Bonne année à tous et toutes !

Et sans plus attendre, place à la suite des aventures de Hanatarô, Grimmjow et Nell :


3 . Question de survie

Nell et Hanatarô venaient d'échapper à Grimmjow. Mais ils avaient l'impression qu'ils ne mettraient jamais assez de distance entre eux et lui. Ils couraient donc à perdre haleine, sans se soucier de ce qu'il y avait devant. Ce fut une erreur stratégique, car Grimmjow n'était pas le seul Hollow à avoir participé aux combats qui avaient eu lieu dans cette zone, et Hanatarô oubliait que ce n'était pas une mais deux présences spirituelles qu'il y avait détecté. C'est ainsi qu'après avoir dépassé le corps de Nnoitra, les deux fuyards se retrouvèrent nez à nez avec sa fracción, Tesla, sérieusement blessé, mais toujours en vie.

« Ah ! cria Hanatarô en stoppant net.
— Ah ! l'imita Nell.
— Toi ! cracha Tesla, en avisant le petit Arrancar.
— M-moi ? fit Nell, d'une toute petite voix.
— Tout est arrivé par ta faute. Sans toi, Nnoitra-sama serait toujours en vie. Moi, Tesla, sa seule et unique fracción, je jure de te tuer en son nom. »

Tesla bouillait d'une rage intérieure. Jusqu'à la fin, il n'avait eu aucun droit à tenter d'éveiller l'intérêt de son seigneur. Nnoitra était tombé sans un regard pour lui. Tout n'avait jamais été que pour elle.

Tesla, loyal, fidèle et dévoué serviteur en dépit d'autre chose, avait espéré jusqu'au bout une reconnaissance de son maître qu'il n'avait jamais eue. Mais peu lui importait, à présent. Ce n'était pas pour obtenir son respect qu'il avait suivi Nnoitra, et il avait fini par admettre sa réelle valeur. C'était par admiration, parce qu'il avait été ce que lui n'avait pas pu devenir. L'espada numéro cinq avait été belliqueux, puissant, avide, incisif... Et pour se rapprocher de lui un peu, juste un peu, Tesla finirait ce que son maître avait désiré avec ardeur. Il éliminerait Neliel tu Oderschvank, même si elle était dans un état si pathétique.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il fut confronté, non pas à la précédente tercera espada, dans sa version infantile et terrorisée, mais au Shinigami qui s'était placé devant elle, comme pour la défendre.

« Écarte-toi. Ce n'est pas à toi que j'en ai, prévint Tesla.
— Oh, je... Je sais qu'entre Hollows vous vous... beurk... », grimaça Hanatarô, sans cacher son dégoût. « Mais vous pouvez peut-être faire une exception, monsieur Tesla ? En plus, vous avez l'air d'une gentille... personne... Si on omet le fait que vous êtes un Arrancar et le... sabre que vous brandissez... Euh... Vous ne ferez pas de mal à un bébé, quand même ? », demanda Hanatarô, pris de doutes.
— C'est un Arrancar.
— Non ! Nell n'est pas un Arrancar. Nell est Nell ! se récria le petit Hollow, avec véhémence.
— Vous voyez ? C'est juste Nell, insista Hanatarô. Je viens de faire sa connaissance, mais je peux vous assurer qu'elle ne vous fera pas de mal. Si c'est un Arrancar, ce n'est encore qu'un bébé Arrancar.
— Les Hollows deviennent Arrancars. Ils ne connaissent pas l'enfance, objecta Tesla.
— Ah, bon ? Mais, elle a l'air d'un bébé. Vous êtes sûr ? »

Tesla haussa un sourcil interloqué. Il n'avait jamais rencontré un être dégageant aussi peu d'hostilité. À tel point qu'en cours de route, il en avait perdu sa hargne et s'était mis à faire la conversation ! Il retrouva rapidement sa résolution.

« Écarte-toi, ou je te tue aussi, dit-il, en choisissant une garde plus menaçante.
— Ah ! Euh... D'accord. Vous êtes du genre obstiné, à ce que je vois. Mais... Oh, mais vous saignez ! Vous êtes blessé, ça tombe bien... Enfin je veux dire... évidemment que ce n'est pas bien si vous avez mal... Mais ce qui est bien, c'est que je suis médecin. Je peux vous soigner. Vous voulez que je vous soigne ?
— Hein ? »

C'était la spécialité d'Hanatarô de noyer son auditoire dans un flot verbal. Il utilisait cette technique de manière inconsciente mais cela fonctionnait chaque fois à merveille. Une seule exception : lorsqu'il s'adressait au seigneur Kuchiki. L'aristocrate ne l'écoutait jamais et agissait toujours avec lui comme si le fait qu'il soit là ou non ne changeait absolument rien. Hormis, donc, le capitaine de la sixième division, il pouvait distraire n'importe qui en l'abreuvant de pensées et d'exclamations diverses, passant de la légèreté à l'horreur, de l'indignation offusquée à la politesse servile, sans sourciller une seconde.

