Salut!

Je suis ravie que le prologue vous ait autant plu :) J'espère que ce premier chapitre sera à la hauteur de vos attentes! Il va déjà répondre à pas mal de questions, je pense.

Merci aux reviewers anonymes que je n'ai pas pu remercier personnellement: Episkey, Aventurine-san, Liz, Morane !

Pour ce qui est du rythme de parution, il sera d'un chapitre par semaine. Par contre, contrairement à l'année dernière, ce ne sera pas forcément le samedi. Ce sera même plutôt le vendredi. Ou le jeudi, ou le dimanche, en fonction de mes horaires de travail qui changent pas mal. Bref, ce sera la surprise, mais je vais essayer de fixer un jour précis.

Sur ce, place au chapitre. Il devrait répondre à pas mal de questions! Enjoy!

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Chapitre 1

La vérité, l'âpre vérité

Georges Jacques Danton

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5 décembre 1986

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-Il faut lui dire la vérité, Pétunia, chuchota Vernon Dursley en jetant un coup d'œil par la porte entrouverte du salon pour s'assurer que le petit garçon qui s'y trouvait ne pouvait saisir leur conversation.

-Mais Vernon, il est encore si jeune, protesta faiblement sa femme. Il n'a que six ans! Nous pouvons encore lui laisser son innocence, ne serait-ce que quelques années de plus. Cela ne coûte rien.

Les parents Dursley se tenaient dans la cuisine de leur petite maison coquette du 4, Privet Drive. Madame Dursley, élancée et sèche, se tenait devant son four flambant neuf, et elle surveillait avec attention la cuisson de sa tourte. Son mari, renfrogné et grognon, était affalé près du plan de travail et il fixait sa femme de ses petits yeux porcins.

-Il est hors de question que mon fils grandisse en entendant de telles sornettes, s'exclama-t-il fortement.

-Plus doucement, protesta Pétunia en jetant un nouveau regard alarmé en direction du salon. Mais cela fait partie de la magie de Noël.

-Pas de ça sous mon toit, hurla aussitôt Vernon en se redressant vivement.

Il jeta un regard tout autour de sa cuisine flamboyante, l'air soudain effrayé. Il ne se passa évidemment rien d'étrange ou d'inattendu et, au bout de quelques secondes d'un silence profond, il se tourna vers sa femme et lui jeta un regard sévère.

-Je ne veux pas de ces balivernes dans ma maison. Nous allons immédiatement dire la vérité à Dudley sur ce Père Noël de malheur. Il nous remerciera quand il sera grand et qu'il sera devenu un homme rationnel et terre à terre.

Pétunia se précipita vers son mari et posa ses deux mains émaciées sur son torse imposant.

-D'accord, céda-t-elle précipitamment. Mais faisons cela après avoir terminé le sapin, tu veux? Je ne veux pas gâcher ce moment que notre Duddy aime tant.

Vernon donna son accord dans un grognement rauque. Pétunia lui déposa un bref baiser sur la joue avant de s'en aller dans le salon pour aider son petit garçon potelé à enrouler les guirlandes autour de leur arbre de Noël.

-Vernon! Appela-t-elle. Viens nous aider! La décoration du sapin doit se faire en famille, c'est important.

Grognant, Vernon rejoignit néanmoins sa petite famille dans le salon. Il observa avec affection son fils sautiller avec excitation tout autour de l'arbre en tendant des guirlandes rose bonbon à sa mère. Le sourire attendri et fier du père de famille se fana sur son visage lorsqu'il avisa le deuxième petit garçon qui vivait dans sa maison et qui se tenait timidement sur le pas de la porte.

Harry Potter était aussi brun que Dudley était blond. Là où Dudley était grand et costaud, Harry était petit et fin. Ses grands yeux verts étaient constamment teintés de cette mélancolie qui attendrissait les adultes croisant son chemin. Tous, sauf son oncle et sa tante.

-Toi là, aboya Vernon en le désignant d'un doigt menaçant. Ne reste pas planté là, va donc sortir les poubelles, tu seras bien gentil.

