Disclaimer : Hajime Isayama-sama


Chapitre 1

12 ans plus tard.

Eren avançait d'un pas joyeux. Cette année marquait un grand changement dans sa vie : il entrait au collège. Pour la toute première fois depuis sa naissance, il pouvait palper l'excitation de pénétrer dans un établissement scolaire, de côtoyer d'autres jeunes de son âge et de s'en faire des amis. En effet, Eren n'était jamais allé à l'école. Du moins, pas à proprement parler. De nature plutôt méfiante et protectrice, son père lui avait jusqu'à maintenant toujours fait suivre des cours particuliers à domicile. A vrai dire, dans le cas d'Eren, le terme de cours « particuliers » n'était pas seulement une expression, après tout, tous les enfants n'étaient pas initiés aux arts martiaux et à la politique clandestine dès leur plus jeune âge. Mais Eren n'était pas « tous les enfants ». Fils de Grisha Jaëger, il était destiné à hériter du commandement du clan Jaëger à la mort de son père et à endosser les hautes responsabilités propres au parrain de la seconde mafia la plus influente de Temarre. Cet avenir tout tracé était à la foi un honneur, et une contrainte. De sa vie, Eren n'avait jamais été amené à faire de réels choix, sa destinée semblait déjà toute tracée. Convaincre son père de le laisser aller au collège, comme un adolescent normal, avait été sa première victoire. Dans son esprit, ce jour était à entourer au feutre noir, comme celui où il allait enfin saisir sa chance de contrôler ne serait-ce qu'une partie de son existence.

Tout à ses pensées, il ne remarqua pas qu'il s'était arrêté devant l'entrée de l'établissement. Un toussotement suivi d'une petite voix aigüe le secouèrent et le tirèrent hors de ses rêveries.

« Hum… Excuse-moi, je ne voudrais pas te déranger, mais j'ai remarqué que tu étais arrêté devant le collège sans pour autant y entrer depuis une bonne dizaine de minutes déjà, et le proviseur va bientôt faire son discours… Je… Je ne voudrais pas que tu le rate… »

Eren baissa les yeux vers le jeune ho… La jeune fille ? Non, c'était bien un jeune homme blond qui venait de lui adresser la parole. De petite taille, il semblait très jeune, pourtant, une lueur d'intelligence malicieuse brillait au fond de son regard de glace. Ses cheveux étaient coupés assez longs, pour un homme, et leur couleur de blé doré était si lumineuse qu'on aurait pu en être éblouit.

« Tu es nouveau ? Reprit-il avec un sourire. Je m'appelle Armin Arlet, et toi ? »

Eren se surprit à rougir. Il ne s'était pas préparé à avoir une discussion avec qui que ce soit dès son arrivée. Malgré tout, il était plus que ravi lorsqu'il répondit à l'adolescent en face de lui.

« Eren. Eren Neuhart. Enchanté. »

Il se permit un sourire, et « Armin » était charmé. Il se dégageait d'Eren une aura de charisme intense, qui avait tendance à intriguer les foules, autant qu'elle les attirait. Il fit un pas vers le seuil de l'établissement, tout en souriant à Armin pour lui indiquer de le suivre. Ensemble, ils pénétrèrent dans le collège. A peine eurent-ils franchis les grandes double-portes de l'entrée, qu'Eren poussait un long sifflement admiratif. Leur nouvelle école se trouvait dans les anciens locaux d'un palais Haussmannien. Le sas d'entrée qui filtrait les élèves était entouré de quelques bureaux importants (dans lesquels il ne fallait pas être convoqué), et débouchait sur un espace ouvert qui relevait davantage du péristyle que du patio. Un cadre idyllique. Un surveillant leur indiqua une grande salle à l'étage, dans laquelle ils allèrent s'assoir au second rang, sur les dernières chaises encore libres. Eren profita des quelques minutes qui précédèrent l'arrivée du proviseur pour détailler les adolescents autour de lui. A sa gauche, Armin était assis droit comme un piquet, les mains posées sur les genoux et le visage crispé.

« Eh, tenta Eren, détends toi, ce n'est qu'un discours de bienvenue. »

Armin tourna la tête dans sa direction en lui servant un petit sourire maladroit. Malgré tout, il se relâcha légèrement et sorti une grille de sudoku de son sac. Il commença à remplir les cases rapidement sous le regard étonné d'Eren, qui ne put s'empêcher de remarquer la vitesse hallucinante avec laquelle il notait chaque numéro. Armin sentit son regard peser sur son travail et prit la parole.

