TOUT S'ABIME DANS L'OUBLI

PARTIE II

Il trouverait un moyen.

Et pour cela il avait besoin d'aide, et qui de mieux pour cela que d'exiger de Mycroft Holmes – qui les avait mis là-dedans, alors qu'il savait que la magie noire était dangereuse – de l'aide.

Il allait cependant devoir faire preuve d'inventivité pour contacter un homme qui n'existait que dans les plus hautes sphères du pouvoir.

John marcha un moment avant de pouvoir trouver un taxi – la rue était certainement sous un sort – parce que c'était possible – pour empêcher les gens de s'y attarder – et lorsqu'il fut installé, demanda au conducteur de le déposer devant le ministère des affaires étrangères, dans lequel il espérait pouvoir pénétrer avec sa carte de vétéran. S'il parvenait à traverser la cour et rejoindre les grilles donnant directement sur Downing Street, il pourrait hurler des 'Mycroft Holmes' jusqu'à ce qu'on l'arrête.

Il fallait juste espérer que celui qu'il aurait en face de lui ne décide pas de le torturer.

Il réussit à entrer. L'homme lui demanda ce qu'il venait faire et il abusa légèrement de son insigne de Capitaine pour simplement lui rétorquer qu'il venait déjeuner avec un ami, sans plus d'informations.

L'homme se redressa visiblement et lui fit un signe de tête militaire en l'invitant à entrer. Et John aurait dû se sentir un peu plus mal à l'aise de le duper et de sans doute lui faire risquer sa place – vu ce qu'il s'apprêtait à faire, c'était presque certain – mais il n'avait pas le choix.

Parce qu'il voulait Sherlock et qu'il n'arrivait pas à respirer parce qu'il avait des insectes rampants dans les poumons et dans le sang et dans la tête, visqueux, horrifiants, étouffants.

Il traversa d'un pas ferme la cour et atteignit en quelques instants la grille. Downing Street était calme, pas de journalistes à l'horizon. Bien, c'était certainement mieux. John ne voulait pas causer trop d'embêtements à Mycroft non plus.

Cela ne l'empêcha pas de se mettre à hurler son nom à travers la grille – même si, en réalité, il n'avait absolument aucune idée de si l'homme se trouvait ou non à Downing Street, c'était juste certainement le meilleur endroit pour attirer des oreilles haut placées.

Il cria cinq fois, peut-être six, avant que derrière lui et de l'autre côté des grilles ne retentissent quelques ordres, agités, puis on le saisit brusquement par derrière, ses bras violemment ramenés derrière lui – et sûrement quelqu'un d'important l'avait-il entendu, parce qu'il ne pensait pas mériter déjà des menottes – et il poussa un dernier hurlement à l'encontre de Mycroft avant de fermer les yeux, de respirer profondément, et de prier pour que Mycroft soit joignable, présent, ne soit pas quelque part ailleurs au fin fond d'un pays en guerre.

Il fut traîné à travers des couloirs au sol de marbre, passa devant d'immenses tableaux, puis l'un des soldats ouvrit une porte en bois et il fut conduit dans un bureau décoré de boiseries fines. Deux fauteuils autour d'une table basse faisait le coin, tandis qu'un large bureau occupait la majeure partie de la pièce.

On l'assit devant le bureau, les mains toujours derrière son dos, et on le laissa là, pour quelques secondes, avant qu'une porte adjacente ne s'ouvre et que – Oh Seigneur Dieu soit loué – Anthea, ou peu importe – vraiment – son nom, ne pénètre dans la pièce et ne vienne prendre place en face de lui.

« M. John Watson, dit-elle en étalant son dossier militaire. Et il aurait voulu pouvoir éclater de rire parce que Mycroft était réellement le gouvernement britannique, et certainement un extraterrestre venu d'une autre planète pour conquérir le monde ou quelque chose comme ça.

Et Oh, John était fatigué.

« M. John Watson. » Répéta Anthea.

John focalisa son regard sur elle et humecta ses lèvres. Il hocha ensuite la tête. « C'est moi. » Dit-il.