Harry lui jeta un regard impassible avant de disparaître dans le couloir. Les rires ravis et excités de son cousin le suivirent tandis qu'il se dirigeait silencieusement vers la porte d'entrée de la maison. Il enfila rapidement le vieux blouson de son cousin dont il avait hérité et s'empara du sac poubelle qui lui sembla peser une tonne.

La nuit était déjà tombée et il neigeait doucement dehors. Harry s'arrêta un instant afin de voir si les fins flocons tenaient au sol. La rue était silencieuse, un silence de mort qui angoissa quelque peu le petit garçon. Il traîna son lourd sac le long de l'allée impeccable de la maison de son oncle et sa tante, évitant soigneusement de regarder son reflet misérable dans la tôle resplendissante de la voiture de son oncle.

Harry n'avait jamais aimé Noël. Au contraire de son cousin qui devenait de plus en plus excité au fur et à mesure que la période des fêtes approchait, lui devenait de plus en plus mélancolique. Comme le répétait sans cesse sa tante, Noël était une fête de famille, et Harry n'avait pas de famille. Noël n'était donc pas une fête pour lui. C'était une période qui le rendait triste et malheureux. Jamais il ne regrettait plus la mort de ses parents qu'à cette période-là.

Le portail du jardin grinça bruyamment quand Harry l'ouvrit. Un peu apeuré par l'obscurité et le silence ambiant, le jeune garçon se figea sur place, aux aguets. Ses yeux balayèrent la rue sombre devant lui et ils furent irrémédiablement attirés par la silhouette silencieuse qui se tenait, immobile, appuyée contre le lampadaire le plus proche. Le souffle de l'enfant se bloqua dans sa gorge tandis qu'il fixait la forme sombre qui semblait, de ce qu'il pouvait en voir, le dévisager. Malgré la lumière blafarde du lampadaire qui tombait directement sur la silhouette négligemment appuyée contre son poteau, Harry ne pouvait distinguer les traits de son visage. Il devinait qu'il s'agissait d'un homme, mais le corps tout entier de l'inconnu était dissimulé par une ample cape noire, et son visage était caché par une large capuche.

Il sembla à Harry qu'un temps infini passait tandis que tous deux se fixaient sans un mot. De l'autre côté de la rue, la silhouette était aussi immobile qu'une statue de marbre. Pourtant, Harry fut saisi d'un profond sentiment de peur. Il laissa lourdement tomber le sac poubelle près du portail du jardin, qu'il referma précautionneusement derrière lui, sans cesser de fixer la haute silhouette.

Harry tourna brusquement les talons et, le pas précipité, il remonta l'allée de gravillons jusqu'à la porte de la maison. La main sur la poignée, il se retourna brièvement. L'homme n'avait pas esquissé le moindre geste. Il se tenait toujours nonchalamment appuyé contre le lampadaire, sa longue robe noire ondulant doucement sous le léger souffle du vent. Harry ne pouvait distinguer ses yeux, pourtant il lui semblait qu'il pouvait sentir le regard de cet inconnu directement braqué sur sa personne. Un long frisson remonta le long de son échine, et il s'empressa de rentrer dans la maison, dont il ferma les deux verrous à clef.

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25 décembre 1986

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Harry n'avait jamais eu l'occasion de croire au Père Noël. Depuis tout petit, il avait accompagné sa tante tandis qu'elle déambulait durant des heures dans les magasins de jouets afin de trouver le cadeau parfait pour son fils. Pourtant, il fut aussi déçu que Dudley quand ce dernier fut mis violemment face à la triste vérité.

C'était, pourtant, plutôt logique. Il faut dire que les Dursley haïssaient littéralement tout ce qui se rapprochait de près ou de loin au surnaturel, à l'imaginaire, ou à la magie. Il était donc normal que leur jeune fils, maintenant qu'il grandissait et qu'il se construisait peu à peu un esprit logique et rationnel, n'ait plus le droit de croire en de telles sottises.

