Cf avertissements du chapitre précédent…
II
« Qu'est-ce que tu lis ? »
- La ferme, répond Harry par automatisme, sans lever les yeux du livre usé qu'il tient sur ses genoux.
- Je connais ce livre. C'est de la magie noire.
- La ferme, répète Harry. Je sais ce qu'il y a là-dedans, merci. »
Il siffle entre ses dents lorsque le matelas s'enfonce à côté de lui. Draco s'étale de tout son long à ses côtés ; ses yeux sont grands ouverts, ses pupilles immenses et luisantes. Son visage exprime une curiosité neutre, comme celle d'un petit enfant qui explore le monde pour la première fois.
Cela fait une semaine qu'il est dans la chambre n°4. Sept jours entiers, et Harry n'a pas encore essayé de le re-tuer. Il n'est pas si gênant en fait : la mort lui a vraiment amélioré le comportement. Ça, et la quantité industrielle d'alcool qu'il ingurgite au lieu de manger, ainsi que les fioles de potions scintillantes qui font tourner le décor et font paraître les choses bien plus calmes. Les potions n'inspirent pas trop confiance à Harry : quand Draco réussit à lui en faire prendre – en le traitant malicieusement de peureux jusqu'à ce que Harry craque et descende le bordel pour qu'il la ferme – il oublie qu'il est censé être sur ses gardes, or il sait qu'il doit rester vigilant.
« Pourquoi tu lis de la magie noire ? Tu es Harry L'Élu-Défenseur-de-la-Lumière-Potter. » dit Draco d'un seul souffle, avec un bref rictus.
Harry ne fait pas attention à lui. Il a mis la main sur le plus de livres possible pour essayer de résoudre l'énigme qui lui a été présentée, et beaucoup d'entre eux traitent de magie noire. Il espère trouver dans ces milliers de pages une explication du virage noir et blanc qu'a pris le monde, et, surtout, la raison pour laquelle les yeux de Draco sont violets. Rechercher des réponses fait diminuer le vide dans sa poitrine, un peu, et il espère que lorsqu'il aura trouvé, la douleur finira par complètement disparaître.
« Pot-ter, chouine Draco. Ne m'ignore pas. »
Irrité, Harry lui lance un coup de pied qui l'atteint dans les côtes. « Putain, tu fais vraiment chier quand tu bois. J'aimais mieux quand tu ne pouvais pas me saquer.
- Ça sert à quoi de te détester ? Je suis mort, se plaint Draco. Et j'ai été kidnappé. Je tire ce que je peux d'une mauvaise situation.
- Moi aussi, dit Harry dans le vague, avant de lever la tête et sortir sa baguette. Ne bouge pas. Mutatio Ostrum. »
Draco tressaillit lorsque la baguette de Harry se pointe sur lui. Une sorte de brise passe dans ses cheveux, puis il rouvre précautionneusement les yeux. Harry jure entre ses dents : ils sont toujours violets.
« Potter ! » Draco se redresse, l'air furieux, et frappe Harry à l'épaule. « Ne me jette pas des sorts comme ça sans prévenir – qu'est-ce que ça a fait ?
- La ferme, Malfoy, » dit Harry, sur le ton de quelqu'un qui s'ennuie. Il tourne une page, et cherche autre chose qui pourrait expliquer la situation dans laquelle il s'est retrouvé. Du coin de l'œil, il voit Draco prêt à le frapper de nouveau, et aussitôt il lâche son livre, s'empare de Draco et le renverse sur le lit.
« Arrête de faire ton gamin, » dit-il, à deux centimètres du visage de Draco.
Draco le dévisage, son souffle effleure le visage de Harry, et ses yeux se plissent imperceptiblement avant de glisser furtivement vers la bouche de Harry, puis de nouveau soutenir son regard, et Harry voit l'ombre de quelque chose s'agiter sous le violet. Il relâche Draco précipitamment et se rassied, légèrement mal à l'aise. Un instant plus tard, il se dit que ça n'était peut-être qu'un effet de son imagination, parce que Draco se roule sur le lit et se plaint entre deux hoquets d'être malmené ; il n'a pas l'air dangereux le moins du monde.
Harry secoue la tête et retourne à son livre.
Ça n'en a pas l'air maintenant, mais il se rendra bientôt compte que partager la Chambre 4 sera plus facile qu'il ne l'avait prévu. Draco s'installera sur le côté gauche du lit, et il disparaîtra et réapparaîtra à sa guise, mais sera toujours rentré à la tombée de la nuit comme Harry l'a ordonné. Il sera tour à tour calme et bruyant, ses humeurs aussi aléatoires que la météo. Parfois il pleurera et Harry aura envie de l'étrangler, et parfois il se mettra à crier sur Harry et à l'accuser de tout et Harry ira l'étrangler, plaquant Draco contre le mur, serrant ses deux mains autour de son cou pâle, mais il se rappellera qu'il a promis de ne pas lui faire de mal et le laissera s'écrouler sur le sol, le souffle court.
Mais il ne dira pas à Draco pourquoi il veut qu'il reste. Il ne veut pas laisser paraître à quel point les yeux de Draco sont importants pour lui, la seule et unique touche de couleur dans un monde en noir et blanc. Il ne sait pas bien pourquoi Draco consent à rester sans explications, mais parfois Harry le surprendra en train de le regarder depuis l'autre bout de la pièce avec cet air étrange dans ses yeux violets, et cela le fera frissonner.