« J'ai plusieurs questions à vous poser. La première étant certainement comment vous en êtes venu à avoir connaissance de l'existence de Mycroft Holmes. Mais je suppose que cela a un lien avec votre présence au domicile de son jeune frère, Sherlock Holmes, sur Baker Street. »

Ou bien Mycroft était juste simplement Dieu.

« Je dois voir Mycroft Holmes. » Répondit-il seulement. Et il ne savait pas bien si il devrait lui dire ou non. Il n'avait pas envie de s'acharner, mais il avait vraiment besoin de voir Mycroft. Parce que même si l'homme ne le reconnaissait pas, il le croirait sûrement et même si ce n'était pas Sherlock, c'était un petit bout de Holmes quand même – et peut-être que par extension Mycroft convaincrait Lestrade et alors il ne serait plus tout seul même si Sherlock n'était plus à lui mais à Victor Trevor.

« Je ne crois pas que ce soit possible M. Watson. Vous comprendrez que pour des raisons de sécurité, M. Holmes ne pourra vous recevoir avant que votre situation ne soit éclairée. Vous avez été démobilisé après avoir été touché par une balle à l'épaule gauche. Vous souffrez également d'un syndrome de stress post traumatique, accompagné de tremblements de la main gauche. Après être rentré à Londres, vous avez rejoint une clinique privée. – »

« - Six mois plus tard, vous vous trouviez à quelques mètres de Picadilly lors de l'attentat, suite auquel vous avez souffert d'une crise de panique, et avez tenté de sauver le maximum de personnes. Par la suite, vous n'avez plus rejoint la réalité pendant cinq mois, ce qui a entraîné votre premier internement. A votre sortie, vous êtes passé à des traitements de votre syndrome plus brutaux, comme l'alcool et la morphine, puis avez fait trois tentatives de suicide en l'espace de huit mois. Vous avez été interné à nouveau à la demande de votre sœur et êtes resté interné pour quatorze mois. Vous en êtes sorti il y a trois mois contre l'avis de votre médecin mais à l'insistance de votre sœur. Ce matin, vous avez été aperçu parlant à M. Sherlock Holmes, puis vous vous êtes rendu à Hollow Point. Vous vous êtes ensuite rendu au Ministère des affaires étrangères où vous avez demandé à voir Mycroft Holmes. Ais-je oublié un détail, M. Watson ? »

La tête lui tournait mais John ne pouvait pas – n'arrivait pas – à comprendre, à enregistrer la vie – sa vie – qu'Anthea venait de lui raconter. La sorcière avait tout foutu en l'air. Tout.

Tout. Un hoquet de surprise lui échappa et il se redressa brusquement sur son siège.

« L'attentat de Picadilly, que s'est-il passé ? » Demanda-t-il d'un ton urgent, les yeux rivés dans ceux de la femme.

« Un attentat, M. Watson. Un homme s'est fait exploser au milieu de Picadilly Circus le 2 Avril 2009. »

« Un attentat ? Un attentat !? Vous avez arrêté le commanditaire ? Est-ce que vous avez arrêté celui qui a fait ça ?! » S'exclama John, la panique l'étranglant presque.

Anthea le dévisagea un instant, le visage impénétrable et John sut que dans cette réalité, ils n'avaient pas la moindre idée de l'identité de Moriarty. « L'homme qui a fait ça s'est fait exploser. Il n'y a eu aucune revendication concernant cette attaque. »

Et les autres ? Et les autres ? La femme sur le parking, l'enfant dans le hangar, la vieille femme– Sherlock.

« N'y-a-t-il pas eu d'autres attentats ? Aucun pendant cette pèriode ? L'explosion d'appartements, d'un hangar, dans un parking ? »

Il vit Anthea se tendre visiblement et il s'effondra sur son siège. Moriarty. Moriarty. Evidemment – Sherlock étant plus intéressé par la drogue que par les meurtres, il n'avait rien du faire pour empêcher Jim de – de commencer à terroriser l'Angleterre.

Moriarty était en vie.

Moriarty était en vie.