Dudley se montra grincheux et insupportable, en voulant terriblement à ses parents de lui avoir menti pendant six ans sur ce personnage irréel qu'était le Père Noël. Harry, lui, aimait la magie et le mystère qui tournaient autour de ce personnage imaginaire, et savoir qu'ils étaient désormais bannis de la maison de son oncle et de sa tante le rendait nostalgique. Le Père Noël, ou qui que ce soit, ne lui avait jamais apporté le moindre cadeau, pourtant l'ambiance de Noël l'avait toujours séduit. C'était une période de l'année où il se sentait plus triste et plus seul que jamais, mais il aimait se balader dans les rues et s'imprégner de cette ambiance festive, s'imaginer qu'il avait lui aussi une famille qui l'aimait et qui se réjouissait à l'idée de lui offrir des cadeaux et de voir ses yeux s'illuminer le matin de Noël.

A l'aube du 25, tandis que son cousin s'extasiait devant ses nouveaux jouets flambants neufs, Harry sortit discrètement de la maison. C'était précisément le genre de moment où il se sentait de trop, et où le poids du rejet pesait lourdement sur ses épaules. Il savait que son oncle et sa tante ne désiraient pas sa présence auprès d'eux pour ce moment intime et familial, et c'est le cœur lourd et l'air malheureux qu'il remonta lentement la rue de Privet Drive, plus seul que jamais.

En ce matin de Noël, il n'y avait pas âme qui vive dans les rues, et c'est dans un silence pesant que le jeune garçon prit la direction du parc du quartier. Il imaginait, à l'intérieur des maisons, les familles réunies autour du sapin en train d'ouvrir les cadeaux. C'était un bonheur auquel Harry n'aurait jamais droit et cette réalité était dure à assimiler pour un garçon de six ans.

Il pleuvait doucement, et les gouttelettes d'eau glissaient silencieusement dans les cheveux d'un noir de jais du garçonnet. Son blouson, trop grand pour lui, battait ses flancs.

Le moral d'Harry remonta quelque peu quand il avisa les balançoires libres du parc. Harry se mélangeait rarement aux autres jeunes du quartier, et il venait souvent dans ce parc quand il y avait du monde autour. Il pouvait donc rarement profiter librement des jeux mis à la disposition des enfants. Il courut jusqu'à l'une d'elles, sur laquelle il s'assit habilement, l'air ravi. Il ne lui fallait pas grand-chose pour être satisfait. Lui qui n'avait pas grand-chose savait se contenter de peu.

-Bonjour, Harry.

Bien que la voix n'ait pas été plus forte qu'un murmure, Harry sursauta. Il sauta prestement de la balançoire et fit vivement volte face. Un homme se tenait derrière lui, négligemment appuyé contre l'un des montants de la balançoire, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon. La pose nonchalante fit immédiatement remonter en Harry le souvenir encore vif d'une silhouette immobile dans l'obscurité, quelques jours auparavant. Il sut instantanément qu'il s'agissait du même homme. Aujourd'hui, cependant, sa lourde capuche était abaissée, et Harry pouvait distinguer les traits de son visage.

Il s'agissait d'un homme d'une trentaine d'années, de ce qu'Harry pouvait en dire. Grand, élancé, il possédait des traits fins et harmonieux qui lui conféraient un charme certain, un charme un peu ténébreux qui le rendait séduisant. Ses cheveux étaient d'un noir profond, légèrement ondulés, qui tombaient devant ses yeux en des mèches désordonnées.

Harry fut instantanément happé par le regard de cet inconnu. Il possédait deux orbes d'un noir intense, profond, impénétrable. Du haut de ses six ans, Harry n'avait jamais vu pareil regard. Il lui sembla qu'il avait le pouvoir de le transpercer de part en part, de voir à travers son corps et son âme. Harry en fut de suite impressionné. Il fut, pendant de longues secondes, incapable de se détourner de ce regard impénétrable qui le maintenait prisonnier autant que pouvait le faire une poigne de fer.

-Comment connaissez-vous mon prénom? Demanda finalement Harry.

Méfiant, il fit quelques pas en arrière. La balançoire oscillait paresseusement entre eux et le silence qui les entourait avait quelque chose d'angoissant. Cet homme n'inspirait à Harry aucune confiance. Son accoutrement des plus étranges, tout de noir, son attitude nonchalante, son regard acéré, sa beauté entêtante, tout en lui mettait Harry mal à l'aise et hurlait au danger.

