Bonsoir, j'espère que vous avez passé une bonne semaine.

Comme promis, voici le nouveau chapitre avec Remus et un nouvel OC très important (oui sa mère, comment ça c'était évident ?)

Merci beaucoup à Alc'hweder, mo. moi. simplement moi, Hedwige K. Rowling, Nikki Micky et Parhyponoian pour vos encouragements.

Excellente lecture !


Chapitre 2 : Nuit de clair de lune

Ce soir-là, John Lupin fut particulièrement nerveux en arrivant chez lui. Tout au long du trajet de retour, il s'était repassé dans sa tête la conversation dans l'ascenseur avec Greyback et plus les versions se succédaient, plus l'homme se sentait envahi par des émotions contradictoires. Une part de lui méprisait totalement ces menaces et se reprochait d'être aussi couard face à un monstre sans cervelle.

Toutefois une autre part de lui, fortement influencée par son collègue Burrus, lui soufflait d'être très prudent. N'avait-il pas franchi une limite en se moquant ouvertement du plus tristement célèbre loup-garou ? Il essaya de se raisonner. Qu'est-ce que Greyback pourrait bien lui faire de toute façon ? L'attaquer à la pleine lune ? Encore fallait-il qu'il connût son adresse et sur ce point, John pouvait facilement se rassurer : il vivait dans le fondement du Royaume-Uni.

Little Willow était une toute petite ville implantée dans une vallée entourée d'une dense forêt et qui vivait pratiquement en autarcie. La famille Lupin y habitait en toute quiétude depuis une bonne dizaine d'années. John aurait pu parier des galions contre des pièces d'or de farfadet que Greyback n'avait jamais entendu parler de ce minuscule îlot de civilisation loin de tout.

La maison des Lupin était petite et un peu délabrée, située pratiquement à l'entrée du village, au sommet d'une côte. Malgré cette situation géographique un peu isolée, John ne transplanait jamais dans l'enceinte même du village par mesure de précaution. Un moldu aurait pu facilement l'apercevoir.

C'est pourquoi il préférait apparaître à l'orée du bois et dévaler la pente à pied pour regagner sa maison. Cette petite promenade coutumière de quelques minutes lui permettait de se délecter du joli paysage de Little Willow au crépuscule. Si petite fût-elle, c'était une ville charmante, du moins les années l'avaient doté de l'attachement naturel que l'on éprouve pour son foyer.

Ainsi chaque fois que John se matérialisait dans les bois à quelques mètres de sa demeure, il se sentait déjà chez lui. Le village entier était comme un cocon protecteur, à l'abri de l'agitation de la capitale londonienne.

Telles furent ses pensées tandis qu'il passait la clôture au bois vermoulu et à la peinture écaillée. Comme chaque soir, il songea que la maison n'avait pas bonne mine. Elle n'avait pas été retapée depuis leur emménagement une décennie plus tôt. Un bon sortilège de peinture ne fût pas du luxe. Comme chaque soir, John se dit qu'il jetterait ce fichu sort ce week-end-là. Et comme à chaque fois qu'il se faisait cette promesse, il se doutait d'ores et déjà qu'il ne la tiendrait pas.

- C'est moi que v…

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase qu'un éclair jaune surgit brusquement et se rua sur lui.

- Papa !

Un garçon haut comme trois pommes lui sauta dans les bras et l'étreignit avec effusion. Tout en veillant à ne pas faire tomber ses paquets, John rendit l'accolade à son fils.

- Bonsoir Remus.

Satisfait de son étreinte, le petit garçon s'écarta pour laisser la place à sa mère. C'était une belle femme brune très menue, au teint blanc et aux yeux bleus éclatants. John l'embrassa avec amour et lui tendit les fleurs. Elle ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire car elle ne devinait que trop bien ce que signifiait ce présent. Au bout de dix ans de mariage, elle connaissait son époux par cœur.

- Si tu crois te faire pardonner tes absences de cette semaine avec des fleurs…

- C'est pour moi les chocolats ? intervint Remus en scrutant le paquet de friandises avec des yeux convoiteurs.

