Depuis trois jours, la petite compagnie errait dans la forêt, sans trouver ce pourquoi elle s'y était égarée. Cet endroit n'était qu'à quelques lieues de Drakenhof. Drakenhof, le château mille fois maudit où séjournait la dynastie des von Carstein depuis des temps immémoriaux. Drakenhof et ses alentours étaient littéralement corrompus par la malepierre. On chuchotait qu'un morceau de Morrslieb s'était écrasé sur les lieux pendant la Pluie de Comètes qui avait eu lieu mille quatre cents ans plus tôt, infectant ainsi la terre elle-même d'une malignité corruptrice. Les habitants de Sylvanie étaient d'ordinaire peu enclins à se montrer joyeux et en bonne santé, ceux de Drakenhof courbaient l'échine en permanence sous la menace de la maladie et de la mutation.
Quatre hommes étaient en train de faire une battue. Ils venaient de loin.
L'un d'eux avait vu le jour à Nuln, le « Joyau de l'Empire ». Son nom était Frantz. C'était un petit jeune homme blond, à peine adulte, mais qui avait déjà perdu l'enthousiasme de la jeunesse, après avoir vu son village dévasté par une horde d'Orques. Seule la vengeance par le sang des ennemis par l'Empire le motivait désormais.
Beckett, le deuxième rabatteur, était un personnage grand et maigre, avec une longue moustache rousse. Il serrait dans ses mains une longue arquebuse surmontée d'une lunette de visée qui augmentait sensiblement ses chances d'abattre une cible à longue distance. Originaire d'Altdorf, il était d'une nature taciturne, et ne parlait jamais de son passé, ni des raisons qui l'avaient poussé à suivre cette voie.
En arrière se tenait le plus âgé de la petite compagnie. Un Nain, engoncé dans un pourpoint de cuir bouilli, répondant au nom de Klemet, qui surveillait les arrières du groupe, une grande hache à double tranchant entre les mains. Curieusement, il était plus bavard que Beckett, et n'avait pas son pareil pour remonter le moral de la compagnie, à grands renforts de chansons paillardes. Mais il n'avait pas le cœur à chanter, se contentant de marmonner quelques syllabes inintelligibles dans sa barbe brune. Il n'osait pas le montrer, mais il n'était vraiment pas tranquille.
Ce n'était guère étonnant quand on savait que ces quatre hommes étaient les seuls rescapés d'une compagnie qui en avait compté une douzaine. Et l'homme de tête, le capitaine, ne cessait d'y penser tout en coupant les branches sur son passage de sa hache.
Hallbjörn Ludviksson venait de Norsca, ce pays lointain tout au nord de l'Empire, au-delà du Kislev. La Norsca était la porte directe vers les Royaumes du Chaos, où nulle âme sensée ne songeait à s'égarer. Lui avait affronté les démons à plusieurs reprises. Un jour, la horde de berserks dont il faisait partie fut vaincue par un contingent de guerriers du Chaos. Cette défaite avait surpris et énervé le Norse. Lui et ses frères d'armes s'étaient montrés plus nombreux, plus motivés, et pourtant ils s'étaient laissés déborder, et finalement massacrer.
Hallbjörn avait compris que les servants démoniaques avaient bénéficié de quelque chose qui avait fait défaut aux Norses une science nommée « stratégie », qui permettait de tirer parti de tous les paramètres pour élaborer des plans complexes d'attaque et de défense. Il avait décidé de partir au sud, dans l'Empire, pour trouver un professeur pour lui enseigner ce savoir. Il avait commencé sa formation en s'inscrivant dans l'Académie militaire d'Altdorf, et avait pris du galon.
S'il avait appris quelques rudiments sur les combats de masse et les différentes formations de rang, il avait surtout participé à des « missions spéciales ». Impliqué malgré lui dans un vaste complot des servants de Khorne, le dieu du sang et des batailles, il avait compris que le Vieux Monde ne tournait pas d'une manière simple et directe. Il avait pu passer quelques semaines chez lui, et enseigner ce qu'il avait appris. Puis le Graf Boris Todbringer de Middenheim l'avait envoyé accomplir une tâche particulière.
