Chapitre 1

L'académie de Police

« Luprès Finnigan » Disait d'un ton fort la Major Friedkin, une ourse polaire imposante qui faisait l'appel des cadets.

« Oui Major ! » répondit le loup à l'appel de son nom.

« Jean Grazer » continua t-elle.

« Oui Major ! » répondit un Ours brun.

La Major fit une pause en voyant le nom qui suivait sur sa liste, regardant l'assemblée d'un air intéressé.

« Élise Hopps »

« Oui Major ! » m'exclamais-je. Ses yeux bleues se fixèrent sur moi.

Je sentais les regards se tourner vers moi et une rumeur s'éleva entre les cadets. C'était donc ça de porter un nom de famille connu, en dehors de Bunnyburrow ? Dans mon village, personne ne s'intéressait à moi. Il faut dire qu'il y avait tellement de Hopps de là où je venais, j'avais une famille très grande. C'était étrange, je n'aurais pas su dire si j'appréciais ou pas d'être reluquée de la sorte. La Major se racla la gorge et mit fin aux chuchotements, puis elle fini son appel et entama son discours de bienvenue, j'avais l'impression d'être à l'armée.

« Écoutez moi bien les cadets ! Si vous êtes ici c'est parce que vous pensez pouvoir intégrer les forces de police de Zootopie ! » Criait la Major Friedkin avec un ton militaire qui appuyait chacune de ses phrases. « Mais je ne vois qu'une bande de larves devant moi ! Je vais vous endurcir et nous verrons si on peut faire quelque chose de vous ! Mon boulot ici sera de vous préparer à intervenir dans les neuf écosystèmes qui compose les quartiers de Zootopie. Parce que sinon, devinez quoi ? VOUS ! ÊTES ! MORTS ! »

C'était une belle entrée en matière pour mon premier jour à l'académie. La Major Friedkin savait faire son effet. Nous étions une quarantaine de membres en tout dans cette promotion. Il y avait des proies, des prédateurs, mais peut de mammifères de petite taille, à mon grand regret. En fait, j'étais la seule lapine, je ne m'attendais pas à ça. Bien sûr, je savais que je ne serait pas entourée de lapins, souris ou autre rongeurs, mais je pensais que le fait d'avoir eu une lapine dans la police aurait déclenché des vocations chez bons nombres de mes congénères. Ce fut le cas les premières années, mais maintenant cela semblait s'essouffler.

J'étais donc la plus petite recrue de cette promotion. Mais je ne me sentais pas intimidée pour autant par tout ces éléphants, hippopotames, loups et grands félins. Je m'étais entraînée toute ma vie pour être ici. J'étais petite, certes, mais je n'étais pas une incapable.

« Vous devrez être prêt physiquement pour rejoindre la police. » Continuait la Major Friedkin. « Mais vous devrez aussi connaître les lois de ce pays, la ville de Zootopie et ses quartiers, et les mammifères qui y habitent, et cela par cœur. Nous ne formons pas que des tas de muscles sans cervelles ici. »

Elle ajusta sa casquette, puis nous regarda tous un par un. « Vous êtes ici pour six mois ! Six longs mois où je vais vous éprouver, vous pousser jusque dans vos derniers retranchements. » Ses yeux bleus glacés balayait notre groupe, s'arrêtant sur certaines recrues. « Si vous voulez abandonner, vous pouvez partir dès maintenant. » Personne ne bougea d'un poil. Un sourire se dessina sur le museau de la Major. « Bien puisque personne ne veut partir, nous allons pouvoir commencer. Vous viendrez ici, sur ce terrain, lorsque vous aurez cours avec moi. Et vous me ferez dix tours de piste. Vous allez courir ici croyez moi ! »

Elle nous regarda tous à nouveau, nous ne bougions pas, attendant qu'elle continue. « Je peux savoir ce que vous attendez ? Dépêchez vous de me faire ces tours où vous irez nettoyer les cuisines avec vos brosses à dents ! » Et elle souffla un coup sec dans son sifflet. Nous nous exécutions sur le champ. Quittant le terrain herbeux dans lequel nous étions assis pour rejoindre les pistes de courses tout autour.

« Lorsque vous aurez fini vous irez au parcours d'entraînement de Raindrop, vous allez apprendre ce que c'est que de vivre dans le quartier tropical de la ville. » Elle se tut un instant pour observer le peloton qui s'était formé sur les pistes. « Moins vite monsieur Finnigan » dit elle en parlant au loup qui courrait à toute vitesse en tête « C'est une course d'endurance pour vous entraîner, pas un sprint, vous ne finirez jamais la journée si vous tenez ce rythme ! »

La première journée d'entraînement avait commencée, nous devions courir sur ces pistes et faire dix tours. Après le premier tour j'avais estimé leur longueur à cinq cent mètres. Courir cinq kilomètres plusieurs fois par semaine, je pouvais y arriver, je courais déjà chaque semaine chez moi. Dès que j'en avais l'occasion. Même lorsque le temps ne s'y prêtait pas. Les mammifères les plus lourds fermaient le peloton, ils n'allaient pas très vite mais tenaient le rythme. La vitesse n'était pas leur point fort, mais ils sauraient compenser dans d'autres domaines, comme la force justement. Quant au loup qui courait à toute vitesse au début de l'exercice, il était maintenant au même niveau que les derniers de cette petite troupe. Ils ne manquèrent pas de le qualifier de frimeur avec un petit coup de coude et un rire, rivalité masculine.

Après cette course, il fallait rejoindre la Major Friedkin au parcours de Raindrop. Il s'agissait d'un parcours d'escalade qui était continuellement arrosé par des jets d'eau, et une mare de boue se trouvait en dessous. J'allais me noyer dans ce bassin si j'y tombais, pensais-je avec ironie. La Major nous ordonna de traverser le parcours, et de recommencer si nous tombions dans la boue. Il fallait monter à des lianes, rendues glissantes par toute cette eau. Traverser des ponts en bambou auxquels il fallait s'accrocher, en étant suspendu dans le vide, pour enfin arriver de l'autre côté et redescendre par d'autres lianes. Ils étaient fous de nous faire traverser un parcours d'escalade inondé comme celui-là, nous étions au début du mois de mars et les températures étaient encore basses. J'allais finir par tomber malade.

