Salut salut ! Me voilà avec le deuxième chapitre. Il est un peu court, mais comme je vais être débordée dans les jours à venir, je préfère le poster dès à présent plutôt que de le laisser trainer.
Assise sur le plancher de son salon, la tête entre les genoux, Emma attendait la venue de sa voisine dans un mélange d'espoir et d'appréhension. Se concentrant sur sa respiration elle tentait de ne pas penser au fiasco qu'avait été cette après-midi, et au rangement tout aussi catastrophique qui avait suivi la visite impromptue de Régina.
Elle essaya de se rappeler, avec plus ou moins de bonne volonté, les exercices de sophrologie par lesquels Snow juraient à longueur de journée. Exercices qui menaient souvent Emma à un plus grand énervement qu'au calme intérieur recherché. Cependant, la situation était telle, que la blonde était prête à tout essayer, même à mettre son scepticisme et sa mauvaise foi de côté.
Respirer. Par le ventre. Rien que cette idée la mettait en rogne. Elle avait maintes fois répéter à sa mère qu'elle respirait avec son nez, avec ses poumons, avec sa gorge tout au plus ! Mais respirer par le ventre relevait, pour Emma, de la même absurdité que de respirer par les pieds.
Il ne fallait pas s'énerver. Ne-pas-s'énerver. Ne pas repenser au mobilier complet de sa maison, qu'elle venait de faire disparaître dans un léger moment d'emportement. La magie pas bonne idée. Elle avait finit de le comprendre ce soir. Emma regarda son ventre qui se soulevait à peine. Elle le gonfla superficiellement et tenta de respirer en même temps. Comment diable Snow voulait qu'elle mette de l'air là dedans ? Elle se sentait bête de ne pas réussir à faire cette chose qui semblait si « élémentaire » à sa mère et ses stupides amies. Blablabla développement personnel blablabla paix intérieure blablabla confiance en soi blablabla change toi toi même blablabla une coach BLABLABLA. Voilà, elle était énervée. Encore. Mais au moins elle avait déplacé la raison de sa colère, c'était déjà ça ? Non ?
De légers coups contre la porte d'entrée la sortirent de ses pensées, sont sang ne faisant qu'un tour, l'anxiété prit le pas sur la colère. Son corps, plus faible, plus désordonné se déplia maladroitement. Le dangereux balancier qu'elle effectua en rapprochant sa tête du sol, trahit son changement d'état.
« J'arrive... » lança-t-elle sans entrain.
L'air neutre, que Régina arborait en entrant, fit rapidement place à de la surprise, puis à une hilarité mal contenue, lorsqu'elle fit face à la pièce cruellement vide dans laquelle elles se trouvaient.
« Eh bien, vous avez une manière plutôt... radicale de faire le ménage Miss Swan » dit-elle en mordant sa lèvre pour éviter de rire. Elle se reprit cependant rapidement en voyant l'air dépité de la blonde. « Que s'est-il passé ? »
« La magie, voilà ce qu'il s'est passé... Toujours cette foutue magie ! » répondit Emma en laissant son agacement refaire surface.
Régina, les joues légèrement crispées de s'empêcher de rire pendant de trop longues secondes, saisit cette perche pour se glisser dans un rôle que sa voisine lui connaissait bien.
« Langage Miss Swan ! »
Emma trouva cette exclamation étrangement réconfortante, comme rassurée par une vieille habitude, elle répondit du tac au tac. « Eh, c'est vous qui avez utilisé le mot « bordel » il y a quelques heures... c'est l'hôpital qui se fout de la charité ! »
Régina leva un de ses fameux sourcils, l'air de dire « Vraiment ? Vous voulez sincèrement parler des conditions dans lesquelles ce mot a été prononcé ? »
Les épaules d'Emma s'affaissèrent aussi vite qu'elles ne s'étaient gonflées et, sans aucun mot, elles déclarèrent forfait à la place de leur propriétaire.
La brune ne montra pas la légère déception qui s'emparait d'elle à l'idée d'avoir perdu son meilleur adversaire en matière de joute verbale. Une petite voix inquiète lui disait que le manque de répondant d'Emma était très signifiant quant à l'urgence de la situation.
« Bien, nous en reparlerons plus tard, mais peut-être serait-il judicieux que nous reprenions les cours de magie à l'avenir... En attendant, nous avons besoin d'un canapé, d'une table et d'un frigo pour entreposer ces bières. » S'exclama Régina en brandissant un pack d'IPA sous le nez de la blonde.
