L'entretien

Les premières lueurs du soleil suffirent à réveiller Harry ce matin là. Ginny dormait d'un sommeil profond à ses côtés, elle était rentrée épuisée d'une séance intensive de Quidditch, hier soir. Après un baiser sur la rousse, il se dirigea à pas de loup vers la cuisine.

Cela faisait bientôt trois ans qu'il habitait dans ce modeste appartement près du chemin de traverse, aussi pouvait-il s'orienter sans aucune difficulté. Arrivé dans la cuisine, il alluma une bougie pour s'éclairer, et quelle ne fut pas sa surprise en découvrant un petit déjeuner déjà préparé qui ne demandait qu'à être réchauffé.

Un morceau d'emballage de miam-hibou se trouvait juste à côté de la poêle. Il n'en fallut pas plus pour que la curiosité d'Harry se réveille, et son cœur fit un bond en reconnaissant au dos de l'emballage l'écriture de celle qui dormait encore.

Bonjour mon cœur,
Tout est déjà préparé, tu n'as qu'à réchauffer ton plat. Je te conseil de mettre la robe qui est sur le canapé, après, ce n'est que mon avis, libre à toi de ne pas le suivre...
Je suis sûre que tu seras parfait aujourd'hui.
Je t'aime,
Ginny.

Harry ne se posait d'ordinaire jamais de question sur ce qu'il devait porter pour assister à une cérémonie, il savait s'habiller. Néanmoins, lorsque Ginny était chez lui, il ne pouvait s'empêcher de lui demander son avis.
Il sourit tendrement et resta de longues minutes, pensif, les yeux fixés sur ce petit bout de carton griffonné.

Officiellement, Ginny vivait encore avec ses parents, mais dans les faits, elle passait beaucoup plus de temps chez Harry, et au magasin de farces et attrapes où elle occupait la chambre de Fred. Peu à peu ses affaires s'entassaient dans l'appartement si bien qu'Harry du prendre l'initiative d'acheter une commode pour ses affaires.

Quelle histoire ce jour là !
Ginny détestait qu'Harry lui achète quoi que ce soit, ce qu'il trouvait totalement ridicule. Maintenant qu'elle était la seule enfant à charge, elle ne manquait de rien. Elle essayait pourtant d'avoir sa propre indépendance financière. Harry trouvait bien sûr cela admirable, mais elle poussait tout de même certaines choses à l'extrême !
Comme ce jour où elle avait voulu ramener toutes ses affaires, Harry avait du s'emporter pour qu'elle cesse ces gamineries. Et même si tout s'était calmé depuis, Ginny savait qu'un jour elle devrait enfin accepter la proposition qu'Harry lui avait faite en début d'année.

C'était le mois de mai, le mois des entretiens, le mois de l'entretien.

Harry avait réussi sans trop d'encombre le concours d'Auror. Pour valider sa deuxième année et pour sa spécialité de troisième année, il devait s'entretenir avec un intendant qui lui indiquerait à quel poste d'Aurore il serait le plus aptes à suivre.

Harry redoutait plus que tout cet entretien étant donné son passé… Il pouvait tout à fait tomber sur quelqu'un qui croyait dur comme fer Ombrage tel que Jerkins, ou Furell. Ces noms n'étant qu'un échantillon des personnes encore nombreuses, qui le détestait au ministère. L'intendant pouvait tout à fait décider de le mettre dans un bureau d'administration, c'est-à-dire refuser qu'il aille sur le terrain, ou ne soit qu'enquêteur, dans le meilleur des cas.

Ginny avait balayé ses idées noires en ne disant qu'un nom : Kingsley. Harry pouvait en effet compter sur son soutien inconditionnel, mais il préférait gagner son statut professionnel sans aucune aide extérieur...

Le chemin jusqu'au ministère ne lui avait jamais paru aussi machinal et austère qu'en ce jour gris. Il saluait à peine les gens sur son passage. A l'accueil, il demanda à rencontrer l'intendant du jour.

- L'intendante, lui précisa le jeune homme de l'accueil avec un sourire en coin, vous avez de la chance M. Potter, c'est une charmante femme, impartiale et juste.

- Quelle salle ?
- Elle sera au niveau 3, porte Harffield Gates,…
- Très bien, merci, Timmy.
- Attendez une minute, M. Potter !

Harry se retourna et il vit Timmy qui agitait sa baguette, à la recherche d'un parchemin, derrière son comptoir « Ah ! Le voilà ! ».