Ses parents échangèrent un regard amusé. Le petit Remus Lupin était le portrait au pinceau de son père : il avait la même bouille ronde, les mêmes yeux clairs emplis d'une douceur un peu candide, le même sourire affable. La seule différence notable résidait dans ses cheveux châtain, mélange du brun intense de sa mère et du blond-roux de son père. Toujours très propre sur lui-même avec ses cheveux bien peignés et d'une politesse inégalable, tout le monde au village le trouvait adorable. Et John non plus ne put résister en le voyant trépigner, les yeux rivés sur les chocolats.

- Eh bien ça dépend, répondit-il en prenant un air taquin, est-ce que tu as été sage aujourd'hui ?

- Oui, acquiesça le petit garçon avec toute la sincérité du monde, la maîtresse m'a donné un bon point.

- Vraiment ? s'écria John ravi. Oh ! dans ce cas, je n'ai aucune raison de refuser à un si bon élève des chocolats.

Il lui tendit le paquet et savoura le large sourire qui éclaira le visage de son fils. C'est vrai qu'il était mignon au possible. Et si gentil avec ça ! Les Lupin pouvaient se réjouir d'avoir eu un fils modèle. Tandis que Remus remercia chaleureusement son père pour ce cadeau, sa mère lui fit remarquer qu'il n'aurait accès à ces bonbons qu'après le dîner.

- Oh Lisa ! intervint John en voyant la moue du petit garçon. Laisse-le en manger un ! Un seul. Il a ramené un bon point.

Lisa gratifia son époux du regard intitulé « Je déteste que tu contestes mon autorité. Recommence et ça va barder. » mais céda finalement devant la mine suppliante de son fils. On ne pouvait rien refuser au petit Remus quand il prenait cette mine de chiot quémandant.

- J'ai autre chose pour toi, dit John à son fils après s'être débarrassé de son manteau et de ses chaussures.

Il s'installa au salon avec l'enfant pour lui montrer l'album à colorier. Remus tourna les pages avec précaution et vit avec stupeur les dessins blancs à l'encre noire s'animer chaque fois que la page tombait sur eux et remuer comme s'ils prenaient vie.

- Oh ça bouge ! s'exclama-t-il émerveillé.

- C'est un coloriage de sorcier, expliqua John d'un ton docte. Si tu veux mettre de la couleur à ton dessin, tu as intérêt à bien t'entendre avec le motif. Il ne se laissera pas faire si les couleurs que tu utilises ne lui plaisent pas.

- Fantastique ! s'écria le petit garçon.

Il se laissa couler jusqu'à la table basse sur laquelle étaient éparpillés des dizaines de feutres et crayons de couleur ainsi qu'une belle quantité de coloriages en cours. Il les repoussa tous avec empressement pour faire une place d'honneur à son nouveau livre et essayer son remarquable pouvoir.

Il prit au hasard un motif de chat et se saisit d'un feutre vert. Au moment où il voulut appliquer la couleur sur le pelage du félin de papier, celui-ci sembla se réveiller brusquement et esquiva la pointe du feutre. Pendant quelques secondes, l'enfant tenta de toucher le dessin mais celui-ci se débattit avec ferveur pour se mettre hors de sa portée, allant même jusqu'à disparaître complètement de la page. Loin de s'énerver, Remus parut au contraire plus heureux que jamais.

- Alors ça te plait ? s'enquit John bien qu'il eût déjà son idée sur la question.

- Je l'adore, répondit vivement Remus qui semblait hésiter à embrasser une nouvelle fois son père pour le remercier de plus belle. Viens voir maman !

Celle-ci observait déjà de loin, avec une curiosité timide. N'étant pas une sorcière, elle était très intriguée par les objets magiques que son époux rapportait de son monde tout en gardant néanmoins une distance prudente. Elle n'avait pas particulièrement peur mais elle préférait être invitée à partager une expérience magique plutôt que de s'imposer.