Pendant que Tesla analysait la menace que représentait ce curieux adversaire, Hanatarô, lui, se pencha vers Nell.

« Pst ! Pst ! Nell, chuchota-t-il, enfuis-toi. Vite !
— Mais, et toi ?
— Euh... Moi, j-je vais le retenir. »

Le cœur d'Hanatarô était rempli de crainte, mais sa résolution était prise. Nell lui adressa un bref regard incrédule, et prit la poudre d'escampette sans demander son reste. « Un jour, mon bon cœur me perdra », se dit Hanatarô, en protégeant la fuite de l'enfant Hollow. Il se retrouva désespérément seul devant Tesla, mais il n'arrivait pas à regretter sa décision. La petite Nell avait un air d'innocence qu'il ne pouvait décemment pas ignorer. Ce n'était pas pour autant qu'il était sorti d'affaire, et il jugea, pour la deuxième fois en moins d'une heure, que sa dernière heure était venue.

« Fukutaichô, pourquoi vous m'avez laissé tout seul ? gémit-il, en s'armant de son sabre, appelant à lui toutes les images de courage que les actions d'Ichigo lui avait inspirées.
— Tu vas te battre pour elle ? s'étonna Tesla.
— P-Pas si vous avez la b-bonté de changer d'avis à son sujet, bégaya Hanatarô, tout à coup effrayé de sa propre audace.
— Prépare-toi à mourir, alors ! », clama Tesla, en s'élançant vers le Shinigami.

Au premier coup, Hanatarô se retrouva sans surprise expulsé plusieurs mètres en arrière. Flanqué à terre, il était malgré cela tout heureux de ne pas avoir lâché son sabre, dressé devant lui pour faire bouclier. Cet instant de bonheur ne dura pas, car dans la demi-seconde qui suivit, son épée lui fut arrachée des mains par un second et violent coup sur le plat de la lame, et son arme s'envola hors de son atteinte. Alors, il ferma les yeux, s'attendant à mourir.

ϾϿ
Ω¨Ω

Le cri que poussa son adversaire surprit tellement Hanatarô qu'il rouvrit les paupières. Ce n'était pas le cri que pousserait un guerrier lors de son assaut final. Ce n'était pas le cri d'un vainqueur. Ce n'était pas non plus un cri de fureur. C'était une exclamation de totale stupeur, qui s'interrompit dans un cri d'agonie.
Hanatarô vit du sang couler de la bouche de l'Arrancar, puis il suivit des yeux le mouvement des deux mains gantées de noir de Tesla, qui relâcha son sabre pour saisir la lame d'une épée enfoncée dans son ventre.

Le temps s'immobilisa. Ce que Hanatarô voyait était incompréhensible. Pourtant, il ne pouvait pas ne pas reconnaître cette lame au profil unique, ornée en son centre d'une jauge noire. L'épée qui transperçait le ventre de l'Arrancar était la sienne !

Enfin, Tesla tomba à genoux, une expression d'intense incrédulité figée sur le visage, et le temps reprit son cours.

« Besoin d'aide, Shinigami ? »

Surpris par l'interpellation venue de derrière, Hanatarô sauta nerveusement sur ses pieds et se retourna.

« Qu... qu... qu... ?! », s'exclama-t-il, piteusement.

L'esprit en déroute, Hanatarô peinait à comprendre ce qui s'était passé. Son regard allait de l'auteur de la remarque ironique au sabre planté dans l'estomac de Tesla, pour revenir vers celui que tout désignait comme son sauveur, Grimmjow Jaggerjack.
Ce dernier se tenait debout, le dos appuyé contre ce qui restait d'un mur, le bras gauche enveloppant précautionneusement son torse. Il suait à grosses gouttes. Malgré son rictus supérieur et sa posture nonchalante, on s'apercevait rapidement qu'il ne tenait sur ses jambes que par pure obstination.

Nell était à ses côtés.

« J'suis allée le chercher », dit-elle, en se dandinant d'un pied sur l'autre, comme si elle n'était pas sûre de savoir si elle avait fait une bêtise ou si elle avait eu une bonne idée.

:COOooo

Les raisons pour lesquelles Grimmjow avait accédé à la requête de Nell n'avaient sans doute rien à voir avec une quelconque envie de faire une bonne action mais, ce qui était certain, c'est qu'il ne s'attendait pas à la réaction que le Shinigami eut lorsque celui-ci eut recouvré ses esprits.