L'exercice s'est révélé être d'une difficultés incroyable. Mes pattes glissaient sur les lianes à tel point que je n'arrivais même pas à me soulever du sol. Je changeais de technique et enroulait la liane autour de mon poignet en faisant un tour avec pour avoir plus d'accroche dessus. Les jets d'eau m'aspergeaient, j'étais trempée jusqu'aux os. Mais il fallait que je continue. Une fois arrivé tout en haut, je devais emprunter les ponts pour arriver de l'autre côté à la seul force de mes bras.

« Aller Élise, on va bien voir si toutes ces pompes, tractions et poids que tu as soulevé ont musclés ces bras » me dis-je à moi-même pour me donner du courage.

Je me lançais à l'assaut de l'un des ponts en même temps qu'un tigre et qu'un berger australien. Mes mains glissaient sur le bambou. C'était comme s'il était recouvert d'huile. Je n'avançais pas, j'étais bloquer sur le premier rondin, j'essayais tant bien que mal de trouver un bon appui pour pouvoir attraper le bambou suivant mais je n'y arrivais pas. Le tigre quant à lui fonçait à toute vitesse sur son pont, attrapant chaque bout de bois l'un après l'autre avec une facilité déconcertante, il avait déjà atteint l'autre côté. Comment est-ce qu'il faisait ? Je tournais la tête vers le berger et fut rassurée de voir que je n'étais pas la seule qui rencontrais des problèmes. Le berger australien agrippait son bambou des deux pattes pour ne pas tomber, agitant ses pattes arrière dans le vide par réflexe. Après un moment il lâcha une de ses mains pour avancer et il glissa. Tombant la tête la première dans la mare de boue. Son pelage en était recouvert.

« T'es mort le chiot ! » criait la Major. « Si tu étais vraiment au district de Rainforest tu aurais fait une chute de trois cent mètres ! Maintenant dépêche toi de remonter et de finir ce parcours. » Puis elle tourna les yeux vers le tigre qui avait fini l'exercice en premier. « Bon travail Ramsay ! Vous pouvez recommencer si vous voulez. Dépêchez vous, vous autres ! Du nerf. »

Ramsay affichait un air prétentieux et redescendit en se laissant glisser sur une liane. Je l'observais passer en contrebas et son regard croisa le miens. Un sourire goguenard se dressa sur son visage en me voyant suspendu dans le vide sans arriver à avancer. Je fulminais intérieurement devant son mépris, si je n'étais pas coincé sur ce pont, je serais aller lui en toucher deux mots. Je ne l'aimais déjà pas.

« Foutu tigres et leurs foutu griffes...Ce serait plus facile si moi aussi j'en avais. » marmonnais-je en essayant de saisir plus fermement le bambou auquel j'étais accrochée.

Le chien en dessous de moi se releva et s'essuya les yeux avec ses pattes du mieux qu'il pu. Et moi je commençais à boucher le pont suspendu en restant au même endroit, les autres cadets derrière moi me le firent bien comprendre. Je me lançais alors sur le bambou devant moi, je devais bien avancer à un moment où un autre. Je m'exécutais et lorsque j'attrapais le bout de bois ma main ne réussi pas à le saisir et je tombais à mon tour. En plein sur le canidé qui avait chuté auparavant, l'entraînant avec moi dans la mare de boue.

« T'es morte boule de peluche ! Et t'as tué quelqu'un dans ta chute ! Relevez vous tous les deux et retournez y. »

« Aie... » Me lamentais-je. Mon dos était tombé sur sa tête, ce n'était pas des plus confortable comme atterrissage. « Je ne t'ai pas fais mal ? »

« Non ça va » répondit-il en frottant son museau noircie par la boue. « Vous êtes plutôt léger vous les lapins. »

« On ferait mieux de bouger de là. Si l'un des autres cadets nous tombe dessus ils ne feront pas mon poids. »

Et nous nous dépêchions de retourner aux lianes pour réussir cet exercice. Je réussissais à monter tout en haut mais pas à franchir le pont suspendu. Je tombais encore deux fois et ne faisais aucun progrès. Et cette situation m'irritais un peu plus à chaque fois que l'un des cadets finissait le parcours d'escalade. Après une heure de cet exercice où nous tombions les uns après les autres dans la boue, et où peu d'entre nous réussissaient à finir le parcours, la Major, qui arborait une mine exaspérée, nous dit d'aller à l'intérieur du gymnase pour le dernier exercice de la matinée. Nous avions maintenant droit à des cours de combats rapprochés. En voyant le sourire rayonnant des autres cadets, il était facile de dire quel cours les intéressaient le plus. Mais je devais admettre que passer une heure à grimper aux lianes et me faire asperger par des jets d'eau n'avait pas été l'expérience la plus plaisante que j'ai connu, je comprenais donc leur enthousiasme.

Notre professeur pour ce cours ci était un panda du nom de Marten, un panda qui me paraissait gigantesque. Il dépassait d'une tête la Major.

« En tant que futur policier vous devez apprendre à vous battre. Mais lorsque l'on est policier, on ne se bat pas pour agresser ou faire mal. On se bat pour se défendre ou protéger les citoyens de leurs agresseurs. Je vous donnerai donc des cours de self-defense et vous apprendrai à neutraliser les délinquants ou autre criminels. Je vous apprendrai aussi à utiliser le matériel qui vous seras donné une fois que vous aurez intégré un des postes de police de Zootopie. A savoir les bouclier anti-émeute, le tonfa, et les bombes lacrymogène, ce serait dommage de vous asperger vous-même avec. » Conclut le professeur Marten.

