Quelques heures plus tard, le navigateur était allongé sur une couche d'une des chambres de la bâtisse irlandaise. Le châtain se réveilla péniblement, faisant battre ses cils et révélant peu à peu son regard couleur émeraude. Liam assista avec attention et une pointe de délectation au spectacle qui se déroulait sous ses yeux, un verre de whiskey à la main. Lorsque l'étranger se rendit compte qu'il était observé , il paniqua et voulu se redresser afin d'atteindre son arme qui était restée accrochée à son manteau, posé sur une chaise tout près. Cependant, il dû réviser son projet lorsqu'il sentit une douleur comparable à celle d'un couteau s'enfonçant dans ses côtes. Le roux se leva rapidement, posa son breuvage et s'avança près du marin.
« Je ne tenterai pas une chose pareille, si j'étais vous. » dit l'irlandais en le remplaçant de manière à ce que le blessé soit plus à son aise.
« Que...Où suis-je ? Et qui êtes-vous ? Quel est cet endroit ? » balbutia le naufragé.
« Pour faire simple… fáilte roimh in Éirinn. »
« Est-ce que vous m'avez insultez ? » s'insurgea le navigateur, prenant appuis sur ses bras tendus.
« Non, bien au contraire… Ça veut dire « Bienvenue en Irlande » » traduisit le celte, un petit sourire amusé aux lèvres.
« Comment ça « Irlande » ? Qu'est-ce que…. Je n'suis donc pas en Angleterre ? »
« Pas du tout… Enfin, pas exactement… Vous vous êtes échoué sur mes côtes … Par erreur manifestement. »
« Où sont mes hommes ? Qu'est-ce que vous en avez fait ? »
« Du calme, votre blessure va se rouvrir... Ils sont tous en sécurité. Maintenant, reposez-vous, vous en avez grandement besoin. »
L'Espagnol se mis à jurer dans sa barbe dans sa langue maternelle contre sa blessure et sa bêtise. Liam pensa que c'était vraiment comique et à la fois adorable. Il lui sourit avant de se relever et alors qu'il s'apprêtait à franchir la porte de la chambre, le navigateur l'interpella :
« Pardonnez-moi mon impolitesse, je ne me suis pas présenté. Antonio Fernandez Carriedo. Représentant de l'Espagne. »
« Enchanté. Mon nom est Liam Kirkland et je suis pour ma part Irlande... ou Eire dans ma langue natale. »
« Tout le plaisir est pour moi, Liam. »
Après un mouvement de tête et un nouveau sourire, le roux se retira et laissa le dis Antonio seul dans sa chambre.
« Antonio, hein ?... » répéta Kirkland sans pouvoir s'empêcher de sourire. Une douce chaleur avait envahis son être sans qu'il sache réellement pourquoi mais après des mois et des mois de torpeur hivernal, c'était extrêmement bon.
Quelques semaines passèrent et le capitaine Carriedo se remettait peu à peu de l'accident, ce qui ravissait Kirkland. Tous les jours, ils passaient des heures à parler, souvent pour ne rien dire, mais surtout pour partager des légendes de leur pays respectif. Liam chérissait ses moments plus que tout au monde. Il en avait besoin. Il avait besoin de s'évader, de ne plus penser à rien, de simplement écouter cette voix aux accents chauds et de fermer les yeux en se projetant les scènes décrites par son conteur. Irlande avait retrouvé un semblant de joie de vivre qui lui redonnait force et courage pour affronter tous les malheurs du monde qui s'emblaient s'être invités sur ses terres. Tous semblaient apprécier ce nouveau Liam, plus souriant, encore plus efficace… Tous hormis son frère qui n'aimait pas particulièrement se rapprochement significatif à son détriment. Ian avait laissé naître en lui une profonde jalousie et comptait bien la laisser s'exprimer.
Un soir, son frère et lui se mirent à table, en tête à tête, comme tous les soirs. Cependant, cette fois-ci, Ian eut du retard, ce qui était inhabituel. Lorsqu'il entra dans la salle à manger, il avait la mine assombrie et les traits tirés. Il s'assit en face de Liam et lui lança un regard noir :
« Liam, il faut qu'on parle. » laça-t-il d'une voix ferme et grave.
