Elle n'en pouvait plus de cette situation ! C'était décidé, dès leur retour sur Terre, elle allait demander sa mutation ! La semaine qui venait de s'écouler avait été un véritable calvaire pour elle. Elle n'avait pas cessé un instant de penser à ce qui c'était passé et à sa réaction après, au point de perdre le sommeil… Comment avait-il pu se montrer si tendre, si aimant pour devenir si cassant l'instant d'après ? Dieu qu'elle avait été bête ! Elle qui commençait réellement à penser qu'il éprouvait plus que de l'amitié pour elle…
Bien sûr… C'était une erreur mais… Le moment passé dans ses bras avait été le plus merveilleux de sa vie… Elle s'était enfin sentie heureuse, comblée et vivante ! Et lui… Son regard chaud la dévorait des yeux, elle avait bien lu de l'amour dans son regard ! Il était tout sauf indifférent… Rien qu'en y repensant, ses joues s'empourprèrent légèrement et un sourire rêveur se dessina sur sa figure… Alors pourquoi avait-il tout gâcher ensuite avec sa raideur et sa froideur militaire ? Il aurait pu au moins attendre quelques minutes avant de lui asséner son ordre de ne rien divulguer en la faisant brusquement redescendre sur terre. Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'elle allait le crier sur les toits ???
Depuis lors, elle n'avait cessé d'être partagée entre une colère noire contre lui et son amour pour lui à chaque fois qu'elle repensait à cette nuit… Difficile de rester stoïque en de telles circonstances ! Elle le détestait ! Et pourtant, elle ne pouvait vivre sans lui, c'était à devenir dingue ! Pour preuve, ça faisait bien une heure qu'elle se parlait toute seule dans sa tête !!!
Sam soupira, leva les yeux au ciel et décida de faire quelques pas pour dérouiller un peu ses muscles endoloris par la fatigue… Si au moins il y avait une issue possible à cette situation… Elle décida d'analyser encore une fois tout ça en se rendant lentement du côté de la rivière…
Elle l'aimait. Maintenant, elle en était tout à fait sûre.
Il l'aimait… Ça… Elle en était persuadée mais il ne l'avouerait sans doute jamais.
Le règlement passait avant tout. Il lui avait bien fait comprendre, il ne ferait rien qui mettrait leur (sa ?) carrière en péril.
Elle ne pouvait plus vivre comme ça dans l'attente d'une chose qui n'arriverait certainement jamais. Elle fonçait sur ses 35 ans et son horloge biologique lui faisait cruellement ressentir l'urgence de se stabiliser.
Résultat des courses : elle devait démissionner, l'oublier, se trouver un gentil mari et fonder une famille ! Facile à dire… Elle laissa échapper un rire qui tenait plus du ricanement que de la joie. Quelle belle vie l'attendait… Et pourtant, son cœur lui criait qu'elle devait rester au SGC, tant pis s'il ne se passait jamais rien d'autre, au moins, elle le verrait chaque jour… Il était sa raison de vivre, sa bouffée d'oxygène…
Les larmes trop longtemps retenues se mirent à dévaler sur son visage sans qu'elle esquisse le moindre geste pour les endiguer ou les essuyer. Elle allait démissionner, elle devait démissionner ! Déménager à Washington, le Pentagone l'avait souvent contactée pour lui offrir du travail, cette fois, elle accepterait ! Là-bas, elle ne connaissait personne… Au début, ça ne serait pas facile mais ça lui permettrait de repartir à zéro… Se reconstruire loin de tout ce qui avait été sa vie jusqu'à aujourd'hui, loin de lui… A cette pensée, son cœur se serra un peu plus et ses pleurs silencieux redoublèrent…
Elle se laissa tomber en tailleur au bord du ruisseau, celui-là même où son supérieur s'était rendu quelques heures auparavant, aux prises avec les mêmes tourments… Elle resta plusieurs minutes ainsi, le regard dans le vague et les épaules secouées par de longs sanglots qui finirent par s'espacer lentement... Quand elle fut calmée, elle se passa de l'eau fraîche sur le visage… En aucun cas elle ne voulait que les autres devinent qu'elle avait pleuré.
Maintenant qu'elle avait pris une décision, elle se sentait apaisée. Pas heureuse mais au moins apaisée… Elle savait ce qu'elle devait faire et son esprit rationnel se chargea de la persuader que c'était la seule décision valable. Après tout, il ne l'aimait pas. Bien sûr, ils avaient eu quelques moments de complicité mais rien d'autre, elle s'était simplement fait des idées romantiques pour pallier le vide de sa vie sentimentale ! Mais dorénavant, elle aurait tout le temps nécessaire pour se construire une vraie vie privée ! Digne d'une jeune femme de 35 ans, plutôt jolie et intelligente. Cette dernière réflexion la fit sourire. Elle se sentait de bien meilleure humeur et retourna vers le campement réveiller le reste de son équipe.
En une demi-heure à peine, ils avaient remballé toutes leurs affaires. Leur mission sur cette planète était enfin terminée et ils pouvaient enfin réintégrer la Terre. Sam était soulagée, elle allait pouvoir mettre un point final à tout ça. A peine étaient-ils arrivés que le Général Hammond, les envoya faire le check-up habituel à l'infirmerie. L'ambiance était tendue, Janet n'eut droit à aucune protestation de la part de Jack quand elle lui fit sa prise de sang et il disparut aussitôt dans ses quartiers. Sam, quant à elle, évita obstinément son regard. Pourtant d'ordinaire, elles profitaient de ses moments-là pour papoter de tout et de rien mais aujourd'hui, rien. Elle aussi s'enfuit dans ses quartiers sitôt l'examen terminé.
Janet se tourna vers Daniel et Teal'c, avec un regard interrogatif :
« Mais qu'est-ce qu'il leur arrive encore à ces deux là ? Ils se sont disputés ? »
« Même pas… Ils sont comme ça depuis notre dernière mission. Jack est encore plus ronchon que d'habitude et Sam est irritable comme jamais elle ne l'a été ! » Daniel ne comprenait plus du tout ce qui se passait entre ses deux amis.
« Ouh… L'ambiance a dû être drôlement joyeuse pendant cette mission » fit remarquer Janet.
Teal'c leva un sourcil étonné :
« Non, Docteur Fraisier, au contraire. L'ambiance a été des plus mornes. Le colonel et le major n'ont fait que s'éviter. »
Daniel et Janet échangèrent un regard dépité… Décidément, Teal'c ne se ferait jamais aux expressions terriennes !
Sam était devant la porte du Général Hammond. C'était maintenant ou jamais. Elle souffla un grand coup pour se donner le courage d'affronter la plus grande décision de sa vie. Elle toqua à la porte, espérant soudain que personne ne lui réponde. « Entrez », le mot était tombé, elle ne pouvait plus reculer, elle poussa la porte d'une main mal assurée et…
« Pourquoi j'ai fait ça ??? » Ça devait faire au moins la dix millième fois que le militaire se posait cette question… Il était étendu en croix en travers de son lit et fixait le plafond gris d'un œil morne. Il avait une envie furieuse de se taper la tête contre le mur, au moins il n'entendrait plus sa voix intérieure le traiter de lâche et d'abruti. Mais à quoi bon ? Il était réellement un lâche doublé d'un abruti complet ! Pourquoi avoir fait ça ??? Et voilà, il en revenait toujours à cette sempiternelle question ! POURQUOI ?
