Salut. Voici la suite. Rien ne se passe de très palpitant…en surface. Mais la plupart des choses sont mises en place, mine de rien, visiblement ou non.
A plus pour le chapitre deux, et merci de votre soutien.
Youte.
/…/
Improbable, pas impossible. II.
A maturité
Chapitre 1
Ce soir-là, lorsque Ellina arriva au manoir, elle sut d'amblé qu'il était vide, mis à part les quelques fantômes et les deux elfes, lesquels à présent qu'ils étaient libres avaient leurs quartiers et ne travaillaient pas toujours en même temps.
Comme elle s'y attendait, une enveloppe, déposée là certainement par Apollon, reposait sur la grande table vide.
« Bonsoir Ellie,
Je suis vraiment navrée mais je rentrerai plus tard que prévu ce soir, une affaire me retient au Siège. J'espère être là pour dîner.
Je t'aime.
Kara. »
Ellina monta directement dans la chambre qu'elle partageait avec sa compagne et laissa tomber ses affaires sur le lit. En six années la chambre avait peu changé, seuls les signes propres à l'adolescence s'étaient évaporés. Les photos n'étaient pas les mêmes, beaucoup étaient plus récentes, et les décorations de serpentard avaient disparu. Bien sûr, Ellie avait au fil du temps imposé sa propre marque dans les pièces principales du manoir.
Soupirant, elle alla prendre une douche. L'eau chaude, presque brûlante, la relaxa et la calma, et pendant un court instant béni aucune pensée ne vint la perturber. Une fois sortie, elle se changea dans des vêtements moldus - même après six années elle n'avait pas abandonné ses origines et s'évertuaient à mélanger les deux cultures.
L'automatisme prit le dessus. Séchage des cheveux, sorts d'éclaircissement de peau, rangement de la salle d'eau.
Comme à son habitude, elle alla ensuite dans son atelier installé à trois portes de la chambre, bien décidée à terminer la restauration d'une baguette magique pour l'un de ses clients.
Deux heures plus tard elle descendit à la salle à manger, après avoir chassé le fantôme de Arkar Sallington, et s'installa à sa place. Le courrier l'attendait à côté de ses couverts, mais mis à part une invitation, une lettre de Jenna et Draco confirmant leurs présences samedi et une pub, rien n'attira son attention.
« Bonsoir, miss Ellina! »
« Salut, Gilly. »
« Attendons-nous miss Kara ce soir? »
« Quelle heure est-il? »
« 20h44, miss. »
Le cœur serré, une pointe de rancœur dans les yeux, Ellie secoua la tête.
« Elle aurait dû être rentrée il y a plus d'une heure. Peux-tu me servir? »
« Bien sûr, tout de suite. »
Un quart d'heure plus tard, Ellina avait terminé son repas, seule dans l'immense et luxueuse salle à manger face à une chaise vide et une assiette immaculée. Chantonnant doucement elle se dirigea vers la petite volière, et après avoir passé quelques minutes à cajoler Zeus, Artémis et Apollon, Héra les ayant quitté deux ans auparavant, elle chargea le premier d'apporter une lettre à son père.
Ne voyant que faire d'autre, elle s'installa dans le lit, un bouquin à la main.
Ce ne fut qu'une heure plus tard que la femme partageant sa vie entra dans leur chambre.
« Ellie? » appela t-elle doucement.
« Je ne dors pas. »
« Bonsoir. »
Kara vint déposer un baiser sur les lèvres de la blonde, avant de plonger son regard dans le sien.
« Tu m'as manquée. » confia t-elle.
« Toi aussi. » répondit Ellina, réclamant un nouveau baiser avant de se coucher.
Kara alla dans la salle de bain et continua à lui parler d'une voix plus forte.
« J'ai pas pu me libérer, il y a eu un problème à Paris et à première vu les protocoles mis en place par mon père demandaient mon aval, il faudra que je pense à les changer. C'est dingue qu'avec tous les changements que j'ai dû effectuer suite à la Dépression en plus de ceux selon mes préférences, j'en ai encore à faire chaque mois. Remus te salut, au fait. »
« Je le salue aussi. » répondit Ellina, déjà à moitié endormie.
« Comment s'est passée ta journée? » demanda Kara en pénétrant doucement dans le lit. Elle éteignit les lumières d'un coup de baguette et se coucha avec un soupir.
« Bien. Beaucoup de premières baguettes. »
« La rentrée à Poudlard. »
« Hum. »
« En passant, il n'y a pas à dire, Jack est bien plus compétent que Mary. Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle m'ait volée. »
« Après ce que tu avais fait pour elle… »
« Hum. Jack et deux autres conseillers veulent que je rencontre plusieurs officiels au Ministère samedi. »
« Tu peux pas. » contra Ellina, le sommeil la tentant de plus en plus. Ses journées étaient longues depuis deux semaines, et ça ne se calmerait qu'avec la rentrée à Poudlard. Les adolescents ne viendraient plus à la boutique pour lui poser des questions, pour un kit de nettoyage, pour une réparation ou une restauration. Tous les nouveaux petits sorciers seraient équipés. Et les parents, qui profitent toujours des courses de rentrée pour faire réviser leurs baguettes, se feraient plus rares.
« Pourquoi? »
« Samedi. C'est le repas des Combattants. C'est chez nous ce mois-ci. »
« Oh, c'est vrai. Tant mieux, ça me fait une bonne excuse. Ellie? Ellina? »
Mais la Laërkel dormait. Kara l'embrassa doucement, et ne mit que deux secondes à s'endormir également.
HHHHH
Le samedi était ensoleillé, ce qui permit aux elfes du manoir Sallington de dresser la table dehors. Kara et Ellina accueillirent leurs invités avec de grands sourires. Les premiers à arriver, peu après onze heure, furent comme souvent Remus et Tonks.
« Bonjour, Remus. » salut Kara avec un sourire. « Quelle semaine, hein? »
« Ne m'en parle pas! Dora a failli m'étriper! »
« Tout à fait. » confirma la sorcière, dont les cheveux virèrent soudainement au orange vif. « En tant qu'Auror je ne fais même pas les trois quarts de ses horaires! »
Ellina se baissa au niveau de la dernière arrivée, âgée de presque six ans et ayant déjà la même habitude que sa mère de changer continuellement d'apparence. Malgré son don de métamorphomage et sa maladresse qui lui venaient sans aucun doute de Tonks, Dana Lee Lupin avait les yeux (lorsqu'ils étaient au naturel) et la douceur de son père.