Harry regardera Draco dormir, sur le dos, au-dessus des couvertures, et peu à peu il se mettra à aimer Draco endormi, silencieux et à son aise. Le seul problème, ce sera qu'avec ses yeux fermés, Harry sera abandonné dans son monde sans couleurs jusqu'à son réveil. Parfois Harry le réveillera exprès, parce que ça ne fait rien si Draco se met en colère : ses yeux seront violets quand même.
…
« Harry, regarde-toi, dit Hermione en repoussant la capuche de Harry et dégageant les cheveux de son front avec ses mains. C'est une catastrophe. Ça fait combien de temps que tu n'as pas pris de douche ? »
Il s'écarte d'elle brusquement avec une grimace haineuse et remet sa capuche. Ses cheveux retombent en vrac sur son front, recouvrant sa cicatrice. Il jette un coup d'œil vers la fenêtre, puis vers la porte, puis de nouveau vers la fenêtre. Il n'avait pas prévu de la voir aujourd'hui : il n'était retourné au Square Grimmaurd que pour récupérer des habits et quelques livres. Cela ne fait que le conforter dans l'idée que ce n'est pas sûr de revenir ici, sachant que les gens peuvent entrer et sortir à leur guise. Il la soupçonne à demi d'avoir jeté un sort à la maison pour être alertée lorsqu'il y retournerait.
« Je vais bien.
- C'est ça, dit Hermione et sa voix tremble. On dirait bien que ça fait des semaines que tu n'as pas remis les pieds ici. Pour l'amour du ciel Harry, c'est ta maison. »
Harry secoue la tête. Ce n'est pas chez lui ici – ce n'est qu'une maison dans laquelle il ne supporte pas d'être parce qu'elle est trop grande et trop vulnérable, et chaque fois qu'il rentre ce putain de sifflement reprend, tout petit et bien aigu. Ça s'est arrêté maintenant, mais Harry est constamment sur les nerfs, à tendre l'oreille, et attendre.
Quelque chose bruisse et une brindille craque derrière la fenêtre. Harry se fige, les yeux grands ouverts et fixés sur la vitre sans ciller.
« Tu m'écoutes ? Je te jure que si tu ne t'expliques pas mieux tout de suite, je te balance un Incarcerem et je te traîne moi-même à Ste Mangouste.
- Hermione, je vais bien, » répète Harry en essayant de garder son calme et guetter les bruits de dehors tout en parlant à Hermione. Il ne voit pas sa lèvre trembler et ses mains se crisper comme si elle voulait l'attraper. « C'est juste que je n'aime pas être ici. Trop de mauvais souvenirs, tu comprends ? »
Hermione n'a pas l'air de comprendre du tout. Elle pose sur Harry un regard perdu et au bord du désespoir, les yeux brillants. Harry détourne le regard pour ne pas voir ça.
« Tu ne fais rien de stupide, n'est-ce pas ? demande-t-elle. » Une tentative désespérée pour faire durer la conversation, retenir Harry.
Harry éclate de rire. Il pense à Draco et la rangée de bouteilles vides qu'ils se sont mis à collectionner dans la Chambre 4, l'inventaire de leurs échappatoires à la réalité. Il est plus facile de se détendre quand l'esprit de Harry nage dans le whisky Pur-Feu et Draco a les yeux écarquillés par ce qu'il a avalé.
« Non, je me détends, c'est tout. Je réfléchis. »
Hermione n'a pas l'air convaincue. « Avec qui es-tu ? »
Harry cligne des yeux au souvenir de Draco hurlant au milieu de la nuit. « Personne. »
Il y a un autre craquement dehors et Harry est certain d'avoir entendu quelqu'un pester tout bas et vu une ombre passer sur la vitre. Merde, il n'a pas fait assez attention en quittant l'auberge, et maintenant quelqu'un l'a suivi. Les Mangemorts encore en liberté savent qu'il vit quelque part près du Square Grimmaurd, et voilà, c'est exactement pour ça qu'il ne veut plus revenir –
« Hermione, il faut que j'y aille, dit-il ; et il se dirige vers la porte.
- N'y pense même pas, crie-t-elle, la voix tremblante et le regard dur. Si jamais tu t'enfuis encore, Harry – »
Il tourne sur lui-même et disparaît dans un craquement. Il réapparaît devant la porte de l'auberge et se précipite dans sa chambre, en haut des escaliers grinçants, tout au bout de l'étroit couloir. La porte s'ouvre quand il la touche ; il entre et claque la porte. Son cœur bat à tout rompre. Il verrouille la porte et court à la fenêtre, écartant violemment les rideaux.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Draco est assis sur le lit, un livre sur les genoux. Harry l'attrape par le col et le tire sur le sol.
« Que – mais dégage !
- Ferme-la, bordel. » siffle Harry en se baissant lui aussi, à moitié couché sur Draco, les mains sur ces biceps, l'aplatissant au sol. Draco obéit immédiatement et se tait. Sa respiration est courte et son cœur palpite comme un oiseau en cage. Harry tend le cou, sa joue n'est qu'à quelques centimètres du nez de Draco, sa tête tournée de côté pour pouvoir écouter. Il n'entend que le silence, et le son léger de leur respiration.
« Tout va bien ? murmure Draco au bout d'un moment.
- On m'a suivi, réplique Harry vivement, toujours à voix basse. Ferme-la. »
Draco déglutit, acquiesce, et lève les yeux vers le plafond.
…
« Genre dès que je ferme les yeux, il y en a partout, » peste Draco comme il le fait depuis des jours, agitant une bouteille dans les airs. Il la porte à ses lèvres, mais ne boit pas et l'écarte à nouveau. « Et les gens croient qu'ils savent mais ils en savent rien. »
« Donne-moi ça, » dit Harry en lui prenant la bouteille. Il est affalé sur le lit, sur son dos, et Draco est assis sur le bord, à côté de sa hanche. Cela fait cinq jours qu'Harry n'a pas quitté la chambre. Draco a disparu ce matin, pour revenir à peine dix minutes plus tard.