« Je dois voir Mycroft Holmes maintenant, » dit John d'une voix dure, implacable. Et Anthea le fixa encore, encore – trop long – avant d'acquiescer finalement.

Elle se leva, et en même temps la porte du bureau s'ouvrit et Mycroft entra.

« Vous pouvez le détacher, Annabella. » Anthea fit le tour du bureau et détacha ses menottes. Et John était à deux doigts de se jeter sur l'homme, pour le sentir contre lui – une petite chose de Sherlock et de là où il venait et – c'était de sa faute !

« Mycroft. » Dit-il entre ses dents. Mycroft l'observa un instant avant de faire un signe de tête à Anthea qui quitta la pièce.

« Vous me prenez de court, M. Watson, puisque vous savez visiblement qui je suis mais je n'avais personnellement aucune idée de votre existence avant ce jour. » Dit-il de sa voix snobinarde qui avait eu le don d'agacer John au début.

« Sherlock vit avec Victor Trevor. » Dit-il – et – et il avait d'autres choses à dire, mais ça – TREVOR ! – il ne pouvait pas comprendre. Mycroft haussa un sourcil et acquiesça.

« Il a initié Sherlock à la drogue, a fait de lui un junkie. Il a fait deux overdoses, Mycroft ! Qu'est-ce que Sherlock fout avec Victor Trevor ? »

« Je ne sais pas d'où vous tenez ces informations mais si vous connaissez un tant soit peu Sherlock, vous comprendrez qu'il n'est pas un homme à qui l'on peut interdire quoique ce soit. Il était à la recherche d'un colocataire, il en a trouvé un. »

« Et il a recommencé à se droguer presque aussitôt, c'est ça ? » Continua John. Et il serra les dents parce qu'il savait que Sherlock avait aimé Trevor et – Mais comment ! Comment Sherlock pouvait-il aimer un homme qui rendait le monde flou par des drogues ?

« Malheureusement, » répondit Mycroft. « Maintenant, si ça ne vous dérange pas, j'aimerais que l'on aborde le problème de l'attentat du 1er avril 2009 et de ceux qui ont suivis. »

« Donc ils ont bien eu lieu. »

« Je crains que oui. M. Watson, aurais-je raison d'émettre l'hypothèse que quelque chose de l'au-delà à avoir avec votre présence ici ? » Dit Mycroft d'une voix calme et mesurée.

Et voilà – voilà pourquoi John était venu voir Mycroft. Parce que Mycroft savait et voyait tout et il était une sorte de super héros effrayant et –

« Mycroft. Oui. De l'au-delà ou de ce que vous voulez. Est-ce que – est-ce que vous êtes prêt à me croire, Mycroft ? » Demanda-t-il, et son cœur battait vite et semblait éloigner, effrayer les limaces gluantes et sa main tremblait moins et il arriverait à retrouver Sherlock.

« Je vous écoute, M. Watson. »

Et John prit une profonde inspiration et laissa échapper un rire rauque. Puis il se mit à parler, à raconter à Mycroft son monde, comment il était devenu le colocataire de Sherlock puis son 'assistant' puis son ami – son meilleur ami – et puis comment, ensuite, à cause de Moriarty Sherlock était mort – avait disparu – pendant plus de deux et comment après, lorsqu'il était réapparu devant lui, sur le pas de sa porte, épuisé, amaigri, changé, déguisé et terrifié d'être rejeté, John l'avait pris contre lui. Il lui raconta comment ils s'étaient mariés, il lui dit qu'ils continuaient toujours à résoudre des crimes.

Et il lui raconta comment lui Mycroft, était un jour venu les voir avec un dossier comprenant des meurtres rituels. Il lui dit comment Sherlock, ne sachant pas tenir sa foutue langue et lui ne croyant pas à la magie s'étaient attirés les foudres d'une sorcière et comment il était là aujourd'hui et -

« Sherlock est mon mari, Mycroft. Depuis 5 ans. Je – il faut que tu trouves une solution. »


Ils étaient sur le toit de St Barts. Oh mon dieu – Et John ne savait pas quoi faire, ne savait pas vraiment comme ils en étaient arrivés là, comment Sherlock, alors qu'il était avec Victor Trevor et qu'il ne connaissait rien de Moriarty deux jours plus tôt était arrivé là, face à Jim, face à John, dans la situation dans laquelle l'homme devait avoir été sept ans plus tôt – et non, cela n'avait rien à voir vraiment, parce qu'il n'y avait ni Lestrade, ni Mrs Hudson, ni John à sauver.

