Note de l'auteure : Ce second chapitre fait directement suite au premier

Pairing : HashiMada

Bonne Lecture


Le manga Naruto, son univers et ses personnages ne m'appartiennent pas


Chapitre 2 : Efflorescence

Ils se dirigeaient de nouveau vers le village, profitant de la forêt froide et déserte de ce matin d'hiver pour se tenir la main. Si Madara serrait ses doigts sur ceux du Senju, quelque peu accablé par la fin de cette nuit magique, Hashirama, lui, s'angoissait déjà de croiser le visage sévère de son cadet :

« Je viendrais te rejoindre après le repas de midi, l'informa l'Uchiwa.

- Ca ira, Tobirama sera déjà parti.

- Il vaut mieux. S'il me croise, il va me tuer du regard. Il n'a pas l'air de réaliser que ses regards meurtriers ne me déstabilisent nullement.

- Je ne sais pas comment tu fais, marmonna le futur Hokage. Mon propre petit frère me fait flipper par moment. Plus il vieillit et plus il ressemble à notre mère, c'est sidérant. En plus, c'est la première fois que je lui fais un coup pareil. Il va me passer un de ces savons.

- A t'entendre, on croirait que tu viens de commettre le pire des péchés. Comment je dois le prendre, moi ?

- Rassure-toi, je ne regrette rien, se reprit le Senju en souriant à son compagnon, et j'ai prévu quelque chose pour calmer ses ardeurs.

- Quelque chose ?

- Lui aussi aura droit à son cadeau de noël. »

Madara détourna le visage pour cacher sa mine vexée. Alors comme ça, il n'était pas le seul à bénéficier des cadeaux du cœur d'Hashirama. Bien sûr, il aurait dû s'en douter. Malgré leurs nombreuses querelles familiales, l'Uchiwa savait que son amant avait beaucoup d'affection pour son cadet, tant et si bien qu'il en était parfois jaloux. Après tout, il n'avait pas passé tant de temps dans la vie du Senju, contrairement à Tobirama qui partageait son quotidien depuis la petite enfance :

« A propos, reprit le brun pour changer de sujet. C'est quoi le symbole sur le troisième caillou que tu m'a offert ?

- Je suis content que tu me poses la question. Il s'agira de l'emblème de Konoha. Désormais, il n'y aura plus de clans isolés qui se battront, mais seulement des personnes appartenant à un même groupe.

- D'accord, mais il ne ressemble à rien ton symbole. »

Son de cloche, nuage gris et pesanteur, Madara venait une nouvelle fois de toucher une corde sensible de son compagnon cyclothymique :

« A rien ? Tu exagères. Moi qui était fier de cette feuille que j'ai moi-même dessiné.

- Parce c'est censé représenter une feuille ? »

C'était difficile à imaginer, mais en tournant la pierre taguée dans tous les sens, il crut en effet reconnaître la forme de la verdure sylvaine. Madara sourit. Leur rêve, qui n'était autrefois que paroles d'enfants, possédait maintenant une structure, un nom, un emblème et très bientôt un chef. Le possesseur du Sharingan continua de tourner la petite pierre entre ses doigts jusqu'à positionner la feuille symbolique de biais, la pointe en bas à gauche :

« Comme ça, ce serait bien, proposa l'Uchiwa.

- C'est parfait, tu as vraiment de bonnes idées.

- Ce n'est pas ce que tu disais lorsque j'ai proposé le nom de Konoha.

- Mais finalement, il me plait bien ce nom. Lorsque je l'ai énoncé sans grande conviction aux seigneurs du pays du feu, je n'ai pas eu le temps de terminer ma phrase et préciser que c'était ton idée qu'ils ont de suite approuvée. C'est simple et très représentatif de ce camp que nous visionnons du haut de la falaise. Tu te rappelles de ce jour où tu as failli me révéler l'art de ton clan alors que nous ne connaissions pas encore nos noms de famille. Tu m'avais dit "je suis sûr que je voies plus loin que toi. Tu me défies" ? Tu avais raison, tu voyais clairement plus loin que moi. Ce nom t'est venu si naturellement, à croire que tu l'avais médité depuis un moment.

- Qu'est-ce que tu vas inventer encore ? Ta première théorie était bonne, j'ai juste donné le nom de ce je voyais.

- Mais oui, bien sûr, que tu dis. Mais je commence à bien te connaître. Tu es si gentil, si modeste.

- Mais tu vas te taire ! Je t'ai prévenu plusieurs fois d'arrêter de dire que je suis gentil. Tu sais que je ne supporte pas ça.

- Mais je n'y suis pour rien. Tu es si adorable, je craque totalement quand je te regarde, renchérit le futur Hokage avec un sourire mièvre qui répugna le chef des Uchiwa.

- Tu es exaspérant, Senju, grogna le porteur du Sharingan en lâchant la main de son compagnon.

- Je n'aime pas quand tu m'appelles par mon nom de famille. Ca met de la distance entre nous.

- Et bien je continuerai tant que tu répéteras que je suis mignon. Réfléchis-y, je rentre chez moi.

- Mais attends Madara. Je ne fais que dire la vérité et je pensais que ça te ferait plaisir.

- Ca ne me fait pas plaisir, non ! Je suis le chef de mon clan. Je possède la pupille légendaire des Uchiwa. Je suis un adulte accompli et un shinobi qui a tué des dizaines d'hommes. J'impose le respect et la crainte. Donc non, je ne suis pas mignon comme une peluche pour enfant.

- D'accord, je ne voulais pas te blesser. Je suis désolé, même si je n'en pense pas moins. Tu viens toujours cet après-midi ?

- Peut-être, peut-être pas. »

Comme il s'éloignait, Madara arbora un sourire malicieux aux lèvres, amusé par l'insistance du Senju qui pleurnichait presque et tentait de le retenir :

« Je t'aime Madara, hurla presque Hashirama qui se trouvait maintenant à plusieurs mètres derrière lui.