« Bonjour, Dana. »
« Salut, Li! »
Peu de temps après, Draco et Jenna Malefoy arrivèrent, aussi dignes et silencieux que d'ordinaire. Leur complicité et leur amour étaient encore plus puissants que lors de leur septième année, mais ils étaient plus ouverts et aussi bien plus libérés. Les McLane avaient pleinement accepté Draco, et celui-ci s'était construit un nom bien à lui et une confiance toute nouvelle. Le décès des grand-parents de Jen deux ans après la fin de la guerre avait poussé la jeune femme à laisser tomber l'entreprise familiale, McLane Toys, pour intégrer une formation de guérisseuse. A présent Jenna travaillait dans le meilleur service sorcier de maternité du pays, et Draco avait une belle carrière en perspective au Ministère, dans le département de la Coopération Magique Internationale, plus particulièrement de l'organisation des sports.
Deux secondes après le couple, ce fut Dean Thomas qui arriva, un grand sourire aux lèvres. Il venait d'enfin attraper un suspect pour son affaire en cours. Son ex-femme, Lavande Brown, apparut quelque temps à sa suite, avec dans ses bras leur jeune fils, âgé d'un an et demi, Seamus. Depuis la naissance du bébé, la jeune femme était en congé parental, elle retournerait dans quelques mois au département de Contrôle des Créatures Magiques.
Timrus Baldwin et Sally-Anne Perks, qui étaient devenus au fil des ans très amis, arrivèrent en même temps. Tim, en congés d'été, reprendrait son poste de professeur de sortilèges à la rentrée, fonction qu'il occupait depuis deux ans. Quant à Sally-Anne, sa carrière d'Auror battait son plein, et elle avait déjà eu droit à une promotion, la propulsant dans une unité très entraînée.
Les deux nouveaux arrivés étaient entrain de s'asseoir quand Morag MacDougal, travaillant à la Justice Magique, et sa petite-amie moldue, Tina Jensen, gérante d'un magasin de vêtements, sortirent de la cheminée. Et Bulon ne les avait même pas amenés à l'extérieur lorsque Dan Krane, travaillant lui aussi au Ministère, et Graham Pritchard, embauché par la Fly Corp., firent leur entrée.
Tous s'installèrent et commencèrent à discuter avidement.
Ils avaient instauré ses repas mensuels un an après la Nuit Libératrice, lorsque leurs formations et emplois respectifs avaient commencé à accaparer tout leur temps, jusqu'à les empêcher de rester en contact. Et tous s'étaient vite rendus compte que ne pas se voir procurait un grand vide. On ne passait pas un an avec plus d'une dizaine d'amis, à compter sur eux, à les protéger, à survivre, et on ne traversait pas l'enfer ensemble pour que du jour au lendemain on se sépare ainsi. Aucun psy, aucune famille ne pourrait remplacer la présence de compagnons d'armes qui avaient vécu la même chose.
Tour à tour, l'un d'entre eux accueillait les autres. En général, ils étaient pratiquement tous présents. Même Hannah et Garrik Stevens, qui s'étaient établis en Irlande deux ans auparavant, venaient quand ils le pouvaient. Excellente journaliste, Hannah n'avait pas eu de mal à trouver un poste à Dublin, où Garrik, psychomage, enseignait partiellement dans une école pour jeunes sorciers souffrant de différents handicaps. Ils avaient deux filles: Sunny, trois ans, et Kelly, un an.
« Alors, Graham, des nouvelles de Kayley? » demanda soudainement Tim.
« Toujours en vadrouille. Ce mois-ci c'est l'Inde, il me semble. »
« Géant. »
« Neville est en Nouvelle-Zélande. Toujours dans l'équipe du professeur Green, à la recherche de plantes exceptionnellement rares. » informa Lavande, alors que le petit Seamus s'extasiait face aux grimaces de Dana.
Morag sourit:
« Luna est toujours avec lui? »
« A la recherche de je ne sais quelle créature imaginaire, en effet. »
« Eh, des nouvelles d'Ernie et Susan? » demanda Dean.
Ellie hocha la tête:
« Ernie a envoyé une lettre hier. Il vous passe le bonjour. Et, excellente nouvelle, il compte revenir au pays très prochainement, et pour un petit moment. »
« Sue vient avec lui? »
« Bien sûr, Tim. »
« Génial. Ça fait vraiment un moment qu'on ne les a plus vus! »
Partis dans le sud de la France en avril 2002, Susan et Ernie revenaient de temps en temps, mais très rarement cette dernière année. Ils donnaient cependant régulièrement des nouvelles.
« Vous avez lu la Gazette? » s'enquit Remus au bout d'un moment.
« Et comment! » s'exclama Sally-Anne. « Tout le monde en parlait au bureaux. La folie! Un Mangemort assassiné en plein Azkaban. Je sais qu'on a plus les Détraqueurs, mais les Veilleurs sont plus que compétents, en moins horribles. »
« Qu'est-ce qu'il s'est passé? »
« Merlin, Graham, lis un peu la presse! On s'est introduit dans la prison et on a torturé Clarence Morris avant de le tuer. Et ils sont ressortis, comme ça! »
« Ils avaient une autorisation? »
« Sûrement, c'est la seule façon de passer devant les Veilleurs. Mais aucune trace. On l'a détruite, ou volée. »
« Bizarre. »
« Beaucoup pense que c'est une vengeance. Morris avait commis quelques horribles crimes durant la guerre. »
« Les répercussions ne sont pas encore terminées… » souffla Lavande.
« Non, pas encore. » acquiesça Morag. « Mais voyons le bon côté des choses, au moins cette satanée Dépression économique est finie! »
Le repas se termina, et tous les volontaires partirent pour le terrain de quidditch. Ellina et Kara sortirent leurs très convoités Foudre de Zeus, et comme la plupart du temps, alors que beaucoup de joueurs s'arrêtèrent, quelques uns restèrent dans les airs jusqu'à la nuit tombée. Kara était de ceux-là, car cette occasion demeurait pratiquement la seule qui lui permettait de s'adonner à sa passion, elle qui pourtant il y avait quelques années volait presque tous les jours.
Les derniers à partir furent comme à l'accoutumée Dean, Morag, Tina et Graham, lequel avait sans doute un peu trop forcé sur l'alcool.
Ce soir-là, fatiguées mais ravies, Ellie et Kara allèrent se coucher aussitôt leurs amis partis, sans savoir que quelque chose s'était mis en route des années plus tôt, quelque chose qui allait menacer leur présent très rapidement.
Et pas seulement.
HHH
Il ne fallut pas très longtemps à Dean pour rentrer chez lui, le mardi matin suivant. Un grand sourire aux lèvres, il entra dans son appartement, lança ses affaires et alla se doucher, tout en se ravissant une nouvelle fois que sa vie de célibataire lui permette de laisser traîner ainsi ses affaires.
A l'encontre de bien des divorcés, Dean Thomas ne pouvait vraiment pas dire qu'il regrettait son mariage en quoi que ce soit. Si Lavande et lui s'étaient rapprochés à la fin de leurs études, c'était en raison de leur brusque maturité et de leurs surprenants points communs. Puis la vie les avait rapprochés de part leurs travails respectifs, et il y avait eu l'attirance physique, l'affection et en un rien de temps, lors d'une magnifique journée de mai 2000, soit deux ans après la fin de leurs études, il y avait eu le somptueux mariage.