- Mrs Kathleen Marsters est actuellement en pause, et apparemment votre entretien n'a lieu que dans une heure, M. Potter, informa Timmy en écarquillant les yeux, avant de reposer ses yeux sur le Survivant qui le remerciait déjà avant de s'éloigner.

Harry monta au niveau 3 et n'eu aucun mal à trouver la fameuse porte, il s'assit près à attendre une heure.

Il savait qu'il n'avait plus aucune raison de se méfier du ministère ; mais il ne pouvait s'en empêcher, c'était comme une mauvaise habitude. La marque d'Ombrage sur son bras était toujours sur son bras. Plus le temps passait et plus il admirait Albus Dumbledore, qui, malgré son vécu, avait réussi à toujours avoir foi en l'Homme, en certaines institutions, alors que, lui, du haut de ses 21 ans, ne pouvait que le feindre.

La tête en arrière, Harry se perdit dans ses pensées, les yeux clos. Il sentit tout de même une présence observatrice devant lui. Elle avait la main posée sur la poignée et un tendre sourire éclairait son visage.

- Un café vous ferez-t-il plaisir, M. Potter ?

Harry se redressa et tenta de paraitre quelque peu plus digne, mais avant qu'il pu répondre, Mrs Masters prenait déjà la direction de l'ascenseur magique « Oui, je crois que ça s'impose ». Harry émergea rapidement et se précipita sur ses talons.

Elle ne chercha pas à croiser son regard et Harry du se retenir de la dévisager alors qu'ils étaient côte à côte dans l'ascenseur. Il ignorait ce qui provoquait en lui cet étrange sentiment de familiarité. Mais une chose était sûre, tout le monde la connaissait et à voir leur mine lorsqu'il la saluait, il semblait véritablement l'apprécier : les jeunes hommes ne se dérangeaient pas pour lui adresser des sourires charmeurs alors qu'elle arborait une alliance.

Mrs Masters sorti du ministère, à la grande surprise d'Harry. Elle prit une petite rue adjacente et l'emmena dans un bar miteux qu'Harry connaissait : il conduisait à une autre rue piétonne très connue chez les sorciers, « le chemin du recto ». Une minute plus tard, ils étaient tous deux installés sur la terrasse d'un café, entourés de jeunes qui se remettaient d'une « sacré soirée ».

Mrs Masters était une femme énergique, douce et ferme à la fois. Elle avait un teint légèrement bronzé, vestige de belles années passées au soleil, de longs cheveux noirs aux reflets violets, des yeux hypnotiquement jaunes foncés et marrons ; Harry ne pu s'empêcher de se demander si elle n'était pas métamorphage.

Son sourire l'enveloppait d'une douceur qu'il n'avait connu qu'en de rares occasions, quelque chose de maternelle émanait d'elle. Elle ne devait pas avoir plus de 30 ans.

- J'ai toujours pensé que c'étaient les photos qui forçaient ta ressemblance avec ton père.

- Vous l'avez connu ? s'étonna Harry qui tombait des nues.
- Oh oui ! soupira-t-elle. Mais juste pour t'enlever quelques doutes : je ne suis pas métamorphage et j'ai 40 ans, informa-t-elle avec sourire.
- Et vous êtes bien Mrs Masters ?
- Oui, excuse-moi de ne pas m'être encore présentée, dit-elle en lui tendant la main. Kathleene Masters.
- Harry Potter. Enchanté.
- Tout le plaisir est pour moi, Harry. Nous allons faire notre entretien dans un cadre assez peu formel, mais je te pris de bien croire que cela n'altérera en rien mes conclusions. J'ai toujours pensé qu'il vallait mieux être dans un cadre quotidien pour pouvoir mieux cerné la personnalité des étudiants. Tu ne penses pas ?

Harry fut ravi de voir la serveuse leur apporter, leurs cafés et après avoir insister pour payer ; Kathleene semblait avoir oublier sa question. Elle préféra prendre une gorgée de son café noir et le dévisager.

- Je suis désolée, dit-elle. Mais c'est tellement incroyable. J'ai l'impression d'avoir ton père en face de moi. La dernière fois que je l'ai vu, il devait à peine être plus jeune que toi.
- Vous faisiez partie de l'Ordre ?
- Non. Après Poudlard, j'ai décidé de rejoindre le ministère. Je travaillais dans le département de Croupton, à l'époque. Une sombre époque.

Elle avait ses yeux plongés dans ceux d'Harry et esquissa un tendre sourire maternel en achevant sa phrase. Elle reprit une gorgée de son café avant de reprendre :

- Mais j'avais de nombreux contacts avec les membres de l'Ordre. J'étais fiancé à Fabian Prewett – j'imagine que tu en as entendu parlé.

