ACCORDS AMIABLES

Deuxième jour

Il devait être sur les coups de midi quand Sanji ouvrit un œil. Hein? Où? Quand? Comment? Ah oui, hôtel, hier, dodo…

« Oï Cook, si tu dors encore plus que moi, ça va pas le faire! »

Le maître-coq aurait bien voulu répondre mais il n'en eut pas le temps, à peine avait-il avalé une goulée d'air qu'un grand type musclé aux cheveux verts se jetait sur ses lèvres comme s'il était affamé. Un baiser impérieux, dans l'urgence.

« Ben dis donc, il est en manque, le Marimo! », rigola intérieurement le cuisinier.

Des doigts fébriles et impatients s'escrimaient sur les boutons de sa chemise dans laquelle il avait dormi.

« Oh, doucement tête de gazon! Elle m'a coûté une fortune cette chemise!

- M'en fout! »

Mais bon, on peut avoir très envie sans pour autant se comporter comme un sauvage, enfin, pas tout à fait. Et Zoro s'appliqua. S'il ne le faisait pas, l'autre piquerait une crise et pas le temps de le calmer, ah non alors! Une minute de plus maintenant, c'était des heures de gagnées. Il commençait à bien le connaître le blondinet.

La peau blanche apparut enfin et les lèvres de l'épéiste courraient partout sur le torse glabre, provoquant de délicieux frissons à celui qui bénéficiait du traitement de faveur. Cette fois, ce dernier était tout à fait réveillé. Et affamé! D'un coup de rein, il se retrouva à califourchon sur son amant, ses mains déjà sous son t-shirt.

« Ben dis donc, t'as retrouvé la forme, rigola Zoro.

- T'as même pas idée…, susurra Sanji avec un sourire en coin tout en frottant son bassin contre celui du sabreur , leurs érections seulement séparées par le tissus de leurs vêtements. Leurs bouches se retrouvèrent aussitôt, leurs langues se caressèrent.

Des bruits de portes qui claquent dans le couloir? Aucune importance, ils n'entendent même pas.

Le son d'un chambranle qui s'abat contre un mur (de leur chambre?) Rien à battre, on verra plus tard.

Luffy qui se propulse comme un élastique et les éjecte du matelas? Va y'avoir des morts!

« Allez les gars, debout! C'est l'heure de manger!

- Bordel, Luffy! Tu vois pas qu'on est occupés, là?!, grogne Sanji, assis par terre en train de reboutonner sa chemise. Pas d'illusions à se faire, l'autre crétin les lâchera pas.

- Oui ben si on attend que vous ayez fini, on n'est pas prêts de manger!

Tout compte fait, Luffy n'était pas totalement idiot, se dirent les deux hommes en échangeant un regard.

Zoro tente le tout pour le tout.

- Partez devant, on vous rejoint.

- Ah non! Parce que tu vas encore te perdre et nous on attendra, et Nami, elle voudra pas qu'on commence sans vous…

- Comment tu veux que je me perde? Je serai avec le cuistot.

Luffy réfléchit une minute. Zoro était l'un des rares capable de faire flancher leur capitaine, entre eux, une confiance absolue. Et Sanji espérait un miracle, sans intervenir.

- J'ai faim! On y va maintenant, ordre du capitaine! »

Le cuisinier soupira. La phrase à ne pas dire à un escrimeur pour qui l'honneur est plus fort que tout, qu'obéir à son capitaine c'est une question d'honneur, bla bla bla… Donc il rajusta sa cravate. Inutile de rêver, c'est foutu!

OOooOO

L'équipage avait rendez-vous dans le hall de l'hôtel, les trois lascars étaient les derniers. Nami râlait contre Usopp qui tentait de se faire tout petit, Franky hurlait « SUUUPER », la routine quoi!

Le réceptionniste (celui de jour, qui ne les connaissait pas encore) les regardait d'un air bizarre, semblant prêt à imposer le silence à cette bande de gosses turbulents. Un regard tueur de Zoro, passablement énervé, et l'autre se rendit compte qu'il avait plein de paperasses en retard.

Après moult jérémiades, direction le restaurant.

« Oï, on va pas dans le même qu'hier quand même?!, s'offusqua Zoro.

- Pourquoi pas? La bouffe est simple mais bonne, rétorqua Sanji d'un air blasé.

- Ah oui? Parce que tu as eu le temps d'y goûter entre deux séances de papouilles avec la serveuse?

- Et mon pied dans ta gueule, tu veux y goûter, hein?

BAM! Deux poings vengeurs qui s'abattent sur les têtes dures, néanmoins calmées.

- Vous deux, fermez-la et suivez le mouvement, parce que là… »

L'air menaçant de la navigatrice eut raison des deux hommes.

L'entrée dans le restaurant est bruyante, sans égards pour ceux qui voudraient se restaurer dans le calme. Bah non, pour cela, vaut mieux changer de cantine.

Ah, la même table qu'hier, c'est marrant.

Ah, les mêmes places qu'hier, c'est pas un peu bizarre? Les amoureux s'étaient pas rabibochés? Ah ben non.

Zoro, vautré sur sa chaise, a le regard plus noir que noir. Sanji, avec élégance, fume sa cigarette en discutant gaiement avec Nami qui est en face de lui. Il y a de l'électricité dans l'air. Ça ira mieux dès qu'ils auront l'estomac plein. Ah ben, non plus, la serveuse se rapproche…

Le sabreur fait craquer sa nuque (mmh, ça ferait le même bruit si je brisais le cou de cette grue…), Sanji sourit aimablement (on doit toujours être charmant en présence d'une jolie demoiselle). Mais la soubrette, sans doute pas encore remise de ses émotions de la veille, s'enfuit en cuisine alors que le patron vient prendre la relève en soupirant. Heureusement que le gamin au chapeau de paille est un gouffre et qu'ils ont plein de berrys sinon ça fait longtemps qu'il les aurait jeté dehors!