Bien que soldat impérial, il avait acquis le statut de « chasseur d'ombres ». Sur sa main droite, le dieu Ulric lui-même avait imprimé sa marque, un symbole représentant un loup tenant entre ses pattes un marteau. C'était le signe qu'il était choisi pour unir fidèles de Sigmar et adorateurs d'Ulric sous une même bannière contre les ennemis de l'Empire.
Et donc, le Graf l'avait envoyé faire un travail de reconnaissance, à l'autre bout de l'Empire, dans le plus grand secret. Ici, au fin fond de la Sylvanie, se cachait la Terreur du Sous-Bois. Des histoires locales parlaient d'un monstre, d'un bataillon de mort-vivants, de mutants… il fallait en avoir le cœur net. Hallbjörn n'était pas l'agent spécial le plus proche de la source du problème, mais son appartenance au peuple des Norses avait encouragé le Graf à le désigner. Les Norses, plus habitués au Chaos, étaient par essence plus braves et plus combatifs. Hallbjörn s'était vu confier le commandement d'un petit bataillon de onze volontaires. Pour eux, c'était une sorte d' « examen de passage » pour gravir un échelon.
Or, depuis qu'ils avaient quitté Altdorf, tout était allé de travers. D'abord, l'un avait finalement déserté. Puis, au-delà de Nuln, une bande d'Orques avait attaqué leur convoi. Deux morts. La descente sur le fleuve du Stir n'avait pas été paisible, non plus, et trois d'entre eux avaient succombé aux flèches des naufrageurs d'un bateau pirate. Arrivés aux abords de Mordheim, la Cité des Damnés, la cupidité avait poussé l'un d'entre eux à faire un détour vers la ville abandonnée, réputée contenir maints trésors. Il n'y avait trouvé que la damnation, cet endroit étant rempli de substances très dangereuse, notamment la malepierre, cette cristallisation de l'énergie des vents du Chaos, dont le contact provoquait la mort, ou pire les mutations. Il n'avait fallu qu'une seule balle à Beckett pour mettre fin aux souffrances du malheureux. Enfin, ils avaient dépassé Vanhaldenhof, et s'étaient enfoncés dans le Bois Sinistre, où des loups énormes et sauvages avaient dévoré vivant le plus jeune membre de l'expédition.
Et donc, ils n'étaient maintenant plus que quatre. Enfin arrivés là où se trouvait cette fameuse « Terreur des Sous-Bois ». Ca s'annonçait mal. La nature elle-même était hostile. Les arbres, nombreux et resserrés, étaient tous de couleur noire, leurs branches et leur tronc étaient tordus, leurs feuilles grisâtres et dures craquaient sous les semelles de leurs bottes. Un petit vent glacial soufflait aux oreilles de Frantz qui frissonna.
- Capitaine ?
Le Norse se tourna vers le jeune Impérial.
- Ouais, qu'est-ce qu'il y a ?
- Il fait le même temps en Norsca ?
En effet, le soleil ne paraissait jamais, car une couverture de nuages gris occultait tout le ciel. On distinguait vaguement la forme ronde du disque doré, dont les rayons ne parvenaient pas à réchauffer la peau du visage du cadet. Le Norse, grand, blond, avec une barbe bien taillée, correspondait à l'archétype qu'on se faisait des habitants du nord. Lui était habitué à ces conditions climatiques.
- Ouais.
- Ca ne doit pas beaucoup vous gêner ?
- Je peux même dire que pour moi, il fait bon. Il ne pleut pas, il ne neige pas.
- Capitaine !
Beckett s'était figé, main levée. Plus personne ne bougea. Le tireur murmura :
- J'ai entendu quelque chose…
Soudain, il pivota sur ses talons, et leva son fusil vers l'un des arbres. L'arquebuse gronda. La balle frappa le tronc, et quelque chose tomba de l'arbre avec un cri suraigu. Aussitôt, Klemet et Frantz se jetèrent sur l'individu et le maîtrisèrent en un clin d'œil.
- Rat ! aboya le Nain.
Hallbjörn écarquilla les yeux de surprise. Pas de doute, l'être qui gémissait, se débattait vainement entre les bras de ses deux hommes était un Skaven. Un homme-rat, en chair et en fourrure.