- Ta gueule Senju. »

Le brun accéléra le pas, plus rouge que jamais, caché dans le col large de sa tunique. Hashirama n'avait pas idée de crier de telles choses si proche du village. L'amour le rendait-il complètement stupide ? Quoique à la base, la spontanéité et honnêteté faisaient partie de la personnalité du chef des Senju. En sa présence, quiconque se sentirait à l'aise, serein, voire amusé. Et même lui, le démon du clan Uchiwa, celui qui avait laissé tous ses frères se faire tuer, celui qui avait accumulé suffisamment de haine et de corruption pour éveiller le Mangekyô sharingan, même lui se sentait blanchi en sa présence :

« A plus tard, mon amour, pensa-t-il tandis qu'il quittait la forêt pour se rendre jusqu'au quartier où résidaient les Uchiwa. Je réprimande tes bévues, je te prends de haut, je me moque de ta naïveté et de tes déprimes spontanées, mais moi aussi, je t'aime plus que tout. Le réalises-tu, Hashirama, cet exploit que tu as fait ? Moi-même, je n'en reviens toujours pas. »

Il n'y avait que lui qu'il aimait en ce bas monde, qu'il adorait même. Madara avait toujours été quelqu'un de solitaire et renfrogné. Il n'avait jamais trop aimé se mêler aux autres qu'il trouvait bien trop hypocrites. Il n'arrivait à faire confiance à personne d'autre. Hashirama lui avait demandé de considérer chaque membre du village comme sa famille mais il n'y parvenait pas. Il avait essayé, pourtant, pour faire plaisir à son compagnon, mais les villageois se montraient soit indifférents, où bien ils cachaient très mal leur anxiété, leur effroi, voire leur mépris en sa présence. Et chez les siens, il n'y avait pas beaucoup de différence. Madara n'était respecté que pour son statut, sa force et certainement pas sa sympathie. Il mettrait un membre à couper que certains souhaitent carrément sa mort.

Autrefois, il était seulement proche d'Izuna, lui vouant un amour fraternel sans limite que ce dernier lui rendait bien. Son cadet avait beau tuer et haïr ses ennemis, son cœur était pur. Il n'aurait jamais douté de son aîné, contrairement aux autres Uchiwa. Et de l'autre côté, Hashirama lui vouait une véritable admiration. A l'entendre, il passait d'un monstre à une merveille. Le futur Hokage parlait de lui comme un phénomène absolument prodigieux alors qu'il n'était qu'un homme froid et irascible, incapable de protéger ceux qui lui sont chers. Le Senju était définitivement trop bon, et lui ne pouvait que l'aimer. Madara avait compris ses sentiments lorsqu'il avait imposé son dilemme à Hashirama. Alors que toute force l'avait quitté, il s'était relevé pour l'empêcher de se suicider. S'il y avait bien une chose qu'il ne regrettait pas dans sa vie, c'était bien ce geste ultime. Par sa main qui avait arrêté celle du Senju, il avait signé et partagé son attachement à Hashirama :

En rentrant chez lui, Madara observa à nouveau les précieuses pierres avant de réaliser qu'il possédait quelque chose qui pourrait bien faire plaisir à son compagnon. Il se rendit dans la chambre inoccupée de ses défunts parents pour trouver le trésor convoité dans la coiffeuse. Malgré les décennies, l'objet n'avait rien perdu de son éclat. Il lui semblait tout aussi resplendissant que lorsque sa mère le portait sur elle. Pour sûr qu'il irait très bien à l'homme qu'il aimait.

\**-**/

Hashirama fit coulisser en douce la porte de son domicile et n'aperçut personne dans l'entrée. Il soupira avant de pénétrer à l'intérieur et refermer le plus discrètement possible. Il n'avait qu'un seul objectif, atteindre sa chambre afin qu'il puisse mieux se couvrir et se reposer quelques heures avant son rendez-vous de l'après-midi. Seulement, au moment de grimper les escaliers, le futur Hokage fut coupé dans son élan par une voie tranchante qu'il reconnut sans problème. Il frissonna, n'étant pas sûr d'être psychologiquement prêt à faire face à son cadet :

« On a passé une bonne nuit ? claqua l'albinos qui buvait un thé, appuyé dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Ce poncho ne t'appartient pas. Tu m'expliques pourquoi le symbole des Uchiwa est cousu au dos ?

- Une bonne âme me l'a prêté pour que je n'attrape pas la mort » tenta de se justifier Hashirama qui sentait des gouttes de sueur dévaler sur son front.

Le bruit d'une tasse reposé abruptement sur une table fit sursauter l'aîné des Senju. Alors qu'il semblait encore calme quelques minutes plus tôt, Tobirama bouillait maintenant de rage :

« A quoi tu joues, grand-frère ? Tu testes mes limites ? Tu veux me pousser à bout ? Tu connais parfaitement mes sentiments. Je ne supporte pas que tu fricotes avec cet Uchiwa.

- Madara est mon allié et mon partenaire dans la construction du village. Il me paraît normal que nous entretenions une relation de confiance pour une paix durable.

- Tu ne vas pas me faire croire que vous discutez politique pendant vos petits rendez-vous galants, répliqua sournoisement le plus jeune.

- Tu avais compris ? admit Hashirama qui savait qu'il était inutile de mentir face à son frère qui avait la faculté de détecter le mensonge.

- A ton avis, pourquoi est qu'il t'est possible de fréquenter cet Uchiwa de malheur ? Ca fait des mois que je couvre tes dérapages et mets fin aux rumeurs. Je suis pour l'alliance car je pense comme toi qu'elle ne peut être que bénéfique pour nos descendants, mais je ne pensais pas que tu en arriverais à des actes aussi infâmes. Il y a une grosse différence entre signer un traité de paix et baiser avec un ancien ennemi,

- Baisse d'un ton. Si tu arrives à concevoir ce genre de relation, ce n'est pas le cas de tout le monde.

- Je n'accepte pas ce genre de pratique, non ! C'est absolument dégelasse et contre-nature. Si encore Madara avait une gueule efféminée, je comprendrais que tu veuilles t'en amuser un peu, mais ce n'est pas le cas. Qu'est-ce qu'il y a de si jouissif chez lui ?

- Ne parle pas comme cela, Tobirama. Mère ne nous a-t-elle pas enseignés d'être ouvert d'esprit…

- Ne parle pas d'elle ! s'emporta encore l'albinos. As-tu déjà oublié les circonstances de sa mort ? »

La discussion tournait mal. L'albinos devenait fou dès qu'il s'agissait de leur génitrice, Hanashiro Senju*, décédée tragiquement et d'une horrible façon par la main de leurs ennemis lorsqu'ils n'étaient encore que des enfants. De tous, c'était bien Tobirama le plus affecté par sa disparition. Aujourd'hui encore, malgré l'alliance entre les deux clans, le cadet des Senju n'était pas prêt d'oublier cet épisode qui avait considérablement marqué sa vie :

« C'est justement pour qu'il n'y ait plus de victimes comme mère, Kawarama ou Itama que nous avons signé cet accord avec les Uchiwa. Même si c'est dur pour toi, tu dois faire des efforts, accepter et pourquoi pas apprendre les connaître. Ils ne sont pas tous si mauvais, et sûrement pas Madara. Ne juge pas sur un simple nom.

- Tu me reproches de ne pas faire d'effort alors que je laisse ma dernière famille s'envoyer en l'air avec un Uchiwa. Tu ne penses qu'à Madara, et je prends sur moi pour ne pas lui sauter à la gorge. Je suis à bout. Quand finiras-tu de jouer avec lui ?

