Elle était si belle.
Les yeux clos, les cheveux légèrement décoiffés. Son visage d'ange.
Elle dormait.
Je secouais la tête. Je devenais ramollo, il ne fallait pas. Déjà. Qu'est-ce que je faisais là?
Je regardais autour de moi. Oui, j'étais bien dans une chambre d'hôpital de Sainte-Mangouste. Un rideau blanc me séparait du lit voisin, où une autre personne devait sommeiller.
Il n'y avait rien d'autre dans cette chambre à part le mur qui me faisait face, et la fenêtre.
Et Hermione.
Assise sur une chaise, elle s'était apparemment endormie sur le bord du lit. Une idée me caressa l'esprit. Tentante. Plaisante. Passer ma main dans ses cheveux. Aurait-ce été un mal? Je n'en eu pas le temps, alors que j'esquissais un mouvement, un homme en blouse blanche suivi de deux femmes pénétra dans la pièce.
Il réveillèrent Hermione, qui en relevant la tête compris pourquoi ils avaient interrompu son rêve. Elle vit que j'étais réveillé – et probablement que je la regardais bizarrement – et elle rosit, et se leva. Pour se donner de la contenance, elle lissa quelques plis sur son chemisier, m'adressa un sourire froid, et sortit de la chambre.
Par la suite, le médicomage procéda à une longue série d'examens avant que je puisse lui demander la raison de ma présence ici.
- Vous étiez dans le coma.
- Comment est-ce arrivé?
L'homme feuilleta quelques secondes le dossier qu'il tenait à la main avant de répondre.
- Eh bien, d'après le rapport, vous avez reçu un mauvais sort en pleine tête.
- Et depuis combien de temps?
- Cela fait trois semaines.
Sur ce, il sortit de la pièce, me laissant à ma solitude.
Solitude. Mais aussi Désarroi.
Hermione Granger.
C'est avec la pensée de sa présence que je passais le reste de la journée. J'eus donc le temps de me forger l'idée qu'elle était venue pour veiller sur moi, parce que elle aussi, peut-être, elle m'aimait.
Ou du moins c'est ce que j'espérais.
.
Ce fut au soir que je revis Hermione.
Je mangeais mon repas du soir, dont je me régalais, car premier vrai repas depuis mon réveil. Ma conscience était d'autant plus paisible, et j'étais tellement heureux, car j'étais convaincu que Granger m'aimait. C'était une évidence. Une lumineuse évidence qui irradiait tout mon être.
Mais malgré moi, toujours méfiant, quand elle poussa la porte pour pénétrer dans la chambre, je ne put pas lui adresser un seul sourire. De plus, pris par une irrésistible envie de retourner dans le passé, je dis.
- Bonjour Granger!
Elle tressaillit, imperceptiblement. Ce fut suffisant pour renforcer mes préjugés. Pourtant elle me répondit, distante.
- Bonjour Malfoy.
Trop distante d'ailleurs. Je pris la peine de lui demander, intéressé.
- Que fais tu là?
- Ne te méprends pas sur la raison de ma présence ici.
- C'est-à-dire?
- Je suis ici pour te surveiller.
Effondrement. C'est bien le mot qui décrit ce qui ce passe en mon être en cet instant.
J'étais si persuadé qu'elle m'aimait, ou quelque chose du même genre. J'étais persuadé qu'elle pourrait me sourire tendrement un jour. J'étais persuadé que mes souffrances sur mon amour pour elle pourraient cesser.
J'avais faux. Tord.
Je m'efforçais à marquer de marbre. Aucune expression. Pour garder l'image qu'elle avait de moi, je demandais.
- Pourquoi me surveiller Granger?
Elle esquissa un sourire que je devinais aisément sadique.
- Nous te soupçonnons de posséder certaines information, et de plus, nous ne savons pas vraiment de quel côté tu es.
C'était la meilleure! De quelles informations parlait-elle? Et puis, il fallait un imbécile pour savoir que j'avais trahi les mangemorts en me battant du côté de Harry lors de la grande bataille de Poudlard, et que c'était à cause de cela qu'un mangemort m'avait attaqué. Mais il ne fallait pas non plus un imbécile pour me soupçonner d'avoir agit par instinct de survie, d'être toujours un mangemort dans l'âme, et que j'aspirais à purifier le monde magique. Ce qui, évidemment, était faux.
J'aspirais une bouffée d'air. Je ravalais la réplique que je m'étais préparé à lancer pour interroger Hermione.
- Nous?
- Malfoy, tu te ramollis. C'est évident non?
- Oui, mais pourquoi le Ministère ne s'en charge pas?
- Il a trop à faire.
- Et pourquoi toi?
Elle se tut.
Je ne dis rien non plus, et repris le repas que j'avais interrompu, sous le regard d'Hermione. Le soir même, je m'endormis, elle à mes côtés.
Tous les soirs, je m'endormais, avec elle à mes côtés.
Le lendemain, je la retrouvais, endormie à mon chevet. Belle. Si belle. Si attirante.
