Chapitre 1
Fye frissonna sous ses draps. Bien que ce soit le printemps, il faisait tout de même un peu frisquet. Son réveil continua sa musique épouvantable et Fye maudit à jamais le premier avril. C'était le jour de la rentrée des classes, sa première année de lycée par-dessus le marché. Il espéra tout de même que cette année soit meilleure que les précédentes qu'il avait passées à l'école.
Sa dernière année à l'école primaire avait été loin d'être joyeuse : c'était l'année où sa mère et son frère jumeau Yuui décédèrent dans un accident de voiture. Tout ça à cause d'un chauffeur de camion ivre.
Fye avait encore de sacrées séquelles, son père lui, semblait s'être fait de l'absence de sa femme et de son fils.
On tambourina à la porte. Fye grogna et repoussa sa couette. Mais la fatigue et le froid le rattrapèrent et il retourna hiberner.
« Fye ! Hurla une voix grave derrière la porte. Je te préviens que si tu n'es pas prêt dans les dix minutes qui suivent… »
Le blond ignora la fin de la phrase, connaissant trop bien les menaces de son père. Ce dernier était devenu beaucoup plus dur depuis le décès des deux autres membres de la famille.
Fye sortit une bonne fois pour toutes de son lit, attrapa son uniforme scolaire posé sur la chaise du bureau et traîna vers la salle de bain. Une bonne douche suffirait à le réveiller. Tandis qu'il réglait la température, il s'interrogea sur son nouvel établissement. Si sa mémoire ne lui jouait pas des tours, un ancien élève de son collège allait au même lycée que lui. Un certain Shaolan Li. Il lui avait parlé une ou deux fois, mais Fye ne le connaissait pas vraiment. Sauf qu'il venait de Hong Kong.
Fye se glissa dans l'eau chaude et se détendit. Tant pis pour les dix minutes, il avait le temps de toute façon.
Les cerisiers étaient déjà en fleurs quand Fye marchait le long de l'allée pour aller au lycée. Son père l'avait engueulé parce qu'il était resté bien trop longtemps dans le bain à son goût. Mais il n'en avait cure. Il était habitué après tout.
Il arriva plus rapidement qu'il ne le pensait devant les portes du lycée. Mais avant même qu'il ait le temps de poser un pied à l'intérieur de la cour, une voix familière l'appela. Il se retourna, surpris. Et là, il vit Shaolan lui courir après. Un sourire s'étendit sur les lèvres du blond. Au moins, il ne serait pas tout seul en cette première journée de cours. Shaolan le rattrapa rapidement, essoufflé.
« Bonjour, Senpai.
- Bonjour, Shaolan-kun. »
Fye s'était habitué à ce que Shaolan l'appelle ainsi. C'était déjà mieux que les « Fye-san » qu'il avait employé l'année précédente lors de leur rencontre. C'était trop formel, et Fye n'était pas si vieux.
Shaolan était un jeune homme très intelligent. Il avait d'ailleurs sauté une classe, la raison pour laquelle il semblait si jeune la première fois que le blond l'avait vu.
« J'ignorais que vous étiez dans ce lycée, dit Shaolan. Enfin, ça m'arrange car j'aurais été bien seul sinon.
- Tu n'auras aucun mal à te faire des amis, sourit Fye tandis qu'ils rentraient dans la grande cour déjà remplie de lycéens.
- Vous savez, commença Shaolan, ce n'est pas facile d'être apprécié quand on a sauté une classe. Surtout au lycée. Les autres vous regardent bizarrement parce que vous avez l'air d'un gamin et certains ne sont pas très doux.
- Shaolan-kun, tant que je serai avec toi, il ne t'arrivera rien.
- Vous n'êtes pas très fort pourtant, Senpai, moi-même je suis plus doué en arts martiaux que vous ! »
Fye lui lança un regard faussement outré et ils éclatèrent de rire. Fye demanda au brun quelle option il avait choisi.
« Littéraire, lui répondit-il.
- Ah, fit le blond, déçu. On ne sera pas ensemble. J'ai pris l'option Sciences.
- On se retrouvera sur la cour alors, proposa Shaolan au moment où la cloche retentit. Alors, à tout à l'heure ! »
Fye sourit et se dirigea vers sa classe tranquillement.
« Asseyez-vous, ordonna le professeur. Vous allez vous lever chacun votre tour et vous présenter à la classe. »
Fye était satisfait de sa place. A croire que c'était son destin. Il était une fois de plus à côté de la fenêtre. Bon, ce qui était moins sympa, c'était qu'il soit au premier rang, c'est-à-dire, devant le bureau du professeur. Aussi cela voulait-il dire qu'il était dans la ligne de mire de ce dernier, qui lui demanda d'ailleurs de se présenter en premier. Avec un sourire forcé, il se leva.