« Tu es bourré. » dit Draco alors que Harry prend une gorgée du liquide qui lui brûle la gorge en descendant ; la sensation s'installe dans son estomac, fraîche comme de l'eau par une chaude journée d'été.
« Comment tu sais ? » demande Harry, lui rendant la bouteille. Draco la prend, l'air pensif.
« Parce que » déclare-t-il avec une logique et une certitude alcoolisées « tu me parles sans essayer de m'étrangler. »
« Je suis toujours saoul, » dit Harry et cela fait rire Draco. Il recule de là où il était assis pour s'allonger à côté d'Harry. La bouteille se déverse sur son poignet et il le lèche. Il lève lentement les yeux vers Harry et c'est de nouveau là – cet éclat de quelque chose sous l'océan de violet, quelque chose entre promesse et besoin. Harry frissonne, Draco cille et c'est déjà passé. Harry se sent soulagé : il commence à croire que l'éternelle obsession de Draco à son égard pourrait, en fait, se révéler être tout autre chose que de la haine, et il ne sait pas trop ce qu'il en pense.
« Toi, » dit Draco en poussant l'épaule d'Harry du bout du doigt, son regard violet sur le visage d'Harry, de nouveau gentil apparemment, oublieux de ce qu'il pouvait y avoir de sous-entendu entre eux, « J'aurais pas pu trouver mieux pour m'accompagner dans la folie. »
Harry acquiesce. « L'ironie du sort est pas mal, j'avoue. »
Draco a un sourire. « Il y a de ça. Mais je me suis surpris à penser que tu étais le seul à avoir autant de raisons que moi pour devenir fou.
- Continue de boire, dit Harry. Tu es moins chiant quand tu bois. »
Draco se renfrogne. « Va te faire foutre, balafré. »
L'insulte est si vieille qu'Harry éclate de rire. L'espace d'un instant, Draco a l'air surpris de l'hilarité d'Harry qui roule sur les couvertures et rit encore et encore ; puis il se joint à lui.
…
Ils se retrouvent tout en haut de la tour d'Astronomie. Autour d'eux, le vent hurle, froid, incisif, et Bellatrix est là, baguette braquée sur eux. Le ciel est sombre, lourd, des nuages bas tournent lentement, menaçants. Harry enfouit son visage dans l'épaule de Draco, s'accroche à son T-shirt, s'accroche à la vie. Dans un rire hystérique, Bellatrix dresse la liste de tous ceux qu'elle a tués.
« Fais la partir, » supplie Harry. Il bouge les pieds et perd l'équilibre sous la force du vent qui menace de le faire tomber dans le vide. Il arrive à peine à garder les yeux ouverts : ils s'emplissent de larmes et piquent, les lunettes ne les protègent pas.
« Va-t-en, » dit Draco doucement, et ses mots sont emportés par le vent. Un sanglot s'échappe de la gorge de Harry et Draco se met à hurler. « Dégage ! »
Le vent s'éteint, le sifflement dans les oreilles de Harry disparaît. Il lève les yeux et Bellatrix n'est plus là. Le soleil point à travers quelques zones d'un gris plus clair dans le ciel, la lumière est forte et plus chaude. Il s'accroche à Draco qui le serre contre lui, un bras autour de sa taille. C'est comme s'il n'y avait jamais eu d'orage, tout est si calme. Le soleil lui réchauffe les bras.
Il presse le visage sur l'épaule de Draco et inspire profondément. Autour de lui, tout est instable ; lorsqu'il ouvre les yeux ils sont dans leur chambre du Sphinx & Dragon et Draco est à l'autre bout de la pièce. Il fouille son sac en racontant des inanités, comme d'habitude. Harry l'observe. Son regard s'attarde sur la courbe de son dos et les mouvements de ses omoplates sous la chemise quand il bouge ; il se redresse, une fiole de potion dans chaque main. Le liquide à l'intérieur tourbillonne et scintille.
« Me suis dit qu'il t'en faudrait une, » dit Draco en passant une des deux fioles à Harry, un rictus aux lèvres. Harry la prend sans poser de questions. Il a l'habitude de toutes les pilules et potions colorées que Draco sort de nulle part, quoique d'habitude, Draco le laisse boire tout seul quand lui se drogue.
Draco le regarde attentivement, puis débouche la fiole qu'il tient dans sa main et la vide d'un trait. La peau de sa gorge interminable bouge quand il avale.
« Vas-y. »
La voix de Draco est douce et persuasive, alors Harry s'exécute, sans le quitter des yeux lorsqu'il ôte le bouchon de sa fiole et en boit lentement le contenu. Il se lèche les lèvres, le goût de décadence glisse le long de sa gorge, puis il laisse échapper la fiole qui tombe sur le tapis dans un choc sourd. Il s'assoit au bord du lit et ferme les yeux. Une chaleur étrange s'empare de son corps. Il sent des doigts toucher sa joue et la sensation brûlante lui coupe le souffle.
Un désir imprécis s'insinue dans ses veines, un besoin implacable de toucher, tenir, réclamer. Son cœur cogne dans ses oreilles.
« Qu'est-ce que tu m'as donné ? » demande-t-il. Son dos se cambre quand Draco touche sa poitrine du bout des doigts, puis de toute la paume.