« Quand je sens le stress monter, j'ai l'habitude de m'occuper l'esprit avec des activités intellectuelles. Je n'ai que ce sudoku sur moi, alors disons que ça fera l'affaire. »

Bien. Eren ajouta cette anecdote à la fiche mentale qu'il se construisait autour d'Armin. C'était son toc personnel. A force de s'entendre répéter qu'il se devait de connaitre ses ennemis aussi bien qu'ils se connaissaient eux-mêmes, Eren avait fini par leur créer de petites étiquettes mentales résumant ce qu'il savait d'eux. Et les années passant, il s'était mis à faire la même chose avec à peu près toutes les personnes qu'il rencontrait. Un toc en bonne et due forme comme on en a tous.

Son petit manège terminé, Eren laissa son voisin se concentrer sur sa grille et reporta son attention sur un groupe qui chahutait non loin de lui. La petite bande d'adolescent semblait s'être liguée contre une jeune fille solitaire. Bien que tendant le coup, Eren ne pouvait pas voir son visage, puisqu'elle était cachée par l'un des goujats qui l'entouraient. C'est alors que ce dernier se décala de quelques centimètres pour apposer sa main sur l'épaule de la jeune fille. Enfin, il l'aperçu. Un ange. Elle était petite, presque chétive, et le blond éclatant de ses cheveux n'avait rien à envier à celui d'Armin. On aurait même pu dire qu'il était encore plus uniformément parfait et brillant. Les traits de son visage, bien qu'encore enfantins, étaient déjà très fins. Elle ouvrait deux grands yeux bleus qui semblaient perdus dans un monde trop impie pour eux, comme si leur pureté était toujours parvenue à repousser la dureté de la vie. Mais en s'y perdant plus profondément, Eren décela cette faible flamme obscure que seule la peine et l'horreur peuvent allumer. Cette même flamme qu'il avait toujours contemplée chaque matin dans le reflet de son miroir. L'incendie de celui qui a perdu son innocence trop tôt. L'expression béate qui s'était formée sur son visage disparut lentement suite à cette constatation. Serrant les poings, Eren se résigna à intervenir, avant que le groupe face à lui ne commence à s'impatienter devant le manque de réaction de la blondinette. Il s'apprêtait à se lever quand une nouvelle arrivante entra en scène. De sa place au fond de la salle, elle remonta l'allée centrale, furibonde, avant de venir se placer derrière la victime pour l'enrouler de ses deux bras.

« - Christaaaa ! Chantonna-t-elle, son grand sourire contrastant avec sa précédente aura meurtrière. Comme tu m'as manquéééé ! Ces vacances loin de toi ont été un véritable calvaire ! »

Dès lors qu'elle eût senti les deux bras chauds entourer ses épaules, la petite blonde semblait s'être adoucit, comme l'aurait fait une enfant que son doudou sauvait du cauchemar. Quand elle ouvrit la bouche pour prendre la parole, Eren était déjà suspendu à ses lèvres. Sa voix serait-elle la dernière pièce complétant le puzzle de sa perfection, ou le désabuserait-elle ?

On peut dire qu'il ne fut pas déçu.

« Ymir, tu exagères, nous nous sommes vues un nombre incalculable de fois, pas plus tard qu'hier, qui plus est ! »

Fluette. Gracile. Chantante. Pure. Trop d'adjectifs pour décrire ce qui se jouait sous ses yeux. En l'observant, Eren se fit remarquer que cette « Christa » pourrait bien être redoutable dans les années à venir. Son charme naturel et chaleureux était ravageur, et allié à une bonne éloquence, elle serait bien probablement en capacité de soulever des foules pour soutenir ses projets et ses convictions. Mais une fois de plus, c'était penser comme Eren Jaëger, héritier né et élevé pour commander. Or, ici, au collège, il se devait d'être Eren Neuhart, un jeune homme comme les autres, une forte tête un peu candide.

A l'arrivée d' « Ymir », le groupe s'était rapidement dissipé pour les laisser seules et en paix. Eren déduisit de ce phénomène que cette « Ymir » devait avoir une petite réputation pour faire fuir ainsi les perturbateurs. Au premier abord, elle ne semblait pas particulièrement menaçante. Elle était grande et mince, presque un peu trop même, comme si elle avait grandi d'un seul coup et que son corps n'avait pas encore eût le temps de compenser. Malgré tout, on pouvait deviner une musculature fine mais non négligeable par-dessous ses vêtements un peu trop larges pour elle. Sous l'observation persistante d'Eren, Ymir se retourna, comme brûlée par son regard. Pendant quelques secondes, ils se fixèrent, se permettant l'un l'autre de tenter de lire au plus profond de leurs âmes respectives. Eren se concentra davantage à paraitre innocent qu'à forcer la barrière des iris de la jeune fille, mais lorsqu'elle détourna les yeux, visiblement insatisfaite de ce qu'elle avait pu trouver chez lui, il crût percevoir un éclat métallique au milieu de son regard olive. Cette impression fût fugace, mais elle était bien là. Une adolescente « normale » n'aurait jamais pu le regarder de cette manière. En un instant, il avait vu sa détermination sans limite. Détermination à quoi ? Il ne le savait pas. Mais ce dont il était sûr, c'était que cette fille avait déjà abandonné tous principes de respect envers la vie humaine. En d'autres termes, Eren en était certain, elle avait déjà donné la mort.