Il avait envie de mettre le plus de distance possible entre sa personne et cet étranger, cependant, cet homme avait réussi en un tour de main à faire rester l'enfant à ses côtés. Il avait éveillé sa curiosité.

-Qui ne connait pas ton prénom? Susurra-t-il.

Il avait une façon de parler, à peine plus fort qu'un murmure, qui dégageait une certaine autorité. Harry était certain qu'il était le genre d'homme qui arrivait à attirer, et à garder, toute l'attention sur lui sans faire aucun effort. Il possédait une nonchalance et un charisme qui pouvaient, en un sens, être impressionnants.

-Je ne comprends pas, avoua Harry sans sourciller. Est-ce que vous m'espionnez?

Les lèvres de l'inconnu s'étirèrent en un sourire en coin narquois. Harry le trouva effrayant, particulièrement lorsqu'il se redressa subitement. Les mains dans les poches, il s'avança lentement en direction du jeune garçon qui, trop pétrifié pour esquisser le moindre geste, le regarda simplement approcher.

-Qu'est-ce qui te fait croire cela?

-Comment connaissez-vous mon nom? Demanda à nouveau Harry.

L'inconnu s'arrêta à quelques centimètres devant Harry et le toisa de toute sa hauteur. Harry fut contraint de rejeter la tête en arrière pour pouvoir continuer de le fixer dans les yeux. L'homme se pencha légèrement en avant, vrillant le jeune garçon devant lui de son regard implacable.

-Il y a peu de choses que je ne connais pas de toi, mon jeune Harry.

Harry fronça les sourcils. Il recula précipitamment de quelques pas, désireux de garder entre lui et cet inconnu une distance raisonnable. La présence, toute en charisme et sourire effrayant, de cet homme le mettait grandement mal à l'aise. C'était précisément le genre d'homme contre lequel sa tante Pétunia mettait son fils Dudley en garde.

Les yeux noirs s'arrachèrent à ceux émeraude d'Harry et se posèrent sur la cicatrice en forme d'éclair qui ornait le front de l'enfant. Un éclat étrange passa dans ses iris noirs. Il leva une main fine aux longs doigts et, pendant une courte seconde, Harry pensa qu'il allait en poser un sur sa cicatrice. Mais il n'en fit rien. Il se contenta d'effleurer les mèches indomptables du jeune garçon, avant que sa main ne disparaisse à nouveau dans la poche de son pantalon noir.

-Oui, dit-il. Je connais beaucoup de choses sur toi. Probablement même plus que toi.

-Comme quoi? Interrogea Harry.

Le sourire glacial de l'homme s'agrandit. C'était un sourire un peu tordu, qui dévoilait des dents blanches derrière des lèvres d'un rouge sanguin. Harry s'éloigna à nouveau de quelques pas.

-Tu as six ans, Harry, et ce depuis le 31 juillet. Tes parents sont morts alors que tu n'étais encore qu'un bébé et tu as été placé, par des personnes peu attentionnées, chez tes plus proches parents encore vivants, ton oncle et ta tante, tous deux Moldus. Chez eux, et dans l'indifférence générale de ces mêmes personnes peu attentionnées, tu souffres de négligence et de maltraitance. Tu dors dans un placard, tu manges peu et mal, tu es rejeté et délaissé, battu par ton cousin et tu t'abîmes à des tâches peu appropriées pour un enfant de ton âge.

Harry avait la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. Il était à présent totalement effrayé par l'ampleur des connaissances que cet inconnu possédait sur lui. Qui était-il, pour savoir autant de choses sur lui? Cet homme lui voulait-il du mal? A voir son regard avide posé sur lui, Harry pensait connaître la réponse à cette question.

Il fit précipitamment plusieurs pas en arrière, manquant de trébucher et de s'étaler par terre. L'homme le regarda s'éloigner de lui avec un air totalement impassible, ses yeux noirs posés sur Harry avec intensité. Il fit un simple pas en avant et ajouta en direction de l'enfant qui s'enfuyait:

-Et tu es un sorcier, bien sûr. Mais cela, tu ne le sais pas encore.