Bien entendu, Lavande étant ce qu'elle étant, et la mère de Dean étant la mère de Dean, il aurait été impossible de ne pas faire un mariage en grande pompe, digne d'être couronné la plus belle cérémonie de l'année. Le mariage de deux des amis d'Harry Potter et de deux Combattants de l'Hybride avait fait la une des journaux pendant des semaines. Alors même que la Dépression économique frappait le monde sorcier anglo-saxon, cette nouvelle avait passionné l'opinion publique en un temps où tout ce qu'elle avait en tête étaient les contre-coups désastreux de la guerre, ceux des morts et ceux des destructions sur le marché financier et industriel.
Dean se souviendrait à jamais de cette magnifique journée. De la cérémonie grandiose, des dizaines et des dizaines d'invités, de la joie en ces temps compliqués, des rires. Il avait été heureux, aux anges, et jamais Lavande n'avait souri de la sorte avant ce jour.
En dehors de la sensation d'être le roi du monde lors de cette merveilleuse fête, c'était la soirée qui avait suivi qui aurait à jamais une place spéciale dans le cœur du jeune homme. Ses amis et sa famille, jouant, dansant et riant pendant des heures sans se soucier de leurs difficultés respectives. De Jenna et Draco, si dignes et si fermés dans leur petit monde sans pouvoir parvenir à le cacher aux gens autour d'eux. De Hannah et Garrik, dont le mariage était prévu pour le mois d'août suivant, qui semblaient flotter sur un nuage. De Sally-Anne, Kayley, Graham et Morag, faisant des blagues à toute l'assemblée comme s'ils avaient de nouveau quinze ans. De Tim, qui n'avait jamais été vu aussi soul de toute sa vie. De Kara et d'Ellina, qui se lançaient des regards emplis de sens cachés d'un côté à l'autre de la table, longs regards que seuls leurs amis proches remarquaient.
Le seul jour qui surpassait celui-ci dans le cœur de Dean, c'était exactement le dix-neuf juin 2002, journée bénie qui avait vu naître Seamus Thomas. Même encore aujourd'hui, Dean n'avouerait à personne qu'il avait pleuré dans les bras de sa femme en le rencontrant pour la première fois. Son fils.
Non, ce mariage ne serait jamais regretté par Dean. Il avait été basé sur l'amour et surtout sur l'amitié. Sur les expériences partagées, sur un passé commun, sur des différences et des ressemblances. La seule erreur qu'ils avaient faite avait été de ne jamais tomber amoureux l'un de l'autre. Et au final, petit à petit, c'était ce qui les avait détruits et poussés à divorcer trois ans exactement après leur magnifique union.
Depuis, l'Auror vivait dans son appartement, en heureux jeune célibataire qui jouissait d'une petite célébrité très appréciée dû à son rang de vétéran. Et qui était-il pour refuser les attentions de ces dames?
C'était pour cela qu'il rentrait d'ailleurs ce matin-là à six heures. Il avait laissé sa dernière copine chez elle pour rentrer prendre une douche, se changer et partir au travail. Lorsqu'il n'avait pas Seamus, il ne prenait pas la peine de ranger convenablement son appartement. Seule la chambre du petit garçon restait toujours impeccable. Après tout, rien n'était trop beau ou parfait pour son fils.
Quant à Lavande, Dean et elle gardaient une excellente amitié, même s'il leur arrivait de se prendre le bec quant à telle ou telle question sur l'éducation de leur enfant. Mais une chose les unissait toujours: leur amour pour le petit, et tous les deux savaient que l'autre n'avait que les meilleurs intérêts de Seamus à cœur.
Le regard du jeune homme se posa sur le sablier du salon.
Mince, il allait encore être en retard au boulot.
La vie était belle.
HHH
Draco Malefoy hocha la tête lorsqu'il croisa un collègue au détour d'un couloir.
Son maintien droit et fier, son expression fermé, son regard gris froid et intense, personne n'aurait pu douter que ce jeune homme appartenait à la lignée des Malefoy. Dans sa manière d'être, il gardait une trace du petit garçon arrogant et dédaigneux qu'il avait un jour été. Seuls sa femme et ses plus proches amis, qu'il pouvait compter sur la moitié des doigts d'une main, savaient que c'était dans son cœur que tout avait changé bien des années auparavant.
Mais Draco se moquait de la façon dont on pouvait le percevoir, tant qu'il obtenait le respect de ses pairs et des gens le croisant. Après la guerre, il avait mis un certain temps à se construire un nom pour lui-même, à trouver un équilibre, et il devait avouer que sans le soutien de Hector et Ella McLane il aurait certainement eu du mal à subsister sans devoir aller vivre chez son sympathique cousin, Dominic, et ainsi être séparé de Jenna.
Honnêtement, Draco savait que l'amour qu'il avait pour cette femme était la seule chose qui l'avait motivé. A l'heure où il avait douté de lui-même, de ses capacités, sans en montrer une trace au monde, Jen avait su le voir, le sentir, et l'avait soutenu sans en avoir l'air. Avec le recul, le jeune homme savait qu'elle avait toujours su lire en lui, et qu'il n'en serait pas là sans elle. Et si leur mariage avait été souhaité simple et privé par les deux partis, à l'opposé de celui des ex époux Thomas, il n'en avait pas moins été exceptionnel.
C'était pour lui-même, mais aussi pour Jenna, qu'il s'était tant battu lors de sa formation au Ministère, et qu'il avait ainsi réussi à décrocher directement un poste au bureau de la Coopération Magique Internationale (CMI). C'était aussi pour eux deux qu'il avait tant travaillé pour leur assurer une situation financière stable alors même que le monde sorcier flanchait économiquement, c'était pour eux qu'il avait gravi les échelons au prix de longues heures de travail. Personne au sein du Ministère, du moins personne n'aillant travaillé près du jeune homme durant ces années, pouvait insinuer que Draco Malefoy n'avait pas gagné honnêtement, seul et honorablement sa place dans la société.
Et il en était fier, terriblement fier, et c'était pour cela qu'il avait la tête haute et un air légèrement arrogant au visage, et non pas parce qu'il était l'héritier d'une famille puissante aux croyances douteuses.
Draco Malefoy, époux de Jenna, Second Assistant du directeur du département des sports à la CMI, n'était pas un héritier, ni un fils à papa. Il était orphelin, et tout ce qu'il possédait il l'avait gagné au prix d'heures de travail acharné. Sa maison, toutes ses affaires, sa place, même ses amis, même sa femme. Il était heureux, et l'ironie ne lui échappait certainement pas. Bien plus jeune, la situation dans laquelle il se trouvait l'aurait dégoûté. Et alors?