- Je ne joue pas, je suis vraiment amoureux de lui. »

Cette déclaration lança un froid entre les deux frères. Jamais Hashirama n'avait ouvertement exprimé ses sentiments à personne d'autre que Madara, et ces paroles semblèrent choquer son cadet. Ce n'était probablement pas le moment propice pour faire son coming-out, mais dès qu'il s'agissait du chef des Uchiwa, il ne permettait nullement que l'on mette en doute ses sentiments. L'aîné soupira. Après la merveilleuse nuit qu'il venait de passer, il n'avait franchement pas envie d'anéantir sa bonne humeur :

« Je te dégoûte ? osa demander le brun.

- Fais ce que tu veux, finit finalement par déclarer l'albinos après quelques secondes de réflexion. Même si je n'approuve nullement pas ton orientation, et encore moins l'homme que tu as choisi, tu restes mon grand-frère et ma dernière famille. Je continuerai à t'épauler comme je l'ai toujours fait.

- Merci.

- Mais dans ton intérêt, je te conseille de ne pas trop t'attacher. Tu n'es pas n'importe qui, tu es le chef de notre clan, et ce village que tu battis compte sur toi. Que tu le veuilles ou non, tu devras te marier.

- Il n'est pas question de cela pour le moment. Je suis très occupé avec la construction de Konoha. Je n'ai pas le temps de m'occuper d'une épouse.

- Mais t'amuser avec Madara, ça tu le peux. » répliqua cyniquement le plus jeune des deux frères.

Hashirama n'aimait pas la tournure que prenait cette conversation. Du mieux qu'il pouvait, il essayait toujours d'éviter des sujets houleux comme son supposé mariage. Il n'aimait que Madara et n'avait nullement l'intention de s'unir à quelqu'un d'autre que lui. Afin de détourner son attention, l'aîné des Senju attrapa le poignet de son cadet et l'emmena jusqu'à son bureau :

« Au fait, j'ai quelque chose pour toi.

- Ne change de pas sujet, grand-frère, grogna l'albinos.

- Mais j'ai déjà un jour de retard. Tiens, voilà pour toi, joyeux noël.

- Hein ? De quoi est-ce que tu parles ? »

Affichant un sourire béat pour détendre l'atmosphère, le brun tendait un large tissu à son cadet, renfermant une paire de gants de couleur bleue, grossièrement tricotée et parsemée de plusieurs trous :

« Ces guenilles sont censées me protéger du froid ? demanda nonchalamment le plus jeune abasourdi par la médiocrité du travail.

- Désolé, j'ai essayé de m'appliquer mais je n'avais plus tricoté depuis le décès de mère. Et déjà à l'époque, je n'étais pas très doué. »

Effectivement, lorsqu'ils étaient enfants, la matriarche de leur maison avait mis un point d'honneur à ce que ses fils sachent se débrouiller seuls s'ils venaient à finir célibataires ou veufs. Et donc, à contrecœur pour l'un, consciencieux pour l'autre, ils avaient appris la cuisine, la couture, le crochet, le tricot, et ils devaient également participer aux tâches ménagères en plus de l'entraînement que leur imposait leur père :

« Franchement, tu n'as pas honte ? Une fillette de cinq ans ferait mieux. Regarde, tu as même fait six doigts au lieu de cinq. Et c'est quoi ces gribouillis informes ?

- J'ai essayé de réaliser l'emblème des Senju, répondit Hashirama en se grattant l'arrière du crâne. J'y ai mis du cœur mais force est de constater que ce n'est pas comme le ninjutsu. Ce n'est pas de la volonté qu'il faut mais de la technique. Toi, je me souviens que tu t'en sortais bien. Je suis sûr que tu pourras les arranger.

- C'est donc ça que tu fabriquais le soir dans ta chambre. J'avais remarqué que tu flambais rapidement tes lanternes. Je comprends que tu sois sujet au stress avec toutes ces responsabilités et je n'ai rien contre une activité qui te détende. Mais tu aurais dû m'appeler pour t'inculquer les bases. Je sais mieux me débrouiller que toi dans ce domaine. »

Le futur Hokage se retint de dire qu'il avait Madara pour l'aider à évacuer son stress, mais il ne tenait pas à remettre de l'huile sur le feu :

« Je me souviens que tu étais habile de tes mains, en effet, mais je voulais te faire la surprise pour Noël.

- Mais c'est quoi ce Noël ?

- Une nouvelle fête que je souhaiterai instaurer, symbolisant l'amour et la paix.

- Tu veux faire ça maintenant ? Pourquoi pas le jour du traité de paix ? C'est plus logique et moins contraignant dans la date.

- Je t'en parlerai plus tard. Pour l'heure, n'as-tu pas une réunion avec les enseignants de l'académie ?

- Tu as bien esquivé mais n'essaie pas de me fuir. Tôt ou tard, il faudra que l'on discute sérieusement de ton mariage. Cette proposition que tu viens de recevoir est justement l'occasion idéale.

- Je n'ai pas envie de parler de cela pour le moment. Je suis fatigué. Je voudrais prendre un bain et me changer. Toi, cours à ta réunion, tu vas être en retard.

- Ne crois pas que tu peux tout décider, grand-frère. Le poste d'Hokage que tu souhaites offrir à Madara, les moeurs sur l'homosexualité ou bien cette fête dont tu me parles, tout comme ton mariage, il y a des choses que tu ne peux pas contrôler malgré ton statut. Je te laisse y méditer » conclut l'albinos avant de laisser enfin son frère dans son bureau, complètement déprimé.

Il savait que son petit frère avait raison. Il vivait actuellement une idylle avec Madara, mais avec le temps, leur relation deviendra de plus en plus compliquée, difficile à cacher. Pour couronner le tout, ils étaient chacun les chefs de leur clan respectif, et donc bientôt leur tribu trouverait étrange qu'ils ne cherchent pas à engendrer un héritier.

Hashirama s'installa derrière son bureau, l'air pensif, avant d'ouvrir un tiroir et en sortir une missive qu'il avait reçue quelques jours plus tôt et dont il se devait de rédiger la réponse. Elle avait pour sujet la proposition d'une alliance avec un puissant clan d'un pays voisin. Il aurait dû se réjouir que leur essor traverse les frontières, mais un détail le gênait dans cette demande. En guise de bonne foi, le chef de ce clan se proposait d'offrir sa petite fille afin de célébrer un mariage qui réunirait les deux tribus. A la lettre se joignait une photo de la demoiselle en question. Ce procédé était vieux comme le monde, mais non seulement Hashirama n'adhérait pas au principe de mariage arrangé, mais en plus il était bien entendu le candidat tout désigné pour épouser la dite enfant. Il avait bien pensé proposer Tobirama, mais ce dernier semblait saisir la moindre occasion pour le séparer de Madara. De plus, étant le cadet, il avait moins de pression sur ses épaules. La question de l'hérédité retombait sur lui, l'aîné, et par dessus tout chef de leur clan.