« Fye D. Flowright, j'espère passer une bonne année ici. »
Lorsqu'il se rassit, il se rendit compte que tous les regards étaient posés sur lui. Evidemment, un blond parmi tous les bruns ici, ça ne passait pas facilement inaperçu.
Tandis que les autres élèves se présentaient, Fye regarda par la fenêtre. Un pétale de cerisier jouait avec le vent, virevoltant de ci de là, taquin, se laissant attraper pour s'échapper à nouveau. Un peu comme il le faisait quand il était plus jeune avec son frère.
Dans leur pays d'origine, ils aimaient jouer dans la neige. Il neigeait pratiquement toute l'année, et la température dépassait rarement les dix degrés. Et Fye tombait souvent malade. Yuui restait toujours à son chevet dans ces moments-là, mais dès que Fye guérissait, ils retournaient jouer dans la neige.
Mais à force de cela, Fye est devenu beaucoup plus vulnérable aux maladies. Une fois, il faillit mourir. Yuui et lui s'étaient trop éloignés de la maison, et une tempête de neige avait éclaté. Ils avaient attendu que la tempête se calme, réfugiés dans une grotte. Mais le froid s'était emparé de Fye qui commençait à tousser et à être fiévreux.
Au bout d'une heure, la tempête s'était arrêtée, et Yuui porta Fye, ce dernier étant trop faible pour marcher. Quand ils arrivèrent chez eux, leur père les avait disputés, non seulement pour être partis si loin de la maison, mais en plus de ça de les avoir autant inquiétés. Leur mère avait pleuré de soulagement, en remerciant les dieux que ses fils soient sains et saufs.
Fye était resté une voire deux semaines au lit à cause de la maladie qui avait faillit l'emporter.
La cloche retentit, et sortit le blond de ses pensées par la même occasion. Il regarda la classe. Le professeur discutait avec quelques élèves, les autres étaient éparpillés un peu partout dans la salle. Il vit un seul garçon qui restait dans son coin, et qui semblait ne pas s'intéresser aux conversations futiles des autres élèves.
Fye se leva et s'approcha de lui. D'ailleurs, il était surpris de son action. Jamais il ne serait allé parler à quelqu'un de sa classe, c'était toujours les autres qui venaient vers lui.
« Bonjour. »
L'élève leva les yeux vers lui, un peu surpris mais aussi avec un air de je-m'en-fous. Il était brun, avec un visage mat et stoïque.
« Hm. »
Mouais, pas très bavard, songea Fye, sans pour autant se démonter. Il garda son sourire idiot sur le visage et essaya d'engager la conversation.
« Je suis Fye. Et tu es ?
- Doumeki.
- Oh, alors tu es japonais ? »
Doumeki leva un sourcil, et hocha la tête.
« Toi non, à ce que je vois.
- Oui, c'est vrai qu'un blond aux yeux bleus, ce n'est pas très courant ici.
- Hm. »
La discussion n'allant pas bien loin, Fye jugea préférable de ne pas insister et retourna à sa place. Le professeur entra à ce moment-là.
L'heure du déjeuner arriva enfin, et Fye se précipita dehors avec son bentô. Il avait hâte de revoir Shaolan. Il s'installa sur un banc à l'arrière du bâtiment où se trouvaient les différentes classes de premières années. Shaolan ne tarda pas à pointer le bout de son nez et le blond lui fit signe de le rejoindre. C'est à ce moment-là qu'il se rendit compte qu'il n'était pas seul.
Shaolan était accompagné d'un grand brun à lunettes ainsi que d'une petite brunette toute pimpante.
« Senpai, voici Watanuki-san et Kunogi-san, annonça Shaolan en désignant ses deux camarades. Ils sont en Littéraire eux aussi. »
Les deux adolescents saluèrent Fye, que celui-ci leur rendit avec un sourire. Il profita du repas pour détailler un peu plus les nouveaux.
Watanuki, contrairement à l'air posé qu'il avait eu en arrivant, était quelqu'un de très expansif. Il s'émerveillait de tout ce que pouvait dire Kunogi. Fye apprit aussi qu'il était fin cuisinier et qu'il accordait beaucoup d'importance à la présentation de ses plats.
Kunogi se prénommait Himawari – Watanuki ne cessait de l'appeler « Himawari-chan », Fye en vint donc à cette conclusion. Un joli prénom, qui voulait dire « tournesol » en Japonais. Himawari était une jeune fille très souriante, elle et Watanuki semblaient se connaître depuis assez longtemps d'ailleurs.
