Chapitre 1
Tauriel abaissa son regard sur le jeune nain allongé sur la table en face d'elle, essayant de contrôler ses émotions. Ce n'est pas souvent qu'un elfe se laisse submerger par ses émotions, alors pour Tauriel ce n'était pas habituel du tout de se sentir déchirée par des sentiments contradictoires.
Soulagée. Elle l'avait fait à temps, trouver Kili avant qu'il ne soit complètement emporté dans le monde des ténèbres, à tout jamais perdu.
Fière. Elle avait réussi à le guérir, en suivant ses instincts, n'ayant pas énormément d'expérience dans les soins de tel sorte. Elle était un soldat et surtout, un combattant.
Doute. Hésitation. Elle ne devrait pas être là, n'aurait jamais dut venir, ne devrait pas rester. Moins que tout laissé le nain la toucher, tendrement.
Les yeux de Kili se fermèrent à nouveau. Elle réalisa alors soudainement où elle se trouvait pour la première fois, étant entrée dans cette état de transe durant le soin, un monde où seul elle et le jeune nain existaient. Soudainement consciente de son corps, elle retira sa main, qui touchait encore Kili dans une caresse légère, loin, hors de sa portée.
Kili réagit soudainement en agrippant plus fort sa main, désespéré, paniqué. Tauriel s'immobilisa dans son mouvement, se délectant de la chaleur que son contact plus appuyé propagea dans sa main, une chaleur et un sentiment qui firent profondément échos dans son ventre.
"Reste" Murmura t-il d'une voix rauque, ses yeux papillonnant pendant un moment, avant qu'il ne glisse de nouveau dans l'inconscient.
Tauriel jeta un coup d'œil autour d'elle, réalisant qu'ils étaient en fait seuls. Les autres nains avaient disparu, et elle pouvait entendre les deux filles humaine parler silencieusement dans l'une des chambres. Haussant alors les épaules, elle tira un tabouret de son pied gauche et le rapprocha de la table sur laquelle Kili était allongé, et se reposa dessus, sa main ne quitta jamais celle de son patient. Quelques instants de plus ne changeraient de toute façon rien aux dégâts qu'elle avait déjà fait à son poste de Capitaine; laisser derrière elle la forêt de Grand'Peur, rester pour soigner Kili au lieu de suivre son prince.
Thranduil. Legolas. Elle grimaça. Qu'avait-elle fait ? Pour une elfe elle avait toujours été têtue, impulsive, et passionnée. Mais de là à risquer la réussite de plusieurs centaines d'années d'entraînement pour un nain dont les yeux marrons tiraillaient son cœur lorsqu'elle les regardaient. On ne lui pardonnera jamais. Bien que les décisions du roi ne lui semblaient pas toujours justes, elle ressentait toujours une loyauté infaillible envers lui, et n'a toujours souhaité que son approbation. Et Legolas... son plus cher ami, partenaire d'aventure , frère... Il ne comprendrait jamais.
Écrasée par le poids de sa culpabilité et submergée par ses émotions contradictoires, elle reposa sa tête sur l'épaule du nain inconscient en face d'elle, une larme s'échappant pour glisser le long de sa joue, mouillant le vêtement de son patient.
Soudainement elle le sentis bouger sous elle et se raidit, n'osant plus faire le moindre mouvement. Il leva son bras toujours libre et le plaça sur son large torse et reposa sa main sur sa nuque.
"Ah, ne pleure pas pour moi, femme, je vais me lever de cette table et de ce - très dérangeant- tas de noix très bientôt" il murmura dans ses cheveux. "Garde tes précieuses larmes pour quelqu'un qui en vaille plus la peine que Kili le Nain."
Il caressa le contour de sa machoir du bout des doigts, avant de lever doucement son menton afin qu'elle le regarde dans les yeux. Avec ce scintillement enfantin que ses yeux reflétaient, elle pouvait aisément comprendre qu'il tentait d'alléger l'atmosphère et que d'une certaine manière il avait aussi conscience du poids qui pesait sur elle et d'à quel point c'était plus compliqué que ça. Qu'il comprenait ce qu'elle traversait, parce que d'une certaine manière, il ressentait la même chose...
Plongeant son regard dans le sien, Tauriel compris qu'elle ne pouvait détourner les yeux et son souffle se bloqua dans sa poitrine quand le regard de Kili descendis sur ses lèvres pour revenir à ses yeux, comme une question muette.