Hanatarô leva les bras au ciel et s'écria, sous le coup de la plus évidente des infortunes : « Mais qu'avez-vous fait, monsieur Jaggerjack ?! »

De façon bien compréhensible, Grimmjow prit la mouche. Cependant, épuisé par son récent effort, il ne put que tousser lamentablement, avant de souffler d'une voix éraillée et mourante : « J't'ai sauvé la vie, crétin ! »

Sans l'écouter, Hanatarô s'était pris la tête entre les mains et courait de droite et de gauche devant Tesla, en gémissant, affolé : « Aaah, c'est la catastrophe ! ».

Grimmjow et Nell se regardèrent, perdus l'un comme l'autre devant l'attitude inexplicable du Shinigami. Finalement, Hanatarô s'approcha de Tesla, toujours agenouillé sur le sol, puis il dégagea son sabre du ventre de l' Arrancar. Il se tourna ensuite vers Grimmjow et agita l'arme, en martelant les mots suivants de façon fataliste : « Et voilà ! Regardez. »

Alors qu'Hanatarô désignait le torse de Tesla d'un signe évasif de son épée, Grimmjow et Nell virent non seulement qu'il n'y avait pas de blessure à l'endroit où la lame s'était figée plus tôt, mais que ses autres plaies disparaissaient rapidement.

« T'as un zanpakutô qui guérit ?! », s'époumona Grimmjow, sans en croire ses yeux. « Mais c'est n'importe quoi ! »

Pendant que Grimmjow essayait d'appréhender l'idée sacrilège qu'un sabre normalement fait pour tuer pouvait guérir, Tesla, lui, revenait progressivement à lui. Son chagrin, sa déception, sa colère se concentraient maintenant sur Hanatarô qui persistait, contre toute raison, à lui refuser sa vengeance – en commençant par refuser obstinément de mourir.

Ce que Grimmjow lut dans le regard borgne de la fracción n'augurait rien de bon pour la suite.

« Bordel ! Reste pas là comme ça, abruti d'Shinigami ! Amène-toi et guéris-moi, si tu veux pas qu'on périsse tous ! », hurla-t-il à Hanatarô.

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! = !

Grimmjow n'en menait pas large.

Être blessé au Hueco Mundo, c'était déclarer à tous sa faiblesse : cela faisait de vous une proie facile. Être blessé au point de ne plus pouvoir bouger, c'était avouer sa défaite ; c'était laisser venir à vous la mort, dans la plus honteuse des indignités. Pour un Arrancar, c'était intolérable. Ce que Kurosaki n'avait pas compris en lui sauvant la vie et en le laissant là, sans abri ni espoir de soins, c'était que Grimmjow avait été réduit à l'état de nourriture. Le moindre Hollow en quête de puissance aurait pu se repaître de son corps et de son énergie sans qu'il soit en mesure de faire plus que de se débattre.

Lorsque la petite Nell était revenue le chercher en criant à tue-tête qu'il devait sauver Hanatarô, le premier geste de Grimmjow avait été de l'attraper afin de la manger toute crue. Geignante et larmoyante, la demi-portion avait, contre toute attente, et sans avertissement préalable, craché copieusement sur la plus grave de ses blessures. Il avait bien failli lui tordre le cou. Cependant, la douleur cuisante qui l'avait immobilisé jusqu'alors s'était apaisée. Il avait pu se relever. Cela l'avait convaincu qu'il était dans son intérêt d'aider les deux zouaves.

Malheureusement, le trajet et le jet de sabre avaient suffi pour épuiser jusqu'à la moindre parcelle de force qu'il avait récupérée grâce à l'étonnante, et écœurante, capacité cicatrisante de la salive de Nell. Il n'était pas en condition de se défendre si Tesla l'attaquait maintenant, et il était évident que ni Nell ni Hanatarô n'avaient la possibilité de le faire non plus.

À bout de résistance, Grimmjow s'écroula comme une masse sur le sol, tout de suite après sa mise en garde.

« Ah, monsieur Jaggerjack ! s'écria Hanatarô. Vous n'auriez pas dû bouger autant : vous avez aggravé vos blessures !
— Si j'ai dû bouger, c'était pour venir à ton secours, crétin ! », rappela Grimmjow, en relevant la tête.

Le cœur lui manqua lorsqu'il vit Hanatarô remiser inconséquemment son épée dans son fourreau et se précipiter vers lui, sans plus se préoccuper de Tesla.

