Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si!

Couple: Harry / Draco.

Evaluation: K+.

Voici la suite de l'OS. Pour une fois que je tiens mes délais ! Je sais que la fin est un peu cliché u.u Mais nous aimons les clichés, c'est fun, c'est mignon, c'est Noël (enfin ça l'était XD) donc faisons nous plaisir :p. J'espère que vous apprécierez :-)

Au passage, je vous souhaite à tous une très bonne année 2012 ;)


Un ciel artificiel (suite)

Un peu d'amour téléchargé

Quand on quitte quelqu'un qu'on a aimé, ou qu'on aime encore, on se demande souvent comment était la vie, avant. Comment était réglée notre vie, comment on occupait nos soirées… ou comment on trouvait le temps de faire tout ce que nous faisions avec cette personne. Il y a aussi cette sensation de vide, là, au creux du ventre, une sorte de culpabilité, comme si on avait loupé une étape, alors que l'issue vous parait aller de soi.

Car si vous l'avez quitté, c'est qu'il y a une raison. Et, dans le fond, même si vous avez mal au ventre et l'envie de vous jeter par la fenêtre, vous vous sentez un peu mieux. Vous avez fait ce qu'il fallait faire. Cela retire une sorte de poids sur votre cœur.

Harry, lui, avait la sensation de vivre au ralenti. Il n'avait quasiment plus touché son ordinateur depuis cette étrange rupture qui n'en était pas vraiment une, mais vu que Draco n'avait pas repris contact avec lui, il en avait conclu que, cette fois-ci, c'était fini. Le ton était monté, très haut, Harry avait dit des choses blessantes sans vraiment s'en rendre compte, et Draco était parti. Avant que ce soit Harry qui mette fin lui-même à leur histoire… Il avait été plus lâche, ou courageux, selon les points de vue, que Harry.

Cela faisait une semaine qu'ils s'étaient disputés, et Draco avait disparu. Qu'importe le forum, chat ou autre lieu où il se rendait, Draco n'existait plus. Il s'était envolé, au point que certains internautes s'étaient demandés où il était passé.

Tout ceci n'avait été qu'une relation virtuelle comme une autre, au final. Ils s'étaient connus, s'étaient rapprochés, avaient vécu l'apothéose d'une relation virtuelle, puis tout s'était effondré. Et Draco avait disparu, comme il était apparu : dans le néant. C'était ce que Harry se disait, pour panser un peu son cœur meurtri. Tout ceci n'avait aucun sens, il l'avait toujours su. Ses amis avaient raison, et il avait été assez con pour croire qu'ils tiendraient, que leur histoire avait un sens.

Harry avait eu besoin d'amour, et Draco lui correspondait. Ils s'étaient idéalisés, ils s'étaient aimés, comme deux personnes qui ne se connaissent pas et qui cherchent une relation facile, qui n'existe que le soir, devant des écrans. Ils s'étaient comportés comme des gamins.

Comme des gamins…

Mais bordel, pourquoi avait-il si mal alors ? Parce qu'il l'aimait comme un fou, parce que ce mirage, cette bouffée d'oxygène, cet univers à part entière avaient été sa raison de vivre pendant six mois. Six mois qu'il économisait tous les mois pour se payer le voyage jusqu'à New York, il avait même acheté les billets et obtenu les papiers pour y aller… Il avait tout, il lui manquait juste la thune pour manger et payer l'hôtel… Dans deux mois, il se serait envolé pour New York…

Mais c'était fini. Leur histoire s'était terminée, à cause de lui. Oui, il avait économisé, oui, il était prêt à partir… mais et après ? Et après, ils auraient fait quoi ? Ils auraient attendu un an avant de se revoir ? Auraient-ils tenu aussi longtemps ? Aurait-il fallu que l'un d'eux plaque tout et aille vivre dans le pays de l'autre ? Abandonner tous ses repaires, refaire sa vie, pour l'autre ?

Qu'auraient-ils fait…

Il ne savait pas s'il devait changer son statut sur facebook. Au final, il n'en avait parlé à personne. Et personne ne lui avait posé la question. Enfin, pour savoir comment allait Draco, tout ça… car tout le monde s'en fichait. C'était pas sérieux, c'était dans sa tête, de toute façon. Seul Ron lui avait demandé ce qui se passait, vu qu'il n'avait répondu à aucun de ses appels et qu'il refusait de le voir.

Draco et moi, on n'est plus ensemble, lui avait-il dit.

Jamais il n'aurait cru que lire une vague surprise sur le visage de son meilleur ami lui ferait aussi mal. Compassion, tristesse, même feinte ? Non, légère surprise. Un peu comme si c'était évident que cela allait arriver, mais qu'il ne penserait pas que ce serait là, tout de suite. Ou alors étonnement vis-à-vis de sa réaction violente, disproportionnée par rapport aux évènements.

Mais le visage de Ron n'en était pas resté là. Il avait ensuite était inquiet, puis… au bord des larmes. Il faillit pleurer devant lui. Son regard désespéré et sa bouche tordue lui procurèrent un plaisir incroyable, ne soulageant en rien ses souffrances mais apaisant une part de lui qui faisait porter la faute de tout ceci sur son entourage, qui n'avait pas su l'aider à lutter contre son esprit réaliste, l'enfonçant chaque fois un peu plus…

« Tu as ce que tu voulais, non ? On n'est plus ensemble. Cette histoire n'avait aucun sens. Tu avais raison, du début à la fin. J'espère que tu es soulagé. Il ne me fera plus jamais de mal. Plus jamais. »

Harry avait retenu ses larmes. Le visage de Draco ne quittait pas son esprit, son visage si fermé, comparé à l'expression qu'il adoptait quelques minutes plus tôt, un joli sourire sur sa bouche, alors qu'il regardait une photographie de Harry où il portait des vêtements qu'il lui avait cousu et envoyé.