Apeuré, Harry tourna brusquement les talons et prit ses jambes à son cou. Il ne se retourna pas pour voir le regard noir impénétrable qui le suivit jusqu'à ce qu'il disparaisse.

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1er Janvier 1987

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Ce n'est qu'une semaine plus tard qu'Harry trouva le courage de retourner au parc. Il fuyait une fois de plus la maison de son oncle et de sa tante, trop étouffante. Cette indifférence menaçait de le rendre fou. Il ne demandait qu'un peu d'attention, que quelqu'un s'intéresse à lui, ne serait-ce que quelques secondes. Harry avait hâte que les vacances prennent fin. Il pourrait alors quitter la maison une bonne partie de la journée pour aller à l'école, et le jeune garçon ne demandait rien de plus.

Le soir tombait autour de lui, et il faisait un froid glacial. Il enfonça son menton dans l'écharpe rapiécée qu'il portait et remonta la rue déserte en direction du parc. Personne n'avait osé affronter le froid glacial pour venir ici, et Harry en était à la fois satisfait et effrayé.

De sa démarche sautillante caractéristique des jeunes enfants, il se dirigea vers l'une des balançoires et s'y assit délicatement. Il battit des jambes dans l'air pour se balancer et fut gelé en quelques secondes lorsque l'air arctique s'écrasa sur son nez et ses doigts. Il posa sa tête contre le montant en fer de la balançoire et se laissa osciller lentement dans un silence écrasant.

Au bout d'un moment, pris d'une intuition soudaine, il tourna la tête et jeta un regard par-dessus son épaule.

Il se trouvait là, assis nonchalamment sur un des bancs en pierre du parc, les jambes croisées et les mains dissimulées dans les poches de sa lourde cape. Ses yeux d'un noir profond étaient directement posés sur Harry et il haussa un sourcil lorsque le jeune garçon tourna la tête dans sa direction. On aurait dit qu'il se trouvait là depuis toujours. Harry aurait été bien en peine de dire depuis combien de temps il était assis là, sur ce banc, dans ce parc désert. Il ne semblait pas gêné outre mesure par le froid ambiant et ses mèches noires volaient librement autour de son visage.

Le souffle d'Harry se bloqua dans sa gorge tandis qu'il était happé par ce regard intense.

-Tu es revenu, finalement, remarqua l'homme.

Harry se demanda brièvement s'il était resté là depuis leur dernière entrevue, mais il jugea rapidement que c'était impossible. Il faisait bien trop froid, et cela faisait une semaine qu'il n'était plus venu dans ce parc. Pourtant, c'était un peu ce que les paroles de l'homme sous-entendaient. Qu'il avait attendu Harry tout ce temps.

-Est-ce que vous m'avez attendu? Interrogea-t-il candidement. Tout ce temps?

L'homme ne répondit rien. Harry s'agrippa aux montants de sa balançoire et, prudemment, il se tourna sur son siège pour faire face à son interlocuteur. Le silence s'installa entre eux pendant de longues secondes. Harry se balançait doucement. Le regard que cet inconnu posait sur lui l'intimidait grandement, mais la curiosité l'emportait largement sur son malaise.

-Comment connaissez-vous toutes ces choses sur moi?

-Parce que tu es célèbre, Harry.

Harry haussa les sourcils. Il hésita brièvement, puis un sourire perplexe étira ses lèvres bleuies par le froid. Il crut un instant que l'autre allait lui aussi rire de l'absurdité qu'il venait de prononcer, mais il n'en fit rien. Il resta mortellement sérieux, fixant Harry d'un air sévère intimidant. Face à ce visage autoritaire, Harry retrouva rapidement son sérieux.

-Je ne suis pas célèbre, contredit-il.

-Il me semblait pourtant t'avoir démontré l'autre jour combien je connaissais plus de choses sur toi que toi-même.

Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il se rappela de sa frayeur, quelques jours auparavant, lorsque cet inconnu avait débité toutes ces vérités sur sa personne. Il resta songeur pendant quelques secondes.