« Le sabre ! Lui laisse pas son arme, triple buse ! Ramasse son... Cough ! Cough ! »

Le sage et vital conseil de Grimmjow se perdit dans les affres d'une toux souffreteuse. Interloqué, ses yeux sortant de leurs orbites, il contempla l'être improbable qui revenait vers lui en courant, et il se demanda, non pour la première fois, quel genre de Shinigami Hanatarô était. De l'avis de Grimmjow, qu'on soit médecin ou non, le B. A. BA pour survivre en temps de guerre, c'était de ne jamais laisser une arme à portée de main d'un ennemi, même si ce dernier avait été mis à terre.

Inconscient du risque, ou simplement distrait, Hanatarô, lui, n'écoutait plus que son bon cœur. Il devait la vie à l'Arrancar, et le fait que ce dernier avait failli la lui ravir un moment plus tôt était, pour l'instant, complètement oublié.

Tesla se relevait. Le temps pressait. Dès qu'Hanatarô fut parvenu à sa hauteur et qu'il put atteindre son fourreau, Grimmjow se saisit de la poignée du sabre du Shinigami. Puis, il dégagea la lame en repoussant rudement du pied le petit médecin, avant d'enfoncer le zanpakutô dans l'une de ses multiples plaies.

« Ah ! Mais qu'est-ce que vous faites, monsieur Jaggerjack ! Ce n'est pas la peine d'y aller si fort ! se récria Hanatarô, lorsqu'il eut retrouvé l'équilibre.
— Mais tu vas arrêter de crier, oui ? Et tourne pas le dos à ton ennemi, abruti ! T'as aucun instinct de survie, ou quoi ?!
— Oh ! Que je suis bête ! Vous avez raison, monsieur Jaggerjack. »

Hanatarô se retourna juste à temps pour voir Tesla bondir, armé de son sabre.

« Waah ! », cria-t-il encore, évitant de justesse l'assaut de l'Arrancar.

Tesla darda sur lui une pupille dont la lueur se remplissait de colère. Ses traits, qui pouvaient être si doux, et son regard, si clair, s'étaient durcis, assombris. La fureur l'aveuglait , comme le bandeau qui recouvrait l'orbite vide de son œil droit, qu'il avait sacrifié en tribut à son maître, il y avait bien longtemps. Devant lui, se trouvait le nouvel objet de sa haine, l'obstacle qui retardait l'assouvissement de la vengeance qu'il voulait exercer en hommage à son seigneur.

Pendant ce temps, Grimmjow, ayant retiré le singulier zanpakutô de son épaule, constatait que certaines de ses blessures se refermaient. Cependant, Pantera n'était toujours pas revenue sous sa forme de sabre. Il la sentait toujours en lui, agitée et affamée.

« Monsieur Jaggerjack ! », appela à l'aide Hanatarô.

Grimmjow jeta un œil vers lui. Le petit Shinigami faisait de son mieux pour éviter les coups. Il n'y arrivait pas trop mal, à vrai dire. Ses mouvements étaient tellement erratiques qu'il avait le chic pour bondir là où Tesla ne l'attendait pas, ce qui énervait de plus en plus la fracción.

« J'ai besoin d'encore un peu de temps. Distrais-le !
— Mais, mais, mais, mais...
— Continue comme ça, tu t'en tires très bien, décréta Grimmjow.
— Waaaaaah ! », hurla Hanatarô en s'accroupissant, les mains sur la tête, dans une tentative, miraculeusement réussie, d'échapper à la décapitation.

Emporté par son élan, Tesla avait fait un tour sur lui-même et se remettait prudemment en garde, essayant de régner sur ses émotions. Qu'avait donc de si spécial ce Shinigami pour tenir en échec ses assauts, alors qu'il n'était même pas armé ? s'avisait-il.

Hanatarô, lui, se relevait doucement, et fixait craintivement l'Arrancar qui le dévisageait de son œil unique comme s'il voulait le démonter, morceau par morceau.

« Vous n'êtes pas gentil du tout de me laisser tout faire, monsieur Jaggerjack ! », se plaignit le Shinigami. Ganju, lui, il ne me m'aurait jamais laissé tout seul.
— Ouais, ben, ton Ganju, il est pas là, alors débrouille-toi ! », râla Grimmjow.

Grimmjow n'avait aucune idée de l'identité du dénommé Ganju, et il s'en moquait, car il avait d'autres soucis.
Visiblement, le sabre avait une puissance de guérison limitée. Une jauge se remplissait de rouge lorsqu'il absorbait les blessures. Elle s'était obstinément stabilisée à moitié, et le pouvoir de la lame ne faisait plus effet sur lui. Pour soigner ses autres blessures et retrouver un minimum de mobilité, il allait devoir recourir à des moyens plus traditionnels. Il devait donc gagner du temps.
Or, il soupçonnait que le sabre d'Hanatarô, dans son état actuel, ne ferait que soigner leur actuel ennemi au lieu de le blesser. Il ne servirait à rien de le rendre à son propriétaire pour qu'il puisse se défendre.

