Bip bip bip bip ! Bip bip bip bip !

Mathieu Sommet étouffa un grognement dans son oreiller. Il détestait se lever tôt. Malgré tout, il ouvrit un œil, et constata qu'il n'était pas dans sa chambre, remplie de posters, de peluches, et SURTOUT, de bordel, mais dans une chambre propre, impersonnelle. Il émergea enfin : il était en Suisse, pour l'expo Polymanga !

Ravi, il sauta de son lit. Il adorait les conférences. Il adorait rencontrer ses fans, non pas par narcissisme mais parce qu'il était très touché par ces marques d'attention de la part d'inconnus, lui qui s'était toujours trouvé très... moyen.

Il se regarda brièvement dans le miroir qui se trouvait à côté du lit. Ouais, il était moyen. Ses cheveux étaient limite frisés, il avait des épis partout. Certes, moins qu'Antoine Daniel, son collège Youtubeur, mais à lui, ça lui allait bien. Il était aussi myope. Et maigrichon. Et petit. Et il avait une bouille de gamin.

Bref ne comprenait vraiment pas pourquoi les fangirls le trouvaient « sexy », « beau », ou même simplement « mignon » ou « pas mal ». Même son travail ne lui plaisait pas tant que ça, il cherchait toujours à se perfectionner, quoi qu'en dise sa fanbase, ses proches, ou même ses collègues de YouTube.

Mathieu soupira, et, attrapant la bouteille d'eau qui se trouvait sur sa table de nuit, avala les petits comprimés et autres gélules qu'il devait prendre tous les matins depuis huit ans, et qui empêchaient ses multiples personnalités de prendre le dessus et se contentent, dans le meilleur des cas, de dire ce qu'elles pensent dans sa tête. Dire que maintenant, son trouble psychologique (que tout le monde pensait fictif) était l'élément-clé de son émission sur YouTube... Selon sa psy, le fait qu'il joue avec ses multiples personnalité lui avait permis de les « dompter ». Il lui avait répondu que le fait qu'il soit shooté avec divers neuroleptiques devait y être pour quelque chose également. Bizarrement, elle n'avait pas aimé. Tant pis.

Mathieu prit ses affaires de toilettes, sortit de sa chambre, et alla à la douche. Dans le couloir, il croisa ce yéti d'Antoine, une serviette de toilette enroulée autour de la taille. Ses cheveux humides étaient lisses et bien coiffés, ce qui n'allait pas durer. Une fois qu'ils seraient secs, l'espèce de touffe défiant les lois de la gravité serait de retour. Mathieu salua son ami:

- Salut Sully ! (en référence au monstre géant et poilu de « Monstre et Cie »).

- Salut Joséphine . répondit Antoine en souriant et en bousculant son aîné (y a-t-il vraiment besoin d'expliquer la référence, là?).

Antoine était vraiment un mec sympa. C'était le seul qui pouvait faire une blague sur la petite taille de Mathieu sans que ce dernier ne le prenne mal. Il y avait quelque chose, dans sa façon de le dire, qui était gentil, amical, presque affectueux. Antoine était un gros nounours. Il était grand, massif, avec un petit bedon, des poils au torse, et du muscle. Tout le contraire de Mathieu.

- On dit toujours que les contraires s'attirent, gamin... murmura une voix perverse dans sa tête, cette même voix qui le suivait depuis huit ans.

- TA GUEULE ! pensa Mathieu. TA GUEULE, je ne veux plus t'entendre !

- C'est grâce à moi que tu fais ton show, tu devrais m'être reconnaissant.

- Silence.

Mathieu ouvrit le robinet, et un flot d'eau glacée se déversa sur lui. La voix s'était tue. Il en soupira d'aise.