Face à lui, l'homme extirpa soudain l'une de ses mains de sa poche et commença à jouer avec un long et fin bâton en bois. Harry le fixa pendant quelques secondes avant de reporter son attention sur l'homme lui-même. Il y avait quelque chose en lui qui lui hurlait de ne pas baisser sa garde face à cet inconnu. Que tout manque de vigilance entraînerait un accident regrettable. Harry entendait souvent son oncle et sa tante parler de ce qui arrivait à des enfants de son âge lorsqu'ils étaient seuls, et il était effrayé que quelque chose de tel lui arrive.

Mais paradoxalement, il était poussé par une curiosité dévorante. Il lui semblait que cet homme, aussi dangereux et mystérieux qu'il soit, avait quelque chose à lui apprendre. Et Harry voulait savoir.

-Si je suis célèbre, pourquoi personne ne me connaît, dans ce cas? Demanda-t-il.

Il leva le menton, persuadé d'avoir soulevé un point capital. En face de lui, l'homme se caressa doucement le menton du bout de son bâton, fixant Harry avec une intensité hors du commun.

-De là où je viens, tout le monde connaît ton nom, affirma l'homme de son ton toujours aussi posé.

Il parlait doucement, mais paradoxalement, Harry n'avait pas de mal à le comprendre. Il y avait quelque chose d'attractif dans la façon dont cet homme le fixait. Harry avait l'impression qu'il était intéressé par lui et c'était un sentiment totalement inédit pour le jeune garçon.

-Et d'où venez-vous?

-D'un monde où Harry Potter est un nom connu, respecté, et admiré.

Harry sourit tristement.

-Nous ne venons certainement pas du même monde, alors, rétorqua-t-il en songeant à son oncle et sa tante, et tout le mépris qu'ils lui portaient.

-N'en soit pas si sûr.

Harry le fixa, mais il arborait un air totalement impassible impossible à lire. Le vent souffla violemment dans son dos et la balançoire sur laquelle il était assis oscilla doucement. Ses pieds raclèrent le sol, soulevant un nuage de poussière qui fut emporté par la bourrasque.

-Est-ce que vous n'êtes pas anglais? Demanda-t-il.

-Je suis anglais, répondit l'homme après quelques secondes de silence.

-Personne ne me connaît, en Angleterre, fit remarquer Harry en haussant les épaules. Juste mon oncle, ma tante, mon cousin, et mon maître d'école.

Il y eut un bref silence, puis il lâcha:

-Tous des Moldus.

Harry ne comprit pas l'expression, pourtant il distingua dans le ton de cet étranger un mépris si violent qu'il conférait à la haine. Pendant un court instant, il fut si effrayé qu'il songea se lever et partir, mais il fut retenu par cette même curiosité dévorante qui l'avait poussé à revenir ici en tout premier lieu. Il s'accrocha plus fermement aux chaînes de sa balançoire.

-Des Moldus, répéta-t-il, perplexe.

-Des gens sans pouvoirs magiques, consentit à expliquer l'homme. Tu vis parmi eux, et dans leur monde, tu n'es pas plus célèbre que moi.

Harry approuva doucement de la tête. Il n'était pas sûr de comprendre où cet étranger voulait en venir, mais il lui semblait sage de ne pas le contredire ou le contrarier. Il dévisagea son interlocuteur avec une intensité nouvelle, se demandant si un homme si froid et si impressionnant en apparence pouvait être mentalement dérangé. Harry, qui vivait depuis tout petit chez les Dursley, était bien placé pour savoir que personne ne possédait de pouvoirs magiques, Moldus ou pas.

-Tu es célèbre parmi les sorciers, ajouta-t-il au bout de quelques secondes.

La phrase raviva en Harry un souvenir furtif qu'il avait oublié. Il se redressa et dit:

-Et je suis un sorcier. Vous l'avez dit, la dernière fois.

-Précisément.

Harry se rappela de ces histoires que leur racontait son maître d'école pendant les temps calmes, après le repas. Il y était parfois question de sorciers ou sorcières, et Harry se les représentait voûtes, machiavéliques, avec un sourire mauvais et un chapeau pointu, composant des potions à base de bave de crapaud et d'œil de corbeau. Il n'avait rien de tout cela, même si son oncle le traitait régulièrement de monstre.

-Et pourquoi est-ce que je suis célèbre, chez les sorciers? Je ne les connais pas, et je n'ai rien fait de spécial.