Par bonheur, son mari ne lui faisait aucun secret sur son monde… enfin presque. Elle savait que son homme travaillait au Ministère de la Magie mais elle n'aurait su dire à quoi il occupait exactement ses journées. Peut-être était-ce mieux ainsi. Il avait essayé un jour de lui en toucher deux mots mais avait renoncé en la voyant froncer les sourcils au nom de « Comité de régulation des créatures magiques ». Sans doute valait-il mieux ne lui montrer que la meilleure partie du monde de la magie et lui en taire la noirceur. Inutile de l'affoler en lui parlant de loups-garous, de dragons ou de magie noire. Vivant dans un village reculé, loin de toute forme de magie, Lisa avait peu de chances d'être mêlée à tout cela.

La soirée fut très agréable. Les trois Lupin dînèrent tout en se racontant mutuellement leur journée, sans lésiner sur les petites anecdotes les plus humoristiques possibles puis ils se détendirent au salon. Remus eut l'autorisation de rester un peu avec ses parents à continuer ses coloriages magiques pour profiter de la présence de son père.

Vers dix-heures cependant, Remus n'eut plus d'autre choix que celui d'aller se coucher. Le petit garçon se plia docilement à cet ordre après avoir négocié avec sa mère une histoire. Comme elle ne pouvait rien lui refuser, elle se retrouva un peu plus tard à son chevet en train de lui lire Le petit chaperon rouge.

Quoiqu'il connût déjà cette histoire par cœur, elle l'intriguait toujours autant. Plus jeune, il aimait l'entendre pour se faire peur mais peu à peu sa peur du loup avait cédé la place à la réflexion. Lorsque sa mère eut achevé sa lecture, Remus la surprit en lui faisant une question qui traduisait tout à fait l'intelligence et la finesse dont cet enfant était doté en dépit de son jeune âge.

- Dis maman, pourquoi est-ce que le loup est méchant ?

Lisa resta quelques instants décontenancée car c'était la première fois qu'il formulait une interrogation pareille. L'heure tardive ne lui permettant plus de réfléchir avec clarté, elle fut tentée de se sortir de l'impasse par une réponse facile telle : « Parce que c'est comme ça » mais malgré elle, la question la plongea dans une brève méditation, si bien qu'au lieu d'une pirouette habile, elle répondit du fond du cœur :

- Je ne suis pas sûre qu'il soit vraiment méchant. Peut-être qu'il se sent très seul. Tout le monde a peur du loup parce qu'il a de grandes dents et de longues griffes alors tout le monde l'évite mais au fond, peut-être que tout ce que désire le loup, c'est se faire des amis.

- Tu crois que le loup est devenu méchant et a mangé le petit chaperon rouge parce qu'elle ne voulait pas devenir son amie ?

Lisa était empêtrée dans ses explications à présent et regrettait d'avoir ouvert la discussion. Pourquoi ne s'était-elle pas contentée d'une réponse simple ? À coup sûr, Remus allait passer des heures à retourner la question dans sa tête avant de parvenir à trouver le sommeil. Ce garçon réfléchissait trop pour son bien.

- Je ne sais pas, dit-elle alors avec toute l'honnêteté du monde, mais ce serait plausible. Les préjugés peuvent faire beaucoup de mal.

- C'est quoi des préjugés maman ?

Lisa soupira. Elle se sentait vraiment lasse à présent, trop pour continuer une leçon, aussi se contenta-t-elle d'une définition brève du terme avant d'embrasser son fils sur le front et de lui ordonner de dormir. Vraiment, ce petit était trop curieux, surtout vers dix heures du soir.

oOoOoOo

Le week-end était passé trop vite. Arrivé dimanche, vers le milieu d'après-midi, John profita d'un rayon de soleil pour sortir examiner l'état de sa maison. Elle avait toujours besoin d'un rafraîchissement comme de bien entendu mais à la simple pensée de la quantité de travail qui s'annonçait, John avisa plutôt la chaise longue du jardin. Alors qu'un grand dilemme s'emparait de lui, Lisa l'aperçut par la fenêtre et ne put résister à une intervention.

- John rassure-moi : tu ne vas pas repeindre la façade ?

L'époux répondit qu'il envisageait sincèrement de le faire. Il crut que sa femme allait en faire une syncope.

- Dis-moi que je rêve ! s'exclama Lisa en se frottant les yeux. Tu vas vraiment le faire ? Ce n'est pas une blague ?