Heureusement, Tesla était essoufflé et prolongeait sa pause. Il n'était pas au mieux de sa forme, lui non plus, jugeait Grimmjow. Les gestes de la fracción étaient ralentis, ce qui avait permis à Hanatarô d'éviter ses attaques, d'autant plus que la petite taille du Shinigami faisait de lui une cible difficile à atteindre, et sa nervosité, une proie aux mouvements imprévisibles. Cependant, compter sur le hasard avait ses limites, et s'il voulait que le médecin vive quelques minutes de plus, un ou deux conseils ne seraient pas superflus.

« Balance-moi ton sac, ça t'alourdit », réclama-t-il.

Hanatarô s'exécuta sagement.

« Pourquoi t'utilises pas ton fourreau ? suggéra encore Grimmjow, étonné de s'apercevoir que tel n'avait pas été le cas jusqu'ici.
— Mon fourreau ? Pourquoi faire ? demanda Hanatarô, en considérant sa hanche d'un œil aussi vide que l'étui qui y pendait.
— Mais pour parer ! », hurla Grimmjow, sidéré. « Et quitte pas ton ennemi des yeux », rappela-t-il, pour faire bonne mesure.

Le visage d'Hanatarô s'éclaira.

« Oh ! Merci, monsieur Jaggerjack », remercia-t-il en s'enchantant de l'idée, perdant un temps précieux.

Il se saisit de son fourreau et le brandit devant lui comme un talisman grâce auquel il pourrait obtenir la victoire... juste à temps pour recevoir le nouveau coup que Tesla lui portait ! Galvanisé par cette parade inattendue, l'Arrancar entreprit de briser la défense du Shinigami avec acharnement. S'arc-boutant des deux mains sur son fourreau et des deux pieds sur le sol, Hanatarô reculait pourtant sous ces assauts forcenés.

« Monsieur Jaggerjack ! pleurnicha-t-il. Cela ne marche pas du tout.
— Tiens bon ! grogna Grimmjow, affairé à présent à panser la blessure qu'il avait reçue à l'abdomen, grâce au contenu de la besace d'Hanatarô.

Il se soignait le plus vite possible, vérifiant de temps à autre le déroulement de la bataille, mais malgré sa diligence, les événements se précipitaient.

Un coup bien placé, et Hanatarô se retrouva bientôt l'heureux possesseur de deux moitiés de fourreau, devant un Arrancar prêt à asséner le coup de grâce.

« Waaaaaaaah ! », cria le Shinigami, mortifié en constatant le pauvre état de son seul moyen de survie.

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase pour le brave Hanatarô. Paniqué, il lança au petit bonheur la chance les restes de son fourreau vers Tesla, dans le fol espoir de le ralentir, et, jetant aux orties le bon sens le plus élémentaire, il tourna les talons pour s'enfuir aussi vite que possible.

« IMBÉCILE ! gronda Grimmjow. LUI TOURNE PAS LE DOS, QUE J'TAI DIS !

Le petit Shinigami ne dut sa survie qu'à sa maladresse. Le grondement d'alarme de Grimmjow se répercuta dans le désert et l'effraya presqu'autant que les intentions meurtrières de son poursuivant : il trébucha. Il évita, par conséquent, le coup que Tesla allait lui porter, et s'affala de tout son long, face contre terre.

« Ouch ! fit le jeune Shinigami imprudent.

— À GAUCHE ! »

Le ton plein de commandement de Grimmjow convainquit Hanatarô de l'urgence qu'il y avait à s'exécuter. Il roula sur sa gauche comme un automate. Le coup de Tesla finit dans la poussière en lui rasant l'épaule, emportant un morceau de son uniforme.

« GYAAAH ! », s'écria Hanatarô, persuadé de sa fin imminente.

Tesla hurla d'exaspération, puis il releva son sabre et se prépara de nouveau à l'abattre, avec une force démultipliée par la frustration.

« À DROITE ! »

Dans un état second, Hanatarô roula à sa droite. Cette fois-ci, la violence du coup de Tesla fut telle que sa lame se planta dans le sol, à l'endroit même où le Shinigami avait été.

« Hiiiiiii ! », frémit celui-ci, ayant encore échappé de peu au coup fatal.