Il lui avait ouvert son cœur. Lui avait enfin avoué toutes les souffrances qu'il avait causées avec son comportement, ses propos, ses moqueries et sa manière de rabaisser tout ce qui constituait son univers, qui se résumait à Draco depuis quelques mois. C'était la première fois que Harry remettait les pendules à l'heure, qu'il lui faisait vraiment des reproches, et ce fut un véritable choc pour Ron. Ses « pardon » perdaient tout sens et toute valeur. Leur amitié aussi, dans un sens… Harry n'était-il pas là quand il avait des problèmes de cœur, quand il ne se sentait pas bien ? Et Ron… Où était-il, quand il avait besoin de lui ? Se rendait-il même compte qu'il avait besoin d'aide…

Trois semaines passèrent. Trois semaines sans nouvelles de lui, sans savoir où ils en étaient, sans savoir s'il allait bien ou non. Trois semaines à se lamenter, à regretter chacun des mots qu'il avait prononcé, à lui envoyer mail sur mail, à l'appeler chez lui, sans parvenir à le joindre. Même Pansy ne répondait, ni les amis de Draco qu'il peut contacter. Silence radio.

C'était insupportable. La seule manière de supporter cela, c'était de se plonger dans son travail et essayer d'oublier. Mais comment oublier quelqu'un que vous aimez, au point que vous êtes prêt à tout accepter, du moment qu'il vous revient, même symboliquement ? Il lui manquait, comme jamais personne ne lui avait manqué. D'autant plus que Harry avait mis une barrière entre lui et ses amis, refusant d'adresser la parole à tous ces hypocrites qui devaient bien se moquer de lui. Personne ne pouvait comprendre ce qu'il vivait et il ne voulait pas subir leurs regards et leurs discours raisonnables. Même Hermione et Ron furent mis de côté, ce qui passa très mal pour le rouquin, qui ne savait plus quoi faire pour récupérer son ami.

Il n'y avait que Seamus qui demeurait égal à lui-même. Il avait beau ne pas bien comprendre le concept de la relation virtuelle, il n'avait jamais craché sur les sentiments de Harry et les avait toujours respectés. Il était bien trop tactile et affamé de câlins pour envisager une relation sans contacts physiques, mais jamais il ne lui avait sorti la moindre remarque désagréable sur la relation qui le liait à Draco. Peut-être parce qu'il savait ce que c'était que d'être incompris… L'amour à sens unique, désapprouvé par ses proches, son comportement exubérant difficile à comprendre et gérer… En tout cas, il fut un véritable soutien.

Chaque soir, en rentrant du travail, il allumait la télévision et s'abrutissait devant. Il ne touchait que très peu à son ordinateur, et le plaisir qu'il tirait de ses virées sur le net était amoindri par l'idée que Draco se cachait peut-être là, quelque part, et qu'il ne pouvait pas le voir. La solution la plus simple aurait été de pirater ses comptes : au moins il aurait été fixé et en saurait un peu plus. Mais le blond avait tant souffert qu'il se refusait à en arriver là, même s'il était évident qu'il n'en saurait jamais rien. Plus jamais il ne le ferait sur lui, il préférait encore ne rien savoir…

Harry avait pris une semaine de vacances fin mai. Seamus lui devait des jours, il les avait donc placés sur toute une semaine. Il avait prévu de partir quelques jours avec Ron et Hermione en Normandie, où vivaient à présent les parents de son meilleur ami, mais avec sa rupture, il n'avait plus du tout envie de partir avec eux. Il avait donc annulé son séjour, et il se retrouvait avec une semaine de congé… avec rien à faire.

Nous étions vendredi et Harry quitta le travail assez tard. Il ne voulait pas rentrer chez lui et affronter le vide et le silence de son appartement. C'était bien la première fois que son appartement ne lui inspirait pas de réconfort… A vrai dire, il n'était jamais passé autant de temps hors de chez lui que depuis sa pseudo-rupture. Quelle ironie d'en venir à aller se balader dans Paris alors qu'il n'était plus avec la personne qui le lui conseillait sans cesse… Il se demanda s'il ne devrait pas s'improviser un petit voyage de quelques jours, après tout il avait de l'argent, il pouvait se le permettre…

Non, même pas. Il n'avait même pas envie de voyager et voir autre chose. Il n'avait envie de rien. S'il était honnête avec lui-même, il avouerait qu'il déprimait et qu'il avait perdu le goût de la vie. Mais avec son désintérêt total envers sa personne et son habitude à se renfermer sur lui-même, il n'était pas capable de comprendre à quel point il allait mal. Il avait même maigri et ses cheveux étaient dans un état encore plus lamentable qu'auparavant, il ne faisait même plus l'effort de les coiffer. Il était dans un état déplorable, les yeux cernés, et il ne le voyait même pas. Il avait trop mal pour le voir…

Il poussa un soupir, fatigué comme jamais. Il travaillait trop et dormait peu. Un peu de repos lui ferait du bien, surement…

Surement…

Il leva le nez du trottoir qu'il fixait depuis un bout de temps, il était à quelques mètres de l'entrée de son immeuble. Et son cœur sembla s'arrêter de battre.

Planté devant la porte blindée de l'immeuble, un jeune homme blond se tenait, un sac de voyage aux pieds, le nez sur une feuille de papier. Il était habillé élégamment, les cheveux bien coiffés… Il était beau. Plus beau qu'il ne l'avait jamais été… Il sentit les larmes lui monter aux yeux, se demandant si la faim, qui lui tiraillait le ventre, ne lui jouait pas des tours, s'il n'était pas en train de rêver une scène qu'il avait toujours souhaitée.

Il était en train de rêver…

Et quand le jeune homme tourna la tête, cherchant surement de l'aide, et que son regard tomba sur lui, il se sentit mourir sur place.

Draco lui sourit. De soulagement, de bonheur ? Qu'importe, il lui souriait, et c'était sans doute le plus beau rêve qu'il ait fait de sa courte vie.

Alors… il courut vers lui.