- Heu… oui, il...il s'était battu en héro avec son frère…se rappela Harry, mal à l'aise.
- Oui, ils ont du s'y mettre à plusieurs, d'après ce que l'on m'a dit.

En l'espace de quelques seconde son regard s'était attristé et Harry se rendit compte que ses yeux s'humidifiaient : elle n'aurait pas pu lui paraitre plus juvénile et belle qu'en cet instant. Mais, tout aussi rapidement, elle se reprit et poursuivit :

- Oui, c'étaient les frères de Molly Weasley, que tu dois bien connaître.

Harry songea alors à la montre qu'il portait. La montre de son fiancé mort pendant la guerre, avait-elle seulement un objet de lui ?

- Je connaissais également les Mc Kinnon,...Fenwick, énuméra-t-elle, Dearborn..., bien sûr, Doge et Diggle que je continue de voir - Kingsley ! bien sûr, notre cher ministre - ... et tes parents. J'ai été dans leur classe de botanique pendant 7 ans, acheva-t-elle avec un sourire. Ainsi que dans celle de ton père, en étude des moldus.

Ils sourirent tous deux à l'évocation de ces souvenirs.

- Vous avez donc du connaître Sirius et Remus…
- Bien sûr ! Je m'entendais assez bien avec Remus — j'ai vraiment été surprise d'apprendre qu'il était loup-garou — un garçon avec un cœur en or, le seul sérieux de leur bande. Enfin tout du moins, il faisait très bien le sérieux, dit-elle en lui adressant un sourire entendu auquel il répondit. Et Sirius… ma foi, il était difficile d'y échapper. Tu me croierais si je te disais que toutes les filles étaient folles de lui ?

- Vraiment ?
- Et c'est peu de le dire ! Et ton père aussi !
- Mon père ?
- Oh oui ! Mais ces deux là s'en fichaient. Ils jouaient de leur notoriété mais je ne les ai pas vus souvent avec des filles à leur bras, ils préféraient s'amuser.

- Mais vous les connaissiez bien ?
- Tout le monde les connaissait ! répondit-elle rapidement en haussant les sourcils. Mais je jouais dans l'équipe de Serdaigle, ajouta-t-elle peu après, alors j'imagine qu'on peut dire que je les ai sans doute un peu mieux connu que les autres.

- Sirius jouait dans l'équipe ?
- En tant que batteur, oui. Il m'avait d'ailleurs envoyé un cognard qui m'a assommé pendant deux heures ! dit-elle en éclatant de rire, suivit d'Harry.

- En sixième année…impossible de l'oublier, James avait insisté pour que toute l'équipe vienne à mon réveil avec une rose pour s'excuser, rit-elle.

Harry sourit. Toutes ces histoires, il aurait tellement aimé que ce soit les principaux intéressés qui les lui racontent. Et sans réfléchir plus, la question qu'il se posait depuis déjà longtemps sans oser la formuler franchit naturellement ses lèvres…

- Sirius ne s'est jamais fiancé ?

Kathleene considéra un moment sa question avant d'y répondre.

- J'imagine qu'il n'a pas eu le temps de la rencontrer. C'était un garçon très séduisant — tu as déjà du voir des photos de lui, plus jeune — mais ce n'était pas un séducteur. Comme je te l'ai dit, il préférait passer son temps à s'amuser avec ses amis. Mais quand James est sorti avec Lily, il est sorti avec quelques filles - dont moi, je l'avoue - mais je pense qu'il n'éprouvait pas encore le besoin d'être avec une fille, sérieusement, je veux dire. Mais pas que je sache Harry, je suis désolée.

- Ce n'est pas pour moi qu'il faut être désolé, dit Harry avec un triste sourire.
- Tu as empêché d'autres jeunes de vivre la même chose, le rassura-t-elle.

Ainsi s'acheva leur échange intime. L'entretien commença, Mrs Marsters avait cette aura qui le mettait à l'aise et forçait sa concentration. Harry était assez fier de lui, il avait pu donner le meilleur de lui-même sans être mal juger, et Mrs Marsters l'invita à venir dans son bureau dans l'après-midi pour le debrieffing.

Une chose que peu d'intendant s'accordait à faire, mais qui semblait couler de source pour elle. Ce qui était sûr, c'est qu'elle s'investissait véritablement dans son travail.

En lui serrant la main, Harry découvrit enfin ce qui avait déclenché ce sentiment familier en quelques secondes : sur son coup figurait le même tatouage que Sirius.