« Qu'est ce qui se passe, mon cher frère ? » répondit le plus grand des deux.
« Tu OSES me demander ce qui se passe ? Est-ce que tu es tombé sur la tête récemment ? Je te signale qu'en plus de cette... PUTAIN de tempête, maintenant on doit supporter 3 flottes d'espagnols blessés et affamés… Et ils sont au nombre de 60. 60 Liam. Comment veux-tu qu'on arrive à les nourrir alors qu'on arrive à peine à contenter notre propre peuple ? Nous ne pouvons pas y arriver... Il faut qu'ils s'en aillent… »
« Mais… On n'peut pas les laisser comme ça, se serait inhumain… Il faut les aider. »
Le regard de Ian s'endurcit un peu plus.
« Eh bien j'ai un scoop pour toi : on est PAS humain. Nous sommes des nations qui se doivent de protéger leur peuple avant tout. Ce n'est tout d'même pas de notre faute s'ils ne sont pas FOUTU de calculer correctement leur itinéraire que je sache. »
« Je refuse d'abandonner ces gens dans le besoin. Il en est hors de question. »
Le petit roux en face de Liam se mit brusquement debout, frappant ses mains à plats sur la table, ce qui fit voler les verres et les couverts.
« Arrête de jouer le dieu bienfaisant, Liam. On est dans la merde, JUSQU'AU COU. Alors il faudrait que tu te reprennes en main TOUT DE SUITE ou on va TOUS Y PASSER, T'AS COMPRIS ? TU veux qu'il reste ? Pas d'problème. Mets ton putain d'égo au placard et demandons de l'aide à la Reine. Dans le cas contraire, ils devront TOUS s'en aller. Que ce soit à pied, à cheval ou dieu seul sait comment j'en ai RIEN A FAIRE POUR VU QU'ILS DEGAGENT. »
Liam se leva brusquement à son tour, faisant sursauter son jumeau. Jamais il n'avait vu son frère dans un tel état de rage.
« Tu me demandes de les abandonner ? De les laisser mourir de faim, voire PIRE, les laisser se faire tuer par la mégère ? Eh bien j'ai un scoop pour toi : JE NE SUIS PAS ALLISTOR. JE N'ABANDONNE PAS LES ETRES DANS LE BESOIN QUELLE QUE SOIT MA SITUATION. » hurla le roux
« Mais c'est pas possible d'être aussi BORNE. ALLISTOR NE NOUS A PAS ABANDONNE. POUR LA DERNIERE FOIS, LIAM. TU N'ES PAS LE CENTRE DU MONDE… Non... tu n'es PLUS le centre de SON monde et il faut que tu l'ACCEPTES. Tu n'es plus assez bien pour lui. C'est la vie… Avance et oublie-le. »
Liam resserra ses poings et encra ses ongles dans le bois de la table avant de tourner les talons.
« Où est ce que tu vas ? » le questionna son jumeau
« Loin de toi. Puis qu'apparemment je ne suis pas assez bien pour toi non plus. » répondit Liam avant de sortir de la salle à manger et de se précipiter à l'étage.
Le roux fonça dans sa chambre et claqua la porte. Il s'assit sur son lit et prit sa tête entre ses mains. N'avait-il pas lui non plus le droit à la joie et au bonheur ? Apparemment non. Liam passa ses mains dans ses cheveux trop longs et lutta contre les larmes qui commençaient à s'accumuler au coin de ses yeux. Il se leva et se dirigea vers son secrétaire dont il sortit une bouteille de whiskey. Il s'en servit un verre qu'il but cul sec avant de s'en servir un second qu'il emmena avec lui. Le roux s'était avancé vers sa salle d'eau, désirant un bain brûlant plus que tout. Il posa sa main sur la poigner et poussa la porte. Lorsqu'il fut dans la salle de bain, Irlande se retint d'hurler de surprise et de lâcher sa boisson. Antonio était nu, les jambes contre son torse et les joues écarlate, entrain de profiter de l'eau de la baignoire de Liam.