Oubliant son désir de se laver et se reposer, Hashirama prépara son matériel de calligraphie ainsi que de l'encre et du papier. Depuis des jours, cette revendication le gênait, autant pour lui que pour la pauvre enfant qui allait se retrouver séparée de sa famille et de son pays. Il devait tout faire pour refuser cette proposition de mariage arrangé sans en offusquer les dirigeants de ce clan. Chaque phrase était délicate. Les mots ne devaient pas être choisis au hasard. Il avait été entraîné pour maîtriser un haut niveau de ninjutsu, pas pour rédiger des missives politiques. La fatigue ne l'aidant pas à se concentrer, plusieurs pages raturées furent balancées au hasard dans un coin de la pièce. A chaque nouvelle feuille vierge, son anxiété grandissait. De cette lettre dépendait aussi bien la sécurité du village que son avenir sentimental. Il voulait à tout prix éviter d'annoncer ses noces à Madara. Ce dernier, trop fier, n'accepterait jamais de le partager. Et lui, bien trop loyal et amoureux de l'Uchiwa, ne s'imaginait pas dans les bras d'une autre personne. De plus, sans en paraître vaniteux, il se savait être le pilier de la stabilité de Madara. S'il venait à l'abandonner, il craignait réellement sa réaction. Le porteur du sharingan serait bien capable de détruire leur alliance et donc de devenir une menace pour le village. Même seul, il possédait des pouvoirs dévastateurs contre lesquels il était le seul à rivaliser.

Hashirama se prit la tête entre les mains. Une catastrophe en entraînait une autre et il devait absolument empêcher d'en venir à telles extrémités. Il continua d'écrire, ne faisant guère attention au temps qui passait et il fut tiré de ses songes par une main posée sur son épaule :

« Je ne savais pas que tu étais un bourreau du travail. Tu portes encore mon poncho et tu sens le feu de bois. Ne me dis pas que tu travailles depuis ce matin. »

Le futur Hokage reconnut sans problème le timbre grave de son amant. Madara se tenait à ses côtés, frais et resplendissant, lavé et rassasié, contrairement à lui qui n'avait même pas pris la peine de changer de sous-vêtement. Il se détourna, honteux de son accoutrement et de son incapacité à gérer son stress alors que son statut le chargeait de nombreuses responsabilités. Définitivement, il était persuadé que Madara ferait un bien meilleur Hokage que lui :

« Ca va ? demanda l'Uchiwa inquiet du manque de réaction d'Hashirama d'habitude si enthousiaste. Tu dormais en travaillant ? Tu as fait un cauchemar ? Détends-toi, on n'est pas sur un champ de bataille. Ca fait longtemps que je ne t'ai pas vu comme ça. Tobirama t'a dit quelque chose ? Que s'est-il passé ? Parle-moi, Hashirama.

- Non, ce n'est rien. Excuse-moi. Je suis heureux de te revoir » répondit le Senju en se levant pour prendre son compagnon dans ses bras.

Madara n'y crut pas une seule seconde. Il y avait quelque chose de changé dans le comportement de son amant. Il lui rendit son étreinte et déposa de chastes baisers sur la nuque du Senju qui frissonna. S'il était toujours réceptif à ses câlineries, il y avait une chance qu'il capte son attention :

« Qu'est-ce qui te tracasse comme cela ? demanda à nouveau le brun. Tu peux me le dire, je ne m'offusquerai pas si Tobirama m'a insulté. D'ailleurs venant de lui, le contraire m'étonnerait.

- Non, enfin si, quoiqu'il a été plutôt modeste à ton égard cette fois-ci. Les critiques étaient plutôt dirigées contre moi aujourd'hui.

- Hormis tes humeurs aussi changeantes qu'une femme enceinte, tes goûts vestimentaires ringards et ton pacifisme exagéré, qu'est-ce qu'il peut bien te reprocher ?

- Notre relation. Il sait à propos de nous. Il m'a même avoué m'avoir couvert à plusieurs reprises.

- Il est contre mais il nous protège ! Tu es sûr que ton frère a un sens logique ? Comme je suis de bonne foi malgré ma rancœur envers lui qui n'est pas prête de disparaître, je veux bien lui donner des cours.

- Madara, je n'ai vraiment pas envie de plaisanter » soupira le futur Hokage en se détachant de l'Uchiwa pour aller se poster près de la fenêtre.

L'ambiance était lourde, à croire que la magie de leur nuit d'amour, leur premier Noël, avait entièrement disparu. Mais après de longues réflexions, le chef des Uchiwa avait aussi ses conditions à émettre sur cette fête, et il avait également son cadeau à donner. Les reproches de Tobirama, qui avaient fortement sapé l'humeur de son compagnon, n'allaient certainement pas entraver ses projets :

« Tu n'es plus le même que cette nuit, fit remarquer l'homme aux sharingan. Où est passé le Hashirama optimiste que je connais, celui qui m'a extirpé des ténèbres ? Où est l'homme qui j'aime ?

- Je t'aime aussi, Madara, je ne veux pas que tu en doutes Mais maintenant, j'ai peur pour notre avenir. Je viens de passer la plus belle nuit de ma vie. Noël, c'est si merveilleux qu'on en oublie les tracas, juste pour quelques heures, mais la réalité finit quand même par nous retomber dessus.

- Quelle réalité te met dans un tel état ? Ca concerne le village.

- Pas seulement le village, ça nous concerne tous les deux essentiellement. Madara, On ne va pas pouvoir continuer ainsi. Cette base est encore précaire, et pour garder une stabilité, j'ai l'impression que je dois renoncer à quelque chose. Alors je suis en train de me demander ce qui compte le plus pour moi. Toi, l'amour de ma vie, mon âme-sœur, ou le village, mon rêve absolu. Les deux ne peuvent malheureusement pas se combiner.

- Et pourquoi pas ? Je suis là, nous sommes officiellement associés, et amants dans l'intimité. Six mois que ça dure et le village s'étend bien. Alors où est le problème ?

- Notre relation sera forcément mal vue.

- C'est bien pour cela que nous nous cachons.

- Et c'est si difficile moralement parlant. Tu n'imagines pas comme ça m'en coûte de ne te voir qu'un à deux jours par semaine, de taire ce sentiment qui me ronge et de faire sans cesse attention pour ne pas nous faire repérer. On se camoufle comme des criminels, c'est frustrant.

- Au lieu de ruminer, profite des rares moments que nous partageons ensemble, comme maintenant.