Ce n'était pas la première fois que le Norse voyait une telle créature. Il avait déjà fait un peu de « nettoyage » au cours de patrouilles dans les égouts de la capitale. Deux choses, cependant, n'étaient pas habituelles. Pour commencer, les Skavens ne s'aventuraient que rarement à l'extérieur, dans les campagnes, et préféraient rester dans leurs souterrains sous les grandes villes. Ensuite, il était dans un triste état. Couvert de sang, les yeux exorbités, la bouche écumante, tremblant comme une feuille, vraisemblablement mort de peur, et pas à cause des quatre soldats.
- On va lui faire sa fête, à cette face de rat ! grogna Frantz en tirant sa dague de son ceinturon.
- Non ! cria le Norse en levant la main.
Klemet et Frantz relevèrent leur prisonnier de force. Celui-ci ne pensait même pas à se défendre. Il bégayait :
- Pitié-pitié ! Pas faire de mal à Skousîkh ! Skousîkh a peur-terrifié !
Le Norse resta de glace. Le Skaven gémissait et sanglotait, traumatisé.
- Mettez-le à genoux ! ordonna Hallbjörn.
- Faut qu'on l'égorge ! répliqua le Nain.
- Qu'on le saigne, comme la saloperie du Chaos qu'il est ! grinça Frantz entre ses dents serrées à en éclater.
Déjà, Beckett avait tiré son épée, et avançait. Le Skaven cria encore de désespoir. Hallbjörn retint le tireur en posant sa main sur sa poitrine.
- Arrête.
- Capitaine, vous n'allez tout de même pas…
- Je te dis d'arrêter ! Range ton arme, soldat. Et vous autres, tenez-le, mais ne le serrez pas trop fort !
Le Norse s'accroupit près du Skaven. Il lui parla calmement.
- Écoute bien, crâne de piaf : je crois que tu sais quelque chose. Un Skaven tout seul n'aurait rien à faire ici.
- Skousîkh gentil-obéissant, chose-homme ! Pitié, ne me tue pas !
Hallbjörn saisit le prisonnier au menton, serra sa mâchoire inférieure entre le pouce et l'index pour l'immobiliser, le forçant à le regarder dans les yeux.
- Je ne vais pas te tuer. Tu vas me dire ce que tu fais ici, et après je te laisse partir. Compris ?
- Ou… oui, ô guerrier grand et fort ! articula difficilement le Skaven.
- Attention, si tu essaies de t'échapper, mes amis t'arracheront la tête et la queue ! C'est bien clair ?
- Oh oui, oh oui, noble et puissant seigneur !
Le capitaine relâcha sa prise, et demanda posément :
- Bon. Qu'est-ce que tu fais là ? Les Skavens se déplacent toujours en bande, surtout quand ils vont à la surface !
- C'est vrai-vrai, mais Skousîkh… trop peur. Trop affreux.
- Qu'est-ce qui te fait peur, Skousîkh ?
Le Skaven pleurnicha de plus belle.
- Skousîkh suit Prophète Gris Krasteech.
- Un Prophète Gris ! répéta Klemet. Y a un Prophète Gris dans le coin !
- Ca ne présage rien de bon, murmura Beckett d'une voix lugubre.
- Prophète Gris Krasteech a dit : « beaucoup malepierre ici-là, chez les choses-mortes, allons la prendre ! » Alors, notre terrier a bougé-remué jusqu'à nouvel endroit. Bande près-à côté d'un… un… Skousîkh sait pas. Grand clapier en pierre-bois où dorment choses-hommes.
- Une maison ?
- Oui ! Grande, très grande maison. Prophète Gris Krasteech a dit : « attendre, vais aller ramasser malepierre, je reviens ». Parti vers raison… euh, maison. Nous attendons une nuit, puis une autre, puis une autre, puis une autre… Krasteech toujours pas revenir. Et puis, finalement, Prophète Gris retourner à nous. Lui très heureux-content ! Lui dit « maison à Krasteech, maison à nous-nous. Krasteech dévorer chose-homme qui vivait maison ».