Un peu d'amour à sauver

Et se jeta dans ses bras…

L'odeur de Draco envahit ses narines et ses bras l'enlacèrent avec force. Ses cheveux caressèrent sa joue et glissèrent sous ses doigts. Son cœur battait comme jamais dans sa poitrine, il se sentait sur le point de défaillir, ses jambes tremblaient sous lui.

Draco était là, contre lui… Il le tenait dans ses bras… C'était tellement fort que les larmes lui montèrent aux yeux et une boule se forma dans sa gorge…

« Bonsoir, Darling… »

Ses mots l'achevèrent. Il fondit en larmes et des sanglots secouèrent doucement son corps. Les mains du blond bougeaient dans son dos, l'une d'elle atteignit ses cheveux et les caressa de manière apaisante. Le monde aurait pu s'effondrer en cet instant, rien n'aurait pu le décoller du jeune homme qu'il avait tant rêvé de voir et qui ne fut rien d'autre qu'une image pendant des mois.

L'homme qu'il aimait était là, contre lui. Il sentait son odeur, ses bras autour de lui, sa joue contre la sienne… Tout ce qui lui avait manqué, tout ce dont il avait eu besoin lui était offert en quelques secondes à peine, et le bonheur qui déferlait en lui était incommensurable.

Les joues humides et les yeux flous, il leva la tête et chercha son regard. Ses grands yeux bleu gris qui lui donnaient un regard si expressif. Il souriait encore, mais de façon crispée, et ses yeux brillaient. Harry leva la main et caressa sa joue, comme pour se prouver que c'était bien lui, qu'il était bien là, sous ses yeux… Et alors Draco ferma les yeux et mit sa main sur la sienne, la pressant contre sa joue. Et les larmes coulèrent enfin. Deux petites larmes qu'il ne put retenir…

Harry se pencha vers lui… et l'embrassa…

Mais l'amour n'est pas virtuel

… et il eut la conviction que, non, leur histoire n'était pas qu'un mythe, quelque chose qu'il avait inventé.

Car avoir ses lèvres contre les siennes, c'était comme rendre réel toute leur histoire. C'était plus qu'une preuve d'amour…

Leur baiser demeura chaste. Comme un premier baiser.

Sa main contre sa joue, son corps contre le sien, son souffle sur sa peau…

Draco existait…

Pomme C

Un homme et une femme

Et c'est tout un programme

Il fallait croire que les grandes idées se rejoignaient. Draco avait économisé pour venir en France en mai. Il avait les papiers, acheté les billets et même l'argent pour payer l'hôtel. La crise que Harry lui avait faite l'avait bouleversé au-delà des mots… Il avait donc décidé de rester silencieux jusqu'à son arrivée à Paris, pour lui donner une leçon. Il comptait lui dire qu'il allait venir le voir, précisément le jour où il avait fait sa crise, il avait donc jugé que la plus juste punition était de ne pas le prévenir, pour qu'il tombe des nues. Le problème était qu'il avait eu des frais de santé entre temps et il n'avait pas pu réserver d'hôtel… donc il était obligé de dormir chez Harry. Après avoir pesé le pour et le contre, il avait décidé de tenter le coup en espérant que le brun accepterait de le loger pour deux semaines. Autant dire que Harry fut très heureux de l'accueillir chez lui. Jusqu'à se rappeler de l'état de son appartement…

Voir Draco chez lui avait bousculé quelque chose en lui, et il avait passé un long moment tout contre lui, ayant du mal à admettre l'idée que, oui, il était là, chez lui. Pour le blond aussi, cela n'avait pas été facile : cet appartement dont il n'avait eu que des photos devenait réel. Il pénétrait dans l'univers de son petit ami, et cela lui faisait tout drôle. Mais ce qui lui fit encore plus drôle, ce fut l'état de cet appartement, qui était plus que catastrophique. Il était à l'image de l'état physique de Harry : il ne l'avait certes jamais vu en vrai, mais il fallait être stupide pour ne pas remarquer ses cernes, ses cheveux, et la maigreur de son corps quand il l'avait tenu contre lui.

Ils avaient passé la soirée à nettoyer l'appartement, entre discussions, rires et baisers. C'était étrange comme la complicité qui s'était crée entre eux sur Internet pouvait se retrouver dans leurs rapports. Après une première gêne bien compréhensible, ils avaient réussi à trouver un sujet de conversation, qui avait dérivé sur autre chose… Rien n'était forcé ou hypocrite. Leur complicité existait toujours, elle prenait simplement une autre forme, sans exubérance et faux-semblants.

Plus tard dans la soirée, ils avaient déplié le clic-clac et s'y étaient allongés, l'un contre l'autre, pour regarder la télévision. Ce fut un moment plein de tendresse, où ils continuèrent à se découvrir. Ils parlèrent plus qu'ils ne regardèrent la télévision, à la fois de leur vie, de ce qu'ils avaient fait pendant ces longues semaines où ils n'eurent aucun contact entre eux, mais aussi de leurs projets pour les semaines à venir. Draco avait fait exprès de réserver son séjour à ce moment-là, étant donné que Harry était en vacances et il n'en pouvait plus d'attendre le moment où ils seraient enfin ensemble. Certes, le brun travaillerait la semaine suivante, mais ils se verraient toujours le soir.

Harry lui avoua alors qu'il comptait venir le voir en août et qu'il avait quasiment les moyens de subvenir à ses besoins pendant ces trois semaines de vacances. Draco avait eu du mal à cacher sa joie, quand il entendit la nouvelle, mais il fronça les sourcils quand le brun lui parla d'hôtel.

« Il est évident que tu viendras dormir chez moi, on partagera l'argent pour les repas », lui dit-il d'un ton catégorique qui n'admettait aucune réplique. Harry essaya de protester mais Draco argumenta, à juste titre, qu'il s'était invité sans lui en parler et qu'il ne lui avait pas claqué la porte au nez, donc il était normal qu'il l'accueille chez lui. Et ça lui ferait plaisir. Vraiment.

