Disclaimers : Absolument rien à moi.
Personnages :
Aphrodite et Shun.
Rating : T par prudence.

Bonne lecture les gens !


Miroir, mon beau miroir

Perdu en mer, le regard semblait nébuleux, les iris émeraude de Shun étaient enchainés à son propre reflet. Image ondoyante et troublée.

Il repensait aux évènements. A ses plus ou moins récents souvenirs. Et surtout aux interrogations qu'ils déclenchaient en lui.

Tous étaient de retour au Sanctuaire. Les choses avaient été mis au clair, paraissait-il. Cela avait été une bonne chose de faite. La paix, qu'il affectionnait tant, allait pouvoir prospérer.

Leur déesse avaient rassuré chacun d'entre eux. Sur chacun d'entre eux, même. Les ors qui avaient joué un rôle de traitre étaient pardonnés. Par tous.

Et puis surtout, lui, Chevalier d'Andromède, s'était vu confirmé la disparition complète de l'âme d'Hadès en lui. Ils en avaient été soulagé, il en avait été tellement soulagé.

Mais en fin de compte, ça n'avait pas été une si bonne nouvelle que cela.

La pensée : " L'âme et le cosmos de Shun ont réussi à repousser la présence du dieu Hadès " s'était rapidement et curieusement changée dans les esprits en " La puissance et l'avance de Shun en matière de cosmoénergie provenait de cet apport divin ". Et on ne pouvait pas dire que c'était une expérience agréable à vivre au jour le jour.

Il était d'abord passé pour un geignard ou un utopiste pendant les guerres, mais il lui était au moins resté son cosmos et sa victoire. Maintenant, on lui enlevait même cela, ce qui lui donnait la confiance nécessaire afin de tout faire pour vivre ses rêves…

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« Aphrodite, qu'avez-vous ressenti pendant notre combat ? »

C'est ainsi que Shun s'était jeté à sa tête. Avec ses yeux de chiot abandonné, de chaton mouillé, son espoir chétif contenu dans sa beauté ingénue. Et, le Chevalier des Poissons était resté longuement silencieux, d'abord surpris, puis subjugué et enfin plus pensif.

Depuis, les entretiens entre les deux éphèbes se multipliaient. Et l'on discouraient déjà au Sanctuaire sur les changements d'attitude de Shun – moins timide et plus confiant en ses capacités, quelles qu'elles soient – et le sourire de plus en plus satisfait d'Aphrodite.

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En cette mi février, une silhouette se mouvait légèrement au fin-fond du douzième temple. Un pas d'un côté puis de l'autre. Une jambe d'appui qui se reculait et revenait finalement à sa place précédente. Le poids du corps élancé qui transvasait paresseusement de droite à gauche, de gauche à droite, et ainsi de suite, créant un balancement de hanches quasiment hypnotique. Hanches enserrées dans un pantalon à la coupe taille-basse et délicieusement moulante.

Soudain, une main manucurée se leva de façon presque exagérément maniérée et aérienne. Remettant en place une mèche bouclée couleur ciel d'été.

Aphrodite dansait presque dans l'enceinte confinée de sa chambre. Pièce au parfum entêtant. Lupanar encensé de tout temps. Le Poissons se pavanait devant un monumental miroir – magnifique triptyque réfléchissant encadré de bois sculpté de motifs floraux.

Les prunelles azurées se mouvaient suavement, scannant avec soin le reflet qui se devait d'être parfait. Son regard coulait dessous des cils longs, courbés et à l'épaisseur quelque peu prononcée. Les lèvres pleines avaient été légèrement colorées. Et là, sur l'une des pommettes hautes et distinguées se trouvait l'affriolant grain de beauté qui – malgré son attrait incontestable et incontesté – ne demeurait que cela : une simple et presque insignifiante poussière de sa légendaire mais réelle Beauté.

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Le jeune homme gravissait l'escalier avec un brin de gène. S'il était vrai que son nouveau mentor avait réussi à lui redonner confiance, il n'en restait pas moins timide sinon pudique. Et stressé, qui plus est, en ce quatorze février. Aphrodite lui avait dit, qu'aujourd'hui, ils aborderaient un nouveau tournant dans son apprentissage.