- Et donc, vous vous êtes installés dans la maison.
- Oui-oui, ô sublime combattant à la fourrure d'or ! Puis, nous restés deux lunes complètes. Krasteech a dit « je vais donner des ordres pour la gloire du Rat Cornu ». Alors on a attendu. Encore, et encore. Mais Krasteech pas donner d'ordre. Et Krasteech… change.
- « Change » ? répéta le Norse. Comment ça ?
Skousîkh avala bruyamment sa salive, et une petite larme perla encore au coin de son œil. Hallbjörn comprit qu'il allait devoir se rappeler du plus pénible.
- Allez, mon gars. C'est fini, de toute façon. Je te promets que t'as rien à craindre de moi. Parle, tu iras mieux après.
- C'est vrai, ô formidable dieu de chose-homme incarné ?
Le Norse regarda ses trois comparses l'un après l'autre, et leur dit :
- C'est bien compris ? Quand il nous aura dit tout ce qu'il sait, on le laisse partir.
- T'es dingue ! éclata Klemet.
- Capitaine, vous n'êtes pas sérieux ! ajouta Frantz.
Hallbjörn se releva, et regarda le petit jeune homme droit dans les yeux.
- Je suis le capitaine, je suis votre responsable, c'est moi qui décide, soldat !
Puis, revenant au Skaven :
- Continue.
- Oui, magnifique-beau-génial seigneur ! Krasteech ne donne pas d'ordre, veut juste qu'on lui amène des choses-hommes et des bêtes pour qu'il puisse manger. On obéit, mais il ne donne toujours pas d'ordre. Et puis, il est devenu… différent.
- Différent ? Comment ça, différent ?
- Skousîkh n'a pas compris. Ni Bâghinz, ni Kradoss. Personne n'a compris. Krasteech de plus en plus fâché, crie plus et plus souvent. Au bout de deux lunes, Krasteech plus parler, plus donner d'ordre. Seulement couiner-crier et manger. Skousîkh a eu très peur, et finalement a préféré s'en aller, et trouver un autre terrier où vivre. Krasteech trop… malsain. Fou. Déglingué.
- D'accord, je comprends. Tu sais autre chose ?
- Non-non, non-non ! Promis-juré !
Hallbjörn réfléchit. Il connaissait un peu les Skavens, et en voir un dans cet état était plutôt inhabituel. D'ordinaire, les Skavens craignaient leurs chefs à juste titre. Les dirigeants instillaient en permanence la peur chez leurs sous-fifres pour réprimer toute tentative de révolte. Mais c'était normal. Voir un Skaven parler de son Prophète Gris en ces termes était autrement plus troublant. Le Norse se promit de redoubler de vigilance.
- Elle est où, cette maison où se cache ton maître ?
- Par-là, par-là, couina Skousîkh en montrant une direction du bout de son museau.
- Bon. Klemet, Frantz, relâchez-le.
- Mon capitaine ! s'écria le jeune homme.
- C'est un ordre !
Avec réticence, le Nain desserra l'étau de ses doigts sur le bras du Skaven. Frantz le repoussa fermement. Le misérable homme-rat se releva prestement, et bredouilla, encore incrédule :
- Merci-merci, ô magnat magnifique magnanime !
- Va-t-en, maintenant. Je ne veux plus jamais te voir !
Skousîkh ne se le fit pas dire deux fois. Il déguerpit aussi vite qu'il put, et disparut dans la brume en quelques secondes.
Beckett fit la grimace.
- C'est une folie !
- C'est de la pitié ! répliqua le Norse. Et c'est la différence entre eux et nous.
- Une saloperie de créature du Chaos ne mérite pas la pitié ! cracha Klemet.
- Je croyais que les Nains étaient très portés sur l'honneur ?
Le Nain devint cramoisi de colère.
- Tu oses douter de mon honneur, capitaine de mes deux ? J'ai fait consigner le massacre de ma famille par ces saloperies dans le Grand Livre des Rancunes ! En laisser filer un, c'est insulter mes parents, mes frères et mes sœurs !
- Se battre contre des Skavens qui envahissent ta forteresse, c'est une chose. Exécuter un Skaven désarmé qui supplie qu'on l'épargne, c'en est une autre.
