Comme un cri silencieux
Merci à Loly, anitadraz, Paprika Star, et Alissa21 pour leur review. Cela fait toujours autant plaisir d'avoir des encouragements.
Grâce à elles, je ne résiste pas à vous livre ce deuxième chapitre aujourd'hui.
Bonne lecture !
Chapitre 2 : Comme un goût amer
Je sais plus si j'ai froid ou si c'est le vide qui me glace
Les os et puis les doigts quand ça devient trop dégueulasse
Rose
- Putain, tu fais chier, Harry. Sérieux !
C'était assez rare de voir les deux inséparables amis s'engueuler de la sorte. Assez rare pour être remarqué. Et toute la Centrale des Aurors en était chamboulée. Weasley et Potter avaient traversé tout le bâtiment en se disputant violemment, faisant se tourner tous les regards sur eux.
- Lâche-moi Ron, t'es pas en position de me faire la morale.
- Et pourquoi pas ? Est-ce que je déserte mon foyer, moi ? Est-ce que je laisse ma femme s'inquiéter toute une nuit pour moi ? Est-ce que j…
- Oh ça va. Ferme-la.
- Tu as une excuse au moins ?
Ron, le visage rouge de colère, ne le laisserait pas s'en tirer comme ça. Harry l'avait bien compris.
- J'en avais besoin, Ron, souffla-t-il en s'asseyant à son bureau qu'il venait d'atteindre.
- Et tu…
Mais Harry ne le laissa pas continuer.
- Je sais que tu ne comprends pas, je ne te le demande pas, mais… j'en ai besoin. J'ai besoin d'être seul parfois, et Ginny… elle non plus, elle ne comprend et elle ne me laisse pas.
- Justement Harry, essaye de comprendre ce qu'elle vit, fit remarquer Ron.
Ce fut la phrase de trop pour le Survivant, qui explosa.
- Pourquoi ? rugit-il. Pourquoi faut-il toujours que ce soit moi ? Est-ce que je n'ai pas le droit d'être un peu égoïste, merde. De penser à moi ! De faire ce dont j'ai besoin ! J'en peux plus, Ron, vous êtes toujours sur mon dos. Ne le laissons pas une minute tranquille, c'est ça que vous vous dites ? Pour ne pas que j'y repense, pour ne pas que je réfléchisse un peu sur ma vie ?
- ça suffit, Potter, intervint la voix grave du Chef des Aurors. Dans mon bureau. Maintenant.
L'ordre cinglant lui fit reprendre ses esprits, et il s'aperçut que tout le monde les regardait. Et Ron, avec son air triste et agacé le regardait aussi. Ron qui décidément ne comprenait rien à rien en ce moment.
Harry soupira rageusement et suivit Kingsley jusqu'à son bureau. Ce dernier ferma la porte.
- Tu comprends bien que je ne peux pas tolérer ça, Harry, commença immédiatement Kingsley.
- Ouais, grommela Harry en évitant son regard.
- Je sais que tu as des problèmes, mais ici c'est le boulot. On a tous des soucis. Non, laisse-moi continuer, imposa-t-il alors que le Survivant faisait mine de le couper. On a tous nos soucis, peut-être que tu les juges moins importants que les tiens, mais c'est un fait. Et personne ne les laisse prendre le pas sur notre boulot.
Harry ne répondit rien. Les yeux rivés sur son fauteuil, il semblait écouter, mais rien ne pouvait l'affirmer. Kingsley décida de continuer.
- Je sais que tu as eu du mal à te remettre de tout ça. Il faut te dire que ça n'a été facile pour personne, mais je sais, je sais que ça l'était encore moins pour toi. Tu as vraiment été formidable, ces trois dernières années, Harry. Tu as tout surmonté et tu as terminé l'école des Aurors dans les premiers. Tu sais, j'ai été très fier de t'accueillir ici cette année.