Il regarda l'assemblée puis ajouta « Et bien nous allons commencer. Je vous propose un cours de boxe pour ce premier jour. Vous allez apprendre à frapper et à encaisser les coups. »

Il commença a former des groupes de deux et donnait l'équipement nécessaire, il y avait des rings à l'autre bout de la salle. Lorsqu'il arriva à mon niveau il me jaugea de haut en bas. « Avec qui est ce que je vais pouvoir te mettre pour que tu puisse quand même faire quelque chose ? Ce serait amusant de te mettre avec monsieur Juike là bas » dit-il en désignant un des autres cadet, c'était un rhinocéros qui devait bien faire quatre voir cinq fois ma taille. « Mais ce ne serait pas très pédagogique tu en conviendras. » Son regard se porta alors sur le reste de l'assemblé et il s'arrêta sur le deuxième plus petit mammifère qu'il pouvait trouver dans cette promotion. C'était le berger australien sur lequel j'étais tombé un peu plus tôt. « Et bien mademoiselle Hopps, je ne pourrais pas vous trouver de partenaire plus court dans cette promotion, et pourtant il fait presque deux fois votre taille. Votre nom monsieur ? » Dit-il à l'attention du canidé.

« Shepard Oxton monsieur. »

« Vous travaillerez avec mademoiselle Hopps, monsieur Oxton. Allez chercher votre équipement, il y en a à votre taille. »

« Monsieur ! » l'interrompit Oxton, « Je ne peux pas faire équipe avec Hopps pour cet entraînement, c'est une lapine je risquerais de la blesser. »

« Ah oui vous pensez Oxton ? » Dit Marten d'une voix désinvolte en se retournant vers le berger australien.

Il n'était pas le seul à se retourner vers nous. Tous les autres cadets qui n'avaient pas commencé leurs exercices nous fixaient, curieux de voir comment tournerait cette conversation. Je me retrouvais à nouveau au centre de l'attention. Cela m'agaçais et les propos réducteurs et humiliants du chien encore plus. Et c'était la deuxième fois en une matinée qu'on me montrait du mépris, ça n'allait pas se passer comme ça. Lui non plus je ne l'aimais déjà pas.

« Je ne suis qu'un lapine ? » Soufflais-je entre mes dents en me rapprochant de Oxton. « Est ce que j'ai l'air d'être une poupée de chiffon qu'on déchire juste en tirant un peu dessus ? »

« Non, enfin, je veux dire c'est stupide si on combat l'un contre l'autre je vais te faire mal. »

« Je te trouve bien prétentieux pour un canidé de ta taille, je t'arrive presque aux épaules alors descend de tes grands airs. »

« Oh je t'en pris, tu ne vas pas m'en vouloir parce que j'ai peur de te faire mal. » Répondit-il en tendant sa patte vers moi.

Je saisis immédiatement cette patte et tirais dessus de toutes mes forces, faisant passer ce prétentieux de berger australien par dessus mon épaule et l'envoyais à terre. Le groupe de cadet derrière nous éclata de rire, et Marten eut un air satisfait.

« Vous avez raison monsieur Oxton, je ne devrais pas vous mettre avec mademoiselle Hopps, elle risquerait de vous blesser. Néanmoins je lui fait confiance pour être gentille avec vous et ne pas trop vous malmener. »

« Ne t'avise surtout pas de me rabaisser à nouveau. Compris ? » Dis-je en passant ma tête au dessus de lui.

Il avait un air hébété et se releva précipitamment pour me suivre jusqu'au ring, il ne dit plus rien après ça. J'étais encore en colère contre lui, alors ce n'était pas dans son intérêt de me refaire une remarque déplacée. Je ne retenais pas mes coups, et frappais avec acharnement contre sa garde. Il ripostait aussi et ne faisait pas semblant, j'apprenais à encaisser les coups. Et ça faisait mal. Mais je finirais pas m'y habituer, je le savais.

Deux heures après nous en avions fini avec les exercices physique et avions le droit de prendre une douche avant d'aller manger. L'après midi nous avons nos cours théoriques. Je ne savais pas encore quelles seraient toutes les matières que j'aurais à suivre, mais je savais déjà que je devrais faire du droit. Apprendre une bonne partie du code pénal n'était pas la chose qui m'excitais le plus dans la vie. Avant d'aller dans les douches nous devions prendre une tenue propre pour nous changer, elles étaient disponible devant les douches sur des bancs, une étiquette avec nos noms dessus. Les tenues se composaient d'une débardeur bleu et d'un jogging noir. Il faudrait mettre les tenues sales dans un bac après s'être changé.

Lorsque je rentrais dans les douches, je fis un constat, cette promotion manquait cruellement de filles. Nous n'étions que quatre en tout. Il y avait une tigresse, une gazelle, et une panthère noire. J'étais à peine entrée dans la pièce que la tigresse m'alpagua.

« Hey ! Hopps c'est ça ? Oh bravo ! C'était magnifique ce que tu as mis à Oxton tout à l'heure ! » Elle me frotta le crâne avec son poing, c'était une femme très énergique « J'ai pas ri comme ça depuis des semaines ! Moi c'est Carrie enchantée ! »

Elle me tendit la patte et je la serrais.

« Appelle moi Élise, ravis de voir que je ne suis pas la seule fille dans cette promotion. »

« Oh ouais ces six mois vont être géniaux, je le sens bien ! Je te présente Alice, elle frappe fort j'ai rien compris à ce qu'il m'arrivait pendant l'exercice de boxe » Dit-elle en me désignant la gazelle qui me fit un signe de la patte. « Et la belle créature que voilà c'est Léna ! » Je fis un signe de la tête à la panthère noire.

« Oh vile flatteuse ! » Répondit-elle « Dépêchons nous de nous laver et d'aller manger, je meurs de faim et je ne supporte plus toute cette boue.»

Léna n'aurait pas à me le dire deux fois. La transpiration et la boue séchée collée dans mes poils me répugnais. Les douches étaient une succession de cabine, une dizaine en tout, avec des éviers en face et des miroirs juste au dessus. Des serviettes étaient mises à notre disposition, ainsi que des savons et quelques gels. Je rentrais dans l'une des cabines et je sentis le désespoir m'envahir. Elles étaient beaucoup trop grandes pour moi. Le pommeau accroché au mur était à trois bons mètres de hauteur et le bouton qu'il fallait pressé pour faire couler l'eau m'était hors d'atteinte. Je sautais en l'air de toutes mes force, tendant le bras aussi loin que je pouvais, mais rien n'y faisait. Je gémissais à chacun de mes sauts, épuisée par toute ces heures d'exercice. Comment diable pouvais-je me laver ? Les architectes n'avaient pas prévue que des mammifères d'à peine un mètre auraient pu utiliser ces douches lorsqu'ils les ont construites ? La réflexion me fit sourire, évidemment qu'ils n'y avaient pas pensé. On n'avait jamais vu de lapin dans cette académie avant ma tante. Alice qui occupait la cabine voisine, comprit rapidement pourquoi je faisais tout ce boucan.