Alors que les quatre adolescents commençaient à manger leurs repas, quelqu'un vint se joindre à eux. Il ne fallut qu'une seconde pour que Fye sache qui se tenait debout devant eux.
« Doumeki ! Hurla Watanuki. Arrête de squatter comme ça à chaque fois ! »
Ledit Doumeki ignora le brun et s'incrusta dans le groupe, accueilli par un sourire d'Himawari. Ces trois-là semblaient se connaître, constata Fye.
Il sourit. Cette année scolaire s'annonçait plutôt bien, finalement.
La fin de la journée arriva rapidement. Fye rangea tranquillement ses affaires dans son sac. Il sentit une présence à côté de lui et lorsqu'il se tourna, il sourit en voyant Doumeki.
« On fait le chemin ensemble ? »
Ravi, Fye accepta sans attendre. Ils sortirent tous les deux et virent Himawari, Watanuki et Shaolan en train de bavarder devant le portail du lycée. Lorsque les deux autres les rejoignirent, ils partirent tous les cinq.
« Vous savez qu'on doit participer à au moins un club, lança Himawari. Lequel vous avez choisi ?
- Moi, j'ai pris le football, répondit Shaolan.
- Tu es doué au foot, Li-kun ? demanda la brune.
- Bof, pas vraiment, mais comme il n'y a pas de club d'arts martiaux…
- Tu fais des arts martiaux ? s'exclama Watanuki.
- Oh, ce n'est pas grand-chose…
- Voyons, ne soit pas si modeste, Shaolan-kun », sourit Fye.
Shaolan avait la sensation d'être dans une mauvaise posture et préféra détourner la conversation.
« Et vous, Senpai, qu'avez-vous choisi ?
- Le club de d'échecs, répondit simplement le blond. Je voulais prendre quelque chose de calme.
- Il faut beaucoup de réflexion à ce genre de jeu…, fit Himawari. Moi, ça me fait mal à la tête ! ajouta-t-elle en riant. Et toi, Watanuki-kun ?
- Hm, j'avais pas trop d'idées, alors j'ai pris le tennis, répondit le brun en se grattant la nuque, un peu gêné.
- Tu es très doué en sport, Watanuki-kun, je suis certaine que tu t'en sortiras ! L'encouragea la brune. Et toi, Doumeki-kun ? Tu as pris le tir à l'arc ? »
L'intéressé hocha la tête. Fye se dit alors que le tir à l'arc s'accordait parfaitement à son visage plus que stoïque. Il n'y avait pas grand-chose à faire que d'être immobile et de viser une cible. Il se tourna vers Himawari et, avec un sourire, lui demanda quel club elle avait choisi.
« La calligraphie.
- Oh, Himawari-chan, ça te va tellement bien ! S'extasia Watanuki en virevoltant autour de la brune, ce qui arracha un soupir à Doumeki. Hé, toi, je t'ai entendu !
- Idiot.
- Qui c'est que tu traites d'idiot, imbécile de Doumeki ! »
Les trois autres rirent en regardant leurs amis se chamailler. Fye se rendit compte à quel point c'était agréable d'avoir des amis. Il le comprit en voyant la relation qu'entretenaient Watanuki et Doumeki. Ils étaient complètement opposés, mais c'était justement cela qui les rapprochaient. Et leurs petites disputes quotidiennes ne faisaient que les rapprocher davantage.
Alors qu'ils continuaient leur chemin et parlaient de choses et d'autres, le moment de se séparer arriva et chacun partit de son côté. Fye aurait bien aimé savoir où habitait Shaolan et les autres, peut-être aurait-il pu les chercher le lendemain, mais il fut le premier à se séparer d'eux. Au moment où il prenait le tournant, Shaolan l'arrêta.
« Senpai, vous avez un portable ?
- Oui, pourquoi ? » Demanda le blond, surpris.
Puis il s'insulta mentalement. A ton avis, Fye, reprocha-t-il à lui-même. S'il veut savoir si tu as un portable, c'est forcément pour te demander ton numéro ! Quel idiot je peux être, parfois…
« Oh, eh bien, je vous donne mon numéro, fit le cadet, un peu rouge. Si vous avez besoin de parler… »
Fye sourit. Ce gamin était vraiment quelqu'un d'attentionné, et le voir rougir ainsi le rendait vraiment mignon. Ils s'échangèrent leurs numéros, et le Chinois tourna les talons, saluant une dernière fois son aîné de la main et disparut à l'angle de la rue où l'attendait les trois autres. Fye resta un moment planté au milieu du trottoir, le petit bout de papier où était inscrit le numéro de Shaolan en main. Puis il se retourna et marcha jusque chez lui, en fourrant le papier dans la poche de son pantalon.
