2 - La diligence

ou pourquoi Jeanne n'avait pas accompagné Ren et Men à Tôkyô pour retrouver Yoh et Anna.

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C'était une manie que Jeanne détestait chez son mari.

- On pourrait voyager confortablement, dans voiture chauffée et climatisée, avec des fauteuils épais et des suspensions, Ren, tu comprends ?

Ren, assis en face d'elle à l'autre bout de l'immense table de la salle à manger, ne répondit pas.

- Je déteste cette diligence, soupira Jeanne.

- Tu es une Tao, répliqua Ren. Une Tao ne voyage pas comme tout le monde.

- Alors, au moins, je pourrais partir de mon côté...

- Je préfère voyager en famille. Et puis, de la part de quelqu'un qui voyageait dans un instrument de torture remorqué par un bateau, je trouve ça gonflé de critiquer ma diligence.

Justement, pensa Jeanne. J'ai déjà donné, merci.

Mais, sachant qu'elle n'obtiendrait jamais gain de cause, elle se tut et décida d'essayer un autre plan.

Elle se resservit un second café au lait. Puis un troisième. Et puis allez, encore une tartine de beurre.

Oui, car, en bonne Française expatriée, elle buvait du café au lait dans un bol le matin, avec des tartines. Sa belle-famille trouvait ça incroyablement exotique.

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Et Jeanne parvint à ses fins.

Durant le voyage qui suivit, elle fut malade comme un chien.

Comme elle vomissait pour la quatrième fois par-dessus la portière, Ren lui tint les cheveux, l'estomac au bord des lèvres. Son costume était fichu. Sa banquette aussi. Il se promit que la prochaine fois, il lui prendrait un billet d'avion.

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