Le bronze s'émerveillait toujours des connaissances et savoir-faire de son ainé en matière de psychologie et diplomatie. De maitrise de soi, également. Le dernier des chevaliers d'or gagnait à être connu, de cela, Shun en était profondément - voire intimement - persuadé…

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Il ouvrit la porte et se figea. Devant lui se tenait un étrange reflet. Un jeune homme fin, la peau claire, le regard et les cheveux d'eaux vertes…véritablement vertueuses. L'image datait de quelques années, cependant. Et se faisant, quelques menus détails différaient. Elfique, là où il s'apparentait plus volontiers aux nymphes ou naïades. Angélique, alors qu'il préférait se comparer à une déesse. La douceur et la calme timidité des traits contre son agressive assurance et sa sexualité affichée. L'innocence de l'attitude face à son air légèrement pernicieux. La présence du mélange caractéristique de l'inquiétude et de la gratitude alors que ces deux notions lui avaient été longtemps étrangères. Néanmoins, ce miroir vivant et intrigant méritait à lui seul qu'on lui susurre des mots sucrés, des phrases emplies de sens, des paroles piquantes de sensualité.

Aphrodite s'effaça avec un sourire et une invite séduisante sur ses lèvres peintes.

« Shun… »

De sa démarche cadencée et néanmoins masculine, Aphrodite charma le susnommé qui ne put que le suivre du regard. De sa sensualité indéniablement virile, Aphrodite lui intima de le suivre.

Et, à son air docile et confiant, il sut son élève à point.

« Miroir, mon beau miroir… »

C'était là des mots qu'il s'était interdit, ou plutôt, qu'il n'avait pas eu à prononcer par le passé. Début d'une formule interrogative tirée d'un conte de fée dont il connaissait déjà la réponse. Lui-même !

Mais à présent, il en avait fait une doucereuse litanie.

Il n'était plus ce petit garçon frêle, pris à tord pour une fille. Il murmurait, à son pendant, de révéler plus ouvertement sa personnalité. De s'affirmer plus profondément.

De se présenter sous un meilleur jour. Jour, où tous reconnaîtraient sa valeur. Car les autres étaient aveuglés par les apparences – il était le mieux placé pour le savoir puisqu'il en avait souffert avant d'en jouer.

Placé sous sa tutelle, il ferait de ce garçon fragile un diamant vert. Un bijou qui, comme ses roses, envouterait avant de décider du sort du charmé : la vie, dans la servitude énamourée ou la mort dans la douleur de la frustration.

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Maintenant au sein du saint des saints, Aphrodite continuait à murmurer au creux de l'oreille de son élève, de sa nouvelle création, de son…futur amant.

Il l'avait patiemment et savamment effeuillé avant de faire de la même chose pour lui, se laissant admirer, lui permettant généreusement de s'abreuver de sa plastique hypnotique.

Il avait alors gouté à la peau de lait au grain presque aussi délicat que le sien, à la teinte quasiment aussi pure que la sienne et il se promit de rectifier ultérieurement ces minimes mais réelles imperfections. Il se garda de laisser des marques sur l'épiderme tiède qui se couvrait de chair de poule à la faveur de ses mouvements et des frissons qu'ils provoquaient. Nul besoin de le marquer comme sien sur son corps, quand son esprit, sa confiance et peut-être bien son cœur même lui étaient tout ouverts et offerts.

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Enfin il connaissait tous ses secrets, après ceux de l'esprit puis de l'âme venaient ceux du corps. Aphrodite gémit. Plus que la sensation purement physique de jouir du corps d'un autre, c'était le sentiment de pouvoir sur Shun qui le menait au plus près de la plénitude.

Quand, à chaque mouvement, à la moindre parole, au plus insensible changement de ses expressions, il pouvait lire la confiance alors qu'il ne cherchait, ni plus ni moins, qu'a transformer ce bronze malléable en reflet de sa propre perfection dorée. Un être fort, puissant, beau évidemment, qui n'aurait à subir les moqueries et menace d'aucun autre…

Et lui, il aurait le contrôle sur cette allégorie de perfection à sa 'presque effigie'. Il serait encore meilleur… Il serait 'plus que parfait' ! Et l'autre serait son miroir, son tellement beau, son si sublime miroir…