Tout cela n'a été qu'une parenthèse dans ma vie. Un petit retour aux sources qui m'a conduit à finir mes vacances sur les lieux de mon premier travail. Après la fête d'Holi où j'ai retrouvé Lucy, après toutes ces années perdues en correspondance stérile, j'ai eu besoin de revenir me perdre dans la jungle Amazonienne loin de tout.
ça ne devait être qu'une parenthèse dans ma vie de paléoethnologue et pourtant c'est à ce moment-là que la fille de Dean Thomas et Pansy Parkinson est rentrée dans ma vie à la vitesse d'un uppercut.
J'ai vite laissé derrière moi l'étrangeté de notre rencontre pour me concentrer à mon travail. De retour au Colorado j'ai sorti de sa tête la jeune métisse pour me consacrer à mes précieuses fouilles.
J'ai laissé derrière lui moi des nombreuses trouées dans la canopée Amazonienne afin de retourner à la chaleur du parc National de Mesa Verde sans imaginer un seul instant revoir celle qui m'avait assommé.
Et pourtant elle est là. Sa Tiny house posée en pleine région des fours corners. Sa présence si près du parc où je travaille est totalement incongru. A croire que l'Amérique n'est pas assez grande pour deux.
Stupéfait je suis resté bêtement planté devant sa maison sans oser frapper. Hébété je regarde la bicoque roulante qui détone complètement dans le paysage désert. Mais bon sang que fait-elle ici ? A croire qu'elle me suit.
Du bruit sur le toit de l'étrange engin roulant me fit lever la tête. Elle est perchée sur le toit plat de sa maison transformé en jardin potager. Le visage penché sur un carnet elle dessine en des gestes saccadés.
Je reste là les yeux levés vers le jardin qui flotte au-dessus de la voiture à la contempler. De ce que je peux voir elle a les lèvres pincées tant elle s'applique à dessiner quelque chose là-bas dans l'horizon. Elle ne fait pas attention à moi trop occupée qu'elle est à gribouiller sur sa feuille. Je n'ai jamais rien compris à l'art. Ce n'est pas moi l'artiste de la famille. La seule chose que je peux dire quand je vois une oeuvre c'est : j'aime, je n'aime pas, ça m'émeut, je trouve ça moche. Je ne comprends rien au charabia de Dom quand elle m'entraîne à la découverte des nouveaux tableaux qu'elle expose dans sa galerie. Moi quand je regarde la toile accrochée au mur je ne cherche pas en extirper les secrets de l'artiste. Je regarde et c'est tout.
Mais de voir Alyssum si concentrée dans son art je ne peux m'empêcher de faire une analogie avec mon travail. Petit à petit j'extirpe les secrets oubliés d'anciennes cultures avec une patience et un amour de la découverte qui ressemble à celui qu'affiche la métisse à cet instant. Les coups secs de crayon sur la toile me font penser à ceux du pinceau sur la terre. Archéologue, peintre au final c'est un peu pareil.
Eblouie par cette évidence nouvelle je me mets à suivre les mains qui tracent de grandes lignes sur le canson avec un regard neuf. Finalement, l'art ce n'est pas moldu. J'en comprends peut-être plus que ce que je croyais.
Je n'ose pas lui faire signe, on ne peut pas dire que notre dernière rencontre ait été chaleureuse. Alors, je reste là au pied de cette étrange maison à regarder la fille là haut sur le toit.
Elle ne fait rien si ce n'est noircir son calepin sans regarder autre chose que ce point fixe dans l'horizon. Curieux je la regarde faire. Même Dominique n'est jamais aussi concentrée quand elle peint alors que dessine-t-elle avec autant d'applications ? J'ai beau me retourner je ne vois rien si ce n'est l'oasis vert de Mesa Verde derrière moi.
Elle tient dans ses mains un crayon qui lui noircit les mains et laissait des traces noires sur ses joues quand elle décolle les mèches que le vent vient plaquer sur ses joues.
Du fusain, il me semble que c'est comme ça que ça s'appelle j'avais vu les dessins noirs un peu baveux qui sont placardés à l'auberge des gens brisés. Dean m'avait expliqué ce que c'est que ce bout de charbon avec lequel il aime dessiner.
Il semblerait bien que sa fille ait hérité de sa passion pour le dessin. Elle en a bien de la chance de partager sa passion et même peut-être son métier avec son père.
A y regarder d'un peu plus près elle est un peu étrange Alyssum Thomas. Oui elle est différente des autres. Comme Lucy et moi elle a cette lumière particulière dans le regard.
Elle est bizarre à venir se perdre dans les pleines du Colorado avec sa petite maison roulante tout aussi surprenante qu'elle.
Elle est étrange, mais je ne peux m'empêcher de la trouver belle avec ses longs cheveux noirs bouclés qui dansent dans le vent et ses joues pleines de fusain.