Dès lors que leur échange visuel s'était brisé, elle s'était retournée vers Christa pour la submerger de sourires et de boutades. Ce duo n'était définitivement pas commun. Secouant la tête, Eren détourna le regard. Il aurait toute l'année pour en apprendre plus.

Il allait continuer son inspection quand l'intégralité des élèves se leva dans un même mouvement pour se tourner vers l'estrade. Eren les imita aussitôt, remerciant ses bons réflexes. Le silence régnait sur la salle, et la tension était à son comble. Le claquement régulier de semelles dures retentit alors, comme on sonne le glas de mauvais augure. Le bruit s'intensifia jusqu'à ce qu'un vieil homme pénètre dans la salle. Il marqua une pause pour dévisager les élèves, s'attardant légèrement sur certains d'entre eux, avant d'aller prendre place sur l'estrade. La suite se déroula dans une extrême lenteur. Un surveillant vint apporter une chaise au doyen qui le rabroua en ricanant. On apprit de cet échange que Mr Propre n'avait « que » soixante-quatre ans… Toute réflexion faite, ce vieillard devait sacrément tenir à son job pour y rester passé l'âge de la retraite. Après un concerto de raclements de gorge, il se décida enfin à prendre la parole. Contrairement aux attentes de son public qui commençait à penser que les rumeurs sur ce fameux directeur complétement psychopathe étaient infondées, sa voix ne trembla pas. On aurait même pu dire qu'elle était aussi vigoureuse que celle d'un homme d'âge mûr.

« - Mes chers élèves, bienvenue à l'institut de Trost. Je suis votre directeur, Mr Pixis. Votre inscription dans cet établissement témoigne d'un investissement sur le long terme. Ici, nous accompagnons les études de nos jeunes pendant sept ans. De la première classe de collège à la dernière classe de lycée, vous serez nos cobayes. »

Attendez… Quoi ?

« - A compter de ce jour, vous vous engagez à vous livrer corps et âme à vos études et à cet établissement. Notre réputation a été formée par des dizaines de générations avant vous, et il est votre devoir de la préservée. Vous acceptez de devenir les esclaves de la connaissance et les serviteurs du bien commun ! »

Eren nageait dans la folie.

« - Vos professeurs auront tous les droits sur vous, ainsi, libre à eux de tester de nouvelles méthodes d'enseignement qui vous conduiront aussi bien en enfer qu'à l'Eden du savoir ! Nos règles sont strictes, néanmoins, nous désirons plus que tout construire un environnement de travail gai et serein, ainsi, ne vous faites pas de mourrons, en cas d'outre-passement des règles, je me ferrai une joie de vous accueillir dans mon bureau pour discuter autour d'un bon thé à la cardamone. J'ai également une belle collection de feuilles séchées pour les amateurs, ainsi qu'une boite entière de fruits r...

- Mr Pixis, vous vous égarez, vint lui chuchoter son adjoint, malheureusement pas assez doucement pour empêcher les premiers rangs de l'entendre. »

Alors que le stresse ambiant s'était dissipé et que quelques élèves se permettaient même de petits bavardages et de petits ricanements à voix basse, le proviseur reprit soudain la parole, frappant violement ses deux mains sur son bureau avant de crier, toute délicatesse disparue :

« N'oubliez pas jeunes gens, Excellence, Tradition, et Humanisme ! »

Sur ces bons mots, il se redressa en resserrant sa cravate et quitta la pièce par la porte d'entrée, toute dignité retrouvée. Alors que tout le monde restait figé dans une expression de surprise, Eren se mit à sourire en se disant que décidément, il n'était pas près de s'ennuyer ici.


Coucou à vous !

Je tenais à remercier toutes celles (et tous ceux, sait-on jamais) d'entre vous qui m'ont laissé une review pour le prologue :)

Ceci étant ma première fanfic, je ne sais pas encore quelle taille de chapitre adopter, aussi, ne vous étonnez pas s'ils deviennent assez inégaux dans les temps à venir. Je pense que j'essayerai de les faire plus longs que celui-ci, mais que voulez-vous, j'étais trop impatiente de le poster pour attendre d'avoir écrit la scène suivante ! ^^'

Ceci étant dit, au plaisir de vous savoir me lire ! ;p