Je crois en l'amour.
Disclaimer: voir chapitre1.
Reviews:
- snapye: oui, c'est une bon UA. Il garde les personnages comme on les connaît tous, et ce n'est pas plus mal ; sa companion-piece ( « Face à face ») est pareille, et sa suite aussi. Pour cette fic, je n'ai que le chapitre 2 qui est traduit pour l'instant.
- crystal d'avalon: merci. Mais c'est surtout l'auteure originale qu'il faut complimenter. Pour la suite, ça risque de prendre un peu de temps parce que je n'en suis qu'au chapitre 3 dans la traduction.
- jenni944: merci. Ça vient.
- crystal yuy: voilà. J'espère que ça te plaira.
- petite grenouille: tout à fait d'accord avec toi (mais d'un autre côté, ça n'aurait aucun charme si tout allait bien, non ?).
- Alinemcb54: ça vient .Il y a encore 9 chapitres à venir en plus de celui que tu es en train de lire). Sans compter la séquelle…
Chapitre2.
Mes yeux s'ouvrirent en grand quand les paroles quittèrent la bouche de Severus, et j'eus un pincement au cœur. Trop beau pour être vrai, comme tout le reste semblait l'être aussi. Comme Draco l'était, comme tous mes rêves l'étaient. Je grimaçai et tournai mon regard vers le sol.
- Bien, tu ne peux pas faire ça. Je vois, parvins-je à articuler.
Alors c'était ça, ou plutôt ça ne l'était pas. J'eus soudain un désir irrationnel de retourner à l'appartement de Draco et d'implorer son pardon. Avec lui, je savais où j'allais. Je savais qu'il me laisserait revenir, avec les supplications appropriées et une punition. Au moins il m'aurait. Au moins Draco ne se préoccupait pas de qui mes parents pouvaient bien être et de ces rivalités insignifiantes.
- Je…heu…je devrais y aller, dis-je doucement avant de me lever.
- Y aller ? fit Severus soudainement, d'un ton calme mais choqué.
Je hochai la tête.
- Je…je ne vais pas rentrer là-bas maintenant, pas si toi et moi ne pouvons pas, pas si mon père peut aussi contrôler cette partie de ma vie, crachai-je. Je…je veux dire, je suis sûr que Draco voudra bien que je revienne et…
Ma parole fut coupée quand Severus m'agrippa durement le bras.
- Tu ne retourneras pas chez Draco, siffla-t-il en se levant et en me faisant face.
Je déglutis péniblement et me forçai à le regarder dans les yeux. C'est vrai, je ne le connaissais que depuis deux petits jours, mais en ces deux petits jours il m'avait donné une chose dangereuse. L'espoir. L'espoir de croire en ces histoires d'amour stupides que j'écrivais et que je lisais. L'espoir qu'il y avait plus d'amour que de sexe, de disputes, de supplications et de pleurs.
Severus m'avait dit des choses merveilleuses, m'avait presque fait sentir que je méritais mieux que Draco. Mais…mais Severus avait aussi désiré s'éloigner de moi parce qu'il haïssait mon père.
Écartant mon bras de lui, je secouai la tête.
- Tu ne peux pas me dire ça, Severus. Je ne rentre pas à la maison pour laisser mon père me dicter ce que je peux faire ou pas. Je ne veux pas vivre sous sa coupe une nouvelle fois.
Severus se passa la main dans les cheveux et soupira.
- Harry, je pensais que tu aimais tes parents.
- C'est le cas, me défendis-je, presque en colère. Je les aime, mais ça ne veut pas dire que c'est facile de vivre avec eux.
- Tu les aimes tellement que tu vas retourner vivre chez Draco et l'autoriser à te traiter comme il le fait ?
Je tressaillis à ces mots et baissai les yeux vers le sol.
- Qu'y a-t-il d'autre, Severus ? Son contrôle ou le leur ? Ou quelqu'un d'autre qui va peut-être arriver ? Quelle est la foutue différence ?
D'habitude, je n'étais pas si mélodramatique et maussade, mais le désespoir glissait sur moi et j'étais en train de tomber dedans, bien plus vite que je ne l'avais jamais fait.
Severus poussa un autre soupir presque désespéré puis, toujours très lentement, étendit son bras et mêla ses doigts aux miens.
- Il y a plus, Harry. Bien plus.