- Que dira-t-on si on nous surprend ? On n'est pas à l'abri de la moindre faille. N'oublie pas que nous sommes entourés de shinobi, certains experts en espionnage. Tobirama a déjà deviné notre relation et a fait taire les rumeurs naissantes.

- Pour une fois qu'il est utile ! vanna sans retenu Madara.

- Et puis, quand bien même nous arriverions à nous cacher, il y aussi notre célibat qui paraîtra suspect. Tu le sais tout comme moi. Le lignage absolu, l'héritage du sang. Nous sommes des chefs de clan victimes de ces moeurs ancestrales. On ne va pas pouvoir y échapper.

- Je n'ai nullement l'intention de me marier. Les femmes ne m'intéressent pas.

- Moi non plus, mais j'ai reçu une proposition d'alliance au prix d'un mariage. Tu te souviens du clan dont je t'ai parlé hier ? Leur chef veut nous offrir sa petite-fille. J'essaie de faire en sorte de refuser, mais ça me semble inévitable.

- Et pourquoi ça serait toi ? Tu n'as qu'à la présenter à Tobirama. Ca ne lui ferait pas de mal une petite femme dans sa vie. Comme ça, il nous lâchera la grappe, et si ça se trouve, ça va même lui retirer sa tronche de frustré. Une pierre deux coups.

- J'ai pensé la même chose, rit bien malgré lui le Senju, mais ça ne sera pas aussi simple. Tobirama n'acceptera jamais, au contraire il sautera sur l'occasion pour nous séparer. Tous mes autres pairs me pousseront également à accepter la main de cette fille et je n'aurais d'autre choix que celui d'obtempérer si je veux garder un climat de confiance avec les miens et de bonnes relations avec ce clan.

- Quel est ce clan ?

- Les Uzumaki du pays des tourbillons. Leur réputation n'est plus à faire. Une alliance avec eux serait une véritable aubaine, nous n'aurons plus à craindre d'attaque. Ils sont une famille éloignée des Senju et nous avons toujours été en bon contact. Il est donc indispensable de soutirer leur faveur et non pas les contrarier. Je dois rencontrer leur chef au mois de janvier, et il viendra accompagné de son cadeau, sa petite-fille Mito qui a eu seize ans cette année. »

Madara ne sut quoi répondre. Même s'il était extrêmement fier de son sang, il reconnaissait la puissance de ce clan. Il jeta un œil à la missive que son compagnon avait laissé sur le bureau et reconnut la spirale, emblème de cette tribu à la longévité exceptionnelle, réputée pour leur susceptibilité et impulsivité, mais également leur grande loyauté¹. Il était impensable de s'en faire des ennemis.

Le mal-être d'Hashirama était compréhensible. Lui aussi, il savait depuis le début que rien ne serait simple dans leur relation. Deux anciens ennemis, deux chefs de clans, et surtout deux hommes. Mais Madara n'avait pas l'intention de se faire voler celui qu'il aimait sans rien faire. Il avait un besoin vital du chef des Senju. Si Hashirama le laissait tomber, il ne répondait plus de rien :

« Que ferais-tu, à ma place ? demanda l'expert en mokuton. J'ai besoin du soutien des Uzumaki pour garantir la prospérité du village, mais je ne veux pas épouser cette Mito. Cette union rompra forcément notre relation, aussi grandiose soit-elle. A moins que tu ne continues à être mon amant dans l'ombre, mais il n'est pas question que je t'impose la vision dune vie de famille heureuse, avec une femme et des enfants, avant de venir te culbuter le soir.

- En effet, railla l'Uchiwa dégoûté de cette vision, je ne l'accepterai pas.

- Mais sache qu'aucune alliance, aucun mariage ne rompra l'amour que j'ai pour toi. Sois-en assuré. Comme je te l'ai dit cette nuit, je suis persuadé que tu es mon âme-sœur. Moque-toi de moi si ça te chante, mais je sais que nous sommes liés par le fil rouge du destin². C'est toi que j'aimerai toujours le plus.

- Tu ne le sais pas. Peut-être aimeras-tu tes enfants plus que moi. Peut-être que tu te rendras compte que baiser une femme, c'est bien plus plaisant.

- Arrête, tu ne m'aides pas. Aujourd'hui, c'est toi que j'aime, et l'idée de faire l'amour à une autre personne me répugne. Je ne sais même pas si je serai capable de bander. Seulement, si je n'honore pas ma femme et qu'elle ne tombe jamais enceinte, les gens vont également se poser des questions. Mets-toi à ma place, je suis coincé, et ma seule solution est de refuser ce mariage. Mais comment annoncer cela ? Je suis dans une position où le moindre faux pas peut-être fatal non seulement pour moi mais également pour tous ceux que je protège. Je ne sais plus quoi faire, Madara, et j'ai plus que tout besoin de toi. Je n'y arriverai pas sans toi. »

L'Uchiwa fut assailli par une nouvelle vague d'émotion. Les sentiments d'Hashirama le touchaient profondément. Il l'aimait, il l'avait bien compris. Le Senju était bien trop honnête, si expressif qu'il avait l'impression que ses sentiments étaient gravés sur sa peau. Quand Madara l'embrassait, il pouvait presque sentir le cœur de con compagnon au creux de ma paume. Ils s'aimaient fortement, mais l'amour ne faisait, malheureusement, pas tout. Alors qu'ils se comprenaient si bien depuis leur plus jeune âge, que tout semblait les rapprocher. Le feu et le bois étaient juste faits pour s'emmêler, s'embraser et se consumer ensemble. Pourtant, même les flammes disparaissent, et les branches deviennent cendres. Leur relation était dramatiquement vouée à mourir.

Le porteur du Sharingan commençait à regretter tous ces partages, ces discussions, tous ces baisers et ces moments d'ivresse. Il avait laissé le Senju graver ses sentiments au fer rouge sur sa peau, et cette marque apposée sur lui commençait à lui faire mal. Madara était un Uchiwa. Quand il souffrait, il maudissait forcément quelque chose. Hashirama était tout ce qu'il y avait de plus important dans sa vie, mais il pensait avant tout au village. Le village, voilà le fautif. En créant Konoha, Madara avait déjà perdu son grand amour.

Ce village, qu'il avait lui-même baptisé, commençait à l'agacer. Ce n'était ni les vieilles coutumes, ni le clan Uzumaki qui lui volaient son amour, mais bien ce village où il était rejeté, lui et les autres Uchiwa. Ce village qui ombrageait le cœur pur d'Hashirama avec des dilemmes. Madara n'acceptait pas qu'on s'en prenne aux Uchiwa, encore moins qu'on fasse du mal au seul homme qu'il aimait vraiment. Konoha, voilà son ennemi. Cette base, bien trop paisible en apparence, cachait un coté très obscur. Peut-être était-il encore temps d'arrêter tout cela.