John lui adressa une grimace pour lui faire savoir ce qu'il pensait de ses sarcasmes et reprit son examen minutieux. Même avec l'aide de la magie, il en avait pour des heures à tout remettre à neuf. Et s'il appelait son frère pour lui demander un coup de main ?

Il allait se poser quelques instants sur la chaise longue pour y réfléchir…

Quelques heures plus tard :

- John ! On ne peut vraiment pas compter sur toi !

oOoOoOo

Certes, la maison avait toujours triste mine mais tant qu'elle tenait debout, il n'y avait pas de raison de se plaindre, si ? Planqué derrière son journal, John risqua un regard vers son épouse et s'étonna de la voir plantée derrière la fenêtre comme si elle voyait à l'extérieur un spectacle captivant.

- Chérie ?

- Ce que la lune est belle ce soir ! s'exclama la jeune femme subjuguée. Remus, viens voir !

Lové dans un fauteuil, celui-ci se détourna de l'album qu'il lisait et se hâta de rejoindre sa mère. À son tour, il resta bouche bée devant la magnificence du spectacle. La lune était immense et si lumineuse que l'on voyait parfaitement sans le secours de l'allumage électrique. Pendant quelques secondes, la mère et le fils demeurèrent hypnotisés par l'étoile céleste.

- Dis maman, pourquoi la lune n'est pas toujours pleine ?

Lisa grimaça une fraction de seconde car elle se demanda comment donner un cours d'astronomie à un enfant de six ans et demi. Estimant que son fils était suffisamment intelligent pour comprendre cependant, elle essaya de lui parler du mouvement des planètes dans l'univers avant de conclure qu'elle allait lui acheter un livre sur le sujet si cela le passionnait tant.

Alors que Remus se réjouissait par avance, John émergea lentement de son journal, le teint soudain blême. La mention de la pleine lune lui rappela inexorablement les menaces de Fenrir Greyback deux jours auparavant. Il s'était évidemment gardé d'en faire part à sa femme. D'ailleurs à dire vrai, l'incident lui était sorti de la tête à l'instant où il était arrivé à Little Willow. Si les deux êtres de sa vie ne s'étaient pas retrouvés tout à coup fascinés par la beauté de la pleine lune, sans doute ne s'en serait-il pas souvenu avant son retour au bureau.

Allez ce n'est pas parce que c'est la pleine lune qu'il va forcément se passer…

Un hurlement de loup en provenance de la forêt retentit tout à coup dans le silence de la nuit avec une telle force qu'instinctivement, Lisa et Remus esquissèrent un pas de recul en échangeant un regard inquiet.

- Il y a des loups dans la forêt ? s'étonna le petit garçon.

- Pas à ma connaissance, avoua Lisa qui ne paraissait pas moins surprise.

Elle se tourna vers son mari et écarquilla les yeux à la fois inquiète et stupéfaite car jamais elle ne lui avait connu un visage si livide.

- John, est-ce que ça va ?

La réponse était évidemment négative mais il préféra ne pas l'affoler, encore moins son fils en confessant ses craintes. Il repoussa le journal et afficha sur son visage une mine résolue avant de se tourner vers les siens.

- Emmène le petit au lit, ordonna John d'un ton sans réplique.

L'épouse et l'enfant s'exécutèrent sans un mot. John avait voulu montrer une certaine assurance mais tous deux n'étaient pas dupes.

- Pourquoi papa a l'air si effrayé tout à coup ? questionna Remus pendant que sa mère le bordait.

Lisa, qui n'en savait pas plus que le petit garçon, tenta de chasser ses inquiétudes du mieux qu'elle pût mais elle-même n'était pas tranquille. Le brusque changement d'humeur de son mari était tout à fait inhabituel. Après avoir embrassé rapidement son fils, elle se hâta de redescendre au rez-de-chaussée pour interroger son époux.

Cependant Remus ne s'était pas laissé bercer par les paroles faussement rassurantes de sa mère. Il avait bien senti que quelque chose d'anormal était en train de se produire dans la maison. Trop curieux, pour rester planqué sous ses couvertures à faire mine de ne pas se demander quel était le problème, il se faufila discrètement hors de la chambre et rampa à quatre pattes jusqu'au sommet de l'escalier d'où il espionna ce que se disaient ses parents.