« Tu n'arrives pas à allumer ta douche Élise ? Tu as besoin d'aide ? » s'enquit-elle.

« Nan, je te remercie Alice. Mais il ne sera pas dit que moi, Élise Hopps, ne soit pas capable de prendre une douche sans l'aide de quelqu'un. »

Je sautais alors contre la cloison qui séparait la douche d'Alice de la mienne afin de prendre appuie et de sauter à nouveau contre le mur pour frapper ce fichu bouton de mon poing. Alice lâcha un cri de surprise lorsque je me jetais contre la paroi, ce qui fit rire Carrie et Léna. L'eau coulait enfin, d'abord tiède, elle devenait plus chaude après quelques instants. C'était sans aucun doute l'une des meilleures douches de toute ma vie.

Après ce passage à la douche plus que nécessaire, mes trois nouvelles amies et moi nous nous dirigions vers la cantine. J'étais heureuse de les avoir rencontrées. Aucune d'entre elles ne venaient de Zootopie, elles habitaient dans des villes aux alentours. Moi qui pensais que je trouverais quelqu'un qui vivait dans cette ville et qui pourrait m'en dire plus à son sujet. J'avais tellement envie d'y être, de voir tout ces quartiers, ces habitants. Je m'imaginais déjà patrouiller dans ces rues, arborant l'uniforme bleu, mon badge doré trônant fièrement sur ma poitrine. Cela faisait des années que je rêvais d'intégrer la police de Zootopie, et maintenant que j'étais là, à l'académie, plus proche que jamais de mon but, je n'arrivais plus à modérer mon excitation.

A mi-chemin pour rejoindre la cantine, nous croisions Oxton, adossé contre un mur, qui tourna la tête lorsqu'il me vît arriver. Il s'approcha d'un pas indécis et lorsqu'il fut devant moi, il releva les yeux vers mes trois amies qui le surplombaient. Il frotta ses pattes l'une contre l'autre puis me regarda de nouveau dans les yeux.

« Hum...Hopps, je te demande pardon pour tout à l'heure. Je ne pensais pas à mal mais je me rend compte que j'ai été idiot et offensant. »

Je le regardais étonnée. Il était rare qu'un mammifère s'excuse pour avoir été condescendant envers un lapin. Encore plus quand ce mammifère avait été jeté à terre par ledit lapin juste après, et ce devant une vingtaine de cadets hilares. Je pensais qu'il aurait été amer envers moi, mais il n'en était rien. Oui, vraiment, j'étais surprise.

« Ne t'en fais pas c'est déjà oublié. Et excuse moi de t'avoir mis à terre. Je suis un peu trop impulsive par moment, et je réagis de manière disproportionnée. »

Il eut un rire mal assuré puis reprit.

« J'aurais dû m'excuser plus tôt mais je suis assez mauvais dans mes relations avec les autres. Je pense que tu l'as remarqué. Alors j'ai réfléchis pendant que tu me frappais tout à l'heure sur le ring, à ce que j'aurais pu te dire sans empirer les choses. Tu frappes plutôt fort d'ailleurs...hehe. » Il nous regarda rapidement l'une après l'autre puis ajouta. « Bon et bien...Bon appétit les filles. » Avant de partir presque précipitamment vers la cantine.

« Attend Shepard ! » L'appelais-je alors qu'il tournait au bout du couloir. « Mhhh...j'allais lui proposer de manger avec nous. »

Carrie siffla en croisant les bras sur sa poitrine. « Je crois qu'un certaine lapine a une touche avec un certain cadet. Oh par les rayures de mes ancêtres, quel mâle charmant, je ne le pensais pas comme ça. » Commenta t-elle d'une voix rieuse.

« Une touche ? Tu plaisantes ? Il était paniqué, je pouvais sentir son stress d'ici. »

« Ma chère Élise. » Continua Léna en avançant vers la cantine. « C'est évident qu'il en pince pour toi, tu n'as pas vu son regard ? » Dit-elle en pointant ses propres yeux.

« Son regard ? » Répliquais-je en riant, comprenant très bien qu'elles disaient ça pour me taquiner. « Oui j'ai très bien vu son regard merci. Et ce n'est pas de l'amour que j'y ai vu désolé. »

« Il était craquant en tout cas » Ajouta Alice. « Le pelage parfaitement blanc avec des tâches bleues et rouges merles, des petites oreilles en pointes...Et ces yeux gris...WOAH ! » s'exclama t-elle ce qui nous fit toutes éclater de rire.

« Oh par pitié, j'ai dû souffler son amour propre lorsque je l'ai malmené devant les autres cadets. »

« Il est quand même un peu petit pour un chien vous ne trouvez pas ? » Demanda Alice.

« Mais oui ! Il devrait presque faire notre taille et il m'arrive en dessous des épaules ! » s'exclama Carrie.

« Il aurait dû manger sa soupe quand il était un chiot. » Répliqua Léna.

« Hey ! Vous ne m'écoutez même pas ! » m'insurgeais-je faussement, ce à quoi elles ne me répondirent que par des éclats de rire.

Les cours de l'après-midi se passaient dans une salle de classe dans l'aile ouest du bâtiment de l'académie. Il y avait une table pour chaque élèves et comme pour les douches, aucunes n'étaient à ma taille ! Monter sur ma chaise relevait plus de l'escalade que de la tâche anodine et quotidienne à laquelle se livraient les autres... Et lorsque je m'asseyais dessus, seules mes oreilles dépassaient de la table. Je restais donc debout sur ma chaise pour pouvoir voir le professeur et prendre des notes.

« Bonjour à tous et à toutes, je me présente, je suis monsieur Razorback et je serais votre professeur dans les différentes matières que nous allons voir ensemble au cour de ces six prochains mois. »

Monsieur Razorback était un sanglier chétif, une paire de lunettes glissaient sur son museau et une odeur de tabac froid se dégageait de lui. Sa présentation était radicalement différente de celle de la Major Friedkin. Tout aussi calme que le ton monotone avec lequel il s'adressait à nous.