Mais pour l'heure, il avait d'autres projets. L'anéantissement de Konoha viendrait plus tard.

L'Uchiwa soupira. Ce n'est pas ainsi qu'il s'était imaginé cette journée et ce n'était sûrement pas un bout de papier qui allait la lui gâcher. Dans la poche de son pantalon, il sentait le présent destiné à son compagnon. L'alibi idéal pour repousser un peu les lourdes responsabilités du Senju. Il se rapprocha de celui-ci, se blottit contre sa poitrine, ses bras entourant sa taille et sa tête posée sur l'épaule d'Hashirama. L'initiative venait rarement de lui. Il n'aimait pas se sentir trop oppressé, et il était bien trop fier pour venir chercher de la tendresse. Cela étonna d'ailleurs l'utilisateur du Mokuton qui resta bras ballants :

« Etudions ceci demain, Hashirama. Tu ne vas quand même pas gâcher notre premier Noël.

- Mais Noël est passé.

- Que tu dis, mais j'ai aussi mes suggestions à émettre sur cette fête. N'oublie que je suis autant que toi le fondateur de Konoha. J'ai mon mot à dire.

- Ne change pas la date. Je t'ai dit combien cela me tenait à cœur que nous célébrions le jour de ta naissance.

- Mais je te rappelle que ça me gène. Tout le monde dans mon clan connaît la date de mon anniversaire. Déjà qu'ils nous regardent d'un mauvais œil et nous estiment bien trop proches pour des anciens ennemis, ils vont trouver ça suspect que tu associes ta Naissance d'un don Divin avec mon anniversaire. En faire un jour de repos, ça va trop loin aussi. A ce rythme, tous les hauts dirigeants instaureront des jours chômés pour n'importe quelle raison, et notre pays sera submergé par la paresse. Il y a de nombreuses fêtes qui ne sont pas forcément des jours de repos.

- D'accord, consentit Hashirama, mais on garde le vingt-quatre. Je serai intransigeant là-dessus. Si tu crains les représailles, j'inventerai une excuse pour que tu ne sois pas disgracié. Et comme je te l'ai déjà expliqué, avec le temps, tout le monde célébrera cette fête par habitude, sans se soucier de ses origines, mais sans en oublier sa symbolique non plus. »

Le futur Hokage n'en démordait pas. Changer la date faisait s'effondrer tout ce pourquoi il avait eu envie de créer cet évènement. Mais Madara s'avérait être tout aussi têtu et persuasif. Il avait eu toute la matinée pour moduler quelque peu l'idée de son compagnon sans trop en changer sa signification :

« Savais-tu que suis né dans la soirée ? reprit l'Uchiwa. A une demi-heure près, j'étais né le vingt-cinq décembre. Ma naissance, tout comme notre premier Noël, nous l'avons passé dans la nuit du vingt-quatre au vingt-cinq décembre. Alors au lieu d'en faire un jour, pourquoi pas une nuit de Noël ? Ca passerait mieux, tu ne trouves pas ? La fête engloberait les deux jours. Le vingt-quatre au soir serait le réveillon, le moment où l'on célèbre ta fameuse naissance d'un don divin. Je n'arrive toujours pas à croire que tu parles de moi en disant cela.

- C'est pourtant le cas. Cette fête te cible, même si personne hormis moi ne le saura.

- Ma symbolique à moi, c'est que dans cette nuit, tu as réussir à m'émouvoir suffisamment pour que j'en pleure. J'ai essayé de me retenir, mais je n'y suis pas arrivé. J'ai honte rien que d'y penser, mais ces larmes m'ont faites du bien malgré tout. Il y avait bien trop de rancœur coincée dans mon cœur. Je me sens plus léger maintenant. C'était comme si une sorte de magie flottait autour de nous… Voilà que je me mets à pondre des mièvreries encore plus grosses que les tiennes. T'es fier de toi, je suppose ! Tu m'as contaminé avec tes bêtises. J'en deviendrais presque gentil.

- Moi, j'ai toujours su que tu étais quelqu'un d'adorable…

- Ne me provoque pas si tu ne veux pas que je sorte mon Susanô de sa cage.

- Il n'y a aucun mal à être expressif et apprécier la paix et l'harmonie, sourit Hashirama qui finalement prit son compagnon par la taille pour l'attirer vers lui. Tout homme continue de vivre à la recherche de ces moments de bonheur, n'est-ce pas ?

- Peut-être, mais ça m'horripile de m'être laissé aller. Je n'ai pas du tout été éduqué comme cela. On m'a toujours dit qu'un shinobi ne pleurait pas.

- Moi aussi, notre père nous le rabâchait tous les jours, mais cette doctrine n'est pas du tout saine pour l'esprit. Nous restons de simples hommes sous nos armures, nos aïeuls n'avaient pas compris cela. C'est justement parce les ninja refoulent trop leurs émotions qu'elles finissent par se transformer en sentiments néfastes. La douleur muette de nos cœurs nous pousse à haïr les responsables de ce mal, et les conflits n'en finissent jamais car les rancœurs en attirent d'autres. C'est le serpent qui se mord la queue.

- Mais nous restons un peuple composé essentiellement de shinobi, rappela Madara. C'est une voie dangereuse et difficile. Même si nous sommes actuellement en paix, nous ne sommes à l'abri de rien. Notre monde regorge d'autres pays, d'autres clans, des gens peu sain d'esprit et même de démons. Rien ne nous dit que nous n'aurons pas encore à nous battre. Les émotions ne doivent pas nous dominer en combat, car la moindre hésitation ou inattention peut être fatale.

- Je le sais. Il faut savoir distinguer les missions et le repos du guerrier. J'ai l'intention de bâtir un mémorial où seront inscrits les noms de tous les shinobi morts en mission. Un lieu où les vivants pourront venir se recueillir, pleurer les défunts, tout en étant fier de leur sacrifice. Je ne peux malheureusement pas diminuer les risques liés à la carrière de shinobi, mais je peux permettre aux vivants d'exprimer leur tristesse. Et la tâche de l'Hokage est justement de classer les missions et les attribuer en fonction des aptitudes de chacun pour réduire au maximum les pertes. Ce sera dur au début de regrouper les informations sur tout le monde, mais avec l'académie, nous pourrons suivre les shinobi dès leur apprentissage. Cette école est le clou du projet. Les enfants sont notre avenir après tout. Je voudrais qu'ils soient maîtres de leur destin, contrairement à autrefois où on nous imposait la voie à suivre.

- Que veux-tu dire ? questionna le porteur du sharingan assez ravi que son compagnon ait retrouvé son entrain.