« DEBOUT ! COURS ! »

Hanatarô ne se le fit pas dire deux fois. Profitant du temps que prit Tesla à dégager son épée du sol, il se remit sur ses jambes et mit une bonne distance entre lui et l'Arrancar qui voulait sa mort si rageusement.

« Ah », exhala Grimmjow, mentalement épuisé au seul spectacle des efforts d'Hanatarô pour rester en vie, ce qui relevait du miracle. Pour une raison étrange, il se sentait soulagé. « Mais qu'est-ce que c'est que ce Shinigami ? »

Grimmjow ne se sentait pas encore très vaillant, et Pantera n'était toujours pas revenue. Mais l'énergie qu'il avait récupérée devrait suffire pour une fracción qui, apparemment, ne pouvait plus, elle non plus, passer en resurrección. Grimmjow se leva et prépara un cero.

Tout à la poursuite du Shinigami, Tesla ne vit pas le coup venir, et quand il le sentit, il était trop tard. Il fut fauché par un rai d'énergie bleue et concentrée, avant d'avoir rejoint celui sur lequel il avait fini par concentrer toute sa haine.

Gisant sur le sable, la fracción abaissa ses paupières. Il acceptait sa défaite. Il avait perdu son dernier combat comme il avait perdu celui que son maître l'avait chargé de conclure. L'intervention d'un tiers avait sauvé son adversaire d'une mort certaine(1). La victoire qu'il avait voulu offrir à son seigneur lui avait été refusée, une dernière fois.
Alors que son esprit se dissolvait dans des limbes où rien de sa conscience n'existerait plus jamais, il songea avec amertume à l'ironie de son destin.

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Ω¨Ω

Grimmjow profita autant qu'il put du silence et de la tranquillité qu'amena la mort de Tesla. Mais, comme toutes les accalmies, celle-ci ne serait que momentanée. Hanatarô reprenait laborieusement son souffle, après avoir failli mourir de peur, et mourir tout court.

Toujours debout et encore d'aplomb malgré l'énergie dépensée dans sa dernière attaque, l'espada numéro six observait, non sans s'alarmer, les signes du retour de l'affabilité chez le Shinigami.

« Monsieur Jaggerjack, vous m'avez sauvé la vie ! Une nouvelle fois ! s'émerveilla Hanatarô en avançant vers lui, prêt à s'enticher pour de bon de son nouvel héro.
— Va surtout pas t'imaginer des choses. J'ai besoin de toi en vie pour l'instant, c'est tout, clarifia Grimmjow en reculant de concert, ayant à cœur de bien faire voir l'écœurement qu'il ressentait à une telle idée.
— Oh, mais je n'ai rien imaginé du tout, rétorqua Hanatarô, sans se formaliser. J'ai bien entendu vos instructions et, sans vous, c'en était fini de moi ! Belle épitaphe : "Hanatarô Yamada, perdu corps et âme dans les sables du Hueco Mundo". Brrr... N'est-ce pas que j'ai raison, Nell ? »

Là-dessus, Hanatarô s'interrompit, étonné du silence qui lui répondit. Même Grimmjow s'interrogea : où était passée Nell ? Aucun d'eux ne s'était aperçu de son absence durant la bataille.

Hanatarô fureta de tous côtés, les yeux agrandis par l'angoisse, et se retourna bientôt vers Grimmjow avec un air d'affolement généralisé.

« Mon dieu, monsieur Jaggerjack, la petite Nell a disparu. Qu'allons-nous faire ? »

Exaspéré, Grimmjow soupira et s'imagina, un bref et lumineux instant, envoyer un cero sur l'irritant, bruyant et remuant personnage. Puis, il se fit une raison : il était loin d'être rétabli et avait besoin de ses talents de guérisseur. Il tint pourtant à préciser :

« Comment ça, "nous" ? Y a pas de "nous", Shinigami. Juste moi, qui peux te réduire en bouillie quand ça me chante, et toi, qu'à la vie sauve parce que je le veux bien. »

Évidemment, il fallut qu'Hanatarô interprétât de travers ce qu'il venait de dire.

« C'est absolument vrai, reprit le naïf Shinigami. Je vous dois la vie, monsieur Jaggerjack, et que vous soyez un Arrancar n'y change rien : désormais, je suis votre débiteur, et votre ami... si l'amitié d'un être comme moi, un incapable qui ne peut même pas se défendre seul contre un malheureux Arrancar blessé est acceptable pour vous ! Je...
— Holà... Stop ! Du calme ! se récria Grimmjow, les poils de la nuque hérissés d'horreur. Un : j'ai pas d'ami, et j'ai pas l'intention d'en avoir jamais, alors te triture pas la cervelle sur la valeur de ta misérable existence. Deux, tu vas m'aider parce que t'as pas d'autre choix. »

Grimmjow respira un bon grand coup pour se calmer. À présent que le silence était revenu autour d'eux, ils entendaient plus clairement les déflagrations cinglantes des explosions spirituelles qui marquaient le duel de titans qui avait lieu au loin. L'Arrancar qui autrefois avait été panthère leva le menton, dans une mimique quasi animale, le regard cherchant à percer l'horizon. Yammy combattait encore. L'air vibrait sous les forces phénoménales qu'il affrontait.