- Tu vas me dire ce qui t'inquiète à ce point ? demanda Lisa avec fermeté.

En peu de temps, John était passé de l'indifférence royale vis-à-vis des loups-garous à une véritable panique. Il ne savait que trop bien ce que signifiait le hurlement du loup et se sentit incroyablement stupide d'avoir osé défier un loup-garou juste avant la pleine lune. D'ailleurs n'était-ce pas idiot de défier un loup-garou tout court, pleine lune ou non ? Les mises en garde de Burrus, les regards effarés de ses collègues pendant la réunion juste après que Greyback fut évacué. Et lui qui s'était entêté à jouer la carte de la désinvolture. Vraiment, ça méritait un zéro pointé ! Pour expier sa faute, le moins qu'il pût faire était encore d'avouer la vérité à sa femme.

- Il y a deux jours, j'ai eu une altercation au bureau, résuma John d'une voix à peine plus élevée qu'un murmure. C'était sérieux… bien plus que je ne l'imaginais sur le moment. J'ai peur qu'il y ait des représailles… ce soir.

- Quoi ? fit Lisa dans un souffle.

- Tu as parfaitement compris, Lisa, murmura l'homme en la considérant de ses grands yeux effarouchés. On va probablement avoir de la visite.

La jeune femme eut une expression épouvantée. Lorsqu'elle vit de surcroît son mari sortir sa baguette magique, cet instrument dont il n'usait qu'en cas d'absolue nécessité pour ne pas prendre le risque d'attirer l'attention des voisins, elle comprit alors quelles seraient les intentions des visiteurs présumés et étouffa un cri de panique entre ses mains.

- Ne reste pas là, conseilla instamment John. Monte te réfugier à l'étage ! Je vais accueillir notre éventuel visiteur.

Mais la jeune femme ne semblait pas du tout décidée à abandonner son époux dans un moment critique. Elle se tenait figée au milieu du salon, pâle comme la mort.

- Mon Dieu, John, bredouilla-t-elle faiblement. Qu'est-ce que tu as fait ?

Il reçut cette interrogation comme une gifle. La venue inopinée de leur assaillant coupa court à cette conversation. La porte d'entrée vola tout à coup en éclats pour laisser entrer un loup si gigantesque qu'à première vue, on aurait pu aisément le prendre pour un ours. Pourtant c'était bien un loup. Lisa poussa un cri strident et faillit s'évanouir de frayeur. John, lui, ne cria pas mais il sentit également la terreur l'envahir, pas assez néanmoins pour le paralyser. Instinctivement, le sorcier leva sa baguette et hurla :

- Stupéfix !

Le sortilège rebondit sur le monstre sans l'assommer. Étrangement, la vue de l'éclair magique, qui d'ordinaire inquiétait un peu la jeune moldue, lui rendit cette fois tout son courage. Tout allait bien se passer : son mari était un puissant sorcier. Il aurait vite fait de transformer cette horrible bête en scarabée ou autre créature inoffensive. Forte de cette idée, elle retrouva assez de vigueur pour courir se réfugier à l'étage.

À cet instant, Remus craignit d'être repéré par sa mère ou par le monstre et se traîna à la vitesse de l'éclair jusqu'à sa chambre avec la ferme intention de se planquer sous le lit. Il entendit les bruits de lutte au rez-de-chaussée mais ne vit plus ce qui se passait, d'ailleurs il n'eut pas le temps de se poser la question. À peine atteignit-il sa porte qu'il entendit les grosses griffes du loup racler le bois des marches.

La créature montait à l'étage. Remus n'eut alors aucun doute : elle vient me trouver. Il se rua dans la chambre et verrouilla la porte derrière lui. Il se douta toutefois que cette barricade ne le protégerait guère. Il avait bien vu comment la porte d'entrée bardée de sortilèges de protection avait été brisée en morceaux comme une allumette.