« Ne me déteste pas, » dit Draco, et sa voix est là, dans la tête d'Harry. « Je veux juste – »
- Qu'est-ce que tu m'as donné ?
- Rien de dangereux, je te le promets. Potter, s'il te plaît. »
Une main entoure la nuque d'Harry et l'attire. Son souffle est court et irrégulier, des voix chuchotent dans les ombres, puis une bouche est contre la sienne et il agrippe les bras de Draco pour le repousser. Quelque part sous le désir qui le traverse cela le choque, mais c'est presque noyé sous le besoin qu'il ressent. La potion n'approuve pas qu'il repousse Draco et se met à cogner douloureusement dans sa poitrine.
« S'il te plaît, » murmure Draco, et la sensation de ses mains sur les bras de Harry laisse de nouvelles impressions délicieuses et brûlantes sur sa peau. Il inspire et Draco l'embrasse à nouveau, doucement, précautionneusement, lui fait tourner la tête. Une furieuse envie de l'embrasser à son tour dévore Harry. Il ne lutte qu'une seconde.
« Pas comme ça, » dit-il, même s'il est maintenant en train d'embrasser Draco – des baisers très courts sur la bouche et le visage – bien qu'il essaie de s'en empêcher.
« Si. » dit Draco, répondant avec fièvre aux baisers. « Exactement comme ça. »
…
Harry est réveillé le lendemain matin par des voix familières. Sa tête bat et tout son corps lui fait mal. Il se retourne dans le lit juste à temps pour voir Fred saisir Draco par le col et le plaquer au mur.
« Putain d'enfoiré de fils de –
- Fred ! » crie Harry, la voix cassée. Il sort du lit précipitamment et attrape son pantalon, l'enfile et jure tout en récupérant ses lunettes sur la table de chevet. Draco veut qu'on le lâche, sa voix est suraiguë et menace de se briser.
« Qu'est-ce que tu fous ? Lâche-le. » Harry attrape les poignets de Fred et tente de lui faire lâcher Draco, en vain.
« Il t'a drogué, » rugit Fred, et soudain, Harry se souvient de la nuit passée, d'avoir embrassé Draco, encouragé par la potion dans son sang. Il se rappelle avoir couché Draco sur le lit et bougé au-dessus de lui, les jambes de Draco autour de sa taille. Il se souvient du souffle de Draco contre son oreille, se faisant plus court sous les mouvements d'Harry, l'encourageant à aller plus loin, plus vite, plus fort, et les mots se fondant dans l'impulsion de la potion qui l'exhortait elle aussi.
Il sent l'humiliation et la colère sourdre. Il ignore la petite voix dans sa tête qui lui signale qu'il a plutôt bien aimé, et se concentre plutôt sur cette colère qui monte encore à mesure qu'il prend conscience du fait que Draco a réussi à profiter de lui bien trop facilement.
Il regarde Draco, qui a fini par abandonner toute forme de résistance et a maintenant l'air sur le point de pleurer.
« Potter, s'il te plaît, lâche-moi, je voulais juste – » commence-t-il avant d'être interrompu par Fred qui le secoue.
« Ta gueule, lance Fred sur un ton menaçant. Il y a des limites à ne pas dépasser, Malfoy, et là tu es allé beaucoup trop loin.
- Tu le voulais aussi –
- Tu es complètement malade ! Qui pourrait vouloir de toi ?
- Fred, lâche-le » ordonne Harry en se pinçant l'arête du nez, soulevant ses lunettes. Fred le regarde, abasourdi, puis il lâche Draco qui s'affale par terre. Ses jambes ne le portent plus.
Fred le scrute du regard et semble prendre la mesure de ce qu'il voit, avant de demander lentement : « Tu en avais vraiment envie ? »
Harry remet ses lunettes correctement et regarde Draco. Celui-ci respire fort et dévisage Harry, le regard fou, les lèvres entrouvertes. Un sentiment étrange parcourt son échine de haut en bas, et il n'est pas sûr que ce soit un reste de la potion.
Il fait lentement non de la tête, même si la petite voix sournoise de tout à l'heure lui répète qu'il ment. Il se tourne vers Draco qui le regarde maintenant avec la mâchoire contractée ; il a presque l'air blessé. Harry s'accroupit à ses côtés et lui relève doucement le menton. Draco a un mouvement de recul, comme s'il anticipait un acte violent. Une partie de Harry a bien envie d'être violent – tuer Draco parce qu'il a réussi à prendre le dessus – mais une autre, plus forte, sait qu'il ne peut pas le tabasser à mort parce qu'il a besoin de ces foutus yeux violets.
« Si tu recommences, je serai moins indulgent, » finit-il par dire, le calme de sa voix contredisant la menace. Il se relève, prend une profonde inspiration et se passe une main dans les cheveux.
« C'est tout ? demande Fred, l'air déçu. Tu ne vas pas le tuer ?
- J'suis déjà mort, imbécile, rétorque Draco en repoussant le pied de Fred qui essaie de le frapper.
- Ça n'en vaut pas la peine, » répond Harry en haussant les épaules. Puis il se tourne pour faire face à Draco : « En ce qui me concerne, il ne s'est rien passé. » Son ton est léger mais la menace calculée est encore évidente. « Je me fiche de ce qui se passe dans cette tête de blond, du moment qu'il se tient tranquille. »
Draco croise les bras sur sa poitrine et détourne la tête. Fred éclate de rire. Draco lui lance un regard mauvais, retrouvant apparemment sa voix et un peu d'irritabilité quelque part.
« Espèce de brute.