Harry lâcha prise, il n'avait pas envie de se prendre la tête avec lui pour des motifs aussi futiles. Il le laissa alors le câliner et l'embrasser sur le front, respirant son odeur et s'abreuvant sans honte du son de sa voix…

Pomme C

Un homme et une femme

Et c'est tout un programme

Au bout d'à peine trois jours, un rythme s'installa dans leur quotidien. Ce n'était pas vraiment une routine, c'étaient plutôt des habitudes, des marques qu'ils prirent rapidement. C'était sans doute dû au fait qu'ils avaient su être honnêtes l'un envers l'autre, à travers cet écran, plutôt que de se mentir et de découvrir des choses, des mensonges, des cachotteries, ou de mauvaises surprises. Bien évidemment, Draco n'avait pas prévu les petites manies de Harry et ni même imaginé sa dépendance envers les ordinateurs, pas plus que le brun n'aurait cru que son petit ami soit si maniéré, attentionné envers sa personne et accro à son miroir. Ils ne connaissaient pas tous les aspects de leurs personnalités à chacun…

Mais cela ne les empêcha pas de passer du bon temps ensemble, se découvrant de nouvelles affinités, de nouveaux points communs, se disputant par moments et découvrant le plaisir que le simple fait de se tenir la main pouvait créer en eux. Etre ensemble, se toucher, s'embrasser, c'était bon au-delà des mots. Ils vécurent donc trois jours sur une sorte de nuages, oubliant le monde entier… Il n'y avait plus qu'eux, Paris, le studio, le lit où ils s'allongeaient chaque soir l'un contre l'autre.

Mais le soir du troisième jour, ils revinrent sur terre, de façon plus ou moins brutale…

Harry venait de finir de se laver et Draco était installé dans le canapé, l'ordinateur portable du brun sur les genoux, discutant avec Pansy sur MSN. Alors qu'il allait se rendre dans la cuisine pour préparer le repas, on sonna à la porte. Sans vraiment réfléchir, Harry ouvrit et découvrit Ron sur le pas de sa porte.

« Salut mon pote ! J'te dérange pas ?

- Heu non, pas du… »

Et soudain, il réalisa avec horreur qu'en effet, son meilleur ami était là, devant lui… et que Draco était juste à côté, dans la pièce principale…

« Ça te dit de venir bouffer avec nous ? On… »

Trop tard. Harry n'avait même pas eu le temps de s'interposer, Ron venait de faire un pas chez lui, et son regard tomba sur Draco.

Il y eut comme un blocage. Ron le regardait d'un air éberlué, alors que le blond, haussant un sourcil, jetait un rapide regard à Harry qui ne savait plus où se mettre. Il n'avait prévenu personne, ça ne lui était même pas venu à l'esprit, personne n'avait pris de ses nouvelles depuis dimanche… et quand Ron tourna la tête vers lui, lui posant mille questions avec son regard bleu, Harry sentit tout son corps se tendre et son cœur se serrer fort dans sa poitrine.

« Ron… je te présente Draco. Draco… voici Ron… mon meilleur ami. »

Les mots étaient sortis avec difficultés de sa bouche. Le rouquin semblait avoir du mal à comprendre et il jeta un nouveau regard au blond.

« Attends… ne me dis pas que c'est…

- Si si… c'est Draco…

- Mais c'est pas… !

- Eh si, c'est bien moi. »

Draco venait de se lever et s'était approché vivement du rouquin qui sursauta. Souriant d'un air qui se voulait aimable mais qui avait quelque chose d'intimidant, le blond tendit sa main vers Ron qui hésita avant de la serrer. C'était un peu comme si voir cet homme dont il avait nié l'existence si longtemps n'était qu'un rêve, un mirage, un tour que ses yeux lui jouaient. C'était tout bonnement impossible qu'il soit là, devant lui, alors qu'il était censé vivre à New York, alors qu'il n'était qu'un rêve imaginé par Harry…

Mais en cet instant, il lui serrait la main… de façon un peu trop franche, ses doigts écrasant quelque peu les siens…

« Ah… Heu… Enchanté… Je… suppose que… je devrais vous laisser ?

- Heu… »

Harry lança un regard incertain à Draco qui ne perdit pas son sourire.

« Si tu as envie d'y aller, tu peux, ne te gène pas pour moi.

- Draco peut venir s'il veut, aussi…

- Ce sera avec plaisir. »

A l'expression que fit Ron, Harry comprit qu'il s'attendait à ce que le blond refuse poliment, mais ce fut tout le contraire. Ils mirent leurs chaussures et leur veste avant de descendre en compagnie du rouquin. Alors qu'ils descendaient les escaliers, Draco attrapa fermement la main du brun. La soirée allait être longue…

Et elle le fut. Quelle tête firent ses amis en les voyant arriver… Ils allaient dans un restaurant à quelques rues de là, donc personne n'était en voiture, et ils étaient bien six en bas à les attendre. Et quelle ne fut pas leur surprise en voyant le blond… Tous n'avaient pas vu son visage mais le fait qu'il lui tienne la main était assez significatif. Harry ne savait s'il devait se réjouir ou non de leurs mines embarrassées et de leurs sourires crispés alors qu'ils souhaitaient la bienvenue à Draco. Ce dernier ne perdit pas son sourire, au point que Harry se demanda si tant de gentillesse ne cachait pas quelque chose…

Il ne fut pas déçu. Bien qu'il ait compris que Draco avait un petit côté hypocrite et sarcastique, il ne pouvait imaginer à quel point il pouvait être beau parleur et mesquin quand il le voulait. A chaque fois que leur couple fut évoqué, là où Harry gardait toujours le silence, cessant peu à peu de défendre quelque chose qu'ils ne pouvaient pas comprendre, Draco ouvrait grand sa bouche et leur rebalançait à la tête toutes les perches qu'ils lui tendaient.