Cela suffit à redonner un peu de couleur à cette dernière qui esquissa un sourire.
« Régina Mills qui boit de la bière... On aura tout vu. »
La brune tiqua et approcha une bouteille de vin rouge si proche des yeux d'Emma que celle-ci loucha discrètement.
« J'apprends la patience et l'empathie, pas le mauvais goût Miss Swan. »
« Doooonc... commença Emma en plissant les yeux, vous avez acheté des bières pour moi ? Est-ce que vous partez si je dis que c'est mignon ? » ajouta-t-elle avec des yeux rieurs.
Un « oui » sans équivoque fusa, pour être l'unique et seule réponse que la blonde obtiendrait à ses pitreries.
« Très bien » dit-elle en prenant le pack des mains de Régina, « c'est vraiment odieux de votre part, et si l'on prend en compte que vous êtes allée chercher mes bières préférées, qui ne sont pas disponible à la vente à Storybrooke, je dirais que c'est tout bonnement haïssable. » ajouta-t-elle en se dirigeant vers la cuisine.
Régina allait lui servir une réplique bien sentie quand elle fut distraite par le chpouik chpouik sonore qui rythmait les pas de la blonde. Ses chaussettes étaient imbibées d'eau. Ne pas rire était une tâche qui s'annonçait plus ardue à chaque minute écoulée en la compagnie d'Emma.
« Eh ! Vous le faites apparaître ce frigo ? J'ai pris la résolution de plus faire de magie moi ! »
Levant les yeux au ciel, la maire fit surgir le mobilier dont elles avaient besoin et y ajouta un tapis de son goût et quelques plantes. Elle haussa la voix pour se faire entendre du salon à la cuisine et demanda – avec une certaine malice qu'elle n'avouerait jamais : « Et donc, c'est la magie qui a trempé vos chaussettes ? »
« Oui ! Enfin, en quelque sorte, indirectement quoi ! »
Lorsqu'Emma fut revenue, la brune l'invita à s'assoir tout en lui réclamant « Vous me racontez ? »
L'intéressée, qui avait troqué ses chaussettes contre une bière, se laissa tomber sur le canapé.
« De toute manière, perdue pour perdue ! » Elle prit une goulée de bière et commença son récit « Je voulais que la maison soit clean pour votre retour alors pour gagner du temps j'ai essayé de ranger avec l'aide de ma magie. Sauf que, comme d'habitude, tout a foiré... Alors que le linge, la vaisselle, l'aspirateur, les fenêtres, les poubelles devaient se gérer tout seul comme des grands, je me suis retrouvée avec des assiettes pétées, des fuites de partout, des sacs poubelles éventrés... Bref la merde quoi ! » Elle s'arrêta un instant et lança un regard furtif à sa voisine, persuadée que celle-ci allait la reprendre sur son langage, mais il n'en fut rien. Régina se contentait de regarder Emma, la bouche coincée en un rictus que la blonde n'arrivait pas à déchiffrer. « Et donc, quand, avec l'énergie du désespoir, j'ai essayé de nettoyer ce double fatras, ce tohu-bohu... » Elle avait ralenti sur ce dernier mot, l'articulant exagérément. Elle jeta un deuxième coup d'oeil à la brune, mais son langage ironiquement soutenu ne lui attira pas plus de réaction que ses vulgarités. «... j'ai mis, non pas un, mais les deux pieds dans une flaque d'eau, et, sans mauvais jeu de mot, ça a été la goutte d'eau qui a fait débordé le vase, j'ai pété un câble, j'ai hurlé que je voulais que tout disparaisse... et pour une fois j'ai été exhaussée. »
Régina ne répondit rien, trop occupée à regagner un peu de contrôle sur sa lèvre supérieure qui tremblait ostensiblement. Emma pensait, en la regardant intriguée, qu'elle avait vraiment des réactions bizarres. Bien sûr, elle était toujours très belle, mais elle avait l'air crispé. Peut-être Emma sentait-elle mauvais ? Elle fut horrifiée à cette idée. Pourtant elle s'était douchée et avait enfilé sa seule chemise bien propre, celle en satin bleu et elle avait même mis du parfum ! Peut-être que Régina n'osait pas le lui dire, mais elle détestait son parfum... La blonde fut tentée de courir se réfugier dans la salle de bain pour s'asperger le cou d'eau afin de faire disparaître la senteur du délit. Non, mais Régina n'était pas comme ça... Si son odeur lui posait problème elle aurait déjà fait pleuvoir à l'intérieur du salon, juste pour rincer la blonde, non ? C'était autre chose. Emma inspecta le visage de sa voisine avec plus de précision et y découvrit que la commissure de ses lèvres était anormalement courbée vers le haut, et que ses joues tiraient de plus en plus vers le rose, si ce n'était vers le rouge.