« Depuis que vous autres, Shinigamis, avaient débarqué, vous n'avez fait que massacrer tous les Arrancars que vous avez rencontrés, sans aucun discernement. Vous comprenez rien. C'est notre présence qui maintient les Hollows à carreau. Alors maintenant qu'on se fait rare, les Hollows vont rappliquer, et vu comment t'es doué, t'as aucune chance de survivre seul plus de quelques minutes. »

Comme s'il s'attendait à ce que toute une horde surgisse de la dépression dunaire la plus proche, Hanatarô s'était soudain figé, ce qui amusa grandement Grimmjow. La malicieuse panthère continua, accentuant sa grimace :

« Et dernier point, il me reste bien assez de forces pour te tuer de ma propre main ! Alors, te fais pas d'illusions : t'es même pas mon obligé, t'es tout juste ma boniche. Tu fais c'que j'te dis, quand j'te l'dis, sinon tu meurs. C'est tout. »

Curieusement, Hanatarô hocha la tête et se rapprocha encore de l'Arrancar comme si ce qu'il venait de dire l'avait rassuré.

« Je comprends, monsieur Jaggerjack. Si cela peut vous faire plaisir, je veux bien être votre serviteur le temps de mon séjour au Hueco Mundo. C'est bien le moins que je puisse faire. Vous savez, en fait, cela ne me changera pas beaucoup de mes journées à la Soul Society. Vous pouvez pas vous imaginez comment on est traité par ceux de la onzième, nous, les Shinigamis de la quatrième division... »

Ce fut là que Grimmjow s'aperçut qu'à moins de presser la pointe de son sabre sur le cœur du Shinigami, d'étreindre entre ses griffes sa gorge, ou de l'asphyxier sous la violence de sa pression spirituelle, il lui était désormais impossible de terroriser Hanatarô par de simples menaces. Pour une raison difficile à saisir, Hanatarô n'était plus sensible à son aura dangereuse et semblait, dorénavant, considérer sa mission en territoire hostile, avec pour toute compagnie un de ses ennemis, comme un simple parcours de santé.
Cependant, Grimmjow avait ses propres objectifs. Il remit pour plus tard les explications sur ce revirement incompréhensible et rendit à Hanatarô sa besace, en pointant du doigt l'état délabré des pansements sur son torse.

Hanatarô continua de bavarder avec insouciance, tout en rafistolant les quelques bandages dont certains bouts s'étaient épris de liberté lors de sa lutte pour rester en vie.

« ...Une fois, il m'ont carrément laissé aux mains des envahisseurs qui s'étaient introduits dans le Seireitei. C'est comme ça que j'ai fait la connaissance d'Ichigo et Ganju... »

Les anecdotes d'Hanatarô sur ses aventures à la Soul Society semblaient intarissables. Grimmjow retint seulement la confirmation que le Shinigami était un admirateur de Kurosaki. Mais une question le travaillait depuis un moment. Il profita de rendre le sabre d'Hanatarô pour la poser.

« Qu'est-ce qui se passe, quand la jauge est remplie entièrement ?
— Quand sa jauge est complètement rouge, mon Hisagomaru fait une chose formidable, s'enthousiasma aussitôt Hanatarô. Même vous, vous n'en croiriez pas vos yeux ! Mais j'ai rarement l'occasion de m'en servir. Et je ne peux le faire qu'une fois. Ce n'est pas très pratique, comme arme... Mais il paraît qu'on en a pas vraiment besoin, nous, à la quatrième. Enfin, ce sont ceux des autres divisions qui le disent... »

Alors qu'Hanatarô dissertait à nouveau sur les vicissitudes de sa vie de soldat dans les armées royales, Grimmjow, lui, avait entrepris une inspection systématique des alentours. Il avait noté qu'Hanatarô n'avait pas vraiment répondu à sa question. Si c'était par prudence, le Shinigami cachait bien son jeu.
Après avoir retrouvé avec joie les deux parties de son fourreau dispersées dans le sable, Hanatarô s'était mis à le suivre scrupuleusement. Grimmjow l'écoutait d'une oreille distraite et s'étonnait de ne sentir aucun reproche dans sa voix : le Shinigami était si évidemment maltraité par certains de ses collègues ! Pourtant, il racontait tout cela comme si tout était bien à sa place et que la vie ne pouvait être meilleure. Grimmjow, lui, n'aurait jamais pu se satisfaire d'une telle situation. Hanatarô le surprenait. Même ses griefs, quand il en faisait, avaient quelque chose de pur. Sa naïveté et sa gentillesse lui rappelaient la femme, Orihime. Ce fut ainsi qu'un plan germa dans son esprit.