Pour la première fois depuis qu'ils étaient ensemble, donc depuis environ sept mois, il n'était plus seul face aux autres. Harry avait beau garder le silence, ne cherchant plus à défendre leur couple, connaissant tous leurs arguments par cœur, il ne s'était jamais senti aussi bien, car près de lui, Draco leur répétait, avec plus hargne, ce que lui-même leur avait dit pendant des mois, mais sa présence dans ce restaurant rendait ses paroles plus vraies et plus réelles. A un moment, Harry crut même qu'il allait se mettre à pleurer… Car pour une fois, il n'était plus tout seul. Tout ce en quoi il avait essayé de croire pendant des mois n'était pas un mirage, mais quelque chose de réel.

Il n'était plus tout seul…

Le summum fut quand on évoqua le sexe. Les attaques les plus douloureuses concernaient toujours le sexe. Non pas que Harry ait particulièrement souffert de cette abstinence, il avait davantage rêvé de leurs câlins et baisers que de leurs parties de jambes en l'air, mais toutes ces insinuations, sur l'infidélité de Draco, sur leurs masturbations par webcam interposées, toutes ces cruelles moqueries qui ne visaient qu'à les salir, étaient ce qu'il y avait de plus blessant dans leur discours.

Vu le temps que Draco mit avant de leur répondre, Harry en conclut qu'il ne s'était pas attendu à ça. Ou, plutôt, il n'avait pas pensé que leurs attaques iraient jusque là. Il lui serra fort la main, à lui faire mal. Harry sentit quelque chose en lui se liquéfier. Il avait honte. Honte, que Draco entende ça.

C'était le pire. Vraiment le pire…

Le blond réagit avec classe, comme depuis le début de la soirée. Classe, et cynisme.

« Personnellement, je ne base pas mes relations sur le sexe. Sinon, je ne me serais pas emmerdé à nouer une relation avec un européen qui n'a pas les moyens de venir chez moi, et je ne me serais pas non plus embêté à économiser pendant des mois pour lui rendre visite. Se masturber devant une webcam avec quelqu'un qui fait la même chose en face, c'est comme se donner du plaisir devant une photo ou un porno : ça reste du fantasme. J'ai passé l'âge de faire ce genre de gamineries. »

Harry en aurait presque pleuré. Presque. Il s'était contenté de serrer fort la main de Draco. Personne n'avait rien dit, ou plutôt ils tentèrent de détendre l'atmosphère en partant sur la rigolade, mais le blond ne les lâcha pas. Ses yeux bleus allaient de l'un à l'autre, perçant et froid comme de la glace. On n'évoqua plus leur couple après, et quand ils se quittèrent, devant la porte de l'immeuble de Harry, ils n'avaient plus du tout le même enthousiasme qu'au moment où ils avaient salué le blond, plus tôt dans la soirée.

Ils rentrèrent en silence dans l'appartement. Ce ne fut que quand Draco eut retiré ses pompes, sa veste et qu'il se soit assis dans le canapé qu'il ouvrit la bouche, son visage perdant son air sûr de lui.

« C'est comme ça depuis longtemps ?

- Quoi donc ?

- Leur attitude. Ils crachent souvent, sur toi ?

- Je t'en ai parlé, Draco…

- Tu m'as parlé de moqueries et de réflexions. Là, c'étaient des attaques. Ils nous salissaient. Ça arrive souvent ? Depuis combien de temps, tu subis ça ? »

Sa gorge se bloqua et il baissa les yeux, incapable de lui répondre. Il entendit Draco soupirer.

« Viens par là. »

Harry s'avança vers lui et le blond l'attira sur ses genoux. Il le prit dans ses bras et le serra fort contre lui. Le brun faillit céder, mais il ravala ses larmes. Il détestait pleurer et il n'avait pas envie de gâcher la soirée plus qu'elle ne l'était déjà…

« Je suis désolé.

- Pour quoi ?

- Pour t'avoir fait subir tout ça. Ils n'ont pas été tendres, avec toi…

- C'est pas grave. Je regrette pas. Merci…

- Merci pour quoi ?

- Pour leur avoir dit tout ce que je voulais que tu leur dises… »

Et malgré lui, les larmes coulèrent sur ses joues. Il sentit les bras de Draco se serrer encore davantage contre lui, l'enlaçant avec force. Ils restèrent un long moment l'un contre l'autre, jusqu'à ce que Harry se calme. Il ne sanglotait pas, serrant fort les dents, ce qui lui restait de fierté l'empêchant de laisser son corps manifester ses souffrances.

« Je sens que je vais m'amuser, moi. A moins qu'ils ne veuillent plus jamais me voir…

- Vu comment tu leur as répondu…

- Quoi ? Ils croyaient que j'allais me taire parce que je ne les connaissais pas ?

- On t'a déjà fait ce genre de réflexions, non ?

- Pas comme ça. Pas de façon aussi violente.

- C'était pas…

- Parler de branlette devant la webcam de façon aussi crue, si, c'était violent. Leur comportement était plus que déplacé. On ne parle pas comme ça à un ami. Je ne comprends même pas que tu les fréquentes encore. Ron ne donne pas sa part au chat, je suppose ? Arrête de te mordre la lèvre, c'est agaçant.

- Pardon de ne pas avoir d'amis compréhensifs…

- Il était temps que j'arrive. On t'emmerdera plus, comme ça. »

Harry acquiesça contre son cou. Sa main dans ses cheveux l'apaisa et il se sentait un peu mieux, mais il savait que les choses redeviendraient comme avant une fois qu'il serait parti. Peut-être même qu'ils seraient plus méchants encore, car même si Draco avait fait le déplacement, et même si Harry comptait le faire, cet océan qui les séparait resterait toujours à sa place et aucun des deux ne le traverserait définitivement. Ce n'était pas parce qu'ils s'étaient vu que leur histoire prendrait un autre tournant ou serait plus sérieuse. Pendant ces deux semaines, ils allaient s'envoyer en l'air, parce que c'était évident qu'après tout ce temps ils n'attendaient que ça, et ça en resterait là… Toutes leurs promesses d'avenir se noieraient dans cet océan qui les séparait…

Ça n'allait pas être facile. Ce serait sans doute même plus compliqué à gérer, à supporter. Mais il ne regrettait pas une seule seconde la venue surprise de son petit-ami, car le bonheur de pouvoir le toucher et lui parler sans micro et caméra n'avait pas de prix.

