larmes aux yeux.