« Pour ce premier cours nous allons commencer avec l'étude du droit, et ce pendant un mois environ si nous avançons bien. »

Il éteignit les lumières et alluma un projecteur qui affichait un diaporama de son cours. Nous avions droit à une entrée en matière de la discipline, la définition des termes technique, et un passage sur la portée du pouvoir d'un policer. Ce qu'il pouvait faire ou non, et ce qu'il devait faire. Comment réagir dans des situations précises. Je prenais des notes mais au fond de moi je me répétais encore et encore la même chose : « C'est chiaaaaaaaaaaaaaaant... »

J'étais persuadée que quelqu'un allait finir par s'endormir ! Tout les éléments étaient réunis pour. Une matinée intense d'exercice physique. Un repas copieux à la pause et maintenant la digestion. Une salle de classe plongée dans la pénombre. La voix soporifique de Razorback, et son cours qui, même s'il était important, n'en restait quand même pas des plus intéressant.

Ça n'avait pas manqué, quelques slides de diaporama plus tard, j'entendais des ronflements venant de derrière moi. Je tournais la tête sur le côté en direction de Carrie pour voir si elle aussi trouvait ce cours pénible. Sa tête reposait contre sa patte et elle luttait pour ne pas fermer les yeux. Son stylo n'écrivait qu'une information sur deux. Je lui donnerai mes notes à la fin du cours pour qu'elle puisse les récupérer.

Nous avions trois heures de cours sans pause, durant toute l'après-midi. A la moitié du cours, une bonne partie de la classe avait abandonné et je croyais que j'allais devenir folle. Il fallait que je m'accroche et que je prenne tout le cours en note. Léna et Carrie avaient arrêter d'écrire, la première écoutait le cours l'air dans le vague et la deuxième avait fini par s'assoupir. Quant à Alice, imperturbable, elle continuait d'écrire le cours sans s'arrêter. C'était une vrai machine à écrire automatique. Je me concentrais de nouveau et me préparais mentalement pour encore plus d'une heure de cours. Je ne devais échouer dans aucune matière si je voulais faire parti des meilleurs cadets à la fin. C'est uniquement comme ça que je pouvais prétendre intégrer le poste central de Zootopie.

Un bâillement étira ma mâchoire tandis que je regardais l'heure sur la pendule au dessus du tableau. Il ne restait qu'une dizaine de minutes et je priais pour qu'elles se dépêche de passer. Mes paupières étaient lourdes, mes membres engourdis par la fatigue. Et savoir qu'un autre cours nous attendait après celui-ci achevait ma détermination.

« Et bien notre cours touche à son terme. Je ne puis que vous recommandez fortement certains des ouvrages présent dans notre bibliothèque. Comme ''Le code du policier'', édition 2028, une très bonne édition.''Droits et devoirs'' de Miranda Harpui, et bien sûr le code pénal. » Il ralluma les lumières et ne prêta aucune attention à la poignée de mammifères endormi. J'étais prête à parier qu'il avait l'habitude.

« Carrie, réveille toi c'est fini. » Soufflais-je doucement à l'attention de la tigresse qui dormait profondément sur sa table.

« Hein ? Qu'est ce que... ! » S'exclama t-elle en se redressant d'un bond.

« J'ai pris tout le cours en note, et Alice aussi. On pourra vous les donner pour que vous puissiez rattraper. » Je lui montrais mes notes en même temps qu'elle frottait ses yeux encore endormis.

« Je te remercie Élise, je suis vraiment désolée j'ai pas réussi à tenir jusqu'au bout ce cours m'a achevé. » Elle s'étira puis rangea ses affaires.

« Aller, débout les fainéantes. » Dit Alice en tapant sur l'épaule de Léna qui semblait sortir d'un coma de trente ans. « On a encore un cours dehors, il faut y aller. »

« Je vous jure que s'il est pareil que ce cours là, j'abandonne l'académie. » Soupira Léna.

Notre dernier cours se passait à l'extérieur mais je ne savais pas encore de quoi il s'agissait. Tout notre groupe était somnolant et avançait au ralentit. Une fois arriver dehors, des coups de feu retentirent. « A terre ! » crièrent certains cadets, alors que tous le monde se mettait aux abris. Je poussais Alice derrière un muret et me jetais à ses côtés par la suite. Qu'est ce qui se passait bon sang ! On était attaqué ?!

« C'est bon la marmaille ? » Cria une voix forte. « Vous êtes réveillés maintenant ? Bordel ! Chaque années pour le premier jour c'est la même chose ! Je leur dis ''Surtout ne mettez pas mon cours en fin de journée après celui de Razorback ! J'me tape des zombies moi sinon !'' Mais est ce qu'ils m'écouteraient ? Nan bien sûr que nan ! Du coup vous voilà, et forcément vous avez la tête dans le cul après avoir passé trois heures avec lui. Nan mais heureusement que ma demande de mutation a été accepté à Zootopie pour la fin de ce cycle j'en peux plus moi ! Personnes m'écoutent jamais ici ! »

Je levais la tête par dessus le muret et vit un grand lycaon, il s'agitait tout seul en faisant les cents pas, une arme à la main.

« Et c'est pas faute de leur avoir dis et redis, vous pouvez me croire. Mais ils n'en font qu'à leur tête ! ''Voyons Livèrn, votre cours est très intéressant et les cadets n'auront aucun problèmes pour le suivre en fin de journée. Et monsieur Razorback ne peut l'assurer qu'à ce moment de là, alors ce n'est pas négociable.'' qu'ils disaient. Bah je sais pas, ''changez moi d'horaire et mettez moi le matin'' que je leur dis, mais nan ! Je continu de faire mon cours à cette heure ! ».

J'étais en train d'halluciner. Ce type qui parlait tout seul devait être notre instructeur. Les cadets commençaient à émerger des cachettes qu'ils avaient trouvés dans la précipitation.

« Oh et arrêtez de faire vos fillettes ! J'ai tiré à blanc ! Venez ici tout de suite ou vous viendrez nettoyer toutes les armes que l'on a dans l'entrepôt ! Bon sang heureusement qu'il n'y a que le premier jour du cycle que j'ai cours après Razorback sinon j'aurais déserté... »se lamenta t-il.