« … Nous, à la quatrième division », coassait son étrange compagnon, dans un rythme ininterrompu et monotone, « nous nous chargeons de toutes les tâches dont les autres ne veulent pas, alors, vous pensez bien, j'ai l'habitude d'être traité en serviteur... »

Bientôt, le Shinigami se tut, intrigué par le manège de l'Arrancar.

« Que cherchons-nous, monsieur Jaggerjack ? », demanda-t-il, au bout d'un moment.

Grimmjow s'arrêta brusquement et fit volte-face, un air de brusque réalisation sur le visage.

« JE CHERCHE... hum », fit-il plus doucement, embarrassé, « la mioche...
— Oh, c'est vrai : Nell ! Savez-vous où elle a bien pu aller ?
— Abruti ! Tu crois que si j'le savais, je chercherais où ce fichu vermisseau a pu se terrer ?
— Suis-je bête ! Que diriez-vous de l'appeler, monsieur Jaggerjack ? Ce serait plus simple. »

Et, sur cette dernière proposition horrifique, Hanatarô, sous les yeux ahuris de Grimmjow, mit les mains en porte-voix et hurla à pleins poumons :

« NELL ! NELL ! Oùùùù eeeees-tuuuu ? »

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il se retrouva bâillonné par la main de Grimmjow qui, alarmé, jetait des regards inquiets à la ronde.

« Mais ça va pas ! Tu vas ameuter tous les Hollows des environs à crier comme ça. Tais-toi et laisse-moi faire. »

Grimmjow était bien fatigué. Blessé, sale, accompagné d'un Shinigami guérisseur qui était plus une nuisance qu'un avantage, le sixième espada maudissait Kurosaki qui avait raté l'occasion de l'achever et l'obligeait ainsi à vivre un véritable enfer. Pantera grondait furieusement et rêvait de planter ses crocs dans la chair fraîche du dieu de la mort à défaut de l'humain. Au milieu de cette confusion, Grimmjow se demandait bien pourquoi il s'embêtait encore. Mais rien n'y faisait. Ni l'absence de discernement ou la trop grande excitation d'Hanatarô, ni les récriminations de Pantera, ne pouvaient le convaincre de profiter de l'innocence flagrante du curieux personnage qui se tenait à ses côtés.
Autre problème : Nell. Pourquoi n'avait-il pas purement et simplement refoulé l'avorton pleurnichard qui s'était rué sur lui en criant à qui mieux mieux : "A l'aide ! À l'aide !". Et pourquoi essayait-il maintenant de la retrouver ?
Grimmjow se raccrochait froidement à la logique : il était blessé et avait besoin de leur aide. Rétabli, il s'assurerait de passer ses nerfs sur Kurosaki.

« T'as pas intérêt à être mort, Kurosaki », murmura-t-il entre ses dents.

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) ͜ , (
( _ Ж _ )
! = !

fin du chapitre 3


Notes

(1) Il s'agit du combat de Tesla contre Ichigo, où Kenpachi est intervenu.

NdA : Le zanpakutô de Hanatarô
Je ne me souviens pas avoir vu le zanpakutô de Hanatarô dans le manga, mais je me suis rappelée l'avoir vu dans l'encyclopédie illustrée des Shinigamis, dans la version animée.
Donc, c'est ce dont je me suis servie dans cette fic. A priori, son pouvoir de guérison est actif même sous sa forme de base, et sa forme libérée, le shikai, s'obtient en remplissant la jauge, située sur le côté de sa lame, par l'absorption de blessures.
Si ce n'est pas le cas, pardonnez-moi cette erreur, car ce mode de fonctionnement convient très bien à la fic.


Le prochain chapitre, (qui pour l'instant est squelettique, alors : patience, patience), s'intitulera : Alliance, ou prise d'otage ?

Je termine en remerciant tous les visiteurs discrets, les lecteurs silencieux, et ceux plus hardis qui prévoient dès le premier chapitre de suivre cette histoire. Merci beaucoup. Et j'envoie une chaude pensée à l'auteur de ma première review. Hé oui, j'en attends d'autres ! À vos claviers, fans d'Hanatarô !