- Couille molle, » réplique Fred sans y mettre de cœur. Il ne prend même pas la peine de le regarder. Harry si : il observe Draco avec un intérêt nouveau, comme s'il ne l'avait jamais regardé comme il faut avant. Bien sûr qu'il savait qu'il y avait quelque chose entre eux, quelque chose d'implicite qui a réécrit leur histoire et replacé les choses dans un nouveau contexte. Oui, il sait que Draco le regarde et qu'il regarde Draco, que parfois ses yeux s'attardent sur les mouvements et les formes de son corps sous ses habits, mais ça n'avait jamais rien voulu dire. Jusqu'à présent.
« Je me souviens des jours anciens où tu couchais avec ma sœur, dit Fred sur un ton de réminiscence.
- Quoi ? demande Harry distraitement, les yeux toujours sur Draco qui, lui, fait tout ce qu'il peut pour ne pas le regarder.
- Ginny ? » dit Fred, amusé.
Harry regarde alors Fred, sans comprendre. Ce nom lui dit quelque chose, vaguement, mais il s'estompe, et disparaît. Il secoue la tête, perplexe.
« Qui ça ? »
…
La dernière fois qu'Harry quitte la Chambre n°4 seul, c'est pour chercher la tombe de Draco. Il la trouve dans un petit cimetière du Wiltshire qui, se dit-il, ne doit pas être loin du Manoir. Les haies sont taillées avec soin, le terrain bien entretenu. Ça serait sans doute très beau, songe-t-il, s'il pouvait voir les couleurs de fleurs.
Lucius et Narcissa Malfoy reposent tous deux sous la même pierre, dans un coin reculé du cimetière. Harry s'en désintéresse. Il s'agenouille près d'une petite dalle de marbre blanc posée entre le couple Malfoy et le mur de pierres sèches qui délimite le terrain.
Il enlève des feuilles mortes et passe le doigt sur les mots « Draco Malfoy ». À sa grande surprise, il se sent submergé par quelque chose qui ressemble à du regret. Draco ne se résume-t-il qu'à ça ? Un bloc de pierre taillé pour un enfant, sans rien de plus que son nom et quelques mots de latin ? Harry plonge la main dans sa poche et referme ses doigts sur la baguette qui devrait être enterrée avec son propriétaire.
Il soupire, lit à voix basse l'inscription latine qui est gravée sous le nom de Draco, et puis il s'en va, tournant sur lui-même et disparaissant dans un crac sonore.
Draco lève le nez quand Harry revient dans la chambre n°4 et attend qu'il ait fini de contrôler les fenêtres et la porte pour parler.
« Tu as une mine épouvantable.
- Qu'est-ce que ça veut dire, mortui vivos docent ? »
Draco lui lance un regard perplexe. La mauvaise prononciation de Harry lui fait légèrement froncer le nez.
« Les morts donnent des leçons aux vivants. Pourquoi ? »
…
« Putain, arrête de faire ça ! Tu es pire que Fred ! »
Harry a les mains agrippées à l'évier et le souffle erratique. Dans le miroir, il voit la silhouette noire et blanche de Draco qui vacille dans l'encadrement de la porte. Il vient juste d'apparaître de nulle part et Harry a eu la peur de sa vie.
« Désolé. » dit Draco, qui ne l'est pas du tout. Puis il bâille.
« Où étais-tu passé ? » demande Harry en attrapant une serviette pour s'essuyer le visage et le cou. Draco n'arrête pas de faire ça depuis quelques semaines – il disparaît et réapparaît de manière aléatoire, mais il ne fait jamais sursauter Harry comme ça d'habitude. Il le soupçonne de bien s'amuser avec ça, le bâtard.
« Un peu partout, répond-il en haussant les épaules.
- Tu as fait attention ? » demande Harry sur un ton de mise en garde.
Draco lève les yeux au ciel. « Oui, » dit-il comme un gamin de cinq ans, puis sa mine s'adoucit. « Je fais toujours attention. »
« Je devrais te jeter un sort, réfléchit Harry en contemplant Draco comme s'il était un casse-tête magique intrigant qu'il fallait résoudre. Comme ça, si tu essaies de dire à quelqu'un où je me trouve, ta gorge se ferme. »
Draco frémit presque imperceptiblement. « À qui veux-tu que je le dise, de toute façon… »
Harry a un rire laconique. « C'est vrai. »
Il repose la serviette et passe nonchalamment à côté de Draco qui se raidit instantanément. Il a passé la porte, et il se dirige vers le lit lorsque le plancher grince derrière lui et qu'il sent des doigts lui effleurer l'épaule. Il se retourne et Draco recule aussitôt d'un pas ; il déglutit, l'air soudain nerveux. Il se racle la gorge comme s'il allait parler mais se ravise.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demande Harry.
- Tu vas encore lire toute la journée, n'est-ce pas ? » marmonne Draco, les yeux tournés vers le sol.
Immédiatement sur ses gardes, Harry le regarde avec méfiance.
« Oui…
- Qu'est-ce que tu cherches ? demande Draco tout bas, levant vers lui un regard incertain.
- Je ne peux pas te le dire. » fait Harry, maintenant qu'il a compris l'humeur étrange de Draco. Il sait que de temps à autre Draco se rappelle qu'il ne lui a pas tout dit et que cela l'énerve. Parfois, Harry aimerait pouvoir lui donner quelque chose en échange – si ce n'est pour le remercier de sa docilité, du moins quelque chose qui suffirait à le distraire du fait qu'Harry ne lui dit pas tout.