« Je… Je suis désolé, je m'en vais... Je… » balbutia Spain en commençant à se lever, dévoilant à Irlande un peu plus de sa peau bronzée.
« Non... Non non, je t'en prie, reste. Je reviendrais plus tard, ce n'est pas un soucis » articula Irlande qui se retenait de le dévorer des yeux.
Le roux lui sourit timidement avant de se retourner vers la porte, prêt à sortir de la pièce.
« Attends... Avant que tu t'en aille… Veux-tu bien me passer un linge ? » le héla l'espagnol, de nouveau recroquevillé sur lui-même.
Liam eu un instant d'arrêt avant de se diriger vers une armoire de laquelle il sortit une grande serviette. Il s'approcha alors de la baignoire et la tendit à Carriedo qui la saisit en même temps que la main de Kirkland.
« Je suis de nouveau navré mais… Je n'ai pas pu m'empêcher d'attraper des bribes de la conversation plutôt... violente que tu as eue avec ton frère... »
L'irlandais lâcha son regard et baissa les yeux, honteux que cet homme qu'il appréciait tellement ait entendu de telles choses.
« Non, c'est moi qui suis navré que tu ais pu entendre… Je suis tellement honteux par rapport au comportement et aux mots de mon frère… Il n'est pas comme ça d'ordinaire, je ne sais pas ce qui cloche chez lui en ce moment mai-.. »
« Cesse de t'excuser. Ce n'est pas grave. Je n'en ai rien à faire… Ce qui m'intéresse le plus, c'est… Toi. Ce qu'il t'a dit... Que tu n'étais pas assez bien pour qui que ce soit... C'est faux. Tu es la personne la plus... magnifique que j'ai pu rencontrer… En tous points. »
A cet instant précis, le cœur de Liam rata un battement. Et il ne put se retenir. Ainsi, il plongea vers ces lèvres qu'il avait tellement voulu embrasser depuis des mois. Il n'avait jamais trouvé le courage de franchir le pas, par excès de timidité et d'inquiétude mais ce soir-là, dans cette salle de bain, après les mots qu'il lui avait adressés, l'irlandais avait tout mis de côté et n'avait écouté que ce feu ardant qui lui consumait les entrailles.
Liam avait plongé ses doigts dans la chevelure humide de son vis-à-vis et avait emprisonné quelques mèches entres ses doigts. Au fur et à mesure de la caresse qui se voulait beaucoup plus sulfureuse, Antonio avait lui aussi montré une possessivité et un désir violent, encrant ses ongles dans la chair pâle de Liam qui esquissa un grognement en réaction à l'infime douleur. Spain sut faire comprendre très vite à Ireland qu'il était trop loin et qu'il mourrait d'envie de le sentir contre lui. Ainsi, sans se préoccupé de sa tenue, ni en séparant leur langue entremêlées, Liam enjamba le rebord en céramique et rejoint son nouvel amant dans l'eau. Carriedo attira Kirkland contre lui ce qui permit à ce dernier d'accéder au cou et à la peau qu'il avait tant rêvé de caresser. Il y appliqua d'abord ses lèvres puis passa le bout de sa langue avant de laisser quelques traces de morsures, à peine visible, mais qu'il pourrait remarquer le lendemain. Antonio avait déjà les idées embrouillés et le bas du ventre en feu. Il ne cherchait même pas à cacher son plaisir ni à le retenir en laissant échapper des gémissements. Les mains de l'espagnol cherchaient désespérément le contact avec la peau du celte. Il fit passer ses doigts sous la chemise complètement trempée de son hôte et les laissa survoler la peau laiteuse parsemé de minuscules tâches de rousseurs. Bientôt, le latin arriva à retirer le linge du corps mouillé de l'irlandais et cola son torse contre le sien. Chacun sentait les battements du cœur de l'autre, presque à l'unisson. Les hanches d'Antonio se mirent alors à bouger contre le bassin de Liam, frôlant son membre avec le sien. Les deux hommes laissèrent échapper des râles de plaisir et comprirent qu'ils en voulaient tous les deux bien plus. D'un mouvement rapide et expert, le roux retira son kilt