L'air frais du début de printemps lui caressa le visage. Il n'avait pas envie de rentrer chez lui tout de suite, de toute façon, son père ne rentrait pas avant la tombée de la nuit et il préférait flâner tant qu'il n'avait pas trop de devoirs à faire. Il marcha sans trop savoir où il allait, et il finit par se perdre.
« Bravo, Fye, toujours aussi doué », marmonna-t-il.
Il s'apprêta à retourner sur ses pas, il finirait bien par retrouver son chemin, mais s'arrêta lorsque quelque chose attira son attention. Une maison, ou alors un temple, il ne saurait dire ce que c'était. C'était un style très ancien et qui contrastait avec les grands appartements qui l'entouraient.
Il posa un pied dans la cour qui entourait le bâtiment, puis se ravisa. Il n'avait sûrement pas le droit d'entrer ici, cela devait être une propriété privée.
« Si tu es là, c'est seulement parce que c'est le destin. »
Fye sursauta et leva les yeux en provenance de la voix. Une jeune femme aux longs cheveux noirs et en kimono se tenait debout devant lui. Le blond fut frappé par sa beauté. Une magnifique geisha sortie tout droit du Japon Féodal, se dit-il. Peu de gens s'habillait et vivait dans ce genre de lieu à l'époque actuelle.
« Tu es ici car tu as un vœu à formuler, n'est-ce pas ? demanda la femme.
- Je ne pense pas, s'excusa Fye. J'ai vu ce bâtiment par hasard et…
- Seuls ceux qui ont un vœu peuvent voir cette boutique. »
Alors, c'est une boutique, songea le blond. Vu comme ça, on dirait plus un temple. En tout cas, je n'ai rien à faire ici.
« Excusez-moi, mais il se fait tard et je dois rentrer. Encore désolé. »
Sur ces mots, Fye tourna les talons et courut jusque chez lui, retrouvant miraculeusement le chemin en même temps.
Les jours suivants se firent plutôt banals, Fye s'ennuyait en cours, allait au club d'échecs le soir, rentrait avec ses amis, et les jours de repos, sortaient avec eux pour ne pas être avec son père qu'il supportait de moins en moins. Aussi, il n'était plus retourné là où se trouvait l'étrange boutique qu'il avait vue quelques semaines plus tôt. Il en avait parlé à Shaolan, qui ne l'avait jamais vue. Il décida alors d'y retourner.
Au lieu d'attendre ses amis au portillon du lycée, Fye partit directement, envoyant en même temps un message à Shaolan comme quoi il retournait voir l'étrange boutique.
Il essaya plusieurs chemins, tourna en rond pendant un quart d'heure et finalement, arriva devant le bâtiment recherché. Il entra. Il fallait qu'il en sache plus.
La cour était assez grande, avec des arbres et fleurs qui bourgeonnaient par-ci par là. Il avança jusqu'à la porte et toqua. Pas de réponse. Il allait faire demi-tour quand la porte s'ouvrit brusquement sur deux petites filles, une aux cheveux bleus et l'autre aux cheveux rose. Elles l'accueillirent joyeusement et l'entrainèrent vers une grande pièce remplie de fumée. Fye se retint de tousser. A travers la brume épaisse, il réussit à distinguer une silhouette allongée sur un divan.
La fumée se dissipa et Fye reconnut la geisha.
« Alors, tu es revenu », dit-elle d'une voix monotone.
Elle se souvient de moi, en conclut le blond. Il allait ouvrir la bouche quand la femme l'interrompit.
« Tu es là parce que tu as un vœu à faire, non ?
- En fait, j'aimerais surtout savoir quel est cet endroit. »
Une volute de fumée s'échappa de la bouche de la geisha. Cette dernière fit signe à Fye de se rapprocher. Fye avança dans la pièce, méfiant. La jeune femme se redressa sur son divan, et plongea ses yeux rubis dans ceux saphir du blond.
« Cette boutique existe pour exaucer des vœux.
- Des vœux…
- Quel est ton vœu ? »
Encore cette question, pensa Fye. Mais je n'ai aucun vœu. Je ne sais même pas pourquoi je suis ici, d'ailleurs.
« Comment t'appelles-tu ? demanda la geisha.
- Fye…, répondit le blond, un peu sur la défensive.
- Hm, tu n'es pas Japonais.
- En effet. »
La femme sourit et Fye se sentit soudain très mal à l'aise. Les deux petites filles se précipitèrent hors de la pièce, et le jeune homme se demanda quelle mouche les avait piquées. La porte d'entrée s'ouvrit et une voix se fit entendre. Voix que Fye reconnut immédiatement. Ses pensées furent confirmées lorsqu'un garçon entra dans la pièce.
« Watanuki-kun ! s'écria Fye.
- Fye-kun ? »