Tout allait parfaitement dans sa vie. Et c'était ce dont il se rappelait une heure plus tard, alors qu'il terminait de déjeuner avec Dan Krane et Morag MacDougal.
« Et là, tenez-vous bien les gars, » disait Morag avec un air de dégoût théâtral. « Pansy Parkinson arrive derrière moi et dit que le formulaire est mal rempli! Pansy Parkinson, par Merlin! Je ne sais même pas comment elle a pu obtenir son diplôme, même si elle l'a passé à Durmstrang! »
Dan, fidèle à lui-même, toujours composé et calme, haussa les épaules. Draco s'amusa du contraste que les deux hommes présentaient, l'un totalement extraverti, l'autre son opposé.
« Tout comme la question est de savoir comment elle est entrée au Département de la Justice. Toi-même tu as galéré avant d'obtenir ton poste. »
« Je ne suis pas certain de savoir si c'est un compliment, Dan. » accusa Morag, avant d'apercevoir le sablier du restaurent par-dessus l'épaule de son ami. « Bon sang, j'avais pas vu l'heure. Faut que je retourne bosser. A plus! »
Morag s'en alla rapidement, laissant Draco et Dan dans un silence laconique, comme toujours. Mais aucun des deux hommes ne chercha à le briser, ils appréciaient cet état de fait. Bientôt, il fut presque l'heure pour Draco de partir, et Dan sembla le remarquer.
« Comment va Jenna depuis l'autre jour? »
« Très bien, merci. »
« J'ai entendu Kara parler d'un rendez-vous chez un médicomage cet après-midi. »
Les yeux de Draco se plissèrent. Dan avait toujours des oreilles qui traînaient de partout, un peu à l'image de Jen elle-même, et il savait que Kara, Jenna et Dan étaient très amis depuis leurs années à Serpentard. Et le jeune homme était assez discret pour qu'on oublie aisément sa présence et que les langues se délient sans que leurs propriétaires ne fassent attention à leur écoute. Il était bon d'avoir un atout comme celui-ci de son côté, mais Draco préférait de loin que sa vie reste privée.
« Jen voit un collègue et ami du service, c'est tout. » répondit-il. « Mais elle n'est pas malade, et va très bien. »
Le regard de son ami sembla le transpercer, mais rien ne changea dans l'expression de Dan.
« Ca me fait plaisir. » Puis il se leva et prit ses affaires. « C'est à ton tour de régler, n'est-ce pas? A plus tard. Bonne fin de journée. »
Draco hocha la tête en guise de réponse. Aux yeux du monde extérieur, l'homme aux yeux gris resta digne et fermé dans ses vêtements sorciers sombres et classes, contrastant avec sa blondeur et sa peau claire.
Mais en lui-même, Draco Malefoy devait brusquement avouer une fois pour toutes que non, tout n'allait pas parfaitement bien dans sa vie, malgré ce que tout le monde pensait, sans exception en dehors de sa femme, et malgré les parfaites apparences.
HHH
« Et où en est-on en ce qui concerne le problème avec Kerl'orc? »
« Les gobelins de son clan accusent toujours les sorciers de vol, en particulier les grandes firmes comme la nôtre, Dame Sallington. » répondit Maggie Kyle, la responsable des Relations Publiques au sein du Groupe Sallington. « Le Ministère commence réellement à s'impatienter et à s'en inquiéter. Des conflits entre les différentes races magiques si tôt depuis le passage des lois Dumbledore il y a quelques années ne seraient pas du tout de bon augure. Cela influencerait bien trop la politique du Ministère et l'orienterait vers des polémiques de plus en plus présentes. Les autres membres du Conseil Ministériel, que ce soit les élus ou les nommés, en profiteraient pour faire pencher la balance du côté de leurs convictions. »
Remus bougea sur son fauteuil, de l'autre côté de la belle table d'ébène, dans une des salles de réunion des bureaux du Groupe au Siège. La ride qui apparut sur son front ne fut pas le seul signe qui montra qu'il n'était pas très confortable avec cette ligne de discussion.
« La politique et les polémiques ne sont pas vraiment de notre ressort, ni du tien, Kara. La seule chose que nous ayons à faire, c'est de préserver le Groupe dans la neutralité, comme nous l'avons fait jusque là. »
« Mais cette position ne pourrait-elle pas nous causer bien plus de torts? » s'inquiéta Jack Fergus, Premier Assistant du bureau de direction depuis deux ans. « Jusque là la situation restait stable, malgré les aléas des contre coups de la Dépression. Si jamais ce conflit avec le Troisième Clan Gobelin (TCG) venait à prendre plus d'ampleur, la neutralité pourrait bien être vue comme de l'indécision. Et nous savons tous comment la société voit l'indécision. Il ne serait pas bon que miss Sallington soit désignée comme étant faible ou lâche, surtout que beaucoup des conseillers ministériels du même rang qu'elle ne sont pas très heureux de sa nomination d'il y a quatre ans. »
« C'est un point inquiétant, en effet. » acquiesça Maggie, passant une mèche de ses longs cheveux blonds derrière son épaule, un geste nerveux que la femme quadragénaire avait développé bien des années auparavant. « La presse est depuis longtemps conquise par miss Sallington, principalement en raison de ses actions, légendaires ou réelles, en tant que Combattante de l'Hybride. Mais ses exploits durant la guerre pourraient être occultés par de nouveaux gros titres. »
« Je doute qu'ils en arrivent là. » informa Kara, d'une voix légèrement sarcastique. Elle ne se tourna pas vers ses trois plus importants collaborateurs. Son regard était perdu dans le paysage grandiose du vieux Londres qu'offraient les fenêtres de la salle. Debout devant elles depuis le début du meeting, elle ne savait pas vraiment que penser des derniers évènements. « Depuis la mort de Voldemort, ce pays passe son temps à idéaliser toutes les actions et les événements de la Seconde Guerre, et à propulser tous ses acteurs au rang de héros, peu importe la réalité de leurs propos. Il faudrait plus qu'une histoire de politique pour briser cela. »
« Mais les journaux sont en quête de scoop. Cela fait longtemps qu'ils n'ont plus aucune information grandiose à se mettre sous la dents, et faire tomber un de ces héros du piédestal commun leur assurerait quelques gros gallions. »
« Tu oublies le meurtre à Azkaban de la semaine dernière, Maggie. »
« Non, Remus, mais nous savons tous les deux que ça ne les occupera pas plus de quelques mois s'il n'y a pas du nouveau. » Après cela, la femme tourna de nouveau son attention vers sa patronne. « Les yeux de tous sont braqués sur votre génération, Dame Sallington. Sur vos amis, sur vos ennemis, et sur vous-même. La moindre petite action dans un sens ou dans l'autre de votre part pourrait cimenter ou fissurer l'opinion du monde sorcier quant à vous. »
Kara laissa deux secondes s'écouler. Puis elle se tourna vers eux, un mince sourire aux lèvres, le regard sombre. A la voir ainsi, les rayons dorés du soleil l'illuminant à travers la fenêtre derrière elle, son maintient sûr et son aura digne, un étranger ne verrait certainement pas sa jeunesse pourtant bien réelle mais souvent oubliée.