« D'accord. » Draco soupire et ses épaules s'affaissent. Il acquiesce d'un air résigné et passe à côté de Harry pour se diriger vers le lit. Harry a juste le temps d'être surpris de son absence de contestation et se retourner vers lui –
Draco bondit sur Harry, lui attrape les bras et plaque leurs bouches l'une contre l'autre. Pris de court, Harry perd l'équilibre, mais Draco le suit, presse leurs corps l'un contre l'autre et enfonce sa langue dans la bouche de Harry en une grossière parodie de baiser.
Harry le repousse violemment. Il s'essuie la bouche du revers de la main, prêt à hurler, mais s'arrête. Il a un goût familier dans la bouche.
« Qu'est-ce que tu viens de faire ? » demande-t-il prudemment, déglutissant de manière convulsive.
Draco hausse les épaules.
« Malfoy ! »
Draco plante un regard plein de ressentiment dans celui d'Harry avant de tirer lentement la langue. Elle est plus sombre qu'elle ne devrait l'être et luit d'un résidu de potion ; Harry se rend compte qu'il s'est fait avoir.
« Enculé. » Des vagues de chaleur familières se répandent dans son corps. « Je t'avais prévenu –
- Dur, » fait Draco, l'air triomphant. Putain, toutes ses conneries d'airs pathétiques et son pseudo-mal-être, ça n'a jamais été que du vent.
« Ne me touche pas ! » panique Harry tandis que Draco se rapproche. Draco l'ignore superbement. Il tend la main, et à l'instant où ses doigts touchent le bras de Harry, celui-ci est perdu. Des vrilles de plaisir fusent dans son corps depuis le point de contact, et balayent tout son sang-froid. Harry résiste, ses doigts se referment sur le bras de Draco qui se rapproche encore avec avidité.
« Connard » s'étrangle Harry tandis que Draco embrasse son cou, lui fait cambrer le dos, trace des lignes de feu le long de sa peau. Cela fait tellement de bien, il déteste ça, déteste aimer ça, et il hait la petite partie de lui-même qui est soulagée que Draco ait cessé de lui tourner autour.
Ils basculent sur le lit. La potion dans ses veines lui souffle qu'il a besoin de voir le plus qu'il lui est possible de la peau de Draco. Ses mains s'activent sans son autorisation, il tire sur les vêtements de Draco pour le déshabiller. C'est avec horreur et fascination qu'il voit Draco s'empresser de l'aider, plonger les pouces sous ses sous-vêtements pour les enlever, le souffle court et excité. La dose de potion qui court dans ses veines n'est pas assez forte pour brouiller ce qui se passe, mais néanmoins suffisante pour l'obliger à continuer.
« Je sais que tu le veux, même si tu ne veux pas l'admettre, » lâche Draco, à bout de souffle. Harry le déteste de savoir. Il plaque sa bouche sur celle de Draco pour l'interrompre. Draco répond au baiser, si on peut appeler ça un baiser : ils s'entre-mordent, cherchent chacun à épingler l'autre sur le lit, ils roulent l'un sur l'autre et soudain Draco est en train d'agripper les habits de Harry. Harry est fabuleusement, douloureusement dur, sur le point d'abdiquer face à la part de lui qui désire tout cela.
« Je te hais » halète-t-il. Draco se contente de rire et tire sur le pantalon de Harry.
« Tu ne peux pas te passer de moi, » dit-il ; et Harry le fait de nouveau taire en l'embrassant, mordant fort sa lèvre. Il remonte brutalement les jambes de Draco, pressant ses genoux contre son torse. Draco étend le bras, marmonne quelque chose et une fiole jaillit de son sac, vole à travers la pièce jusqu'à sa main. Harry ne prend même pas la peine de le réprimander pour avoir utilisé la magie : il se contente de s'emparer de la fiole et en arrache le bouchon avec les dents.
Il la vide sur ses doigts et sur le cul de Draco, s'en débarrasse et ouvre d'un coup sec son pantalon. Il en extirpe son sexe en haletant et Draco tend la main pour toucher, passe la main sur le prépuce et des picotements de chaleur remontent la peau de Harry.
« Tes doigts, » lâche Draco tout en taquinant le bout de l'érection d'Harry entre les siens. « Dedans, allez. »
Harry s'exécute. Il parcourt la fente de ses doigts lubrifiés tandis que des bribes de souvenirs remontent, le contact lui rappelle qu'il a déjà fait ça. Cette fois-ci, c'est différent : il peut tout sentir et il sait qu'il se souviendra de la moindre seconde. Il gémit faiblement lorsque son doigt s'enfonce dans le trou ; il essaie de résister, en vain. Draco se cambre, crie, et une délicieuse sensation de pouvoir s'empare d'Harry, sans qu'il sache si cela vient toujours de la potion.
« Baise-moi, » réclame Draco, essoufflé mais triomphant.
Harry s'exécute. Il retient ses hanches une seconde seulement avant que la potion ne se mette à tambouriner douloureusement dans son estomac et ne le fasse céder. Il se rapproche, presque encore entièrement habillé, pantalon et caleçon baissés à mi-cuisse, incapable de détourner les yeux de Draco qui halète et se tortille sous lui, prêt à le recevoir.
Il ferme les yeux, mais la potion l'oblige à les rouvrir et il laisse échapper un juron ; un sanglot monte dans sa poitrine. Il guide son sexe vers l'entrée de Draco et la regarde se crisper à son toucher. Prenant une profonde inspiration, il appuie ; et alors que le corps de Draco cède, quelque chose d'autre cède en lui, comme s'il avait franchi une limite et ne pourrait plus faire machine arrière ; mais il n'arrive pas à comprendre ce que c'est, et il a envie de pleurer et de se réjouir tout à la fois.