- C'est ce que tu dis, essayai-je de le casser, même si les mots n'étaient que des murmures. Toujours est-il que tu ne tenteras rien avec moi, juste parce que je suis un foutu Potter.
La main de Severus se convulsa dans la mienne puis, lentement, il me rapprocha de lui.
- J'ai agi de façon irrationnelle. C'était le choc, Harry, et je suis désolé.
J'allais ouvrir la bouche pour répondre quand une voix forte annonça qu'il était temps d'embarquer à bord de l'avion.
- Ne retourne pas chez Draco, fit Severus avec des yeux presque suppliants.
- Ne me donne pas un espoir pour ensuite me le reprendre, Severus, rétorquai-je.
Severus inclina la tête, frotta son pouce sur mes articulations et s'approcha de moi pour m'étreindre.
- Un point pour toi, dit-il par-dessus ma tête. Reviens en Angleterre avec moi, et nous ferons en sorte que ça fonctionne.
J'hésitai et regardai le visage de Severus.
- Tu le veux, honnêtement?
Severus roula des yeux et serra légèrement mon épaule.
- Je le veux. Même si je ne peux pas promettre que ce sera facile.
Ce fut malgré tout suffisant pour moi, et je hochai la tête.
- Très bien. Nous parlerons dans l'avion.
Severus laissa échapper un vif soupir et glissa ses doigts dans mes cheveux presque par réflexe.
- Dieu ce que tu peux être borné.
Je ne pus m'empêcher de lancer un large sourire à ça.
- Oui, je sais.
Tout juste quelques instants plus tard, Severus et moi prîmes place à bord du petit avion. Ce n'était pas un vol tout à fait plein, heureusement, et Severus fut suffisamment gentil pour me donner le siège proche de la fenêtre. Nous glissâmes rapidement nos affaires sous nos sièges et nous assîmes, attendant que l'avion se mette à rouler.
- Tu veux parler maintenant ? me risquai-je alors que nous attendions que tout commence.
Severus secoua la tête.
- Je…heu…je ne suis pas fan de vol, et je préférerais attendre que nous en ayons fini avec les aléas du décollage.
Son visage avait un peu pâli et il se cramponnait si fort au bras de son siège que ses articulations étaient blanches.
Je gloussai un peu et mis ma main sur la sienne.
- Tu sais qu'il est très improbable qu'il arrive quelque chose à l'avion.
- Oui, c'est vrai, et je préférerais ne pas penser à de telles choses. Veux-tu me faire une faveur et te la fermer jusqu'à ce que nous ayons décollé ?
Son ton était glacial et impatient, mais il me fit rire. Détournant la tête pour cacher mon sourire, je regardai par le hublot alors que les contrôleurs de piste préparaient l'appareil. Quelques instants plus tard, la voix du pilote sortit de l'interphone et il commença à parler en Français rapide. Une fois que les instructions furent données, l'avion commença à rouler le long de la piste.
La main de Severus tressauta et il mêla étroitement ses doigts aux miens. Quand je risquai un regard vers lui, ses yeux étaient étroitement fermés et il était en train d'inspirer et d'expirer lentement par la bouche. Sa main agrippant la mienne tremblait légèrement et son autre main était serrée dans le tissu de son manteau.
C'était presque comique, et je dus me mordre l'intérieur de la joue pour ne pas rire. Il ne fallut pas longtemps avant que l'avion ne prenne de la vitesse et quand il quitta le sol, Severus eut un halètement que je ne pus entendre dans le rugissement de l'appareil. Je souris légèrement quand l'avion plongea quelques fois alors qu'il gagnait de l'altitude et que les doigts de Severus agrippèrent les miens encore plus étroitement.
Finalement, l'avion passa par-dessus les nuages avant de se mettre à leur hauteur. Le rugissement des moteurs était toujours fort, mais il s'était un peu calmé. Severus lâcha lentement ma main et s'éclaircit la voix.
- C'est mieux maintenant, dit-il.
J'éclatai de rire et me mis la main devant la bouche.
- Désolé, soufflai-je. Je ne voulais pas rire…mais…mais…c'est si drôle de te voir si…effrayé.
Severus renifla légèrement, mais je pus voir que les coins de sa bouche se convulsaient.
- Ravi de voir que ma peur irrationnelle t'amuse.
Je m'éclaircis la voix plus fort et tentai de me calmer.