qu'il fit valdinguer à l'autre bout de la pièce, arrachant à Antonio un sourire des plus satisfait. Il reprit alors les lèvres de l'homme à la peau bronzé et lui offrit un baiser des plus sensuels. Pendant la caresse, il plongea une de ses mains dans l'eau et la passa dans les reins d'Antonio, qui se souleva automatiquement. Il le voulait en lui, il en crevait d'envie depuis des jours tout comme le roux avait envie de sentir la chaleur de son intimité. Ainsi, sans plus attendre, Liam s'enfonça en Antonio qui ne put retenir un long et profond soupir. Carriedo enroula ses jambes autour des hanches de Kirkland qui se mit à bouger en prenant appuis sur le rebord de la baignoire. Jamais au grand jamais, Liam Kirkland n'avait imaginait pouvoir faire pareille chose. Bien sûr, il avait déjà eu des aventures par-ci par-là mais jamais rien de très concret. Même avec Allistor, ils n'étaient pas arrivés à ce stade, malgré la tension sexuelle palpable entre les deux frères. Peut-être parce que justement, ils étaient frères ? Il ne le saurait sans doute jamais. Malgré le fait qu'il soit encore vierge, les gestes de Liam ne trahissaient pas sa pureté, comme si les sentiments qu'il éprouvait pour Antonio le transformaient en expert dans les relations de couples dans tous les domaines.
Le front collé contre son épaule, Kirkland découvrait une nouvelle facette de l'espagnol qu'il commençait réellement à adorer. Cette voix, cette façon de prononcer son prénom, cette manière qu'il avait de se donner complètement… Tout en lui ne lui inspirait qu'amour et désir. Il se prit à penser qu'il voulait tout de lui : ses joies, ses peines, ses inquiétudes, ses rêveries, ses sourires, ses pleurs, sa voix, ses yeux, son cœur, son corps, son âme toute entière… Tout, il voulait tout posséder et tout garder pour lui, comme un avare couverait son trésor. Alors c'était donc cela que ressentait Allistor pour Francis ? Ce genre de sentiment qu'on appelle… Amour ? Kirkland était perdu dans ses pensées lorsqu'un soupir d'Antonio, plus intense et aigu que les autres, le fit revenir sur terre. Il l'avait fait jouir. Cette pensé dessina un petit rictus satisfait sur le visage de Liam qui continua à balancer de violent coup de hanches jusqu'à ce que lui aussi se libère dans l'intimité de son nouvel amant. Il se retira alors et resta un moment, un sourire béat et ridicule sur la figure, simplement à dévorer le visage d'Antonio. L'Espagnol lui sourit alors à son tour et ne put s'empêcher de passer une main sur la joue trempé d'eau et de sueur de l'homme qui était au-dessus de lui.
« Merci. » articula l'homme à la peau dorée.
« Pourquoi ? » lui répondit le roux, sans quitter le regard de son compagnon.
« Pour ça… Et pour toi. » murmura Carriedo.
« Est-ce que tu trouverais ça bizarre si je te disais que… Je suis sûrement tombé amoureux de toi ? »
« Pas le moins du monde. »
« Est-ce que tu… »
Le roux s'arrêta, anxieux de connaître la réponse de son semblable. Ce dernier laissa échapper un petit rire avant de simplement hocher la tête positivement. Liam laissa échapper un petit gloussement avant de plaquer sa main sur ses lèvres et de plonger une nouvelle fois dans les bras de l'espagnol qui avait commencé à rire franchement. C'était deux enfants, deux adolescents. Deux adolescents qui étaient tombés amoureux l'un de l'autre, tout simplement. Plus aucun d'eux n'était une nation, ils étaient juste Antonio et Liam, deux hommes amoureux.
Le reste de la nuit, Liam la passa avec Antonio, lové contre lui, les bras autour de ses reins. Ils vécurent leur passion cachés pendant des mois, sans que personne ne se doute de rien, pas même Ian ni la mégère couronnée. Ils étaient parfaitement heureux, dans leur bulle, sans que personne ne les dérange. C'est ainsi arriva le mois de décembre.
