Chapitre 1 : Les Hommes de L'Est.
La citée blanche s'éveillait au petit matin, les pâles rayons de soleils enjolivant les murs de Minas Thirit. Ce jour marquait les deux ans de la fin de la Dernière Guerre et du siège de la ville dont les traces étaient encore visibles malgré le temps écoulé. Une longue procession gardée s'avançait vers elle, sortant d'une Osgiliath toujours en reconstruction. La ville répartie sur les deux côtés de l'Anduin avait beaucoup plus souffert lors de sa prise par les hordes d'Orcs de Sauron que sa grande sœur. Les ruines qui la constituaient avaient dût être abattues par sécurité, les terrains dégagés pour espérer pouvoir rebâtir des deux côtés du fleuve. Les ponts avaient été réparés, chacun encadrés désormais par d'imposantes statues saluant le courage des braves tombés lors des combats afin que jamais ne soit oublié leurs sacrifices. Les Champs de Pelennor que le convoi traversait avaient également soufferts des combats qui avaient fait rage lors de la Guerre. Cependant, la volonté et le courage des hommes étaient entrain de transformer petit à petit cette zone désertique en de grands champs agricoles parsemés d'habitations qui fleurissaient comme des champignons : conséquence de la reconstruction d'Osgiliath en cours et de la nécessité de reloger ses habitants. Deux hautes tours de guets avaient également été érigées le long du chemin menant à Minas Thirit afin d'assurer la sécurité du peuple et le bon acheminement des marchandises contre les restes de l'armée maudite de Sauron qui pullulaient encore en Terre du Milieu. Sans véritable chef, les Orcs s'étaient rassemblés en plusieurs tribus primitives animés de la même soif de sang que lors de l'apogée de leur espèce lors de la Guerre de l'Anneau : autant d'ennemis potentiels à surveiller, même aujourd'hui. Avec une armée régulière à reformer, les temps étaient encore troubles et la sécurité très sommaire en dehors des murs en ruines d'Osgiliath.
La procession composée de chevaliers du Gondor et d'autres individus richement habillés fût stoppée juste avant leur sortie d'Ilias, le nom du nouveau village entre Osgiliath et Minas Thirit s'était donné.
- Halte ! Somma un des gardes du royaume en levant la main.
Le Capitaine de la Garde fit un signe à son camarade et descendit de cheval.
- Nous escortons la délégation des Hommes de l'Est, l'informa-t-il en tendant un papier à la sentinelle.
Celle-ci le détailla brièvement avant d'hocher la tête.
- Qu'ils passent et s'en aillent rapidement, dit-il assez fort pour que ses paroles soient bien entendues.
La tension entre les deux peuples n'était pas retombée avec la guerre, loin s'en faut. Leur défaite aux côtés de l'armée de Sauron avait valut aux Haradrims vaincus d'être convoqués par le nouveau Roi du Gondor pour discuter des termes de leur reddition encore non-officielle. Les pertes du côté des hommes du Harad avaient été presque totales avec le massacre de leurs soldats par l'armée des morts contrôlée par Aragorn lors de la bataille finale : des pertes impossibles à compenser avant l'arrivée d'une nouvelle génération. Vulnérable à une invasion, c'est ce qui expliquait que les tribus aient accéder à la requête d'entrevue du Gondor aussi rapidement, mettant temporairement de côté leurs différents afin de présenter un front uni.
Trois des plus grands Seigneur de Guerre avaient donc été choisis afin de représenter un Royaume du Harad exempt de chef depuis la chute du Mordor. Les Haradrim étaient désormais divisés en plusieurs Royaumes, plus ou moins importants selon les régions, et se livraient régulièrement à plusieurs guerres fratricides pour tenter de prendre le pouvoir laissé vacant.
A leurs côtés se trouvait également la délégation Orientale, composée de deux ambassadeurs, dont une femme.
- Passez ! Fit la sentinelle.
- C'est si gentil de leur part, marmonna un des dignitaires du Harad.
Le Seigneur de Guerre Junast In'bad regarda un instant son rival, agacé.
- Trêve de sarcasme Seigneur Amrûkh. Nous ne sommes ici pour parler paix, pas pour déclencher une nouvelle guerre.
Amrûkh, un homme d'une cinquantaine d'années à la carrure impressionnante le fixa de ses yeux sombres. Dedans se lisait tout le mépris qu'une telle situation lui procurait.
- Ah oui ? Rétorqua-t-il méprisant.
- Oui.
- Ah, Junast… Toujours aussi enclin à faire des courbettes devant les chiens du Gondor qui se repaissent de leur victoire si injustement acquise.
- C'est nécessaire afin de préserver le Harad et les terres Orientales, intervint une voix féminine au côté d'In'bad.
Le Seigneur de Guerre se pencha sur sa monture pour voir celle qui avait prit la parole. Elle se tenait fièrement sur son destrier, arborant l'armure typique des Orientaux, faite d'écailles d'ors qui s'étalaient sur plusieurs parties de son corps.
