J'avais un plan, et il allait m'aider.

J'allai lui rendre visite quelques semaines plus tard. Je pensais au Plan, au moyen de d'intégrer Potter à tout ça. Parce que j'avais besoin d'un complice et que, même s'il était mon ennemi attitré depuis plus de 15 ans, je ne pouvais en parler à personne d'autre. Les conditions étaient idéales : il était seul et semblait assez désespéré pour me suivre.

Le Plan, c'était mon secret, et c'était surtout ce qui m'avait conduit à engager ma vie pour le Département des Mystères.


Tout a commencé à la fin de la guerre, avec les procès des anciens mangemorts. Mon père fut condamné à perpétuité et ma mère, grâce au témoignage de Saint Potter en notre faveur, sortit en libération conditionnelle. Mais la guerre l'avait affaiblie et malgré toute l'attention que je lui portai, elle sombra. J'eus le temps de lui présenter ma fiancée avant que ma génitrice ne succombe de la fièvre entropique.

Astoria Greengrass était la sœur de Daphné, une ancienne camarade de Serpentard, morte peu avant la bataille finale. A cette époque je travaillais à la régulation des objets magiques, job peu passionnant, mais qui me permettait d'agrandir ma collection. Elle travaillait elle aussi au Ministère, mais dans le Département des accidents et catastrophes magique. Elle était magnifique. La première fois que je l'avais croisée, c'était dans l'ascenseur elle m'avait parlé de sa sœur, Daphnée, qui m'aurait laissé quelques babioles testamentaires. J'allais donc chez elle et elle m'offrit un café. Elle me donna les livres que Daphné me léguait : « La mémoire des morts » et «Le fleureur volant et autres contes», versions du XVIIème siècle, magnifiquement reliées. Ensuite nous avons discuté. C'était la première fois que je parlais des morts depuis la fin de la guerre.

Je l'ai revu régulièrement après ça. Et peu à peu je suis tombé amoureux d'elle, de son rire, de son éternel besoin d'autonomie.

On s'est mariés.

Elle est morte en couches, me laissant avec un petit garçon prématuré qui avait grand besoin d'une mère. J'espérai de tout mon cœur qu'il lui ressemble. L'avenir me prouverait le contraire.


Azkaban

Le gardien me conduisait à travers un autre sas de contrôle. Les détracteurs étaient partis, alors il avait fallu trouver une alternative. Heureusement la cellule de Potter n'était pas très loin, j'avais déjà dû passer dans trois de ces sas. Il n'était emprisonné qu'en attendant son jugement, duquel il pourrait ne sortir qu'avec une grosse amende, rien d'insurmontable.

« Voilà, c'est ici. »

Mon guide m'indiqua la grille puis rejoignit son poste. Potter était assis sur sa couchette et me regardait.

« Salut Potter. »

« Je ne veux voir personne. Laisse moi. »

« Ecoute Potter, je sais pourquoi tu es ici. », je lance

« Parce que tu as appelé les Aurors, peut-être ? », il me répond, hargneux, mais il n'a plus l'air aussi fou que cette fameuse nuit. Peut-être y a-t-il une chance…

« je sais ce que tu as essayé de faire. J'ai travaillé sur la Tablette et je connais son pouvoir. Il faut que tu saches que si cet objet ne m'étais pas aussi précieux, je t'aurais laissé t'amuser avec. »

Il a l'air perplexe, alors je lui explique :

« Nous manquons toujours de cobayes volontaires, et ces foutus avatars que nous utilisons disparaissent généralement à la moindre interférence.

Bref, j'ai besoin de quelqu'un pour m'aider à mettre en place mon Plan »

« Et c'est quoi ce plan ? »

« Tout comprendre sur la Tablette de mon vivant. Ce qu'essaient de faire les chercheurs depuis l'existence même de la science. Tout comprendre sur la Vie, le Temps, le Tout. Et finir ma vie avec ma femme, malgré sa mort.»

« Si c'est pour que tu apprennes des rituels de magie noire, je ne vois pas pourquoi je marcherais. »

« Tu es stupide ou tu le fais exprès ? Ca ne vaudrait pas le coup d'utiliser ce petit trésor pour ça. Non, je veux la sauver. Et je pense que t'es dans le même état que moi. Enfin, je suis sûr que je suis pas aussi fou que toi, Potter. Et puis, quitte à transgresser le tabou, j'ai envie de le faire à fond. Sais-tu au moins ce que représente vraiment cette petite boite noire ?»

« Elle permet de changer le cours du temps suivant nos désirs. »

« Elle est beaucoup plus que ça. » je répond, lui laissant ressentir tout mon mépris « C'est un portail qui nous permettrai de voyager à travers le temps, sans soucis de cohérence. Contrairement aux retourneurs de temps, il ne peut pas y avoir de paradoxe puisque l'on voyage dans le temps.

Tu te tuerai enfant que ça n'aurait aucun impact, étant donné que tu serai une entité indépendante de ton passé.

Le passé et le futur ne seraient plus reliés par le présent. Grâce à la Tablette, le lien de causalité disparaît totalement !

Et le plus fascinant c'est qu'étant donné le nombre de combinaisons infini, le voyage temporel n'est probablement pas sa seule application ! »

Il semble surpris. C'est vrai que j'ai fait du chemin depuis Poudlard.

« Tu parles beaucoup pour un langue-de-plomb… Tu n'es pas sensé être empêché de me parler de ça ? »

« C'est un sortilège qui contrôle ce que quelqu'un comme moi peut dire. Il a été désactivé à l'entrée d'Azkaban, grâce à une invention de ta chère Granger, le briseur d'apparences. J'ai dû analyser le sortilège pour le Ministère avant d'autoriser son utilisation, j'ai donc pu constater son effet indésirable par moi-même : tous les sortilèges s'appliquant sur une personne deviennent totalement ineffectifs en entrant dans la prison. Et mes semblables ne semblent au courant, pour l'instant. »

« Et donc c'est quoi le Plan ? », il finit par me demander

C'est ainsi qu'a commencé notre folle aventure de fous.