Mais Moriarty d'une façon ou d'une autre était parvenu à leurrer Sherlock, à l'intéresser et à l'attirer dans ses filets et ils étaient là, désormais, et Sherlock était au bord de l'immeuble, bien trop prêt, et John avait son pistolet pointé sur Moriarty et Moriarty souriait, encore, comme avant, de ce sourire fou à lier.

« Allez sautes Sherlock, sautes. » Lâcha encore une fois Jim en sautillant, presque gaiement, follement content.

Sherlock le dévisagea, puis tourna son regard vers John et il était drogué, totalement drogué, et peut-être pensait-il être dans un rêve ou quelque chose comme ça, un endroit où il ne mourrait pas en vrai mais il était là et –

-non. Non, Sherlock ne mourrait pas encore. Même si il n'était pas à lui, même si il était encore avec Victor et qu'il n'en avait rien à faire et qu'il n'avait aucune idée de la dangerosité de Moriarty.

John ne laisserait pas mourir encore Sherlock

« Non. » Dit-il. Sherlock leva les yeux vers lui alors, puis fronça les sourcils et descendit du rebord, alors qu'il était bien trop au bord du trou et Moriarty laissa échapper un petit rire maniaque.

« Non. » Dit encore John.

Puis il retourna le pistolet contre lui, le colla à sa tempe, et appuya sur la détente.


« John, John ! »

John ouvrit les yeux et les referma immédiatement alors que sa tête se mettait à tourner.

« Est-ce que ça va ? Hey, hey, regarde-moi. John! » Sherlock posa l'une de ses longues mains sur sa joue et remonta son visage, tentant de ne pas le laisser perdre une nouvelle fois conscience. Et John déglutit et se força à rouvrir les yeux parce qu'il voulait voir Sherlock, il voulait s'assurer que Sherlock était bien là, qu'il était celui qui le tenait contre lui et qui parcourait son visage avec ses longues mains et que c'était bien sa voix, fébrile et inquiète, qui tentait de le garder éveillé.

« Elle t'a touché, n'est-ce pas ? Elle t'a touché ? » Lui demanda Sherlock une fois qu'il fut capable de le regarder dans les yeux. Et John laissa échapper un rire rauque, parce que oui, oui, elle l'avait touché et sa malédiction lui avait fait l'effet de durer une éternité et il ne voulait plus jamais, jamais, revivre ça et Mycroft pourrait aller se faire foutre la prochaine fois qu'il avait un problème avec l'au-delà.

« John, john, shh, John, pourquoi tu pleures ? » Murmura Sherlock contre sa tempe, alors qu'il l'avait brusquement attiré contre lui en le voyant pleurer.

« Ne vexes plus jamais une sorcière Sherlock, plus jamais. »

« Pourquoi ? Qu'est-ce que- ? »

Et John s'accrocha à lui et inspira profondément l'odeur de son mari et il ne voulait plus jamais le lâcher.

« On ne s'était jamais rencontré, Sherlock. Jamais. » Réussit-il à articuler. Et il sentit Sherlock déglutir contre lui, puis l'écarter presque violemment pour venir poser ses lèvres contre les siennes.

« Mais je suis là, John, je suis là. Rien n'était réel. Je suis là. »

John respira plusieurs fois, son front contre celui de Sherlock, ses yeux dans les siens, et il finit par acquiescer.

Parce que oui, Sherlock était là.

Alors tout irait bien.


Et bien voilà donc une nouvelle petite fanfiction de terminée. J'espère que vous aurez eu autant de plaisir à la lire que je n'en ai eu à l'écrire.

A bientôt et merci pour vos messages.

Biz

Blibl'