- Je suis désolé, Severus. Mais je dois l'admettre, ça fait du bien de rire comme ça…particulièrement après…heu…ce qui s'est passé avant.
La lueur amusée présente dans ses yeux noirs s'effaça et sa bouche se crispa un peu plus.
- Nous avons besoin d'en discuter, Harry.
Je soupirai et hochai la tête.
- Je ne vais pas laisser mon père ou mon parrain s'immiscer entre nous, Severus. Je ne suis pas assez stupide pour faire la même erreur deux fois.
Le front de Severus se fronça.
- Tu as pourtant failli retourner auprès de Draco quand je t'ai dit que ça ne marcherait pas entre nous.
- Parce que Draco m'aurait repris, me défendis-je. Severus, ne vois-tu pas que si je retourne là-bas sans rien qui me conduise à m'éloigner de mes parents, je retomberai dans le même vide que celui où je me trouvais avant ? Je ne le veux pas. Je ne veux pas revivre ça encore une fois.
- Dis-moi ce qui ne va pas avec eux, me pressa-t-il. James était vraiment un salaud quand il était adolescent, mais je suis sûr qu'il a mûri un peu.
- Un peu, marmonnai-je. Bien qu'il n'ait jamais cessé de vivre indirectement à travers moi ou mon frère.
Severus tendit le bras, hésita et puis passa ses doigts dans mes cheveux.
- Je ne crois pas que l'animosité qu'il y avait entre ton père et moi ait disparu, Harry. Pas de mon côté, et si je connais bien ton père, je peux affirmer sans me tromper qu'elle n'a pas disparu chez lui non plus.
- Que s'est-il passé entre vous ? me risquai-je.
Maintenant que je savais qui était Severus, le nom était vaguement familier et je me rappelai les quelques fois où Sirius et mon père l'avaient mentionné. Évidemment, Severus ne ressemblait pas vraiment au portrait qu'ils en avaient fait, mais bien sûr le point de vue de Sirius et de mon père sur les gens était légèrement déformé.
- Nous sommes allés à l'école ensemble, dit lentement Severus. Nous ne nous sommes jamais vraiment entendus et j'admets que c'est dû en grande partie à la jalousie de ma part. La bande d'amis de ton père était la plus cool de toutes, et j'étais l'enfant maigre, graisseux, abusé qui était toujours plongé dans les livres et dans mes esquisses.
- Tes esquisses ? demandai-je.
Je réalisai alors combien peu je connaissais l'homme. Je ne savais même pas ce qu'il faisait pour vivre.
- Oui, je suis artiste, bien que je n'en aie pas beaucoup vendues.
- Peu importe, fis-je, le pressant de continuer.
- Bien…ton père et moi avons développé une sorte de rivalité. C'est devenu fameux dans l'école, nous nous disputions dans les couloirs ou dans le parc. Finalement, j'ai tenté de faire renvoyer ton père. Lui, Black et Lupin s'esquivaient toujours furtivement après le couvre-feu et je les suivais. Sirius n'a pas bien pris le fait que je les suive et il a tenté de m'attirer dans la forêt où se trouvait une grande carrière. La carrière était très dangereuse, parce qu'il y avait beaucoup d'éboulements. Black savait exactement où se tenir pour ne pas être atteint par les rochers et il a essayé de…et bien sur le moment j'ai pensé qu'il avait essayé de me tuer, mais peut-être n'a-t-il simplement pas compris qu'un acte comme celui-ci avait des conséquences. « Severus s'arrêta et inspira.» Quoi qu'il en soit, j'ai été suffisamment idiot pour poursuivre Black et heureusement James, cette fois-ci, a sorti la tête de son cul pour se rendre compte que ce que Black s'apprêtait à faire était dangereux. Alors que les rochers me touchaient, James est parvenu à me tirer de là et j'ai survécu avec une jambe brisée et une vertèbre fracturée. J'ai guéri, ils ont été punis mais pas sévèrement, et je les hais encore plus pour ça.
J'enregistrai l'histoire de Severus et sentis une étrange boule dans la poitrine. J'étais habitué à ce que mon père se conduise comme un imbécile, et j'avais encore plus l'habitude de voir Sirius se conduire comme un imbécile mais…la pensée de les imaginer en train de faire tout ça à Severus fit naître en moi une émotion étrange et tout autre.