- Les enfants auront la possibilité de choisir s'ils souhaitent ou non devenir des shinobi. Si leur famille les force, j'ai l'intention de leur faire passer un test oral. Tobirama et d'autres qui ont des facultés sensorielles sont très doués pour détecter le mensonge. Autrefois, on ne nous laissait pas le choix. Les hommes au combat, les femmes au foyer, mais certains ne sont juste pas rodés pour cette voie. Mon petit-frère Itama était bien trop émotif. Il n'aimait pas le sang, la guerre, les morts, encore moins porter une arme et blesser. En bref, il n'était pas fait pour combattre. On l'a poussé contre son gré et il est mort très jeune. Être un garçon ne signifie pas forcément être doué les combats. A l'inverse, certaines femmes montrent des capacités intéressantes. C'est pourquoi l'académie sera mixte. Les femmes shinobi seront appelées des kunoïchi. Tu en penses quoi ? »

Immédiatement, l'image de la mère de Madara se fraya dans son esprit. La matriarche Uchiwa était décédée des suites d'un accouchement compliqué, emportant avec elle son sixième enfant, la première fille de la fratrie. Il avait six ans, Izuna en avait seulement trois, et c'est lui qui avait quasiment élevé son petit-frère car son père et ses aînés étaient bien trop occupés à améliorer leurs capacités et élaborer des stratégies pour anéantir les Senju. Madara, complètement délaissé, avait appris les arts du combat en observant sa famille et il s'était entraîné seul dans son coin. Il réalisait les mêmes mouvements avec une facilité déconcertante, et plus tard, c'est lui-même qui forma Izuna. Son père le qualifia de génie, mais il ignorait que c'était sa mère qui l'avait initié au ninjutsu. Elle savait parfaitement bien se servir de son chakra de nature Katon, alors qu'on pensait cette faculté réservée aux hommes. Il l'avait déjà surprise en train de ranimer le feu de leur demeure, et ce fut même elle qui lui enseigna les signes pour réaliser la boule de feu suprême, technique ancestrale de son clan qu'il maîtrisa très rapidement.

Saya Uchiwa*, son nom lui allait si bien. Madara en gardait un très bon souvenir. En apparence, elle était le fourreau. Une femme douce, attentionnée, aimante, dévouée à sa famille et son clan, bonne épouse et bonne mère. Intérieurement, elle était le sabre, possédant autant de force et de tranchant qu'une lame. Malgré sa petite taille et sa silhouette svelte, qu'il avait d'ailleurs héritée, elle possédait une force hors du commun. Elle était capable de porter un sac de riz sur son dos, son bébé sur sa poitrine, des légumes sur ses épaules et des seaux d'eau dans les mains, sans broncher ni faire de pause. Quand elle grondait, même son père préférait prendre du recul, et la table sur laquelle ils mangeaient avait dû être rafistolée plusieurs fois quand elle frappait dessus dans un accès de colère sans contrôler sa force. Elle était forte, téméraire, peu réfléchie peut-être mais savait user de retenue. Elle possédait indéniablement toutes les qualités pour être une bonne shinobi, mais son sexe l'avait, bien malgré elle, relayée au rôle d'épouse qui prend soin des hommes de la famille et offre des héritiers. Elle avait rempli son devoir, elle en était même morte, et Madara avait toujours pensé que ce fut là un énorme gâchis. Même si elle n'avait jamais éveillé son sharingan, elle était née pour être une guerrière, sinon comment expliquer son acharnement à s'entraîner en secret malgré qu'elle n'ait pas sa place sur un champ de bataille ? Espérait-elle que les coutumes changent un jour ? Si elle savait ! Avec la nouvelle politique de leur camp, les femmes avaient maintenant la possibilité d'explorer le potentiel en elle. Dans quelques années, de fantastiques kunoïchi verront le jour, bien que pour lui, aucune ne sera plus forte que sa génitrice.

Konoha n'avait pas que des défauts finalement. Cette idée ébranla finalement son envie de détruire cette base, mais il n'était pas question de cela aujourd'hui :

« Tu es capable de sortir des choses intelligentes, taquina gentiment Madara.

- J'ai tant l'air d'un abruti ? grommela le Senju.

- Des fois, quand tu sors des stupidités comme graver un visage sur une falaise.

- Moi ça me plairait de voir ton visage tous les jours en regardant par la fenêtre, renchérit Hashirama qui s'amusait à soulever son compagnon et le faire tournoyer, sachant très bien que ce dernier détestait cela.

- Lâche-moi, idiot de Senju. »

Ils chahutèrent dans le bureau, Hashirama portant Madara sur une épaule qui se débattait comme un fauve, jusqu'à tomber tous les deux au sol en riant comme des enfants. L'Uchiwa ne s'était jamais autant lâché qu'avec le Senju. Il profita de la légère confusion de son compagnon pour s'emparer de ses lèvres et accrocher une ficelle autour de son cou :

« Qu'est-ce que tu fais ?

- C'est mon cadeau pour ton Noël. »

Le futur Hokage se rassit et put observer que pendait à son cou un pendentif en cristal et entouré de deux perles :

« Qu'est-ce que c'est ? questionna l'utilisateur du Mokuton qui examinait le collier sous tous ses angles. Tu l'as acheté exprès pour moi ?

- Je ne l'ai pas acheté. Il appartenait à ma mère et se lègue entre matriarche Uchiwa depuis des générations. Il a été taillé il y a fort longtemps par la première femme mon clan ayant réussi à éveiller son sharingan. Avant elle, On pensait que seuls les hommes avaient cette capacité, comme les femmes ne combattaient pas. On la décrit comme une femme intrépide et curieuse. Sa pupille lui permit de sentir un afflux de chakra dans une grotte de cristal. Un don de chakra naturel caché, ancré dans la roche, et qui a aujourd'hui disparu à force de convoitise et de tentative d'arrachement.

- Un tel lieu existe réellement ?

- Il en existe plusieurs, mais personne jusqu'à ce jour n'a réussi à exploiter le potentiel de ces chakra naturels, pas même mon ancêtre qui avait arraché un morceau de ces cristaux dans l'espoir qu'il soit utile au clan. Malgré cela, ce bijou qu'elle avait confectionné reste un emblème. De ma mère, il devait normalement revenir à la nouvelle matriarche du clan, soit l'épouse du chef.

- Ah ouais ? marmonna Hashirama étrangement déprimé. En gros, en m'offrant ce collier, tu me proclames comme étant ta femme ?