Harry pressentait ce qui allait arriver ensuite. Sa dégringolade, et puis Teddy. Ou Teddy, et puis sa dégringolade. Tout était lié, en somme. On ne pouvait pas les démêler. C'était au moment où il était arrivé à saturation. Ou plutôt, c'était le contraire : il était arrivé à un point de sa vie où il s'était retrouvé vidé, où il ne voyait plus aucun but. Oh bien sûr, il y avait Teddy, son filleul, qu'il devait élever. Il y avait son job, c'était tout ce dont il avait rêvé. Mais malgré tout, il n'y avait rien de tangible. Aucun projet vraiment réel auquel s'accrocher, comme il en avait eu jusque là, des buts dont on peut voir le bout concret, ce à quoi on aspire : la chute de Voldemort, la reconstruction de Poudlard, les examens à réussir. Après toutes ces choses, il n'y avait eu que le désœuvrement. Et cette sensation est la pire qui puisse être quand on a toujours vécu dans l'action. Alors il y eut l'alcool, quelques verres à la fin de la journée pour se sentir mieux. A bien y réfléchir, il n'était pas encore alcoolique à ce moment. Mais ses proches s'étaient inquiétés immédiatement, comme s'ils attendaient cet instant depuis longtemps, comme s'ils l'avait prévu. Et Ginny a fait la pire chose possible : elle a éloigné Teddy. Au lieu de le soutenir, de comprendre qu'Harry avait besoin de se sentir utile au moins quelque part, et de lui laisser Teddy, elle avait signalé sa faiblesse, et la garde de l'enfant avait été transférée à sa grand-mère, Andromeda Tonks.
Ginny voulait bien faire. Elle croyait que s'il n'avait plus qu'à s'occuper de lui, son fiancé remonterait vite la pente. C'était logiquement pensé : d'abord régler son problème une bonne fois pour toutes, et ensuite ils pourraient vivre en paix. Mais Harry avait une autre logique : il lui suffisait de toujours trouver un but à sa vie, s'occuper l'esprit et les mains, et il serait tranquille, il n'aurait pas à penser. C'est pourquoi il était en colère contre Ginny. C'est pourquoi il avait besoin de s'éloigner d'elle, et des autres. Pour rester seul, et réfléchir. Quelque part, elle avait gagné : il n'avait plus que lui à s'occuper. Lui et ses pensées.
Il supposait que Kinglsey était en train de lui raconter exactement ces mêmes choses, grosso modo. Il n'était pas vraiment au courant pour l'alcool mais il savait pour Teddy et il voyait bien la déprime. Aussi Harry fut-il assez étonné quand il entendit :
- C'est pour ça que je t'envoie chez les Moldus.
- Pardon ? s'étrangla Harry en levant les yeux sur Kingsley.
- Harry, malgré toute l'affection que je te porte, je ne peux pas laisser passer un tel comportement. Tu viens juste d'arriver, et il faut que je sois impartial avec tous les Aurors : tu ne peux pas bénéficier d'un traitement de faveur. Donc, en sanction, tu vas aller aider avec une ADM. Voilà le dossier, ils t'attendent à dix heures.
C'était tout. D'un signe de main lui indiquant la porte, Kingsley le congédiait. Harry sortit du bureau en colère. Une ADM, c'était une Affaire des Deux Mondes, autrement dit qui concernait à la fois les sorciers et les moldus. Pas vraiment ce que les Aurors préféraient, d'autant plus que c'était généralement des missions sans importance. Dans le cas contraire, elles étaient gérées par une cellule spéciale. En d'autres termes, il était sûr de se faire chier.
- Hé Potter, le héla un Auror, alors, comment ça s'est passé ?
- ADM, répondit-il sombrement.
- Ah… Allez, courage, c'est probablement juste l'histoire de quelques jours.
Harry espérait de tout cœur que l'Auror avait raison. Il revint à son bureau pour y feuilleter le dossier.
L'affaire concernait un sorcier français, Philippe Lavoisier, grand homme d'affaire qui s'était mis sur le marché de l'art. Il travaillait plutôt dans le monde moldu, plus rentable, à en croire ses résultats. Le dossier était plutôt complet sur l'homme, incluant même sa scolarité à Beauxbâtons. Les photos récentes qui s'y trouvaient montraient un homme d'âge mur, châtain foncé, les traits réguliers, le visage carré. Plutôt bel homme, songea Harry. Le genre d'homme qui, alliant séduction et réussite professionnelle, ne peut que provoquer de la jalousie chez ses pairs.
Continuant à feuilleter le dossier, Harry finit par découvrir ce qu'on lui reprochait. Le délit le plus fréquent dans le milieu de l'art : faux et recel de faux. Apparemment, on avait fait appel aux Aurors car la police l'avait mis sous surveillance mais ce n'était pas aisé lorsqu'un homme peut transplaner à sa guise, ou voyager par cheminette. La cellule spéciale chez les moldus avait donc demandé l'aide des Aurors, et Harry devait donc assister les moldus dans leur surveillance.
Il était neuf heures et demie, il ne fallait pas perdre de temps. Dossier sous le bras, Harry se dirigea vers le Service technique de la Centrale des Aurors.