« Cela dit… Tout ce que j'ai dit pendant le repas… je mentais pas.

- C'est-à-dire ?

- Toi et moi, c'est plus que du sexe. »

Harry leva le nez et le regarda en fronçant les sourcils, sans bien comprendre où il venait en venir, d'autant plus que Draco baissait les yeux.

« De mémoire, on n'a jamais couché ensemble. Ou alors j'étais tellement dans les vapes que je m'en souviens plus…

- J'ai pas envie qu'on couche ensemble maintenant. »

Il avait toujours les yeux baissés. Harry sentit ses joues devenir écarlates, en comprenant le sens de ses paroles. Son cœur se mit à battre un peu plus vite dans sa poitrine.

« Ah oui ?

- Non. Je préfère… quand tu viendras. A New York. Je suis pas prêt à le faire, et j'ai pas envie de… disons, sauter les étapes. »

Alors il leva enfin les yeux vers lui, le regardant avec une sorte de timidité au fond des prunelles.

« On se connait assez pour s'embrasser, mais pas pour aller plus loin. J'ai envie de te découvrir, et pas te sauter dessus. Je sais que je suis vieux jeu…

- Et ça me convient parfaitement. »

Le brun l'embrassa pour le faire taire. Lui non plus n'était pas prêt. Il avait faim de contacts, mais pas de sexe. Lui non plus ne voulait pas sauter les étapes, assouvir des besoins qui ne méritaient pas qu'on s'attarde sur eux pour le moment. Il ne voulait pas que ce soit sale, rapide et inutile, car de toute façon, leur première fois serait ratée et sans doute douloureuse, pourquoi gâcher leur première rencontre par un acte sexuel qui pouvait bien attendre ? Pourquoi précipiter les choses et faire ce que les autres pensaient…

Ils le feraient la prochaine fois. A New York. Plus tard…

Mais l'amour n'est pas virtuel

Pomme qui m'allume

Et qui me quitte

Il y avait eu des disputes, des moments de tristesse, mais aussi d'hilarité incontrôlée. Ils s'étaient engueulés à propos des fringues qui trainaient, d'un ami de Harry qui aurait voulu être plus que ça pour lui. Harry avait été triste, bien qu'il l'avait caché du mieux qu'il avait pu, quand Draco avait envoyé bouler Ron qui s'était une fois de plus invité à une séance photo de sa sœur et Luna, lui jetant à la figure tout ce que Harry n'avait jamais osé lui dire. Draco avait ri comme un fou quand le brun s'était jeté sur lui pour lui chatouiller les côtes, le plaquant sur le matelas, se régalant de son rire si rare et si vrai…

Deux semaines assez étranges, qui leur permirent réellement se découvrir et de mettre à jour les mensonges qui auraient pu exister entre eux. Mais Harry avait été honnête et Draco avait aimé découvrir les petites faiblesses qu'il lui avait cachées, et il en avait été de même pour l'informaticien qui avait passé les plus belles semaines de sa vie, en dépit des conflits qu'il y avait eu. Cela rendait leur « nous » si concret qu'ils avaient été incapables de se faire la tête bien longtemps.

La première semaine, ils s'étaient beaucoup baladé dans Paris, passant le plus souvent la matinée à l'appartement, puis déambulant dans la capitale le reste de la journée. Harry avait réellement découvert cette ville à côté de laquelle il vivait depuis si longtemps, les monuments qu'il avait rarement approchés et dans lesquels il était encore moins entré. Draco était un homme cultivé qui adorait les musées et autres lieux dans ce genre-là, Harry n'y avait jamais vraiment trouvé d'intérêt. Oh, il ne se mit pas du jour au lendemain à apprécier ces morceaux de cailloux taillés ou ces tableaux craquelés par le temps, mais son regard changea un peu.

C'était un peu comme partager l'univers de Draco, un univers radicalement différent du sien, et cela n'avait rien de désagréable. Au point même qu'il parvint à décrocher un peu de son ordinateur et de son portable, le blond le lui ayant confisqué. C'était un peu comme s'ils étaient hors du temps.

Et même quand Harry reprit le travail, demandant à Seamus d'ouvrir la boutique tous les jours pour finir plus tôt le soir, leur vie ne fut pas fondamentalement bouleversée. Draco passait ses journées soit chez eux, soit il voyait des gens avec qui il conversait par Internet. A la pause déjeuner, il venait parfois le voir, et le soir, il venait toujours le chercher. Il regardait Harry finir de travailler, écarquillant les yeux quand son petit ami entreprenait de remettre à leur place les organes vitaux d'ordinateurs à l'agonie. Il s'était tout de suite assez bien entendu avec Seamus qui lui avait réservé un très bon accueil. Il était quasiment le seul, parmi les proches de Harry, d'ailleurs.

Draco rentrait chez lui le dimanche soir. Parfois, alors que Harry était tranquillement en train de naviguer sur le net ou qu'il regardait la télévision en tripotant son téléphone, Draco venait vers lui et le prenait dans ses bras ou se calait contre lui. Draco n'était pas plus câlins que les autres et son attitude finit par inquiéter le brun. Un soir, le blond finit par lui dire qu'il ne voulait pas rentrer chez lui.

« Tu as peur de me laisser seul ici ? Avait-il répondu avec un sourire amusé.