- Ce que tu peux être idiot ! JE suis le chef du clan, et je n'ai pas, mais alors pas du tout, l'intention d'avoir une épouse. Plutôt qu'il moisisse au fond d'un tiroir, autant te le donner à toi. On s'en fout que tu sois un homme et qu'on ne peut pas se marier. C'est une vieille tradition pourrie de toute façon ! Tu as dit qu'à Noël, on s'offrait des cadeaux qui viennent du cœur et je t'offre l'héritage de ma famille. Prends-le et ferme-là ! Il me semble légitime qu'il te revienne à toi dont je suis éperdument amou... »

Il se tut et rougit subitement avant de détourner la tête. Un peu plus et il allait hurler dans l'enceinte même de la demeure des Senju qu'il aimait Hashirama. Ce genre d'inattention pouvait leur coûter cher à tous les deux, et Madara commençait à comprendre les craintes de son compagnon. Jamais ils n'auraient la possibilité d'exposer leur amour et le crier comme bon leur chante. La déprime l'envahit à son tour. Il râla intérieurement d'avoir été contaminé non seulement par la simplicité et la franchise du Senju, mais également par ses tendances cyclothymiques. De son côté, Hashirama ne se gênait plus pour lui balancer de temps à autre des vannes et quelques moqueries. A force de se côtoyer, ils s'accaparaient de plus en plus les habitudes de l'autre. Ils étaient déjà bien trop attachés l'un à l'autre, et leur très probable future séparation n'en serait que plus difficile. Jamais ils n'auraient dû commencer, mais Madara n'auraient pu survivre en ce milieu hostile sans l'affection d'Hashirama.

Ce dernier posa ses deux mains sur les joues rougies de l'Uchiwa et retourna son visage vers lui pour l'embrasser à nouveau avec douceur :

« Merci, dit-il en collant son front à celui de Madara. Tu n'imagines pas, ton cadeau me fait très plaisir. Je crois bien que je t'aime encore plus.

- Tais-toi, idiot de Senju, grommela l'Uchiwa qui détournait les yeux, on va t'entendre.

- Alors laisse-moi te le dire avec des gestes.'

Il l'embrassa de nouveau et fit glisser sa main sur la cuisse de son compagnon pour passer sous sa tunique et sentir sa peau, mais Madara l'arrêta et se recula, le regard courroucé :

« Attends, tu rêves là ! Tu ne t'es même pas lavé. Pas question que tu me touches en étant si sale.

- Je ne te savais pas aussi maniaque, répliqua Hashirama penaud d'être repoussé comme un malpropre, dans tous les sens du terme.

- Je ne suis pas maniaque, s'emporta l'Uchiwa, c'est une question de principe. On a couru, on a transpiré, on a dormi sur des feuilles à même le sol et près d'un feu de bois, on a même pataugé dans… Enfin tu vois ce que je veux dire, alors je ne ferai rien tant que tu ne te seras pas lavé.

- Alors viens prendre ton bain avec moi, suggéra l'utilisateur du Mokuton en se jetant de nouveau sur son compagnon.

- Je vais finir par croire que tu veux qu'on nous surprenne ensemble.

- Il n'y a personne sauf Tobirama et moi et qui vivons la demeure principale du clan, et mon frère n'est pas là pour le moment. On est tranquille tous les deux, sinon je ne me permettrais pas tant d'audace en plein jour. Et puis, je ne vois en quoi c'est suspect que deux hommes prennent leur bain ensemble. Comment crois-tu qu'ils font dans les bains publics ?

- Je n'en sais rien, je ne mettrai jamais un pied dans ce genre d'endroit. »

Il n'aimait pas l'admettre, mais Madara était d'une pudeur limite maladive. Hormis avec Izuna, il n'acceptait personne qui partage son bain avec lui. Il supposait qu'il n'y aurait pas de problème avec son compagnon, mais leur précédente conversation l'avait nettement refroidi à partager ces moments intimes avec Hashirama. A croire qu'il devenait paranoïaque :

Il fut de nouveau tiré de ses songes par son amant qui l'attrapa par la taille et le porta comme un sac de légumes jusqu'à la salle de bain :

« Tu viens avec moi, je ne pourrais pas attendre très longtemps. Autant que tu sois sur place et déjà prêt.

- Mais tu fais exprès de m'exaspérer. Pose-moi, qui te dit que j'en ai envie ?

- Mais tu m'as rendu tellement heureux avec ton cadeau que je veux te remercier et te prouver combien je t'aime.

- Non mais c'est bon, ce n'est pas la peine. On devait parler du village aujourd'hui. On est censé être en réunion.

- On peut très bien en parler dans le bain.

- Je n'ai pas envie, je me suis déjà lavé. Lâche-moi, bon sang. Tu es vraiment pénible quand tu t'y mets. »

Hashirama l'y emmena bien malgré lui, déterminé à profiter que chaque instant qui lui était offert avec l'homme qu'il aimait. Peut-être pourrait-il empêcher la chute de leur relation ? Tout allait se jouer dans les semaines à venir. Pour l'heure, la magie Noël opérant encore, le futur Hokage souhaitait pleinement se laissait aller au bien-être avec Madara.

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¹ Réputé pour leur susceptibilité et impulsivité, mais également leur grande loyauté : Ce trait chez les Uzumaki n'est pas officiel, il vient de moi. Je me base sur ce que j'ai vu dans le manga. Sur cinq Uzumaki que l'on connaît (Naruto, Kushina, Karin, Nagato, Mito), trois d'entre eux sont à prendre avec des pincettes, ou moins à éviter de contrarier si on ne veut pas finir avec une bosse. Pour autant, tous sont tous loyaux à leur groupe. Tsunade également qui possède un peu de gène Uzumaki puisque sa grand-mère en était une. Je trouve dommage qu'on en sache pas plus sur ce clan alors que c'est de là dont est issu le héros de la série.

² Liés par le fil rouge du destin : légende asiatique, originaire d'un conte, équivalent d'âme sœur en Occident. C'est un « Un fil rouge invisible relie ceux qui sont destinés à se rencontrer et ce, indépendamment du temps, de l'endroit ou des circonstances. Le fil peut s'étirer ou s'emmêler, mais il ne cassera jamais… ». Ca fait très gnangnan, mais étrangement, j'imagine bien Hashirama sortir ce genre de chose.

* Hanashiro (signifie Fleur blanche) Senju & Saya (signifie Fourreau d'une épée) Uchiwa : Respectivement les mères d'Hashirama/Tobirama et Madara/Izuna. Elles sont de mon invention. Il est vrai que leur évocation n'a pas grand intérêt dans cette fic (juste un petit plus), mais je tenais quand même à les montrer telle que je les imagine. Est justement prévu une fic courte sur elles, peut-être sortira-t-elle à l'occasion de la fête des mères prochaines. J'ai toujours bien aimé m'imaginer les familles des personnages quand elles ne sont pas montrées.


Note de l'auteure : Merci d'avoir lu

Comme toujours, n'hésitez pas à me faire pas toutes vos critiques. Le chapitre suivant (et le dernier) paraîtra la semaine prochaine et sera dans un registre un peu différent.

Bonne année 2015 à tous