- Sirius…, fis-je avant de m'éclaircir la voix. Ça ne me surprend pas. Il s'arrangeait pour nous encourager dans cette voie, mon frère et moi, quand nous avions cet âge. Je crois qu'il était content quand je me suis disputé avec Draco à l'école. Mais bien que Draco et moi ayons eu l'habitude de nous mettre des raclées, nous ne sommes jamais allés aussi loin.
Severus soupira et se massa les tempes.
- Nous ne nous sommes jamais donné la peine de régler nos problèmes, et je n'en avais pas le désir, pas avec eux. Comprends-tu ce à quoi je faisais allusion quand je dis que c'est une grosse complication pour nous ?
Je dus admettre que oui, ce serait plus qu'une complication. Ce serait un refus pur et simple de leur part d'accepter Severus. Je subirais encore l'ostracisme de ma famille. C'était au-delà de l'injustice.
- Je m'en moque », dis-je finalement. Ce n'était pas entièrement vrai, mais je voulais être avec Severus plus que je ne voulais être avec eux. » Je me moque de ce qu'ils pensent de toi. Tu es le seul qui se soir donné la peine de m'aider avec Draco quand j'en avais besoin. Tout ce qu'ils faisaient, c'était de me dire que j'avais été un imbécile et combien j'avais été idiot de penser qu'il pourrait être bon pour moi. Je déteste juste qu'ils aient eu raison.
Severus me regarda pendant un moment avec une expression indéchiffrable. Puis, après avoir jeté un coup d'œil autour pour s'assurer que personne ne regardait, il se pencha vers moi et pressa un baiser sur ma bouche. Il était chaste mais rassurant.
- Harry, je promets de faire en sorte que leur présence ne me fasse pas perdre de vue ce que toi et moi pourrions avoir.
Je frissonnai un peu et autorisai Severus à tracer des lignes sur ma paume du bout de ses doigts. Me calant dans mon siège, je fermai les yeux et laissai échapper un long souffle lent.
- Tout est toujours si compliqué. J'ai l'impression d'être comme un enfant.
- Tu es encore jeune, commenta-t-il. Mais tu as déjà traversé pas mal de choses. Je pense que tu as besoin d'un peu de temps pour savoir exactement qui tu es et ce que tu veux.
Je resserrai mes doigts autour des siens et le regardai d'un air sérieux.
- Je sais que je veux ça. Je sais que ça paraît stupide parce que nous n'avons pas passé beaucoup de temps ensemble. Mais…pourtant je sais que je le veux.
- C'est un désir immédiat, Harry. Tu dois décider ce que tu veux faire de ta vie.
C'était vrai, et je n'en étais pas certain.
- Et toi? Que feras-tu quand tu seras rentré ?
- Retourner enseigner, dit-il dans un haussement d'épaules. J'ai été à Cambridge, et j'y ai enseigné un cours d'Histoire de l'Art avant de partir pour la Normandie. J'ai décidé de démissionner parce que j'étais prêt à rentrer chez moi. J'ai un petit cottage sur la côte et ça fait trop longtemps que je n'y suis pas retourné.
Je lui souris doucement.
- Et bien moi je pense que je désire terminer mes études, et peut-être tenter de faire publier quelque chose. Je ne suis pas certain de ce que je ferai si je ne peux pas le faire, mais je suis sûr que je penserai à quelque chose.
Severus retomba dans le silence tout comme moi et tandis que le vol se poursuivait, nous restâmes assis, nos doigts se caressant mutuellement. Mon regard était fixé sur l'extérieur, sur les nuages par-dessus lesquels nous étions en train de voler, et je ressentis un moment d'étrange sérénité, avec Severus qui me touchait juste avec désinvolture. C'était une sensation si étrange pour moi, si inhabituelle d'être simplement serein et à l'aise, et j'étais désespéré de parvenir à garder une prise dessus.
Mais elle n'était pas faite pour durer, parce que finalement l'avion commença à descendre. Alors que nous traversions les nuages, je pus voir le pays morne et sombre que je n'avais plus revu depuis un an. La vue me donna des papillons dans l'estomac et je fermai le store sur le hublot. Quand je regardai Severus, je vis ses yeux noirs intenses fixés sur mon visage.
- Tu es un peu pâlot, fit-il si doucement que je parvins à peine à l'entendre.
Je déglutis péniblement et hochai la tête.
- Nerveux.