« Nous ne voudrions pas cela, n'est-ce pas? » fit-elle d'une voix posée. Alors elle alla s'asseoir en bout de la longue et élégante table. « Jack, assurez-moi une entrevue avec le Premier Ministre pour le plus tôt possible. Maggie, contrôlez les fuites vers la presse. Plus rien ne sort d'ici sans mon consentement. Remus, je crois qu'il est temps qu'on s'intéresse de plus près à la politique. »
Ne semblant pas du tout enthousiaste et encore moins favorable à cette idée, Remus informa néanmoins la jeune femme.
« La prochaine session du Conseil Ministériel aura lieu dans trois jours, en présence du Président Sorcier du Magenmagot. Et Karis Krane souhaite soumettre un nouveau projet. »
« Hum, encore une combine déguisée pour se faire de l'argent sur le dos des honnêtes gens. Seul son intelligence et ses manipulations lui ont permise de rester libre à la fin de la guerre. J'aurais préféré qu'elle subisse le même sort que son mari, son frère et sa belle-sœur, sans oublier sa chère nièce, Danielle Galler. On se demande comment elle a pu conserver sa charge au sein du Conseil. »
Remus continua comme si Kara n'avait pas parlé:
« Il y aura plusieurs motions de discutées, et bien sûr quelques nouvelles lois, dont l'une sur l'importation de potions, et une autre sur la régulation des Tetros Gonfleurs. En dehors de ça, il est clair que la séance sera tournée vers le TCG. Ta relation avec Kerl'orc pourrait être remarquée. »
« Ce n'est pas un secret. Il ne s'entendait pas avec mon père, alors par principe, il ne s'entend pas avec moi. »
Jack hocha la tête.
« C'est pourquoi il faut que vous montriez votre conviction. Le TCG est une organisation qui pourrait bien menacer la paix fragile entre les races dans les années à venir. Le fait que les gobelins détiennent les clés de tout le système monétaire et bancaire de la société inquiète tout le monde. Les idées aux intonations racistes de Kerl'orc ne sont pas vraiment ce qui est en cause ici. Ils joueront sur le fait que le gouvernement de notre monde est toujours presque uniquement dirigé par des sorciers. Le Premier Ministre, le Magenmagot et même le Conseil Ministériel ne sont composés que d'humains. Les elfes, les gobelins et les autres créatures n'ont pas encore grimpé les échelons pour en arriver là, nous sommes d'accord, mais c'est un fait délicat qui ne pourrait que tout déstabiliser. Sans oublier que malgré les dires et les grandes améliorations, beaucoup des anciennes lois et traditions demeurent, comme par exemple l'hérédité des charges qui fait que bien des lignées de Conseillers nommés sont présentes depuis des générations, et pour beaucoup sont riches et influents. »
« Kara est différente. » remarqua Remus. « Son grand-père avait abandonné cette charge, elle a été nommée légalement et à la majorité pour une durée de dix ans, ce n'est pas un titre héréditaire, et il n'est pas à titre viager. »
« C'est un fait, mais c'est loin d'être le cas de tous. Prenons Krane par exemple. Ou Hector McLane. Il y en a encore beaucoup, et les gobelins ne sont pas les seuls à voir cela d'un mauvais œil, et ils le savent. Nous devons devancer les ennuis. »
Il y eut un silence, durant lequel Kara réfléchit aux choix qu'elle devait faire. Mais en lumière des derniers évènements, elle ne pouvait risquer d'être laissée derrière, alors que tant aimerait la voir chuter. Elle n'était pas vraiment dos au mur, mais elle avait conscience que bien des choses se jouaient sur des décisions comme celles-ci.
« Je m'investirai davantage dans les affaires du Ministère dans les prochains mois. Au moins pour surveiller l'évolution de tout cela. » trancha Kara. « Bon, maintenant que cela est fait, quel est le chiffre de la semaine? »
HHH
Se jetant une dernière fois un coup d'œil dans le miroir, satisfait que ses cheveux blonds ne rebiquent pas, Timrus Baldwin hocha la tête avec conviction et souffla doucement.
Ses amis le traiteraient certainement de lâche, il n'y avait pas de doute. Mais que pouvait-il y faire?
Il n'était pas timide. Le timide de la famille, c'était Rory, son aîné, mais certainement pas Tim.
Sauf peut-être face à une seule personne. Celle qu'il allait voir d'un instant à l'autre.
Lorsque quelques secondes plus tard il apparut au Chemin de Traverse, Tim fit de son mieux pour passer inaperçu. Entre ses élèves de Poudlard et les fanatiques le regardant étrangement en raison de son passé en tant que Combattant de l'Hybride, il avait vraiment du mal à rester anonyme. Et quand il pensait à la réalité de tout cela! Franchement, cette idée de Combattants, c'était une simple tentative de la part d'un groupe d'adolescents pour se sentir plus proches et plus liés, pour se rassurer, et ça n'avait duré que quelques jours! Et voilà qu'à présent, des années plus tard, leur petit groupe était vu comme des héros de guerre, alors qu'ils étaient loin d'avoir accompli les exploits d'autres vétérans plus âgés ou davantage dans l'ombre.
Mais les gens avaient eu besoin durant l'après-guerre de choses sur lesquelles si fixer, de sujets pour alimenter bavardages et ragots, de héros et de légendes pour garder espoir et rêver en des temps de crise économique et de deuils à répétition, alors que les reconstructions n'étaient pas achevées et laissaient voir partout les cicatrices paysagères des horreurs de la guerre.