- Mais ils sont tous comme ça ! protesta Frantz, qui avait lui aussi affronté les Skavens à Altdorf. Toujours à geindre pour vous amadouer avant de vous poignarder dans le dos !
- Celui-ci avait vraiment très peur, Frantz. Il a dû se passer des choses vraiment pas nettes, même pour lui. Et puis, nous sommes des soldats, pas des assassins. De toute façon, il n'ira pas loin. Écoute.
Tous firent silence. Au bout d'une minute, ils entendirent des aboiements, et bientôt des crissements terrifiés qui se turent rapidement. Skousîkh n'allait pas pouvoir changer de terrier. Hallbjörn reprit :
- Pas la peine de salir nos armes sur lui, il n'en valait pas la peine. Quant à toi, Klemet, encore une insulte et une insubordination de ce genre, et je te fais muter à l'intendance. On verra ce qu'en pensent tes ancêtres.
Le Norse avait appris à tirer parti de son grade. Chez les siens, ce genre de question se réglait à coups de poing, mais on lui avait longtemps expliqué que la discipline était primordiale pour faire fonctionner une armée. Cet élément, qui manquait parfois cruellement aux guerriers de Norsca, pouvait même faire la différence entre une victoire et une défaite. Il était donc important de rappeler qui commandait, de la bonne façon, pour prévenir tout débordement.
Cela marcha. Le Nain ne répondit pas, se contenta de grommeler dans sa barbe. Beckett profita du répit pour s'asseoir sur une souche d'arbre, et recharger son arquebuse. Il demanda :
- Capitaine, t'es plutôt clément pour un Norse. Je croyais que ton peuple était impitoyable envers ses ennemis ?
- J'ai mes raisons. Maintenant, assez discuté ! On y va !
Le tireur avait fini son opération. Il se releva, et remit son arme en bandoulière. La petite bande reprit son chemin.
Tout en marchant, Hallbjörn repensa au Skaven, et à la véritable raison qui l'avait poussé à lui donner une petite chance de s'en sortir. Quelques années plus tôt, il avait travaillé comme mercenaire pour un riche notable d'Altdorf. Celui-ci, passionné par les Skavens, les étudiait très sérieusement dans le plus grand secret. Il avait même réussi à faire capturer une jeune femelle en transit entre deux cités Skavens. Le notable l'avait recueillie, apprivoisée, et aux dernières nouvelles, elle avait même commencé à parler. Hallbjörn s'était attaché à cette petite chose inoffensive, baptisée Heike par son bienfaiteur. Cela lui avait appris que les Skavens pouvaient se montrer Humains, s'ils étaient traités comme tels.
- « Sublime combattant à la fourrure d'or » ! répéta Klemet avec un petit rire, tentant de réchauffer un peu l'atmosphère.
- Ca ne change rien, Klemet, grogna le Norse. T'as ton honneur à défendre, mais je commande. Tâche de t'en rappeler.
- Capitaine !
Beckett avait appelé nerveusement le Norse, en essayant de contenir au mieux sa voix, afin de rester le plus discret possible. Hallbjörn leva la main, intimant l'arrêt à la petite bande, et rejoignit l'homme aux longues moustaches.
- Quoi, Beckett ?
- J'entends quelque chose.
Mû par un réflexe acquis dès ses jeunes années, Hallbjörn empoigna son lourd marteau de guerre des deux mains. Tous les quatre tendirent l'oreille. Les feuilles mortes sur le sol craquaient sous le poids de quelque chose. Soudain, une demi-douzaine de loups jaillirent de toutes parts, encerclant les chasseurs. Beckett brandit son fusil et en abattit un. Hallbjörn les regarda plus attentivement. Les loups étaient monnaie courante en Norsca, et de par l'influence des Vents du Chaos, ils étaient généralement plus grands et plus forts, et présentaient souvent quelques mutations. Ceux-là avaient l'air normaux, mais étaient tout de même bien costauds. Une lueur maligne étincelait dans leurs pupilles.
Les quatre guerriers se rassemblèrent, dos à dos, lames au clair, prêts à se défendre.