- Que voilà de noble parole femme.
La concernée ne tourna même pas la tête, habituée à cette attitude.
- Je vous prierais de me nommer par mon titre Seigneur Amrûkh. Je suis votre égale.
- Douce illusion. Ce n'est pas parce que votre clan a fait preuve de faiblesse que je la partage.
La « faiblesse » dont parlait Amrûkh fût l'une des conséquences directe du tournant de la guerre avec la chute de Sauron. Ainsi les rôles autrefois détenus par les hommes, avaient été assumé à leur départ pour la guerre par nulle autre que leurs femmes Ce qui aurait dût être temporaire s'était désormais normalisé devant le vide laissé par les hommes morts qui ne reviendraient jamais dans leurs foyers.
- Mesurez vos paroles… Elles pourraient bien desservir un jour prochain.
- J'ai hâte, dit-il méprisant en regardant de nouveau devant lui.
- Paix ! maugréa l'autre Seigneur. Notre tâche est déjà si délicate qu'il serait malvenu de nous entre-tuer. Il nous faut suivre le Plan.
- Le Plan. Oui… Nous allons tendre notre main droite… Ils ne s'attendront pas à ce que la gauche leur réserve, murmura le Seigneur du Harad contestataire.
- Alors gardez pour vous votre animosité le temps de l'accomplissement de notre dessein, conclu la femme Orientale sur ton qui ne laissait place à aucune nouvelle discussion.
Tous hochèrent la tête.
Le reste du voyage les menant aux Portes de la Citée se déroula dans le silence, tous concentrés sur les évènements à venir. Tout avait été calculé et méthodiquement organisé. Leur avenir commun en dépendait. Il y aurait tout d'abord les présentations… Les pourparlers… Les négociations… Puis un grand coup de poignard, au sens figuré, porté en plein cœur du nouveau dirigeant de Gondor et de sa Dame… Une pensée assez joyeuse pour faire sourire Amrûkh jusqu'au dernier pallier de la Citée des Rois.
Junast et tout le reste de la délégation avaient mis pied à terre et se dirigeaient vers le dernier poste de sécurité avant le Palais du Roi. Leur escorte avait changé, le relais passé à une autre compagnie de gardes. Ils marchèrent ainsi encore de longues minutes, croisant à certains détours une population qui regardait d'un mauvais œil la présence des anciens alliés du Seigneur des Ténèbres. Le Cœur du vieil Haradrim n'en était que plus alourdi par la tâche qu'ils allaient entreprendre. Oui, la Paix il le désirait à l'inverse de nombre de ses rivaux, Amrûkh en tête, mais il était hors de question que le Harad paie le prix fort. Il leur fallait donc un moyen de pression. Après avoir exposé à contrecœur son idée, ceux qui représentaient le Harad et les terres Orientales avaient finalement accepté de concert. Il n'y aurait pas d'essais : lorsque cela commencerait, la machine serait lancé et il serait impossible de faire machine arrière. On les fit venir au plus haut de la citée, près de l'Arbre Blanc : symbole du Gondor depuis des siècles, où ils furent isolés entre dignitaires. Tout les gardes du corps Haradrim et Orientaux furent priés de patienter dans des baraquements qui leurs avaient été réservés tandis que les jeune femmes portant les tenues de simples servantes étaient amenées dans un espace réservé aux domestiques. C'était sur cette tradition que les Hommes de l'Est escomptaient accomplir leur sombre dessein. Sûrs de leur virilité et de l'aspect inoffensif de ces demoiselles, jamais les hommes du Gondor ne verraient en elles une menace susceptible d'intervenir. Une servante en particulier lâcha un dernier coup d'œil au Seigneur Junast, auquel il répondit par un bref mouvement de tête. Tout était en place et rien ne pourrait désormais arrêter l'engrenage qui s'était mit en place. Soupirant, il se dirigea avec ses égaux vers la Salle du Trône et vers le Roi du Gondor.
On les fit pénétrer dans une salle du trône du Gondor resplendissante d'une blancheur immaculée qui fit cligner des yeux les dignitaires de l'Est. Il n'y avait pour ainsi dire personne à part quelques émissaires du Rohan, du royaume des Nains et quelques Elfes. Junast reconnut le si tristement célèbre Legolas, fils de Thranduil, qui les observait, à l'affût. Le Seigneur du Harad n'aimait pas les Elfes. Vraiment pas. Ils se montraient si fiers, si vaniteux et si sûrs de leur supériorité… Ses yeux se posèrent sur les Nains. Il trouvait étrange qu'ils soient là, leur réputation isolationniste n'était plus à démontrer. Le Haradrim finit par se poser sur le couple royal. Les histoires comptant la beauté de la nouvelle reine étaient pour une fois vraies. Il émanait d'elle une telle douceur, une telle grâce si rayonnante qu'il ne pût s'empêcher d'éprouver quelques regrets pour la peine qu'il allait prochainement lui infliger.
- Que les Dieux nous pardonnes, murmura-t-il pour lui-même en s'inclinant.