- Pas seulement. »

Harry avait été interloqué par sa réponse. Le blond, le visage tendu, lui avait dit qu'il craignait que ses pseudo amis leur casse encore du sucre sur le dos, et que de toute façon, ça lui prenait la tête de rentre seul à New York en le laissant ici, ils ne se verraient pas avant deux mois. Harry avait été étrangement ému par sa déclaration, lui préférait ne pas penser au moment où Draco partirait, se disant que de toute façon ils se reverraient rapidement. Son petit ami avait ravivé en lui des choses qu'il avait tant essayé de taire et oublier…

Harry avait demandé à Seamus s'il pouvait avoir un congé le vendredi et le samedi. L'irlandais lui avait jeté un regard noir à vous faire mourir sur place, c'étaient les jours où ils avaient le plus de clients. Mais il avait finalement accepté, il lui devait des heures de toute façon… Et puis, il ne pouvait décemment pas le lui refuser, alors qu'il lui faisait des yeux de chien battu, son petit ami partant à la fin de la semaine. Et puis, ce n'était pas comme si Harry avait été du genre à tomber malade et s'absenter des semaines, depuis qu'il bossait pour lui…

Ils avaient donc pu profiter d'un week-end rallongé. Le vendredi, ils avaient décidé d'aller à Versailles. Harry n'avait jamais visité le château, contrairement au blond qui lui fit quasiment une visite guidée, le connaissant par cœur tant il s'y était rendu, à l'époque où il vivait en France. A la fin de la journée, ils s'étaient baladé dans les jardins à la française, main dans la main, ignorant les regards un peu de travers de certains passants.

Bien qu'ils aient passé un bon moment dans le château, Harry sentait que quelque chose n'allait pas chez Draco. Il avait une certaine réserve, demeurant silencieux de longs moments. Son retour à New York devait le turlupiner plus qu'il ne l'aurait cru… Harry savait que le blond n'aimait pas vraiment sa vie à New York, qu'il ne s'était jamais senti aussi libre et vivant que quand il avait vécu quelques mois en France. Quitter Harry mais aussi ce pays devait le rendre maussade. Et il pouvait le comprendre…

Ne plus pouvoir tenir sa main, ne plus pouvoir sentir son odeur, son corps contre lui le matin… Ne plus entendre sa voix, avec cet accent si prononcé qui le faisait fondre… Ils seraient à nouveau réduits à communiquer par ordinateur, et par téléphone, aussi, quand le manque serait trop grand, trop douloureux. Mais ce ne serait plus une attente sans fin… Il n'y aurait plus de larmes de désespoirs, de doutes et de souffrances inutiles… Puisqu'ils se reverraient. Bientôt…

« Harry ?

- Hm ? »

Le brun fut arraché à ses pensées. Draco avait le visage anxieux et il regardait le sol. Harry soupira.

« Qu'est-ce que tu as, Draco ?

- J'ai un truc à te dire.

- Un truc ? Tu… veux qu'on s'assoie.

- Non. »

Il était à présent très tendu et sa main dans la sienne l'était tout autant. Harry sentit quelque chose en lui se serrer et se crisper… A côté de lui, Draco prit son inspiration, puis se lança.

« Quand je suis venu ici, sans t'en parler, j'avais trois options. Soit, pour une raison quelconque, tu ne voulais pas me voir et alors je rentrais chez moi. Soit, tu acceptais de m'accueillir et tout se passait bien. Soit… tu acceptais de m'accueillir, et je ne retrouvais pas la personne que j'avais connue sur le net. Et alors je serais parti. Quand j'ai décidé de venir, je ne savais pas si notre relation était vraiment sérieuse, dans le sens où je ne te connaissais pas en vrai, et je ne savais pas si ce « nous » que nous formions sur le net existait vraiment. En venant, je me voyais déjà rentrer chez moi, le jour même ou au bout de moins d'une semaine… »

Harry regardait aussi le sol. Il l'écoutait avec une boule dans la gorge. Ses oreilles bourdonnaient, son cœur battant à ses tempes. Il l'écoutait avec attention, se mordillant la lèvre inférieure.

« J'en avait rien à faire de l'argent. Tout ce qui comptait, c'était de savoir si ça en valait la peine. J'en pouvais plus de lutter et d'avoir mal, sans savoir si ça en valait le coup… Tu sais, je ne regrette pas un seul instant d'être venu, et si j'avais su, j'aurais tout fait pour venir plus tôt. Vraiment. »

Draco tourna la tête vers lui et Harry prit sur lui pour lever ses yeux à son tour. Le blond lui souriait gentiment, il fit un effort pour en faire de même, mais ça ressemblait plus à une grimace qu'autre chose…

« Ne fais pas cette tête-là… Moi qui pensais que tu serais en colère ou énervé par ce que je viens de te dire…

- On aurait dit que tu me larguais parce que je suis pas assez bien pour toi…

- J'ai l'air d'avoir été déçu, pendant ces deux semaines ? Je ne te connais pas aussi bien que je pourrais le croire, mais tu es tel que je te connais sur Internet. Avec un peu plus de timidité et de réserve, mais tu es le même Harry. Il n'y a rien de différent. »

Harry secoua la tête et esquissa un sourire quand Draco l'embrassa sur la joue, serrant fort sa main dans la sienne.

« Mais ce voyage avait un autre but.

- Lequel ?

- On m'a fait une proposition. Pour… enseigner en France. »

Tout en lui se tendit. Harry tourna un regard éberlué vers Draco qui passa une main dans ses cheveux, un peu gêné.

« Tu déconnes ?

- Non. Enfin, j'enseignerai à mi-temps. Je finirai mes études ici, en fait, je veux faire une thèse. J'ai une bourse, tout ça, quoi… et un job à mi-temps. D'après ce que je compris, mon père a un peu fait jouer ses relations… Enfin bref.

- Tu… va vivre… en France ?