Tim ne se plaignait pas. Sa situation semblait presque commune. Tout comme celle de Sally-Anne et Lavande, qui vivaient leurs vies tranquillement sans se soucier de toutes ces histoires. Dean, Graham et Morag adoraient l'attention. Dan, lui, n'avait jamais été aussi réservé qu'à présent, suite à toutes ces années passées à éviter les attentions que lui conférait son nom de famille, un peu à l'image de Malefoy, sauf qu'en ce qui le concernait sa mère était toujours en vie et gardait ses statuts. Draco et Jenna, dignes et discrets comme ils l'étaient, passionnaient tout le monde, sans que personne n'ose vraiment les approcher. Ellina était très connue, mais sa renommée lui était value autant par la guerre que par sa place dans la société sorcière en tant que Laërkel. Ses responsabilités ne s'arrêtaient pas seulement aux baguettes magiques de quasiment toute la communauté, on lui demandait aussi d'être présente lors de certaines manifestations, elle était appelée à faire partie des consultants ou témoins d'évènements officiels et importants, et bien entendu elle se devait de rester irréprochable. Quant à Kara, pas la peine de dire qu'elle était, en l'absence d'Harry et d'Hermione, la jeune personne la plus célèbre de la Grande-Bretagne. Non seulement en raison de son nom et de son statut, mais aussi quant à son passé à Poudlard, aux légendes qui avaient enflé au fil des ans, sans oublier sa position en tête d'une des seules sociétés anglaises à n'avoir (officiellement) presque rien perdu au sortir de la Dépression. Le mystère l'entourant s'était épaissi de plus en plus et à présent les gens la traitaient souvent avec révérence, dédain, jalousie ou admiration, et toujours avec prudence. Kara, elle, appliquait ce que ses parents lui avaient toujours appris. Elle restait éloignée de tout cela sans paraître pour autant hautaine et gardait sa discrétion.
Parfois, la situation étouffait Timrus. Quand ils étaient en public, aucun d'entre eux ne pouvait dire qu'il n'avait rien à perdre, une action de trop, un mot de travers et tout pouvait changer. Les regards braqués sur eux le rendaient nerveux. Parce que s'ils étaient encensés aujourd'hui, qui pouvait certifier qu'ils ne seraient pas détruits demain? Nombre de leurs ennemis ou des envieux rêvaient de pouvoir mettre la main sur une quelconque information pouvant porter une faille à leurs réputations. Et Timrus savait que plus haut on se trouvait, plus dure était la chute, et qu'il y avait peu de chance qu'on puisse se relever. A l'heure actuelle, un faux pas, un secret dévoilé, et tout serait perdu.
Et le jeune homme savait qu'aucun d'entre eux n'était près à voir cela se produire.
« A quoi est-ce que tu penses, Baldwin? »
Il sortit de ses pensées brusquement et sauta sur ses pieds, un sourire éclairant son visage.
« Sally, comment vas-tu? »
La jeune femme, svelte et musclée, portait toujours ses robes d'Auror, son écusson de l'unité d'élite brillait au dessus de sa poitrine.
« Bien. » soupira t-elle. « Mais je suis désolée, je ne vais pas pouvoir rester ce soir. »
Tim hocha la tête. Ils dînaient tous les dimanches soirs ensemble depuis quelques temps, et il appréciait leur amitié, il l'appréciait même beaucoup. Depuis les études, Ellie et lui s'étaient éloignés, malgré tout. Oh, ils se voyaient souvent, mais ce n'était plus la même chose. Un mur semblait s'être érigé entre eux deux, et Tim savait qu'il en était en partie responsable, car Ellina et lui n'étaient plus des ados et qu'ils avaient aujourd'hui tous les deux des choses à se cacher.
« Ok. » fit-il, alors qu'il observait les yeux brillant de colère de la jeune femme devant lui s'illuminer davantage.
« Cet idiot de Bruner a encore tout gâché, et maintenant on doit partir en mission au sud. Un dimanche soir! Ce type est incapable de faire son boulot correctement, il devrait être viré! »
Tim sourit et pencha la tête sur le côté.
« Je suis certain qu'il finira par l'être. » assura t-il.
Sally-Anne s'adoucit et lui fit un petit sourire espiègle, alors que tous deux sortaient du restaurent.
« Désolée pour le repas. »
« C'est rien, t'en fais pas. »
« On remettra ça, ok? »
« Ok. »
« Alors, bonsoir. A plus. »
« Oui… Oh, Sally-Anne! »
« Oui? »
Lorsqu'elle se retourna vers lui, il eût brusquement la gorge noué et son courage s'évanouit d'un seul coup. Déçu et frustré, il lui fit un sourire et secoua la tête.
« Non, rien. Bonne soirée. Et fais attention à toi. »
« Ne t'en fais pas. Salut, Tim. »
Était-ce lui où avait-elle l'air déçue elle aussi? Dans un pop sonore, elle disparut, et il se retrouva seul sur le Chemin de Traverse, juste devant le restaurent.
Il soupira de dépit et entendait déjà les commentaires d'Ellie. Voilà bien des mois maintenant qu'il attendait le bon moment et cherchait le courage requis pour dire à Sally ce qu'il ressentait pour elle, ou même pour l'embrasser, ou juste pour lui prendre la main. Bon sang, il avait déjà eu des relations, mais dès qu'il était face à cette femme qu'il connaissait pourtant si bien, il avait quinze ans de nouveau et toutes les peurs et les hésitations qui allaient avec.
Franchement, il avait fait face à des Mangemorts et à la mort avec elle, et voilà qu'il n'arrivait même pas à l'inviter à sortir, vraiment sortir, comme un couple!
La vie était vraiment ridicule. Et il devait retourner à Poudlard.
HHH
« Tu vas à l'ouverture du Salon Magique anglais dans deux semaines? »
Ellina hocha la tête et termina d'avaler la bouchée de son dessert avant de répondre à la question de sa compagne.
« Je suis invitée, donc j'y vais, ouais. Ils veulent que le principal Laërkel du pays soit présent, comme chaque année. »
« Tu vas bientôt devoir assister à plus de trucs officiels que moi. » remarqua Kara avec amusement.
« Tu n'y vas pas? »
Kara déplaça son assiette pour que l'elfe de maison nouvellement apparu installât leurs tasses de café (pour Kara) et de thé (pour Ellie) sur la table.
« Non, je ne suis pas invitée à ce genre de choses. »
« On va toujours au restaurent la semaine prochaine? »
« Bien sûr. Comme prévu, comme promis. »
« Quand arrivent Ernie et Sue? »
« Dans quelques jours. »
« Et Hermione a dit qu'elle arrivait lundi. La chambre est prête? »
« T'en fais pas, Ellie. Elle le sera. »
« Bien. »
Il y eut un silence de quelques secondes. Le regard de Kara se balada sur les tableaux silencieux de l'immense pièce. Il était près de vingt et une heures, et la pluie inondait cette partie de l'Ecosse. Derrière les vitres des portes-fenêtres, la nuit était presque tombée, l'herbe engorgée d'eau de pluie, et les éclairs illuminaient étrangement le ciel nuageux.
Elle ne sut pas pourquoi, mais face à ce spectacle Kara se trouva très mal à l'aise, comme si, quelque part, la météo était l'image de quelque chose qu'elle ignorait toujours.
« Kara? »
« Hum? »
Face à elle, Ellina fronçait les sourcils.