Ce que j'étais, mais si la vérité devait être dite, j'étais en réalité terrifié. Quand mon père me verrait sortir avec Severus…
Mes pensées errèrent un moment et je haussai les épaules. Severus tendit le bras et me prit la main, déposant un baiser qui m'apporta du réconfort sur ma paume.
- Merci, chuchotai-je.
Il hocha la tête et passa son pouce sur mes articulations.
- Ça ne sera pas facile…Je me sens…facilement provoqué quand ça vient de ton père et de Black. Ou du moins je l'étais quand j'étais jeune et j'ose dire que mon caractère n'a pas radicalement changé. Mais je ferai de mon mieux pour ne pas te peiner, Harry.
J'inclinai faiblement la tête et me tournai pour le regarder complètement.
- Severus, simplement…rappelle-toi simplement que dans tout ça, je suis de ton côté.
Severus cligna des yeux pendant un moment, une lueur de surprise derrière ses yeux voilés. Finalement, il hocha la tête et m'honora de ce que je jugeais être un de ses rares sourires.
- Alors je n'ai pas à m'inquiéter.
- Non, tu n'as pas à le faire.
Et je le pensais. Il n'y avait rien que mon père puisse faire pour me faire changer d'avis sur ma façon de voir Severus.
Alors que l'avion atterrit, Severus garda ma main serrée, ses yeux une nouvelle fois fermés. Une fois que l'avion eut ralenti et stoppé, il laissa échapper un souffle lent et se renfrogna à mes ricanements.
- C'est pas drôle, gronda-t-il.
Je répondis simplement par un rapide baiser sur sa bouche et me levai pour rassembler nos affaires. Je savais que c'était l'instant de vérité. Mon père serait là à m'attendre, et je pensai que ma mère, Sirius et Remus seraient là aussi. Je ne serai pas surpris aussi si mon frère daignait se donner la peine de se joindre à eux pour m'accueillir.
Les paumes en sueur, je pris la main de Severus et nous sortîmes ensemble de l'avion. Nous restâmes tendus et silencieux alors que nous allions récupérer nos bagages. Je savais que mon père m'attendrait à l'extérieur, et je me tournai vers Severus avant que nous ne nous dirigions vers la sortie.
- Prêt ? chuchotai-je.
Severus hocha la tête avant de se pencher et de capturer mes lèvres dans un baiser brûlant. Je haletai un peu tandis qu'il glissait ses doigts dans mes cheveux et me tenait plus étroitement contre lui.
- Nous valons la peine de nous battre pour ça, dit-il fermement.
Sa voix coula sur moi comme un vent chaud et je fermai les yeux, savourant ce moment.
- Oui, nous le valons, parvins-je à dire.
- Alors allons-y, dit-il en me relâchant lentement.
M'éclaircissant la voix, j'ignorai les gens qui s'étaient arrêtés pour nous regarder et continuai à avancer avec Severus me suivant quelques pas derrière. Je pensai pendant un moment l'avoir oublié derrière, mais je réalisai qu'il était en train de donner une chance à ma famille de me voir d'abord en premier. Et soudain je l'adorai pour ça.
Ça faisait longtemps et malgré les disputes au sujet de Draco, ils m'avaient manqué. Alors que nous sortions dehors dans le temps venteux et glacial, je remarquai mon père et Sirius appuyés contre le mur du bâtiment.
Sirius fut le premier à me remarquer, et il écrasa rapidement son mégot avant de se ruer vers moi, mon père suivant rapidement. Ils avaient exactement la même allure, Sirius dans son jean et sa veste noirs, ses longues mèches noirs rejetées en arrière et retenues par une boucle. Il avait un peu plus de barbe que quand je l'avais vu la dernière fois, mais il avait toujours l'air un peu débraillé pour moi, de toute façon.
Mon père aussi n'avait pas changé, ses cheveux indisciplinés volant au vent. Il portait son pantalon habituel et sa chemise sans manches sous son manteau, et son visage affichait une expression de surprise. Il ne leur fallut que quelques instants pour parvenir jusqu'à moi et avant que j'aie pu réagir de façon appropriée, mes sacs heurtèrent le sol et je fus enveloppé dans une double étreinte.
- Tu nous as manqué, dit mon père, sa voix assourdie par le bras de Sirius. Comment était le vol ?
Je reculai et leur lançai à chacun un sourire penaud.