- Ouais. Enfin… ça dépendait de toi. Comment t'étais… Si ça valait le coup. »

Harry se sentit submergé par l'émotion. Jamais il n'avait ressenti quelque chose d'aussi fort qu'à ce moment-là… Même le jour où il s'était offert son premier ordinateur, son premier bien, son seul et unique moyen d'évasion, le bouleversement qu'il avait vécu n'était rien comparé à toutes ces sensations qu'il éprouvait à présent… Il papillonna des yeux alors que les larmes embuaient sa vue. Son trouble devait être tellement évident sur son visage que Draco eut un petit rire gêné et le prit dans ses bras. Bon Dieu, lui qui savait si bien se maîtriser et cacher ses émotions… Mais Harry sut rapidement se reprendre et lui rendit son étreinte, ravalant ses larmes et plantant un baiser sur sa joue.

« Quand est-ce que tu comptes venir, définitivement ?

- Début septembre.

- Tu feras comment pour le logement ? »

Sa voix était calme, posée, et il en fut soulagé.

« J'en sais rien. Sans doute une colocation. A moins qu'un de mes amis veuille me suivre… J'en ai parlé à personne, t'es le premier à être mis au courant.

- Tu peux venir chez moi, si tu veux.

- Je ne sais pas si…

- Garde-le en tête. »

Harry leva les yeux vers lui, un sourire sur les lèvres.

« T'es pas obligé. Mais si t'as besoin, je suis là. Te mets pas la pression ou n'accepte pas un loyer exorbitant alors qu'on a largement la place pour deux chez moi.

- Je note, alors. C'est gentil. »

Et il l'embrassa, tendrement. En plein milieu des jardins de Versailles, en cette tiède fin d'après-midi de mai.

Quelques jours plus tard, alors que Harry dirait à ses amis que Draco allait venir vivre en France à la rentrée prochaine, il subirait à nouveau les sourires un peu moqueurs, un peu complaisants. On lui dirait qu'il se leurrait, que ce ne serait pas aussi bien qu'il le croyait et que ce qu'il avait vécu pendant ces deux semaines était de l'or en barre, parce qu'ils n'attendaient que ça, mais que la réalité les rattraperait bien vite. On lui dirait aussi que son voyage à New York lui remettrait les idées en place, que cela lui permettrait de voir la véritable vie de son petit ami et qu'il en serait désillusionné.

Tout recommencerait. Les taquineries, les regards moqueurs, les réflexions… La situation n'avait pas changé, il y aurait une pause, et tout recommencerait. Ce serait dur… mais Harry ferait comme s'il n'entendait rien. Et ce serait plus facile, malgré tout, parce qu'il saurait qu'il était dans le bon chemin, qu'il n'était pas dans le faux. Il saurait les envoyer balader, quand ils iraient trop loin. Il saurait faire face…

Mais en cet instant, dans les bras de Draco, qui lui faisait une promesse d'avenir, qui était prêt à quitter New York, pour lui, mais aussi pour eux, il ne pensait pas à ce qui se passerait quand il ne serait plus là. A son lit vide, à cette routine qui se remettrait rapidement en place, à son addiction du net qui reviendrait en force. Il ne voulait pas penser qu'il avait trop de chance, que c'était étrange que tout marche si bien… Il préférait vivre ce rêve éveillé sans trop se poser de questions, qu'au dimanche soir, seul chez lui, le cœur au bord des lèvres et la tête au bord de l'explosion, il aurait le temps de se lamenter sur son sort et de se demander si tout cela était réel…

Oh oui, il aurait le temps de se lamenter.

Il aurait deux longs mois pour le faire…

On s'aime trop vite

C'est le vice et le virtuel

Dois-je sauver

Ou bien dois-je abandonner ?

Contrairement à ce qu'ils avaient prévu, ils avaient passé la journée à l'appartement. Puis, ils avaient pris les transports jusqu'à l'aéroport. Ils étaient très en avance, tellement qu'ils attendirent un long moment sur les bancs de métal, si peu confortables, jusqu'au moment où Draco devrait valider son billet et enfin embarquer.

Ce fut une longue attente… une longue agonie. Nécessaire, certes, car chaque minute ensemble était précieuse, mais douloureuse. Plus qu'ils ne l'auraient cru, tous les deux.

Quand ce fut le moment d'embarquer, Harry sentit quelque chose en lui se déchirer. Il avait envie de pleurer et sa gorge était serrée. Il parvint à contrôler son émotion, gardant un sourire un peu crispé sur le visage, donnant le change, même si Draco n'était pas dupe. Ils avaient beau se répéter qu'ils se verraient dans deux mois, cela ne rendait pas leur séparation plus facile, au contraire.

Ils restèrent longtemps dans les bras l'un de l'autre. Le nez enfouie dans son cou, respirant pour la dernière fois son parfum, Harry imagina cet avion traversant le ciel, l'emmenant loin de lui. Et tous ces mails qui traverseraient ce même ciel, tous ces messages qu'ils s'enverraient pour combler le vide… le manque…

Ce ciel artificiel…

Ce ciel qui leur avait permis de créer leur relation…

Et qui leur avait permis pendant deux semaines de se toucher, de s'aimer…

Pour de vrai…

« Je dois y aller. »

Sa voix était tendue, les mots difficiles à prononcer…

« Ouais. »

Il avait levé la tête vers lui pour l'embrasser, une dernière fois. Deux longs mois à attendre, avant de pouvoir le toucher, à nouveau…

« Je vais y aller. Je… ça va pas le faire, si je reste ici.

- Rentre chez toi. Ça sert à rien d'attendre que l'avion parte… »

Harry secoua la tête et planta un dernier baiser sur sa bouche. Puis, il s'écarta de lui, la vue troublée. Draco ne chercha pas à le récupérer, et alors que le brun quittait le hall, il sentait le regard que lui lançaient ses yeux bleus lui brûler le dos.

Quand il fut hors de l'aéroport, il parvint à sourire.

Il le reverrait. Bientôt.

Très bientôt…

L'amour n'est pas virtuel…

FIN


Bonne année à tous :-)