« Ca va? »
« Oui. Désolée, j'étais ailleurs. »
« C'est rien. J'ai eu des nouvelles de mon père. »
« Comment va t-il? »
« Bien. Il m'a promis qu'il ne forcerait pas trop. Il est toujours fragile depuis son dernier malaise cardiaque. Mais sa nouvelle classe lui plait beaucoup. »
« Tant mieux. »
« J'ai hâte qu'Hermione soit ici. »
« Oui. Ca fera du bien de la voir. Ca fait un moment. Quand arrive t-elle déjà? »
Ellie leva un regard furieux vers elle, jusqu'à ce qu'elle remarque la lueur taquine dans les yeux chocolat.
« Très drôle. C'est dans deux jours, et tu n'as pas intérêt à oublier. »
« Pas de risque, j'ai déjà prévenu Remus que je ne travaillerai pas ce jour-là. »
« Génial. Oh, Lavande, Draco et Jenna sont invités à déjeuner aussi. Tim sera à Poudlard, et tous les autres n'ont pu venir. »
« Ok. Bon, faut que j'y aille. Je dois envoyer un courrier. On se fait un film après? »
« D'accord. Tu es chargée des boissons. »
« Chocolat chaud? »
« Thé, pour moi. Des petits gâteaux? »
« Ca marche. » Kara se pencha et embrassa tendrement sa compagne. « A tout de suite, chérie. »
HHH
« Hey. Je peux? »
Ellina leva les yeux pour les plonger dans un regard sombre et ténébreux, mais toujours pétillant. Elle sourit et fit signe au séduisant jeune homme de s'asseoir à sa table, dans un café du Chemin de Traverse.
« Bien sûr. » sourit-elle. « Comment vas-tu, Willius? »
Son ami s'installa et haussa les épaules, avant de passer une main pâle dans ses cheveux en broussailles.
« Très bien. Les affaires marchent plutôt fort. Et toi? A la boutique, tout se passe bien? »
« Ca se calme doucement. Mais je suis sans cesse débordée. »
« Une femme passionnée par son boulot telle que toi est toujours débordée, Li. »
Ellina eût un petit rire, acceptant la boutade autant que le compliment. Dans le café, les clients allaient et venaient alors que la nuit tombait. Il se faisait presque tard à présent, et malgré cela la jeune femme ne ressentait pas le désir de quitter les lieux, chaleureux et pleins de vie.
« J'aime mon boulot. » confirma t-elle. « Et les responsabilités. »
« Même si elles te pèsent parfois. »
Le regard compréhensif qu'il posait sur elle lui fit presque monter le rose aux joues. Elle hocha la tête.
« Parfois. » confirma t-elle d'une voix douce.
« Comme nous tous. »
Il lui sourit doucement, et tous deux restèrent un instant silencieux, l'atmosphère les confortant.
Ellina avait rencontré Willius Jones l'année passée, au cours d'une de ses ballades sur le Chemin de Traverse durant un de ses moments de libre. Will travaillait également sur place et ils s'étaient revus plusieurs fois. Peu de temps avait suffi pour qu'une amitié naisse entre eux, et sans jamais réellement partager quoi que ce soit de personnel, ils discutaient de tout et de rien avec sincérité. Compatissant, intelligent et doux, Willius partageait aussi des points communs avec Ellie et il lui plaisait de converser avec lui.
Tristement, c'était aussi dans ces moments là qu'Ellina se rendait compte d'à quel point elle se sentait seule par instants. Plus les mois défilaient et moins elle pouvait parler à Timrus, qui se montrait étrangement distant depuis quelques temps. Quant à Kara, qui était sa meilleure amie en plus d'être sa compagne, les choses étaient bien plus compliquées dans leur situation que l'une et l'autre ne voulait bien se l'admettre. Et si ce soir elle ne souhaitait pas rentrer, c'était aussi parce qu'Ellina n'était pas certaine de ce qu'elle allait trouver au manoir, ou ne pas trouver. Son sang se glaça lorsqu'elle se surprit à se demander quelle situation la séduisait le plus, en cette soirée où elle n'avait que peu envie de parler ou de songer. Rentrer auprès de Kara, ou trouver la propriété vide?
« Eh, tu es partie, Li. »
Ellina redescendit sur Terre et secoua la tête. Elle chassa ses pensées, bien décidée à laisser de côté toutes ses ruminations. Sa commande de bois rares de Chine qui n'arrivait pas, la baguette magique qu'elle ne parvenait pas à terminer, les étranges rêves qu'elle faisait, Kara, Timrus, elle laissa tous ses soucis s'envoler et but une gorgée de thé.
Très rapidement, Willius et elle s'embarquèrent dans une discussion sur les nouvelles réglementations du Ministère, et la soirée s'écoula rapidement.
HHH
Kara accueillit son amie avec plaisir, un sourire ravie aux lèvres. Hermione avait bien changé, depuis la dernière fois que tous l'avaient vue, à Poudlard, toutes ses années plus tôt. Et même si Kara avait eu l'occasion de revoir la jeune femme trois ans auparavant, elle ne put qu'être de nouveau stupéfaite par le changement.
Comme pour chacun d'entre eux, l'âge adulte et les épreuves avaient laissé leurs marques dans le regard d'Hermione Granger. Et même si une pointe malicieuse et farouche brillait toujours dans ses yeux noisettes, il y avait bien là la sagesse et les ombres que lui avait durement conféré son pourtant court passé. La beauté l'avait rattrapée, effaçant les maladresses et défauts de l'adolescence, et une prestance étonnante se dégageait d'elle, une aura de pouvoir et de dignité étonnante que Kara n'avait remarqué seulement chez quelques personnes. Le doux sourire sur ses lèvres était serein et heureux, mais l'ancienne Serpentard pouvait habilement reconnaître la dureté dans ses pupilles, comme un témoignage des blessures de son âme.
Une fois qu'elle l'eût accueilli comme il se devait, elle mena le chemin jusqu'à la salle à manger, non sans malice et anticipation. Et comme elle l'avait prévu, la réaction de Draco, Jen et Lavande fut particulièrement jouissive lorsque leurs yeux se posèrent, non seulement sur Hermione Granger, héroïne célèbre et adulée malgré son absence du pays depuis des années, mais aussi sur la personne qui l'accompagnait.
Ellina sauta de sa chaise avec un enthousiasme que Kara ne lui avait plus connu depuis longtemps, et en trois longues enjambées rejoignit Hermione avant de la prendre dans ses bras et de la saluer avec joie.
Comme toujours vite remis de ses chocs, Draco ferma la bouche et posa son regard acier et malicieux sur Kara.
« Tu as peut-être du soucis à te faire. »
Jenna la dispensa de toute répartie lorsqu'elle mit un léger coup de poing dans l'épaule de son mari.
Une fois que les retrouvailles des deux amies furent terminées, Ellina se tourna vers leurs autres invités et, un sourire digne d'une publicité aux lèvres, les désigna.
« Vous vous souvenez d'Hermione? Hermione, tu te souviens de Lavande, et voici son fils, Seamus, et de Draco et sa femme, Jenna? »
« Bonjour. »
Lavande, son fils sur les genoux, sourit avec plaisir et hocha la tête.