Comprenant enfin, Emma lâcha amusée « Nan mais c'est bon, vous pouvez vous foutre de ma gueule hein ! Je le sais que je suis un boulet. »
S'en fut de trop pour Régina qui explosa de rire.
Son hilarité était telle qu'elle fut rapidement rejointe par Emma.
Toutes deux se tenaient le ventre, agitées par des secousses incontrôlables leurs mouvements rebondissant sur le moelleux du petit canapé. Elles riaient avec tout leur corps, avec toute leur voix. Des larmes se lièrent l'allégresse ambiante et ce n'est que lorsque que leurs joues commencèrent à se raidir que les deux femmes se sentirent capables de se calmer.
Emma se pencha en avant pour tenter de reprendre son souffle et pris appui, sans réellement y faire attention, sur la cuisse de sa voisine.
« Fiiiiiiiou ! Si j'avais un jour soupçonné... que des chaussettes pourraient avoir ce... potentiel comique... » dit la blonde, la voix entrecoupé du rire qui se retournait encore dans son ventre.
Elles repartirent dans un éclat.
Régina, la tête renversée en arrière et la main sur le cœur tenta de parler à son tour.
« Vous êtes... un concentré de poten...tiels comiques à vous toute seule... Miss Swan. »
Un éclat encore, une tentative encore.
C'était si bon cette chaleur qui irradiait au centre de son corps, qui lui léchait les côtes, lui libérait la gorge, lui gigotait le ventre... Une marée brulante dans laquelle son cœur se remettait à vibrer doucement.
« Je... suis pas sûre... de comment je... dois le prendre » lança Emma avec une fausse suspicion.
« Vous êtes drôle. »
« Ouais, malgré moi ! »
Elles repartirent dans un petit rire qu'elles sentaient moins exalté, plus tendre.
« Non, je vous trouve drôle. »
Emma, avec toute la nonchalance qu'elle pouvait mobiliser pour couvrir sa gène, lui répondit l'air de rien.
« Eh bien... C'est bon à savoir ! Si Régina Mills me trouve drôle c'est que je peux, sans mal, me reconvertir dans le one woman show, si jamais shérif ne marche pas pour moi ! »
Régina fronça les sourcils, craignant que la déprime hivernale n'emportât sa voisine loin de leur ville. Si ça continuait, elle allait en faire une affaire personnelle ! Bon, d'accord, c'était déjà une affaire personnelle. « Ah non hein ! J'ai besoin de mon shérif. Je veux dire, la mairie, Storybrooke, a besoin d'un shérif ! Enfin, je ne veux pas vous forcer... Vous envisagez vraiment de quitter le poste ? C'est juste que... Et je vous interdit de le répéter... » dit elle en feignant un regard sévère, « je trouve que vous faites bien votre travail, et ce serait une grande perte de vous perdre ».
Alors que la brune se morigénait silencieusement à coup de « Ah ! C'est de la belle éloquence, ça, Régina ! », sa voisine, bien trop amusée par son emportement , ne manqua pas l'occasion de la provoquer.
« Une grande perte de me perdre, hm ? Je vous ai connu plus habile avec les mots madame Mills. »
« Oui, bon, vous m'avez comprise ! » se renfrogna la brune qui se servit un verre de vin. Se faire moquer avait toujours été quelque chose de particulièrement désagréable pour Régina, mais alors quand la remarque portait sur ses qualités d'oratrice, et que son interlocutrice était Emma Swan, la brune avait une envie irrépressible de bouder. Oui, de bouder. Elle ne savait pas trop comment, mais c'était comme ça. Certainement un truc des Charmants qui déteignait sur elle. Un échange momentané de personnalité, peut-être.
Emma la regarda faire, passa une main embarrassée dans ses cheveux blonds et s'excusa en lui avouant qu'il était plus facile, pour elle, de blaguer que d'accepter le compliment. Régina, qui tentait de conserver sa moue réprobatrice, capitula bien vite et lui sourit doucement, l'air de dire que ce n'était pas si grave. Aucune ténacité ! Cette soirée était vraiment un manquement total a ses principes. Tant pis. Elle fit tinter son verre contre la bouteille de la blonde, et finit par lui souffler un simple « Je sais ».