Tauriel ferma les paupières et expira, rassemblant tout son courage pour ne pas replonger dans le pouvoir que ses yeux exerçait sur elle et au lieu de ça se redressa dans une position assise droite. Ils ne devaient pas. C'était une chose de se préoccuper d'un nain, de le sauver d'une mort certaine et de s'avouer à soi-même - et seulement à soi-même - qu'il est la cause de tiraillements dans son cœur. Mais d'exprimer physiquement l'affection qu'elle a pour lui, peu importe l'envie dévorante de sentir ses lèvres sur les siennes, de connaître son gout, qui brûlait en elle - cela elle n'en est pas autorisée.
Lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux pour regarder Kili, ce qu'elle vu dans ses yeux n'était pas la douleur d'être rejeté, mais au lieu de ça un désir brute et une profonde tristesse.
Il brisa leur contact visuel et tourna la tête. "Oui, ce n'est pas possible" soupira t-il, reflétant ses sentiments à elle. Il resta silencieux un moment, comme s'il réfléchissait à poursuivre ou non. "Je ne suis pas juste "Kili le Nain", tu sais. Je suis aussi Kili, le neveu de Thorin Ecu-de-Chêne, descendant de Durin. Fili est mon grand frère, mais si jamais quelque chose venait à lui arriver, ainsi qu'à Thorin..."
"... Tu deviendrais le Roi Sous la Montagne." Tauriel fini pour lui, ses yeux ouverts de surprise. Elle se réprimanda silencieusement pour ne penser à rien d'autre qu'à son propre chagrin et à quel point c'est inapproprié pour un elfe de se soucier d'un nain. En tant que descendant de Durin, Kili serait certainement mal vu s'il se liait d'amitié avec une elfe. Que se passerait t-il si lui et cette dite elfe devenait plus qu'amis, Tauriel ne voulait pas vraiment l'imaginer.
"Nains et Elfes..." commença Kili.
" ... Ne vont pas très bien ensemble." Tauriel continua. Elle souris sans joie.
Et pourtant... Disait les yeux de Kili.
Et pourtant... répondit-elle en pensée, caressant doucement sa main qu'elle tenait toujours.
"Je me souviens" dit-il, sa main pressant doucement la sienne pour attirer son attention "Je me souviens de ma mère me racontant les temps dures que mon peuple dut affronter après la chute d'Erebor. Je n'étais qu'un enfant, je ne pouvais pas comprendre comment mes ancêtre pouvaient porter un poids si lourd, comment continuer."
Tauriel écouta attentivement, curieuse d'en savoir d'avantage sur Kili et sur sa vie.
" 'Kili' ma mère me dit, 'les tragédies peuvent être une chose curieuse. Elles peuvent briser des familles, séparer des amants, détruire les vies que les gens ont mis si longtemps à construire. Mais quelque fois, les tragédies peuvent aussi amener à une certaine clarté. J'ai vu des gens se lier en temps de dure période que tu ne peux même pas imaginer. Construisant des amitiés où avant il n'y avait que de l'animosité, construisant un futur alors qu'avant cela il n'y avait qu'un grand vide et de l'indifférence. Quelque fois, c'est dans les heures de grands désespoirs que nous réalisons ce que nous désirons véritablement et que nous trouvons la force de créer quelque chose de nouveau."
Kili garda le silence un moment. Puis il souri à Tauriel "Quelque fois, ma mère sait choisir ses mots. Quand elle n'est pas en train de s'arracher les cheveux face à l'insouciance de moi et mon frère."
Tauriel redevint sérieuse. "Et as-tu trouvé, ce que tu désires véritablement, Kili ?"
Elle n'aurait pas dut demander ça, mais pour une quelconque raison, elle avait besoin de l'entendre dire à haute voix. Seulement pour ressentir cette pique de plaisir et de joie encore une fois, qu'elle ressentis lorsqu'il parlait de ses sentiments pour elle durant sa fièvre.
Kili détourna les yeux, ayant l'air plutôt embarrassé. Lorsque ses yeux retrouvèrent ceux de Tauriel une nouvelle fois, ils étaient remplis de tendresse.
" Je désire-"
Il fut interrompus par un terrible grondement, puis la terre se mit à trembler.
Tauriel et Kili se regardèrent l'un l'autre, tout deux une expression de panique sur le visage. Il n'y avait pas besoin de Fili -qui ouvrit la porte soudainement en hurlant "Smaug ! Il arrive !" - pour savoir qu'ils étaient condamnés.