Les recrues s'approchèrent donc, certains encore fébriles de cette surprise que ce lycaon nous avait réservé.

« J'suis votre instructeur pour tout ce qui s'agit d'arme à feu, en espérant que vous aurez jamais à les utiliser. Enfin, c'est beau de rêver. Moi c'est Dust. Chef artilleur et responsable de l'arsenal policier. Mais j'ai certainement l'âge des plus vieux d'entre vous alors appeler moi Livèrn, j'ai horreur qu'on m'appelle monsieur. »

Et moi qui pensais qu'on ne pouvait pas faire plus énergique que l'entrée en matière de la Major Friedkin. Monsieur Dust, enfin...Livèrn était très jeune pour un instructeur, je lui donnait bien vingt-cinq ans, pas plus. Comment avait-il fait pour être aussi haut gradé à son âge ? Il devait être incroyable et très compétent, malgré sa tendance à parler tout seul et à être un peu extrême dans son approche.

« Je vais vous apprendre à vous servir de vos armes de poings, des pistolets tranquillisant et des tasers. Et si vous êtes sages, j'vous montrerais comment on se sert d'armes bien plus intéressantes, pas les jouets avec lesquelles vous allez vous balader. On m'a autorisé à vous montrer les plus beau fusils de précision et armes lourdes de ma collection, bande de petits veinards. » Il posa son fusil d'assaut sur son épaule puis leva le couvercle d'une grande caisse avec sa patte arrière. « Vous avez des pistolets là-dedans, ils sont adaptés à votre taille, pas comme le reste des équipements qu'on trouve ici et qui sont tous format XXXXL. Oh j'ai rien contre vous les éléphants, mais ça m'énerve de devoir sauter pour pouvoir allumer ma douche. »

J'étais ravis d'entendre que je n'étais la seule à pâtir de la taille des équipements de cette académie. C'est vrai que Livèrn était grand de mon point de vue, mais il ne dépassait que moi et...hum...Oxton, dans cette promotion.

« Bien ! Venez me voir et je vous donnerais une arme à votre taille, vous les cadets vous ne savez jamais quelle arme est à votre taille ou non. Je dois vous avouer que la taille de l'arme influe quelque peut sur sa puissance, les plus petites sont moins puissantes, mais c'est pour diminuer le recul, et ne pas vous déboîter un bras. » Dit-il en me donnant mon arme, la plus petite de toute. « Oh mais ne t'en fais pas, elle peut quand même transpercer les plus gros des mammifères si tu y met les bonnes munitions. » Rajouta t-il avec un regard complice.

« C'est bon tout le monde en à un ? Bien, ces pistolets ne sont pas chargés, questions de sécurité. On va aller au stand de tir et mettre chacun un casque pour se protéger du bruit. Là-bas vous trouverez des munitions adéquates. Quand votre pistolet sera charger je ne veux pas que vous mettiez votre index sur la gâchette ! Uniquement lorsque vous serez en train de viser les cibles et que votre pistolet n'est pas dirigé vers un mammifère ou quoique ce soit de vivant, c'est bien compris ? »

Livèrn était très sérieux sur les consignes de sécurité, et heureusement. J'aurais eu peur s'il était tout aussi extrême dans sa manière d'enseigner. Les cadets se placèrent sur les stand de tire un par un, il y avait une vingtaine de stand. Ils se composaient d'une planche en bois sur laquelle on posait son arme ou ses munitions et des cloisons qui séparaient chaque stand. Le lycaon nous apprenait comment viser, comment tirer, comment gérer le recul de l'arme, ainsi que la manière dont nous devions recharger et vider les chargeurs des armes. Les cadets se montraient plus ou moins précis à cet exercice. Les cibles se trouvaient sur des endroit précis du corps, et nous devions viser des silhouette qui prenaient la forme de divers mammifères, du cheval à la loutre, en passant par le lion.

Après avoir tiré toutes leurs balles, les recrues devaient se reculer pour laisser place à ceux qui ne s'étaient pas encore essayé à l'exercice. Je me tenais à côté de Ramsay, qui venait de tirer sa dernière balle. Elles avaient presque toutes touché le centre des cibles dessinées sur la silhouette.

« C'est excellent Peter, c'est ton prénom n'est-ce-pas ? » Le complimenta Livèrn. « Laisse la place à ceux qui n'ont pas encore tirer pour le moment. » Puis il reparti veiller à ce que tout se passe bien pour les autres cadets.

Peter arborait le même sourire triomphant et prétentieux que ce matin au parcours de Rainforest. La

modestie semblait être une valeur qui lui était totalement inconnue. Il prit son arme avec lui et quitta le stand de tir. Je prenais sa place sur le stand et il était (oui je sais c'est une surprise) trop haut pour moi. Je ne pouvais pas atteindre les munitions qui se trouvaient sur la planche un peu plus haut. Livèrn accourut alors pour me donner une caisse sur laquelle monter pour être à la bonne hauteur. J'hésitais un instant, j'avais honte de devoir monter sur cette caisse pour tirer. Le lycaon s'adressa à moi mais je ne l'entendis pas distinctement avec mon casque sur les oreilles.

« Oh ne fais pas ta difficiles ! » répéta Livèrn tandis que j'enlevais mon casque pour l'écouter. « Même moi j'en ai besoin pour tirer, ces stands sont trop grands, la planche m'arrive pile en face des yeux. »

Je m'exécutais aussitôt tandis que le chef artilleur s'éloignait satisfait. C'était ridicule mais au moins j'étais à la bonne hauteur. Je tirais un coup comme il nous l'avait appris. Le recul fut plus brutal que ce à quoi je m'attendais et un cri de surprise m'échappa. Quant à la balle, elle alla se loger dans la bordure de la cible. Pas fameux...Je tirais à nouveau, cette fois-ci mieux préparée. La balle arriva presque au centre de la cible. Un sourire satisfait se dessina sur mes lèvres. Je tournais la tête vers Carrie qui me donna un grand sourire et leva ses deux pouces en l'air. On aurait dit une folle, elle me faisait rire. Ce cours ci passa très vite, j'en oubliais à quel point j'étais fatiguée. Après plus d'une heure de tir, Livèrn nous dis que la journée était fini et que nous étions libre à présent, jusqu'à demain matin. Les mammifères se dispersèrent peu à peu mais quelques uns restaient pour admirer les armes que leur présentait le lycaon. Je dis à Léna et au deux autres de partir devant et que je les rejoignais bientôt, je voulais voir ce que ce fana des armes avait à nous montrer. Je le trouvais intéressant et amusant, avec sa passion pour les armes et l'énergie avec laquelle il en parlait. »