J'attardais mon regard sur son visage d'ange, et ses cheveux ondulés, et parfois, j'avais du mal à retenir ma main de les caresser. Et je la réveillais. Elle sortait, puis je ne la revoyais plus jusqu'aux environs de midi, et elle restait avec moi, ne sortant de la pièce que lorsque je devais passer les examens quotidien. Et jamais nous n'avons échangé un mot autre que ''bonjour''.
Je regrettais ce manque de conversation entre nous, mais il ne fallait pas exiger trop de la vie. J'avais déjà la chance de l'avoir pour moi, et moi seul, une partie de la journée. C'était suffisant à me combler. J'étais aux anges. Mais je ne l'affichait jamais.
Ce que j'éprouvais n'était pas réciproque.
- Tu sors dans une semaine.
Ah. J'allais enfin pouvoir sortir d'ici. Hermione avait dit la phrase d'un ton neutre, et je me délectais de chaque son qui sortait de sa bouche. Mais la nouvelle m'avait ravi.
- Que comptes-tu faire après?
- Eh bien, je supposes que je m'installerais dans le manoir, et que je commencerais des études d'auror.
- Tu sais qu'il n'y a plus personne dans ton manoir.
- Je sais...
Je serais seul. J'avais l'habitude de la solitude. J'avais beau, dans le passé, être bien entouré, j'étais toujours seul. Mais cela m'importait peu. J'allais pouvoir retrouver un grand logis, qui me changera bien de cette demi-chambre d'hôpital. J'allais pouvoir retrouver une vie normale. Je prévoyais déjà de profiter de ma fortune pour m'acheter un nouvel elfe de maison, et changer de manoir, ainsi que m'approprier quelques nouvelles affaires.
Je prévoyais déjà d'être si heureux.
Un début d'après-midi. Un de ces chauds jours d'été humide. Seul dans ma chambre – si l'on ne comptait pas l'homme toujours dans le coma du lit voisin et dont je n'avais jamais vu le visage – je reçu la visite d'une infirmière.
Je savais que ce n'était ni l'heure des examens, ni celle du repas – que je venais d'ailleurs de prendre – je devinais que quelque chose était arrivé. Une nouvelle peut-être. Peut-être allait-elle m'annoncer que je ne pourrais pas sortir de l'hôpital dans trois jours, et que mon départ était repoussé à plus tard.
Il n'en fut rien.
Elle me tendit une lettre, où je reconnus le cachet du Ministère de la magie.
Une fois l'infirmière retirée, je déchirais l'enveloppe pour lire la lettre.
« En vertu des témoignages et garanties qui nous ont été rapportées, le Mangenmagot vous déclare, Draco Lucius Malfoy, non coupable de rattachement au Lord Noir déchu.
Cependant, suivant l'article 5 de la nouvelle législation, toute personne rattaché familialement à un mangemort, comme c'est le cas pour vous, se voit démit de ses possessions et titres jugés illégales par le Magenmagot .
Par conséquent, le Magenmagot vous retire les titres de Lord et de Conseiller, reprenant par là la résidence Malfoy, offerte à votre famille à l'occasion de son entrée au Grand Conseil .
Le Magenmagot a par ailleurs statué sur le remboursement et l'indemnisation que vos parents doivent au monde magique, tous les comptes au nom de Malfoy à Gringott ont été réquisitionné par le Ministère de la Magie.
Veuillez également prendre note de l'interdiction qui pèse sur vous, toujours selon l'article 5, de travailler dans les hautes sphères du monde magique, à savoir Poudlard, le Ministère de la Magie, Saint Mangouste et Gringotts.
Recevez nos salutations distinguées,
Le Magenmagot »
Tous mes plans du futur s'écroulèrent.
En fait si on résume, je ne suis plus rien. Je ne possède plus rien. Alors à quoi bon hein ? A quoi bon continuer comme ça ? Je ne sais même pas qu'est ce que je vais faire en sortant d'ici. Et où est ce que je peux aller ? Personne ne peut revenir sur la décision du Magenmagot…
Toutes seule. Des larmes s'étaient mises à couler sur mes joues. Je me ramollis. Mais je ne pouvais pas les arrêter. Pour une fois que j'avais prévu de me fier une tâche noble.
Mon futur était barré par cette décision du Magenmagot.
Mes larmes.
Il fallait que je les essuie avant que Hermione ne les voit. Mais je n'y arrivais pas. Alors je les laissais couler. Doucement sur mes joue, m'emportant dans mon désespoir. Je n'aurais pas d'argent, on m'en a privé. Je n'aurais pas de logis dans l'immédiat, on m'en a privé. Je n'aurais pas le droit d'avoir un travail digne de ce nom, on m'en a privé. Je n'aurais pas Hermione, elle ne m'aime pas.
Je n'aurais pas de vie.
Et mes larmes coulèrent. Des larme de tristesse. De désespoir.
.
Ce fut à cet instant de détresse là que Hermione arriva.