« Viens, » dit Draco dans un souffle, le front couvert de sueur. Il enroule les mains autour des épaules d'Harry et l'attire au-dessus de lui. Le mouvement entraîne Harry plus loin encore à l'intérieur et il laisse échapper un cri sous la chaleur qui l'enveloppe.
« Chut, » fait Draco ; il tremble furieusement, les jambes autour de sa taille. Il écarte les mèches de cheveux sur le front de Harry avec les deux mains : le geste est familier, rassurant. Doucement, il essuie les joues humides d'Harry avec ses pouces.
« Pas comme ça, » sanglote Harry, alors que son bassin se met à bouger de lui-même.
« Il n'y a pas d'autre moyen, » dit Draco, la voix inégale et ponctuée de gémissements étouffés. Il tend le cou et presse doucement sa bouche contre celle d'Harry. Le baiser est très différent de tout ce qu'ils ont pu échanger jusqu'à présent.
La potion ronronne de contentement dans la poitrine d'Harry ; et il abdique, répond au baiser de Draco et s'abîme dans son corps.
…
Quand Harry s'éveille, il est collant, satisfait, et emberlificoté dans les membres de Draco. Quatre secondes plus tard, les événements lui sont revenus en mémoire et il referme ses mains autour de la gorge de Draco, l'immobilisant sur le lit.
« Espèce d'enfoiré, » gronde-t-il, resserrant ses doigts alors que la rage gronde dans tout son corps. « Je vais te buter – »
Le visage de Draco s'assombrit progressivement, ses mains s'agrippent frénétiquement aux poignets d'Harry et faiblement il essaie de le repousser à coups de pied. Même le violet ne vaut pas ça, d'accepter d'être traité comme un pion dans le jeu malsain de Draco.
« Il est déjà mort, crétin. Il reviendra quand même. »
Harry fait volte-face pour voir Fred adossé à l'armoire. Distrait, Harry relâche un peu sa prise et Draco se remet brusquement à respirer, toussant fébrilement. Fred hausse un sourcil et Harry se rend compte du tableau. Il rougit, l'humiliation se mêlant à la colère, et il lâche complètement Draco, cherchant ses habits du regard.
« Je croyais que tu voulais le tuer, la dernière fois, crache-t-il en renfilant son pantalon.
- Je croyais que c'était ce que tu voulais, dit Fred mollement. Maintenant, je n'en suis plus si sûr.
- Pardon ? » Harry s'empare de ses lunettes et s'extirpe du lit tout en remettant son T-shirt. « Il m'a encore drogué ! »
Fred s'avance vers lui et le prend par le coude pour l'entraîner un peu à l'écart.
« Et il le fera encore, dit-il tout bas, je peux te l'assurer. Il n'est pas aussi bête qu'on voudrait le croire. »
Harry ne dit rien. Il l'écoute.
« Il est gay comme un foc et c'est toi qu'il veut, dit Fred à voix basse afin que Draco ne l'entende pas. Il t'a toujours désiré et c'est pour ça qu'il est là. Il a suffisamment envie de toi pour accepter le risque de se faire étrangler. Profites-en.
- On dirait un Serpentard. » marmonne Harry. Fred ricane et disparaît. Le son de son rire résonne entre les murs un moment avant de s'évanouir. Harry se retourne vers Draco. Celui-ci s'est assis au bord du lit, un drap autour de la taille. Il a un air coupable et effrayé et Harry peut voir des marques de doigts sur son cou.
« Tu as deux minutes pour t'expliquer. » fait-il.
Draco déglutit, sa mâchoire se contracte. Ses yeux parcourent le tapis comme s'il essayait d'empêcher les mots de sortir, mais ils finissent par s'échapper de manière incontrôlée. « Tu me retiens ici et tu ne veux pas me dire pourquoi et c'est tout ce que je peux avoir en retour ! Je sais que tu ne veux pas de moi, mais merde moi je te veux et quand j'ai une chance de t'avoir j'oublie tous tes foutus bouquins et ton plan de merde dont tu ne veux rien me dire. »
Aha. Nous y voilà.
Harry vient s'accroupir devant Draco qui recule farouchement. Harry plante une main sur son genou pour le tenir en place.
« Arrête de me droguer, dit-il d'un ton ferme avec une pointe de menace.
- Ça ne te dérange pas que j'essaie de coucher avec toi ? demande aussitôt Draco, les yeux écarquillés. C'est la potion qui te gêne ? »
Harry expire et se frotte les yeux. Il ne veut pas songer au fait que Draco a peut-être tapé dans le mille.
« Arrête de me droguer, » répète-t-il ; et Draco acquiesce. Des doigts tremblants soulèvent son menton et il se laisse faire, laisse Draco lever son visage vers lui. Draco trace l'arête de son nez du bout du doigt et leurs yeux se rencontrent, et Harry ressent quelque chose d'étrange à l'intérieur.
« Je ne peux pas te dire ce que je cherche, » dit-il doucement. C'est vrai : s'il révèle à Draco à quel point il est important pour lui, Draco le retournera contre lui. « Si tu arrêtes de me poser des questions et si tu cesses de me droguer, tu peux m'avoir. »
Le pacte reste en suspens entre eux. Fred a raison : Harry va pouvoir manipuler le désir de Draco pour garder le dessus. Il peut laisser Draco croire qu'il obtient ce qu'il veut, et le garder ici aussi longtemps qu'il en aura besoin.
« Je peux t'avoir ? » demande Draco d'une voix hésitante.
Harry se redresse sur ses genoux et se penche en avant, effleurant ses lèvres.