« Et je vous présente le Reaper VZ-15, une vraie beauté. » Dit-il très ému en montrant l'arme à l'assemblée. « Fusil de précision dernière génération, le plus puissant qui existe, vous verriez la taille des balles de l'engin. Elles parcourent 500 mètres en une seconde ! Ils utilisent les mêmes à l'armée, au front. J'ai entendu dire que l'un de nos braves soldats avait abattu un des ces foutus reptiles à plus de trois kilomètres de distances ! Oh bon sang qu'est ce que je donnerai pas pour établir un record comme celui là. »

Il se retourna alors et visa les cibles des stand de tire. Le canon du fusil s'allongea et un viseur se déplia de la partie centrale de l'arme. Un sourire de dément lui étirait le museau. Mais il ne tira pas et nous regarda à nouveau.

« Mais je n'ai pas le droit d'utiliser ce genre d'arme ici, trop dangereux, d'ailleurs, je n'ai même pas les munitions qui vont avec. J'aurais aimé vous les montrer mais on m'a interdit de les prendre avec moi, ''question de sécurité Livèrn, nous connaissons le zèle dont vous pouvez faire preuve lorsque vous avez l'une de ces armes entre les pattes''. Peuh, j'ten foutrais du zèle moi. » Il avait toujours cette manie d'imiter grossièrement les propos que lui disaient ses supérieurs, et ce avec la voix la plus ridicule que j'avais jamais entendu.

« Bon aller les gosses le spectacle est fini pour aujourd'hui, je vous retrouve dans deux jours, si je me souviens bien, pour un cours plus poussé. »

Il prit son fusil précautionneusement puis parti vers l'entrepôt en traînant derrière lui la caisse remplie de nos pistolets. Le soleil avait entamé sa descente et enflammait le ciel, il était temps pour moi de rentrer à l'intérieur du bâtiment pour me réchauffer un peu. Nous étions au début du printemps mais le temps restait frais. Je marchais derrière les cadets et écoutais ce qu'ils avaient à dire sur notre professeur de tir.

« Il est vraiment génial haha ! » disait un ours.

« Ça se voit qu'il s'y connaît, il donne de bons conseils. » Rajouta un guépard.

« C'est un fou surtout ouais... »

Je relevais la tête immédiatement. A la recherche de la personne qui avait dit ça. Oh bien sûr...Il fallait que ce soit lui.

« Il est complément malade à toujours parler tout seul. » Continua Ramsay. « Je me demande comment ils ont pu lui donner un poste avec autant de responsabilité. Il est dangereux avec toutes ses armes. »

Calme toi Élise, tu t'es déjà faite assez remarquée comme ça en un seul jour. Surtout, reste calme et n'intervient pas. Voilà, calme.

« Et vous avez vu cette stupide lapine ! Ah ! Elle était ridicule sur sa caisse ! Elle m'a bien fait marrer aujourd'hui. »

Je sautais à pieds joints sur sa queue qui glissait sur le sol devant moi. Cela lui arracha un cri de douleur, il se retourna furieusement et ne vit personne, jusqu'à ce qu'il baisse la tête.

« Oups ! Je suis tellement maladroite, vraiment, je n'ai pas vu que t'as queue se trouvait là. » Je le regardais avec un sourire provocateur, je le détestais à présent.

« Tu me cherche la bouffeuse de carotte ? » Rugit-il.

« Oh nan ce ne serait pas très malin de ma part, quoi qu'après tout, je ne suis qu'une stupide lapine. » Je perdais cet air supérieur que je m'étais donné au profit d'un visage qui montrait clairement mon mécontent. Ramsay me surplombait de toute sa hauteur, prenant une pose menaçante. Je restais impassible.

« T'es suicidaire ma parole, dégage de là ! » Grogna t-il.

« Si je voulais me suicider, je monterais aussi haut que ton ego et je sauterais jusqu'à atteindre ton Q.I, la chute me serait fatal. On est parti sur de mauvaises bases tous les deux, mais pour établir une relation saine entre nous, tu devrais déjà apprendre la modestie et le respect des autres. » Ça faisait tellement de bien de lui dire tout ce que je pensais de lui. Et pour le moment, le grand et parfait Ramsay cherchait ses mots. Il ne devait pas être habitué à se faire rentrer dedans par un lapin.

« Bah alors Ramsay, on ne dit plus rien ? C'est quand même pas une stupide lapine qui te rend muet comme ça ? »

Ses yeux me lançaient des éclairs, ses babines se retroussaient pour laisser apparaître ses crocs. Sa respiration était si forte que je sentais son souffle sur mon visage. Je l'avais enragé à force de me moquer de lui devant ses amis. A ce moment, mon instinct me frappa, comme une décharge électrique le long de ma colonne vertébrale. « Danger ! Fuis ! » Voilà ce qu'il me disait. Ramsay leva une patte en l'air et l'abattu.

« Le très grand tigre s'apprêtait à frapper le petit lapin de son immense patte. » Commenta une voix venant de derrière nous.

C'était Livèrn, il s'approchait d'un pas nonchalant. Ramsay s'était arrêté net et tentait de reprendre contenance devant lui. Moi aussi je ne faisais plus la fière, j'en avais oublié qu'il pouvait me rompre le cou d'un seul coup de patte. Mais il ne l'aurait pas fait ? N'est ce pas ? Pas vrai ? Bien sûr que si il allait le faire. Je n'étais pas bien sur le coup, il ne fallait pas que les autres s'en rende compte.

