Si nous devions marquer sur notre front le mot qui nous définit le mieux, le mien serait "Brisée". Je sais que ce n'avaient été que quelques phrases, mais putain elles m'avaient tué.

"J'ai pas envie de connaître tes problèmes Jane. Je ne veux plus te voir. Tu es morte pour moi."

Les yeux encore clos, je touche du bout des doigts ma cuisse. Je me rappelle de la souffrance ainsi que du bien-être que je ressentais dans tout mon corps. Elles étaient peu mais remontaient le long de ma cuisse.

Mais à chaque fois que je le faisais, j'entendais une voix dans ma tête me dire :

Arrête Jane, qu'est-ce qu'il dirait s'il voyait ça ?

J'ai donc arrêté il y a de cela un mois.

Ma main se pose automatiquement sur mes yeux tandis qu'avec l'autre, j'éteints mon réveil que j'avais laissé, espérant secrètement avoir la force de me lever aujourd'hui. Il pleut de toute façon.

Il ne veut plus me voir ? Très bien, alors je resterai chez moi. Même si en faisant ça, je lui donne justement de l'importance.

Mais je ne peux le nier. Il était ce qui me permettait de me relever, ce qui me permettait de rester en vie. Il était le bâton sur lequel je me reposais et qui un jour, a disparu comme un enfant qui écrase un insecte. D'un coup.

De toute mes forces, j'essaie de me rendormir, en vain. A croire que la malchance me suivra jusqu'à la fin de ma vie.

J'étire mon corps et me lève, toute engourdie. Je passe par la salle de bain pour me débarbouiller et me regarde dans le miroir. Mon pyjama se constituant d'un simple pull gris beaucoup trop grand pour moi m'arrivant à mi-cuisse. Il laisse apercevoir quelques cicatrices et mon visage se tord en une expression de dégoût lorsque je le relève jusqu'en haut de ma cuisse.

Bordel, il y en a beaucoup.

Avec une lenteur exaspérante, je traîne ma carcasse dans la cuisine. Que vais-je dire aux autres quant à mon absence ? Au pire, je dirais que j'ai oublié de mettre mon réveil.

Après tout, qui pourrait penser le contraire ? Je vis seule.

Mon coeur fut pris d'un pincement désagréable. Cela fait bien sept mois et pourtant, ça fait toujours aussi mal.

Je me fais des gaufres et m'affale sur mon canapé, assiette et cuillère en main. J'allume la télé et regarde South Park en dégustant mon petit-déjeuner pour faire passer le temps.

Désespérant.

[...]

Le lendemain, je suis arrivée au lycée et quelle était ma surprise quand j'avais vu Kentin avec mon groupe d'amis. Apparemment, ils avaient fait ami-ami le jour d'avant. Super ! C'est maintenant que je regrette de ne pas être venue.

Plusieurs jours sont passés et nous ne nous sommes pas reparlés. C'est une sensation horrible de le voir lui alors qu'il n'y a même pas un an, nous n'arrivions pas à nous quitter. Il reste avec nous, s'assoit même à côté de moi au sol mais m'ignore.

Je me laisse tomber contre le mur en béton du toit. Depuis mon arrivée dans ce lycée, j'ai pris l'habitude de me poser ici et de... rêver. Regarder l'horizon pendant une heure ou deux et ensuite partir.

Mais aujourd'hui, la porte s'ouvre dans un grand fracas. Je fronce les sourcils et tourne la tête vers mon perturbateur. Mes yeux s'écarquillent quand je découvre un Nathaniel avec la chemise déboutonnée et la cravate de travers s'asseoir à ma gauche.

Nous restons un moment en silence avant qu'il ne prenne une grande inspiration et ne lâche d'une traite.

- Tu vas bien Jane ? Ne me dit pas que si parce que je vois très bien ton état en ce moment. Tu as le teint pâle, de légers cernes sous les yeux et tu regardes toujours dans le vide. Ce n'est pas normal ça !

Je cligne des yeux plusieurs fois avant de lâcher un petit rire, caché derrière ma main. Nate fronce les sourcils et me fixe en m'interrogeant du regard.

- Rien, ça fait juste plaisir de savoir que tu te préoccupes autant de moi...

Il me sourit et pose sa main pardessus la mienne. Je sursaute et enlève ma main de ma cuisse pour entrelacer nos doigts. Je ne veux absolument pas qu'il apprenne pour mes cicatrices.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Demande-t-il.

- Je... Je regarde le ciel, j'avoue un peu honteuse.

- Tu as dit un jour aimer l'astronomie. Ce n'est pas mieux de voir les étoiles la nuit ?

J'acquiesce sans répondre. En effet, l'astronomie est ma passion et Kentin et moi regardions souvent le ciel à la nuit tombée. J'ai tout arrêté lorsqu'il m'a lâchement abandonné.

Ce connard...

- Tu sais... tu peux m'en parler. Je sais que Kentin y joue un rôle.

Je déglutis péniblement. Non, je ne dois pas. Plus jamais. Je ferme les yeux mais ça ne m'aide pas du tout. Je revois tous nos bons moments, les nuits blanches durant lesquelles on observait le ciel étoilé.

Je sens une larme couler sur ma joue. Puis une deuxième. Et une troisième. Et pleins d'autres suivent. Je cache mon visage avec mes mains et Nate me prend dans ses bras, laissant poser ma tête sur son épaule. Il me chuchote des mots doux à l'oreille en me recommandant de continuer à pleurer pour tout faire sortir.

Mais pourtant, je sais que plus je pleurerai, plus ce trou dans ma poitrine grandira jusqu'à envahir mon corps entier. C'est pour cela que je m'arrête rapidement et sèche mes larmes.

- Ta chemise est trempée... je ris.

Il m'offre un sourire rassurant et secoue la tête, signe de négation. Je passe ma langue sur mes lèvres et touche ma cuisse du bout des doigts. Encore une blessure qui ne partira jamais...

Je m'enlève de ses bras et m'adosse contre le mur. Un silence confortable s'installe entre nous, coupé par quelques reniflements de ma part.

- Tu peux me raconter tu sais.

J'hausse les épaules. Je n'en ai parlé à personne et je ne suis pas encore sure d'être prête. Ces épreuves m'ont littéralement détruite et le pire c'est qu'il n'a même pas été là. Il a juste fuit, comme tous les autres.

- Tu sais, je comprends que...

Stop. Tu parles beaucoup regarde sa bouche bouger et me surprends à me demander si elles étaient douces. Il est vraiment en train de faire un monologue là ? Mes iris remontent doucement jusqu'à ses yeux miels. Il a des pigments verts, c'est joli. C'est sur que ça change de mes prunelles noisettes.

Il faut que je le fasse taire. Ah, trouvé ! Je m'approche doucement de lui et pose mes lèvres sur les siennes. Elles sont toutes douces, comme je l'imaginais. Il sursaute mais très vite, porte ses mains sur ma taille pour nous rapprocher.

Je ne sais pas si ce que je fais est bien, mais au moins ça me fait l 'oublier.