« Oui. » dit-il ; et Draco réduit l'espace qui les sépare pour l'embrasser.
C'est au tour de Harry de triompher. C'est mieux de cette manière ; cela se passe selon les règles qu'il a édictées lui-même et c'est lui qui a le contrôle, quoique Draco puisse penser.
…
Harry lit, observe, et lit, et observe. Il parcourt des centaines de pages à la recherche de réponses à ses questions concernant les Horcruxes, le violet, les morts. Malheureusement, à se plonger dans les œuvres de Magie Noire, il découvre un monde qui l'horrifie, le fascine, le terrifie. Jamais il n'aurait pensé que des gens puissent faire un centième des choses qu'il a lues, et cela ne fait qu'alimenter sa paranoïa. Les gens qu'il observe depuis la fenêtre semblent de plus en plus menaçants au fil des jours, et il ne fera plus jamais confiance aux inconnus.
Harry aura de plus en plus besoin de Draco, plus qu'il n'en a conscience. À mesure que sa peur du mal qui l'attend dehors augmente, sa confiance en Draco grandit.
D'autant que Draco est de plus en plus docile et amical depuis qu'il a la permission de toucher Harry. Il le fait à la moindre occasion : dès l'instant où Harry s'éloigne de la fenêtre pour faire une pause, Draco lui saute dessus. Dès qu'Harry pose son livre, Draco grimpe sur ses genoux, lui embrasse tout le visage et lui rappelle qu'il a promis, juste dix minutes, tu as dit que je pouvais.
Il s'y habitue bien trop vite ; il en vient à attendre, voire accueillir favorablement toutes ces attentions. Cela garde Draco sous contrôle, et il ne sert à rien de nier que cela le fait se sentir bien.
Jamais il ne l'avouera à Draco, bien sûr ; il ne mérite pas de savoir que Harry le désire aussi. Même s'il fait davantage confiance à Draco qu'aux silhouettes menaçantes qui rôdent à l'extérieur et dans les ombres, cela ne veut pas dire qu'il lui fait entièrement confiance.
…
Harry referme lentement les rideaux de la fenêtre de la Chambre n°4. Il est si fatigué que ses mains peuvent à peine bouger. Il est plus de trois heures du matin et le Chemin de Traverse est désert. Il va pouvoir dormir un peu avant de devoir se relever pour six heures.
Il se traîne jusqu'au lit et grimpe à côté de Draco. Ce con ne s'est pas pointé de la journée et a surgi de nulle part vers sept heures du soir pour aller directement se coucher et s'endormir. Harry le frapperait bien, mais il est trop fatigué ; alors il se contente d'enlever son pantalon et sa chemise, de se glisser sous les couvertures contre Draco et de se blottir contre lui.
La respiration de Draco est calme, à peine perturbée, de temps à autre, par un rêve. Harry écarte les cheveux de son front et se demande à quoi les fantômes peuvent bien rêver.
Il s'endort en quelques minutes.
Et il se retrouve à Poudlard : il est dans le Hall en ruines. Les décombres sont immobiles et la poussière est retombée ; une silhouette familière est recroquevillée dans un coin. Les yeux de Draco se tournent frénétiquement vers le groupe qui avance sur lui, le surplombe, le fusille du regard.
« Regarde ce que tu as fait, » dit un garçon très grand, au visage constellé de taches de rousseur. Il s'avance. « Regarde ce que tu as fait. »
« Tu n'es qu'un déchet, » fait une fille avec des cheveux partout ; et à ses côtés, un garçon au visage rond acquiesce vigoureusement. « Laisse Harry tranquille, tu ne fais qu'aggraver son cas. »
« C'est faux, » coasse Malfoy. « Je n'ai jamais voulu – »
« Ta gueule, » crache quelqu'un avec un fort accent irlandais. « Ferme ta putain de sale gueule, Malfoy. »
« Tu ne pouvais pas le laisser tranquille ? » Une fille aux cheveux longs et lisses et au nez piqueté de taches de rousseur s'avance, les poings serrés, baguette en main. Un garçon à la peau sombre se tient derrière elle, l'air écœuré. « Il t'obsède. Depuis toujours. Il fallait que tu nous l'enlèves.
- Je n'ai enlevé personne, crie Malfoy, regardant ces visages les uns après les autres, toujours ramassé sur lui-même comme un animal pris au piège. Je ne suis pas obsédé.
- Alors pourquoi est-ce que tu nous l'as pris ? fait le premier. Tu pensais que tu pourrais partager son podium en le menant à la baguette ?
- Je ne l'ai pas pris, c'est lui – »
La fille échevelée éclate d'un rire méprisant. « Arrête de mentir.
- Je ne –
- Tu as besoin qu'on fasse attention à toi ? » l'interrompt la voix de l'Irlandais. Il s'avance et la baguette qu'il tient se métamorphose lentement en couteau. « Ok. Comme tu voudras. S'il t'obsède à ce point… »
Il passe le couteau au garçon le plus grand, qui sourit, lentement, plein de menace. « Je crois que je vois ce que tu as en tête.
- Harry, non, dit Draco. » Le peu de couleur qu'il y a sur son visage disparaît. Sa voix est blanche et tremblante. « Harry, ne fais pas ça. »
Le petit groupe fond sur lui et il disparaît derrière leurs jambes. Harry regarde la scène, incapable de bouger, même lorsque Draco se met à hurler.
Le couteau renvoie un éclat de lumière. Du sang s'égoutte du front de Draco, comme de l'argent fondu, et coule lentement le long de son visage.
s/7627144/2/Room_Four