« Mais il s'arrêta au dernier moment, se rendant compte de la folie de son geste. » Continua Livèrn comme s'il narrait une histoire à un public invisible et que nous en étions les personnages. « Le très grand tigre préféra régler son différent avec la petite lapine d'une autre manière, la violence ne pouvait lui attirer que des problèmes. » Il donna un regard équivoque à Ramsay, lui faisant comprendre qu'il avait échapper à une punition. « ''Mais oui !'' s'exclama le tigre, ''Faisons un paris petite lapine, celui qui arrivera avant l'autre dans le classement du concours de police gagne le pari. C'est un bon moyen de régler notre différent.'' »

« C'est ridicule monsieur... » Se lamenta Ramsay.

« Livèrn ! Pas monsieur, j'ai ton âge après tout Peter. » le corrigea t-il immédiatement.

« Et qu'est ce que l'on doit parier ? » Demanda le tigre en levant les yeux au ciel, qui semblait être très ennuyé par Livèrn.

« Faîtes preuve d'imagination. » Un sourire amusé se dessina sur son visage.

Ramsay se retourna vers moi, la colère toujours présente dans ses yeux.

« Je serais devant toi dans le classement mais en plus je serais le Major de promo, si ça arrive tu devras admettre que tu n'es qu'une lapine décérébrée bonne qu'a planter des carottes dans sa campagne. Et tu me présenteras des excuses car tu n'es qu'une minable petite arrogante qui ne sait pas où se trouve sa place. »

Il s'était retenu devant le chef Artilleur, je pensais qu'il allait être plus vulgaire et me demander de faire quelque chose d'horrible. Livèrn allait s'interposer pour dire que c'était un pari amical mais je fus plus rapide.

« JE serais la major de cette promotion. » Je faisais tout mon possible pour ne pas que ma voix ne tremble. « Et si ça arrive tu devras admettre que tu n'es qu'un tigre stupide et prétentieux qui devrait apprendre à respecter les autres. Et tu t'excuseras d'avoir été aussi méprisant. »

Le lycaon nous regarda l'un après l'autre l'air satisfait, tout comme tous les cadets autour de nous. Je faisais vraiment trop de vagues pour ce premier jour.

« Et les deux cadets se serrèrent la patte pour valider leur pari. » Conclut Livèrn, toujours en prenant une voix de narrateur.

Nous nous regardions dans les yeux mais nos bras ne bougeaient pas d'un pouce. Pas question que ce type me touche.

« Et s'il ne se seraient pas la patte immédiatement, ils allaient devoir récurer les toilettes avec les brosses les plus petites que leur instructeur pourrait trouver. » Nous nous exécutions sur le champ. Ramsay pressait ma patte dans la sienne, ainsi que mon avant bras.

« Bah voilà ! » Reprit Livèrn de sa voix normale. « Maintenant partez et je ne veux plus voir une seule dispute pendant les six prochains mois sinon je mettrais mes menaces à exécution et croyez moi, c'est très long de nettoyer des toilettes taille XXXXL avait des brosses de la taille d'une souris. » Et il s'en alla en chantonnant de son pas nonchalant.

Je continuais de fixer Ramsay tandis que Livèrn tournait au bout du couloir. Le tigre parti à son tour en lâchant un « fais chier ce pauv' taré » suivit de toute sa bande de pote qui lui parlait de ce pari. Lorsqu'ils tournèrent à leur tour au bout de couloir, je tombais sur les genoux. J'étais terrifiée. Ramsay m'avait terrifiée. Que ce serait-il passé si Livèrn n'était pas intervenu ? J'eus un frisson. Je devais apprendre à ne pas pousser un prédateurs colérique bien plus grand que moi à bout. J'avais été inconsciente et stupide. Je m'étais retenu de trembler tant qu'ils étaient là, je ne devais pas montrer que j'avais eu peur. Tant que je restais stoïque, ils n'auraient rien deviné. Il fallait que je me calme à présent, il n'y avait plus de danger. Mon instinct était en ébullition, il m'avait ordonné de m'enfuir, de crier le plus fort possible.

Je respirait profondément, tout allait bien à présent. Du calme Élise, ne te fais plus remarquer je t'en pris. Mais qu'est ce que je racontais rien n'allait bien ! Je venais vraiment de faire le pari le plus stupide possible avec le plus grand idiot de l'académie. Il était meilleur que moi dans les cours de la Major Friedkin et ceux de Livèrn, probablement meilleur dans ceux de Marten aussi. Il n'y avait que le cours de Razorback dans lequel je ne connaissais pas son niveau. Et ce n'était même pas sûr que je sois moi-même bonne dans ce cours. Parti comme je l'étais, je pouvais déjà dire devant tous les cadets que je n'étais qu'une lapine décérébrée bonne qu'a planter des carottes dans sa campagne...

Je pris à nouveau une grande respiration. Il fallait que je me calme à présent, et que j'assume les conséquences de mes actes. Je suis Élise Hopps, j'étais une lapine courageuse, confiante et déterminée. Voilà, j'étais tout ça. Ce n'était que le premier jour de six mois de formation. J'avais tout le temps nécessaire pour m'améliorer et devenir meilleure. Je n'allais pas abandonner, jamais. Tata aussi a connu ce genre d'idiots, et elle n'a rien lâchée. Je serais comme elle ! Je deviendrais major de promo moi aussi. Ramsay devra me présenter des excuses, je n'aurais plus jamais peur de lui. J'intégrerais le poste de police central de Zootopie. Et je ferais de ce monde un endroit meilleur pour tous, comme le voulait ma tante.

Je parti alors à la recherche de Carrie, Léna et Alice, j'étais remplie de détermination. Elles m'attendaient dans notre dortoirs. Il était composé d'une vingtaine de lits superposés dans le plus grand format que j'avais jamais vu. Et nous n'étions que quatre filles pour occuper ce dortoir. En entrant, elles se retournèrent vers moi.

« Bah alors t'en a mis du temps Élise. » Me dit Léna.

« Qu'est ce que tu faisais depuis tout à l'heure ? » Demanda Alice.

J'avançais dans la pièce, passant devant elles, avant de me jeter sur l'un des lits. Je me retournais sur le dos et adoptais la position de l'étoile. Et j'avais toujours cet air déterminé collé sur le visage.

« Un pari ! » m'exclamais-je un sourire aux lèvres.