Un jour, mon prince viendra (mais ce sera un autre jour)

(défi #16. Invincible, sans égal)

Juin 2008

Chaque petite fille de huit ans au monde a dans son entourage un garçon qui n'est pas tout à fait comme les autres, un garçon qui est l'objet d'une admiration sans bornes, d'un amour aussi secret qu'éperdu et de fantasmes de conte de fées.

Pour Victoire Weasley, ce garçon était Teddy Lupin.

Teddy était grand, il savait monter aux arbres, même certains qui étaient super hauts, il jouait au Quidditch en club junior, il pouvait changer la couleur de ses cheveux et la taille de ses oreilles, et l'année prochaine, il irait même à Poudlard !

En résumé, il était trop fort.

Victoire jouait dans la cour arrière du Terrier quand Oncle Harry, Tante Ginny, les cousins et Teddy arrivèrent. Assise sur le muret du fond, elle était entourée de ses poupées et de son dragon en peluche duquel le Prince Charmant venait de sauver, au péril de sa vie cela va de soi, la jolie princesse. Soudain, Teddy apparut, attrapa le dragon pourtant vaincu, et commença à l'agiter dans les airs :

- Je suis le dragon, je suis le plus méchant et le plus fort, et personne ne me résiste ! Vous allez tous mourir ! Mouhahaha ! Kshaaaa, kshaaa ! Crache du feu ! Kshaaa !

Il prit une poupée avec des tresses brunes et deux gros ronds rouges sur les joues, et se mit à hurler d'une voix haut-perchée :

- Arghhhh ! A l'aide, le dragon m'a eue ! Je meurs, à l'aide ! Arghhh !

Victoire, horrifiée, saisit de nouveau sa poupée.

- Mais non, enfin, t'as rien compris ! Le dragon, il est mort. Il a été tué par lui : c'est un prince, et il est venu délivrer la princesse, expliqua-t-elle en agitant la poupée brune. Et ensuite, pour le remercier, elle lui offre un baiser, regarde.

Elle approcha le prince et la princesse et colla l'un contre l'autre leurs deux visages, sous le regard dégoûté du petit garçon.

- Beurk ! Mais c'est dégueu !

- Teddy !

- Non mais je te jure Harry ! C'est des trucs de filles, ça. C'est dégueu les trucs de filles.

Après le déjeuner, alors que Teddy tentait de montrer à James comment faire des ricochets, Oncle Ron vint s'asseoir à côté de Victoire, sur le petit muret.

- Alors Vicky Vic, qu'est-ce que tu fais ?

- Je joue au prince et à la princesse ! expliqua-t-elle en montrant ses poupées.

Oncle Ron leva les sourcils.

- Ah oui ? Et ça se joue comment ?

- Ben regarde : là y a la princesse, et elle est enlevée par le méchant dragon. Et là, y a le prince. Le prince, il est amoureux de la princesse, alors il va la sauver, en tuant le dragon. Et du coup, après, la princesse, pour le remercier, elle lui donne un baiser, regarde, et ensuite ils se marient et ils ont beaucoup d'enfants.

Oncle Ron contemplait les poupées avec un air impressionné.

- Et ben dis-donc, c'est chouette tout ça ! Et toi, princesse, tu en as un, d'amoureux ?

Victoire releva la tête et le fixa d'un air interdit.

- Oh, ça va, tu peux le dire à ton vieil oncle !

La petite fille hésita puis, timidement, finit par déclarer :

- Oui, j'en ai un.

- Et c'est qui ?

Plus timidement encore, elle leva le bras et indiqua la direction des garçons.

- Qui ça ? Teddy ?

- Oui.

Oncle Ron poussa un grand éclat de rire, ce que Victoire trouva un poil vexant.

- Mais il est au courant, Teddy, qu'il est ton amoureux ?

- …non.

- Ah mais il faut lui dire, Vicky ! Il faut toujours le dire, quand on est amoureux de quelqu'un !

- Oui, et puis toi, tu peux parler ! s'exclama Oncle Harry qui était assis sur une chaise non loin de là, mais Victoire ne comprit pas pourquoi.

Oncle Ron devint alors tout rouge et il haussa les épaules en bougonnant que ça n'avait rien à voir et que là, on parlait d'un béguin de petite fille.

Elle regarda une nouvelle fois Oncle Ron, qui continuait de bougonner, puis Oncle Harry, puis décida que les adultes devaient avoir raison, après tout. Réunissant tout son courage, elle sauta au bas du petit muret et trottina jusqu'à l'étang.

Elle s'arrêta juste derrière Teddy, qui montrait à James comment correctement lancer le galet pour qu'il rebondisse sur l'eau. Elle tapota sur son épaule pour qu'il se retourne, et quand il s'exécuta, sans prévenir, sans rien dire, elle planta un gros baiser sur sa joue gauche.

Puis, le visage écarlate, elle courut jusqu'au Terrier, récoltant au passage les félicitations de ses oncles, et laissant là son pauvre amoureux qui la regarda s'enfuir, effaré, et avec une grimace dégoûtée sur le visage.

Du revers de sa main, il essuya sa joue frénétiquement.

- Beurk, beurk, beurk ! Mais pourquoi elle a fait ça? Ah, non, mais c'est vraiment trop dégueu, les trucs de filles !