« Bien, un détail de réglé », savoura Zoro.

Le repas se déroulait avec son exubérance habituelle, les pailles passant des verres aux narines et vice-versa, ce qui écœure les clients, qui partent avant le dessert et se jurent de ne plus revenir dans cet endroit. La serveuse est terrorisée, le patron dépité, bref, c'est un joyeux bordel!

OOooOO

Après le repas, tout le monde sort dans une cacophonie épuisante pour le commun des mortels. Tout à côté il y a un joli parc boisé et fleuri avec toboggan et tourniquet. Bien-sûr, Luffy, Chopper et Usopp s'y précipitent en hurlant de bonheur tandis que les parents présents récupèrent leur progéniture avec un air affolé. Le joyeux bordel continue!

Et Zoro et Sanji, me direz-vous? Eh bien, ils se font la gueule, comme n'importe quel joli petit couple normal. Enfin presque, car à peine sortis, un regard échangé et hop, pieds contre sabres à fond les ballons. Cette fois, personne n'intervient, il faudra attendre longtemps avant de constater le match nul entre les deux combattants haletants et suants. Puis chacun se sépare, comme d'un commun accord et part dans des directions opposées sans se soucier de l'autre.

Zoro en avait sa claque du blondinet! Allez, une bonne sieste au pied de cet arbre et on verra plus tard…

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Ellipse de temps, environ deux heures

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Zoro ouvre un œil, puis deux et baille à s'en décrocher la mâchoire. Rapide tour d'horizon, histoire de recoller à la réalité.

« Où est ce que je suis? Ah oui, le parc. Et les trois andouilles sont toujours là. Ils vont réussir à faire s'envoler le tourniquet à vouloir le faire aller si vite. Ben non, c'est Chopper qui vole en fait. La sorcière et la bizarre? Oui, sur un banc, toujours à faire la parlotte. Franky a l'air de vouloir bricoler le violon de Brook. Tout va bien, il fait chaud, encore un peu de temps pour se rendormir… Mais putain! Il est où l'autre imbécile de Cook? »

Il y a des absences qui réveillent plus que des présences très bruyantes. C'est un paradoxe, mais bon…

Zoro s'était relevé et balayait les alentours du regard. Mais non, il n'était pas inquiet, le cuistot était fort, très fort même (mais ça, plutôt crever que lui avouer), il ne risquait rien. À part s'il lui avait pris l'envie de chercher une compagnie avec une plus forte poitrine que lui… Le salaud… si jamais… Je vais le tuer! Non, d'abord l'idiote de greluche et lui ensuite…

Au loin, une odeur de tabac apportée par le vent du large. Oui, c'est bien lui qui se dirige par ici. Bon, on va ravaler quelque peu sa fierté car là, le Cook, il s'est changé. T-shirt blanc, pantalon noir moulant et pour ne pas faire désordre, un gilet noir d'un de ses costumes, la montre à gousset dans la petite poche avec la chaîne qui dépasse. Sa mèche blonde qui cache la moitié de son beau visage, la cigarette au coin du bec. Et là, le Cook est si sexy que Zoro a une grosse bouffée de chaleur qui n'a rien à voir avec la température estivale.

« Oï Love-Cook, où t'étais passé?

- Je suis allé sur le bateau prendre une douche et me changer.

- Arrf! (ça c'est le cri d'un Marimo excité et frustré, tout en même temps). L'histoire de la douche, ça le décontracte pas, lui. Encore une occasion qu'il a laissée filer. Bref, plus de temps à perdre, l'hôtel n'est pas loin. Oui mais voilà, il a dormi dans ses vêtements, le combat de tout à l'heure les a finis, il n'a pas pris de douche (Arrf!) et son sac est encore sur le Sunny. Bon, on pourrait y aller à la barbare mais l'autre blondinet va encore en faire tout un flan.

- Oï, tu vas pondre un œuf ou quoi?, interroge Sanji face à l'épéiste qui a l'air en plein combat intérieur.

- La ferme, imbécile! Bon, je vais au bateau, tu m'attends à la chambre d'hôtel, je te rejoins, d'accord? Parce que là, je peux plus attendre!

Le cuisinier éclate de rire.

- Ok, j'y serai, traîne pas. »

Inutile de préciser, l'autre est déjà parti au pas de course.

OOooOO

Comme prévu, Sanji s'est rendu direct à l'hôtel, tout frétillant et tout joyeux. Le réceptionniste avait même eu droit à un clin d'œil complice, il ne s'en est d'ailleurs pas encore remis.

Le cuistot s'installa à la fenêtre pour se griller une clope face au soleil qui déclinait. C'était agréable de ne rien faire, l'attente excitante. Et puis la ville en-dessous de lui était animée, vraiment sympa. Les gens déambulaient en riant, la gaieté de l'été… Et puis il avait réussi à parler à Nami, l'implorant de tout faire pour que personne ne vienne les embêter ce soir. Ça lui avait coûté cher mais il était assuré que tout se passerait selon ses désirs. Oui, vraiment, l'attente était excitante…

Bon, au bout d'un paquet entier de sèches grillées, comme en témoignait le cendrier qui débordait, tout ceci était devenu beaucoup moins marrant.

« Putain, mais qu'est-ce qu'il fout Tronche de Gazon? S'il s'est arrêté pour picoler, je lui défonce le crâne!

Puis soudain, une illumination.

« … je te rejoins… »

MERDE! RE-MERDE! RE-RE-MERDE! Il s'est perdu, le con! C'est foutu!

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