Lorsqu'il vit la porte trembler sous le poids de la bête qui tentait de la faire céder, Remus sentit son cœur cogner si fort qu'il n'aurait pas été surpris de le voir s'échapper de sa cage thoracique. Il va me dévorer, se dit le petit garçon avec une horrible certitude. Il va entrer et je ne pourrai plus lui échapper. À moins que…

Remus avait toujours été un enfant sage, calme et posé, plus enclin à passer ses journées dans les livres, les puzzles et les coloriages qu'à jouer dehors au gendarme et au voleur ou à toutes sortes de jeux d'action. Néanmoins, il avait en lui une grande part de courage et d'intrépidité, toujours prêtes à se manifester au moment propice. Lorsqu'il aperçut la fenêtre de sa chambre, il n'hésita pas une seconde. C'était sa seule chance.

Il se percha sur le rebord et se laissa glisser le long de la gouttière, sans regarder le vide quelques mètres en-dessous de lui. L'heure n'était pas au vertige. Un loup géant était en train de ravager sa chambre ni plus, ni moins.

Quand il eut atterri dans l'herbe plus ou moins maladroitement, il ne perdit pas de temps à regarder si le loup était à la fenêtre et se mit à courir comme une flèche. Il galopa au hasard aussi vite qu'il le pût et pénétra sans en avoir bien conscience dans la forêt qui bordait le village. C'était sans doute une vraie folie mais sur le moment, cela sembla à Remus la seule chose à faire : la forêt regorgeait de cachettes potentielles contrairement à l'artère principale qui parcourait Little Willow.

Remus n'aurait su dire combien de temps il courut à cette allure considérable. Après une durée qui lui sembla interminable, il se retrouva à bout de souffle et dans l'incapacité de faire un pas de plus. Alors il regarda autour de lui et réalisa qu'il se trouvait au fin fond de la forêt ténébreuse au beau milieu de la nuit. Il avait peut-être échappé au loup mais il était à présent complètement perdu.

Du moins, il s'imagina, à ce stade de la course, avoir échappé à son poursuivant mais il se leurrait. Le loup l'avait vu s'enfuir vers la forêt et l'avait suivi de loin. Traquer un petit enfant apeuré dans les bois était pour l'animal d'une facilité presque ridicule. Il entendait sa respiration saccadée à des centaines de mètres, flairait l'odeur de la peur. Avec ses immenses pattes, il pouvait rattraper sa proie en quelques secondes. Alors il ne put résister au plaisir de s'amuser un peu et fit durer la partie de chasse en laissant croire au petit garçon qu'il était parvenu à se mettre hors de portée.

Le loup attendit que l'enfant eût cessé de courir pour le rejoindre. Il s'approcha lentement, à pas de loups comme on dit, désireux de surprendre sa proie au moment fatal. Et la grande rencontre fut plus savoureuse encore qu'il ne l'avait espérée. Lorsque le loup surgit de l'ombre, la gueule béante et les griffes dehors, Remus poussa un hurlement de terreur à s'en déchirer les cordes vocales tant il ne s'attendait pas à ce que le monstre se trouvât si près de lui. Par miracle, il resta conscient mais sa tête lui tourna dangereusement, preuve qu'il était passé très près de s'évanouir de frayeur.

Dans un sursaut de désespoir, l'enfant voulut reprendre sa course mais toute résistance était désormais inutile. Las de jouer, le loup se rua sur sa proie et ses crocs se refermèrent sur la jambe du petit garçon. Celui-ci poussa un nouveau cri mais cette fois de douleur. Des larmes brûlantes affluèrent aussitôt et inondèrent son visage. Il n'avait jamais rien ressenti de tel. La souffrance était insoutenable. Par pitié, faîtes que ça cesse !

Et d'un seul coup, tout cessa. Remus sombra dans le néant.


Eh oui, un grand classique : la fameuse nuit où Remus a été mordu. Je n'ai pas proposé quelque chose de très novateur, c'est vrai, mais j'espère que vous avez passé un bon moment à lire ce chapitre.

La semaine prochaine : réaction à chaud des parents. Je vous laisse imaginer comment va réagir John ^^.

Merci beaucoup d'avoir lu. N'oubliez pas l'auteur !