- S'lut, fit le type au bureau en levant les yeux. Auror Potter, c'est ça ? Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
- Bonjour. Je vais avoir besoin d'un traqueur de transplanage pour une durée indéterminée.
- Il va falloir une demande écrite de vos supérieurs…
- Voilà, je l'ai, dit Harry en sortant un document du dossier.
- Ok, je vais vous chercher ça. Autre chose ?
- Oui, c'est vous qui avez les plans du Londres moldu avec les cheminées en activité ?
- Ouais, un quartier en particulier ? demanda l'homme.
- Un instant, répondit Harry en fouillant dans ses papiers. Ah voilà, Mayfair. Et la City.
- Ok, je reviens.
Plus tard dans la journée…
Draco revenait en flânant dans Kensington, où il avait désormais ses quartiers. Lavoisier lui payait un petit appartement, un deux-pièces mais assez grand et très lumineux dans un quartier plutôt chic, à deux pas de Hyde Park.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il se rendit compte que quelqu'un l'attendait au bas de l'immeuble. Son humeur s'assombrit aussitôt.
- Salut Dray, lança l'homme avec une œillade.
- Lars, marmonna Draco en s'arrêtant à sa hauteur.
Le jeune homme n'avait aucune envie de discuter avec lui, mais il était hors de question qu'il le laisse rentrer dans l'immeuble, ce que l'homme ferait si Draco essayait de l'ignorer. Lars était un ancien client, un des débuts, lorsque Draco ne pouvait pas se permettre de trop faire le difficile. L'homme n'était pas laid, mais il avait une certain perversité que Draco n'appréciait pas du tout. Cependant, il payait bien, mieux que les autres. Draco avait donc supporté les fantasmes de l'homme, jusqu'à ce qu'il rencontre Lavoisier. Lorsque le Français devint un client régulier, Draco laissa tomber Lars avec plaisir. Mais l'homme n'avait pas eu la même facilité, et continuait de le poursuivre. Il avait même découvert sa nouvelle adresse lorsque Lavoisier avait installé Draco à Kensington.
Draco avait alors débité à Lars un mensonge gros comme lui en espérant qu'il passe. Il lui avait dit qu'il avait arrêté de faire l'escort et qu'il poursuivait ses études. La deuxième partie étant vraie, il espérait qu'elle lui serve de couverture efficace. Mais l'homme continuait à fureter dans son sillage, et Draco devait souvent faire attention.
- Comment vas-tu ? ça fait longtemps !
- J'aimerais que tu arrêtes de venir ici, Lars. Je ne reviendrai pas sur ma décision.
- Mais on peut discuter, non ? Je ne te demande rien, tu vois, fit l'autre avec un sourire qui ne trompait personne.
- Je suis pressé, là. J'ai rendez-vous ce soir, et j'ai des trucs à faire.
- Rendez-vous avec ton copain ?
- Oui.
Par facilité, il lui faisait croire qu'il était en couple avec Lavoisier. Le mensonge, là encore, était assez gros, mais il n'avait rien d'autre sous la main.
L'homme s'approcha d'un pas chaloupé. Il se pencha vers Draco qu'il dépassait d'une dizaine de centimètres.
- Bon, alors je te laisse, souffla-t-il. Tu sais où me trouver si tu changes d'avis.
- Je ne…, tenta de répliquer Draco.
- Oui, oui, je sais, coupa Lars en lui caressant la joue. Tu ne reviendras pas sur ta décision. Mon petit Dray, tu sais ce qu'on dit : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
Et Lars fondit soudain sur sa bouche et l'embrassa violemment. Pris de court, Draco se figea. L'homme en profita pour se coller à lui et commencer à lui caresser les fesses. Draco reprit aussitôt ses esprits et le repoussa avec force.
- Au revoir Lars, lança-t-il d'un ton froid avant de s'engouffrer dans l'immeuble derrière un voisin.
Il eut peur que son ancien client le suive, mais ce dernier lui fit un clin d'œil et s'en alla. Avec un soupir de soulagement, il prit son courrier et monta au premier étage pour s'enfermer dans son appartement. Le soleil rentrait à grandes brassées de lumières dans le salon. La chaleur qui en naissait fit du bien à Draco. Il posa ses clefs et son courrier sur le meuble de l'entrée, et alla se préparer un thé. Ensuite, il irait réviser. Et ensuite, il avait rendez-vous.
Voilà. Le chapitre suivant s'appellera "Comme un coup dans l'estomac".
A bientôt !
