Le sang, la rage, la peur. La peur de mourir, la peur de vivre. La fatigue, la faim, la peur. L'épuisement, la faim, le sang. Et encore la peur. Les souvenirs heureux, malheureux, ceux qui se mêlent et s'entremêlent sans cesse. Ceux qui se croisent et se recroisent, ceux qu'on ne peut contrôler, ceux qu'on ne veut contrôler. Ceux qu'on aime, ceux qu'on déteste. La peur de les perdre. S'accrocher à eux, encore et toujours pour arrêter de voir le sang et la douleur. La peur et l'épuisement. Les amis ou les ennemis qui meurent. Ces hommes qui, pour la plus part, n'ont rien demandé. Ces hommes pris par une guerre qu'ils n'ont pas choisi. Les souvenirs, encore et toujours pour continuer de se battre. Se battre pour son pays, se battre pour la paix et la liberté. Se battre pour lui que j'ai laissé là-bas, de l'autre côté de l'océan, là où il est en sécurité. Là où il peut faire toutes les tartes aux prunes qu'il veut. J'espère qu'il n'en fait pas pour des filles. Il n'y a que moi qui aies droit à ses tartes. Moi et moi seul. Je suis égoïste et je me dis que je peux. Après tout, chaque jour je risque ma vie alors je peux bien espérer qu'il ne fasse pas sa merveilleuse tarte pour une autre personne que moi. Je veux être le seul à pouvoir goûter à cette merveille, je veux être le seul pour qui il prenne le temps de la faire. Je veux être le seul. Et je m'accroche à cette idée, à ce désir pour ne pas sombrer dans la folie qui me guette à chaque pas que je fais, à chaque coup de feu que je tire.
Dire que je n'ai pas peur serait un mensonge. Chaque matin je me lève la peur au ventre et chaque soir j'en fais de même. Mais chaque fois que la peur menace de me submerger, son image me vient à l'esprit. Et chaque fois cela me redonne l'espoir que je perd un peu plus. Je garde sans cesse l'espoir de le revoir et je reste en vie pour cela, pour lui. La seule chose qui me maintient en éveil est qu'il viendrait me chercher lui-même en enfersi je venais à mourir ici, loin de lui. Et jamais je ne pourrais lui faire cela. Jamais je ne pourrais le laisser seul, affronter le vie seul. Jamais je ne pourrais le laisser tomber amoureux de quelqu'un d'autre que moi. Jamais je ne pourrais le laisser sans moi. Je suis égoïste et je me dis que je peux. Ou peut-être pas. Peut-être que je devrais le laisser libre. Libre de vivre sa vie, d'aimer une autre personne que moi. Libre de construire sa vie avec une belle femme, avoir des enfants, les voir grandir et et devenir heureux. Libre de vieillir avec sa famille. Mais au fond de moi je ne veux pas. Je veux qu'il soit heureux mais pas sans moi. Je veux être celui qui reste à ses côtés, je veux être celui qui l'accompagne tout au long de sa vie. Et c'est cela qui me maintient en vie, plein d'espoir. C'est ce qui me donne la force de continuer à tirer sur les ennemis, à protéger mes camarades, à faire le boulot pour lequel je me suis engagé. Et j'espère que cette guerre ne durera pas trop de temps afin que je puisse le retrouver au plus vite, goûter à nouveau sa merveilleuse tarte.
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Sergent James Bucky Barnes, matricule 32557... Sergent James Bucky Barnes, matricule 32557... Sergent James Bucky Barnes, matricule 32557... Sergent James Bucky Barnes, matricule 32557... Sergent James Bucky Barnes, matricule 32557...
Je me répète ces mots à l'infini, pour ne rien dire d'autre. Je sais que mes geôliers attendent de moi des informations mais je ne dirai rien. Rien, je n'ai rien à leur dire à part mon nom et mon matricule. Ils peuvent me faire ce qu'ils veulent je ne dirai rien d'autre que cela et je garde l'image d'un blondinet trop courageux pour son propre bien derrière mes paupières closes de douleur. Ils m'ont injecté plusieurs produits dont je ne connait ni les effets ni les effets secondaire mais si leur but est de me faire parler, ils se sont planté, je ne répète que mon nom et mon matricule et c'est la seule chose qui me garde l'esprit au clair. c'est ce que je suis et c'est ce que je resterai, devrai-je en mourir. NON ! Je ne peux pas mourir, je dois vivre pour Stevie, mon Stevie qui m'attends peut-être avec sa tarte. Je ne peux pas mourir ici dans cette base HYDRA. Je dois vivre et le rejoindre mais je sens doucement les forces qui me quittent et de plus en plus je me dis que ma fin sera ici, en Europe.
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J'ai sombré dans un sommeil que j'aimerai réparateur et lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, la première chose que je dis est mon matricule. Je sens ma voix morne et fatiguée mais c'est plus simple de répéter cela que de ne rien dire et hurler. Ces quelques mots, ces quelques chiffres me maintiennent l'esprit clair. Je vois le docteur sortir précipitamment de la salle où je me trouve et un moment après j'entends quelqu'un rentrer. Je ne tourne même pas la tête, je répète juste mes mots. Soudain, un homme qui semble connu se penche au dessus de moi en prononçant mon nom. Steve ? Impossible, Steve est plus petit. Et il est à New York. Je rêve encore. Et pourtant c'est bien lui, changé, grandi. Mais c'est mon Steve.