Pendant qu'elles se perdaient dans les yeux l'une de l'autre, une voix stupide s'écriait dans la tête d'Emma « Wahou, désamorcer les conflits, en fait on sait faire ça nous ? Bravo, bravo, ça mérite bien une autre bière ! ». Mais, lorsque la blonde se rendit compte que cela faisait déjà plusieurs secondes qu'elles se fixaient, elle tourna la tête pour éviter que sa voisine ne la voit rougir, frotta ses main sur ses cuisses dans l'espoir de se redonner contenance et en oublia son précieux breuvage. Régina n'avait jamais été si compréhensive à son égard et, il fallait bien qu'elle se l'avoue, cela la troublait plus qu'elle ne l'aurait pensé... Elle ne savait pas comment interpréter ce nouvel aspect de leur relation.
Emma pensa à cette connivence bienvenue, douce peut-être avait-elle toujours été là ? C'était une évidence si l'on voulait pour Régina, l'impératif de prendre soin de la mère biologique de son fils, un réflexe habile fait pour conserver une cellule familiale parfois fragile, un intérêt amical tissé par la nécessité...
Emma ne savait pas très précisément ce que c'était d'avoir une famille, ce que ça lui faisait d'avoir une sorte de famille avec Henry et Régina. Ce n'était pas un poids, ce n'était pas une douleur, ce n'était pas une lubie, ce n'était pas un abandon, c'était plutôt un lien, un lien permanent vers son fils qui incluait un lien vers Régina. Elle se répéta ce bout de phrase plusieurs fois « un lien vers Régina » comme si, derrière lui se profilait un élément de réponse. Ses pensées bifurquèrent discrètement pendant que ses yeux se posaient sur l'épaule nue de la brune. À la recherche d'une piste, elle se concentra sur les croisillons de l'épiderme de sa voisine cela relevait certainement d'une forme d'obsession, mais les motifs de la peau l'aidaient souvent à se concentrer, ou à s'apaiser. Tous ces petits segments, connectés les uns aux autres, qui formaient de micro parcelles de corps. Elle se demanda qu'elle distance ça ferait, de mettre bout à bout, chaque ligne brisée qui composait la peau d'un être humain. Alors qu'elle allait se lancer dans de réjouissantes spéculations, quelque chose troubla ses observations et c'est, sous son regard étonné, qu'un fin duvet se hérissa en chair de poule.
Ses sourcils se soulevèrent, et sa tête, comme emportée par leur mouvement, se redressa. Les yeux de Régina étaient toujours fixés sur elle. Depuis combien de temps Emma était partie dans ses divagations, elle ne saurait le dire. Certainement longtemps, au vu du regard interrogateur qui lui faisait face et qui ne tarda pas à se formuler en une question concrète.
« À quoi pensiez-vous ? »
« Aux croisillons. »
« Dites m'en plus ? »
« Je sais pas, pour le moment ça n'a pas d'importance. »
« Ça avait l'air d'en avoir, pourtant. »
Emma sourit « Peut-être que ça en aura. »
Régina comprit qu'elle n'en apprendrait pas plus pour le moment, alors elle proposa incertaine :
« Vous voulez me parler de comment vous allez ? »
L'angoisse, soudainement échappée de la veille dans laquelle ce début de soirée l'avait plongée, remonta le long de la colonne vertébrale d'Emma. Sa nuque se crispa et sa voisine, bien consciente de ce changement de comportement, posa une main sur son bras et lui dit calmement :
« Vous savez, je suis là pour vous écouter, vous pouvez me faire confiance, mais si vous n'avez pas envie de parler maintenant, je suis aussi une bonne partenaire d'ivresse. »
« Voyez-vous ça, maintenant que je peux vous voir bourrée je vais jamais parler ! » plaisanta Emma pour se détendre.
« Tout dépend de qui est ivre la première, ma chère. » affirma Régina, un soupçon de défi dans la voix.
La blonde, tout à coup surexcitée se mit debout sur le canapé et s'exclama « J'arrive pas à le croire ! Régina Mills qui me propose une beuverie ! »
Son humeur versatile n'était pas de très bon augure quant à sa santé émotionnelle, mais Régina se contenta de sourire en la voyant enthousiaste à nouveau. Certes, il fallait que sa voisine puisse se stabiliser petit à petit, mais pour le moment, un peu de joie ne lui ferait pas de mal.