« Salut, ravie de te revoir au pays! »
« Salut. » répondit Jenna, alors qu'Ellina désignait les places réservées à ses derniers invités.
« Granger. » salua Draco, alors qu'elle s'asseyait près de lui. Kara sa félicita de ce plan de table totalement fortuit, mais si prometteur.
« Malefoy. » répondit-elle sur le même ton neutre. « Je vous présente mon fils, Oliver Ronald Granger. »
Le petit garçon, âgé de cinq années et demie environ, hocha timidement la tête, son sourire révélant une fossette sur la joue gauche. Les cheveux roux clairs, les yeux noisette de sa mère, et les tâches de rousseurs reconnaissables, tout chez lui était un étrange mélange esthétique, et il ne fit nul doute chez les personnes présentes qu'il s'agissait là également de l'enfant de Ron Weasley, mort au combat et en héros six ans plus tôt.
Recouvrant du choc, Lavande sourit et s'extasia.
« Il est adorable! »
« Merci. » répondit l'enfant, visiblement ravi.
« Et je vous préviens, » intervint Kara. « il a déjà toute l'intelligence de sa mère. »
« Et son espièglerie. Sans oublier la maladresse de son paternel. » compléta Ellie.
« Alors c'est pour lui que tu as refusé la proposition de McGonagall, Hermione? Je suppose qu'en Grande-Bretagne, son existence reste un secret? » s'enquit Lavande, empêchant en même temps son bébé d'attraper sa fourchette.
« Pas vraiment un secret, plutôt une information non ébruitée. »
« C'est sûr. » affirma Kara. « Avoir un enfant à dix-huit ans, étant héroïne et Ron étant décédé, je comprends tout à fait ta décision. »
« Les choses n'ont pas été faciles. » affirma Hermione, et Kara savait bien assez lire les gens pour voir qu'elle avait appris depuis longtemps à contrôler ses émotions et les enfouir en elle. Ainsi, sa voix resta aussi neutre que son visage. « Heureusement que Harry était présent. »
« Comment va t-il? » demanda Jenna d'une voix douce, principalement pour réorienter le sujet vers un autre plus sûr.
« Très bien. » sourit Hermione. « Il aimerait revenir au pays, mais il n'est pas pressé d'être de nouveau sous les feux de la rampe. Aux Etats-Unis notre notoriété est certes grande, mais depuis le temps tout s'est calmé. Nous doutons que ça arrivera un jour en Grande-Bretagne. »
« Que fait-il, à présent? » demanda Lavande. « Je sais qu'il a cessé d'être Auror effectif. »
« En effet, ça fait quelques années maintenant. Il est Conseiller au Bureau des Aurors du Ministère, à Washington, et est également professeur de Défense Contre les Forces du Mal à Salem depuis trois ans maintenant. Ginny, en revanche, n'a jamais cessé le service effectif, même si elle est toujours en congé maternité. »
Kara se leva, souhaitant aller en cuisine voir si tout se passait bien plus les elfes, mais Jenna la devança.
« Ne t'embête pas, j'y vais. » dit-elle doucement, puis elle quitta la table après s'être excusée. Draco l'observa partir, avant de se fixer de nouveau sur la conversation quand Lavande posa sa prochaine question:
« Combien ont-ils d'enfants, alors? »
« Arthur Sirius a six mois, et Lillian Hermione a deux ans déjà. Et ils sont gâtés pourris, je peux vous le dire. »
« Les enfants d'Harry Potter. J'imagine les gros titres, si un jour les journalistes les attrapent pendant l'une de leurs visites en Angleterre. »
« Oh, ils ont déjà essayé. Molly était dans tous ces états. Mais depuis ça n'est plus jamais arrivé. Harry et Ginny ont le projet de revenir s'installer ici dans quelques années. Ils souhaitent qu'Arthur et Lilly fassent leurs études à Poudlard. »
« Tu m'étonnes! Tu comptes rester combien de temps ici? »
« Je ne le sais pas encore. Je vais rendre visite à mes parents, en premier lieu. Et puis je compte bien…renouer avec le passé. »
Kara n'avait pas besoin de traduction. Renouer avec le passé, ce qu'ils cherchaient tous à faire, d'une façon ou d'une autre, avec plus ou moins de succès. Le repas mensuel des Combattants de l'Hybride en était une marque bien visible, mais ce n'était pas la seule, malgré les apparences.
Cela avait pris six années à Hermione pour se décider à faire le pas. Revisiter les anciens champs de batailles de son adolescence, rendre hommage au jeune homme qu'elle avait aimé, à ses alliés tombés, revisiter les chemins qui avaient scellé son destin, retourner à Poudlard, au Chemin de Traverse, revoir des visages connus, des ennemis, des amis, faire face. Tout un pèlerinage, pour réconcilier, guérir, accepter. Et vivre.
Au fond d'elle, Kara sentit quelque chose se glacer. Un frisson parcourut sa colonne vertébrale, sans qu'elle ne sache pourquoi. Ou alors elle ne le savait que trop bien.
Renouer avec le passé.
Ouais. Sûrement.
Kara ne le désirait aucunement, en un sens.
« Vous pouvez rester autant de temps que vous voulez, Hermione. » offrait gentiment Ellina, son sourire n'illuminant pas tout à fait ses yeux émeraudes, pas comme ils l'auraient été quelques années auparavant.
Renouer avec le passé.
Kara n'avait jamais souhaité davantage oublier le passé, l'enterrer, le bannir. Aujourd'hui, elle ignorait si toutes les épreuves qu'elle avait traversé valaient les bonheurs qui lui avaient maintenu la tête hors de l'eau. Tout ça, pour en arriver là. A la personne qu'elle était devenue. Une image pâle, floue mais bien réelle de ce qu'elle avait toujours refusé d'envisager, ce qu'elle s'était promise, toute petite fille, de ne jamais devenir.
Mais bien des choses s'étaient passées depuis. Avant Poudlard. Pendant Poudlard. Durant la guerre. Son passé l'avait forgée. N'était-ce pas ainsi que les choses étaient censées se produire? N'étaient-ce pas leurs histoires qui façonnaient les êtres humains?
Kara Sallington, elle, aurait parfois souhaité pouvoir oublier son histoire, ou en repousser certains aspects loin de son esprit.
Ce qu'elle ignorait à cet instant, c'était que cette histoire allait très rapidement la rattraper, s'insinuer dans son présent, fissurer son avenir incertain.
Parce qu'après tout, ni Kara, ni aucun de ses amis n'avait le pouvoir d'empêcher les évènements de se produire, surtout une fois qu'ils étaient en mouvement.
Et il arrivait aussi que les évènements soient provoqués par des forces extérieures… et qu'il soit impossible de les stopper.
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