Il y eut un bref silence, puis il répondit dans un souffle à peine plus fort qu'un murmure:

-Tu es célèbre parce que tu es spécial.

Harry fronça les sourcils. Il se redressa sur sa balançoire et jeta un regard mauvais à son interlocuteur, parfaitement impassible.

-Je ne suis pas spécial, rétorqua-t-il sèchement. Je ne suis pas différent. Je ne suis pas un monstre!

Face à cette soudaine colère, l'homme se contenta de lisser les plis de sa cape, l'air indifférent. Rien ne semblait pouvoir briser son masque de quiétude et de nonchalance, certainement pas la colère d'un enfant de six ans. Il se contenta de répondre:

-Ai-je dit cela?

-Vous avez dit que je suis différent!

-Spécial, rectifia-t-il doucement.

Il fit habilement tourner son bâton entre ses longs doigts, son regard noir fixé sur Harry. Il y avait quelque chose d'inquiétant, d'à la fois sombre et passionné dans la façon dont il avait de le regarder, et Harry en était apeuré. Personne ne l'avait jamais regardé de cette manière. Personne ne s'était jamais intéressé à lui. Il était étrange que ce soit cet homme insensible et inquiétant qui le fasse pour la première fois.

Il y avait en lui quelque chose de dangereux, même si son attitude n'avait rien d'agressive. Il ne s'était montré ni violent, ni agressif face à Harry, pourtant le jeune garçon, du haut de ses six ans, avait l'étrange impression qu'il pourrait, s'il en avait envie, lui faire du mal. Malgré son apparence irréprochable et son attitude posée, il y avait en lui quelque chose de sauvage, d'incontrôlable, qui criait qu'il ne se trouvait pas en présence d'un homme normal. Un homme sain d'esprit.

Par ailleurs, quelqu'un qui savait sur lui autant de choses, et qui proférait de tels propos sans ciller, ne pouvait être que malsain.

-Je ne suis pas un monstre, réitéra Harry, qui se répétait inlassablement cette même phrase, chaque soir, avant de s'endormir.

Comme pour se prouver à lui-même que c'était la stricte et pure vérité. Qu'il était un enfant normal. Un enfant délaissé et maltraité, mais un enfant sensé, normal.

-Pourtant, il se passe parfois de drôles de choses quand tu es triste, en colère, ou apeuré.

Harry écarquilla les yeux. Sa bouche s'ouvrit en un "oh" muet. Il se demanda brièvement comment cet homme pouvait savoir cela, avant de se rappeler qu'il savait déjà beaucoup de choses sur lui. La peur revint brutalement, le submergeant avec une telle violence qu'il en oublia pendant quelques secondes comment respirer.

Des images floues se succédèrent rapidement dans son esprit, sans ordre apparent: des cheveux qui repoussent en une nuit, un verrou fermé de l'extérieur qui s'ouvre tout seul, le molosse de la tante Marge qui s'étouffe sans raison visible, un saut anodin qui le propulse pourtant sur le toit de son école.

-Est-ce que vous êtes un docteur? Demanda-t-il dans un souffle à peine audible en s'agrippant aux chaînes de sa balançoire.

L'homme eut un sourire sans joie avant de continuer, ignorant sa question:

-Des choses qui n'arrivent généralement pas aux enfants normaux.

Harry sauta à bas de sa balançoire, les points serrés.

-Je ne suis pas fou, cria-t-il.

Il jeta à cet inconnu un regard féroce et tourna les talons. Il s'enfuit en courant aussi vite qu'il le pouvait, persuadé que l'homme allait le rattraper pour le jeter sans cérémonie dans un asile. Là où, d'après son cousin, il avait une place réservée, car un monstre, un fou, n'avait rien à faire parmi les gens normaux.

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Verdict? Qu'en avez-vous pensé? Avez-vous deviné qui est l'inconnu de Harry? Comment le trouvez-vous? Et la réaction de Harry?

Que pensez-vous de ce premier chapitre? Il répond à vos attentes? J'espère que oui!

A la semaine prochaine pour la suite! :)

Natom, 10/04/2015