- C'était confortable…tranquille, enfin…vous savez.
Sirius sourit et tendit le bras pour ébouriffer mes cheveux.
- Content que tu ailles bien.
- Ouais, fis-je, et je lançai un coup d'œil derrière moi vers l'endroit où Severus se tenait, regardant avec une expression très prudente.
Mon père, qui était en train de s'agiter avec mes bagages, ne remarqua pas mon regard, mais Sirius le vit. Ses yeux se rivèrent par-dessus mon épaule directement sur Snape.
- Tu ne vas pas commencer à me faire chier, cracha Sirius à voix haute.
Mon père se redressa.
- Quoi ? demanda-t-il.
- Snivellus, dit Sirius, et il le pointa du doigt.
- Sirius, n'y va pas, fis-je vivement.
Sirius s'arrêta et me regarda.
- Désolé. Harry…il était dans l'avion avec toi ?
- Oui, dis-je avec un faible haussement d'épaules. Il…il est revenu avec moi.
Les expressions de mon père et de Sirius furent identiques. Le choc pur et simple.
- D-désolé, déclara mon père d'un ton dangereusement bas. Est-ce que tu as voulu dire…
- Oui, c'est ce qu'il a fait, fit Severus, profitant de l'occasion pour se joindre à la conversation. J'ai rencontré Harry dans un café et nous…
- OUI ? beugla mon père. Qu'as-tu fait exactement avec mon fils ?
- C'est pas ton affaire, sifflai-je. Ce que je fais ne te regarde pas. Et avec qui je le fais ne te concerne pas non plus.
Sirius rougit et serra les poings.
- Snivellus, tu ferais mieux de t'éloigner tout de suite…tout de suite ou sinon…
Je me plaçai devant Severus.
- Ou sinon quoi ?
- Harry, tu n'as pas idée de ce que tu es en train de faire, dit Sirius à voix haute. Écarte-toi.
- Non, je ne m'écarterai pas, sifflai-je en sentant la colère monter. Tu n'as pas idée de ce que j'ai traversé…
- Quoi que ce soit », me coupa mon père, ses yeux s'étrécissant, » c'était de ton propre chef. Si seulement tu nous avais écouté à propos de ce crétin de Malefoy, tu n'aurais pas été dans cette situation.
Je reçus les paroles de mon père comme une gifle, et je me figeai. Mes yeux se remplirent de larmes, bien que je refusai de les laisser tomber. Je m'étais blâmé depuis le début de toute cette histoire, et voilà que maintenant c'était réaffirmé. Avalant péniblement, je me tournai vers Severus.
- Je crois que je…heu…j'ai besoin de ramener ça à la maison, fis-je, ma voix étant à peine plus qu'un murmure.
Les yeux de Severus brillèrent de quelque chose qui ressemblait à de la douleur et il hocha brièvement la tête.
- Bien. Je te reverrai ?
- Non, crièrent mon père et Sirius ensemble.
Je me tournai vers eux et les fusillai du regard.
- Oui, Severus. Et tu peux m'appeler à n'importe quelle heure.
Severus soupira et acquiesça. Il s'approcha de moi comme pour me toucher, mais il sembla penser à mieux. Sur un dernier regard vers mes yeux, Severus tourna les talons et se dirigea vers le bout du trottoir. Se glissant dans un taxi qui attendait, il m'envoya un dernier signe de tête et disparut de ma vue.
Dans un soupir lourd, je me tournai pour ramasser mes affaires et suivis silencieusement mon père et mon parrain jusqu'à la voiture. Je montai sans dire un mot, et j'appuyai ma tête contre la vitre froide.
Mon père mit rapidement le moteur en route, et avant longtemps nous nous retrouvâmes sur la route familière qui me ramenait à la maison de mon enfance.
- Harry, dit Sirius une fois que nous nous fûmes éloignés de l'aéroport, qu'est-ce que tu es allé faire avec cet enfoiré ? Quel est le problème avec toi, bordel, pour que tu sois amical avec Snape ?
Je soupirai et me passai la main dans les cheveux.
- Severus m'a aidé à me séparer de Draco, OK ? Il a été…il a été gentil avec moi, et il a été le seul qui ne m'ait pas traité comme si j'étais un idiot ou un adolescent irritable.
- C'est pourtant la façon dont tu as agi, me cassa mon père, alors on se le demande.
Je roulai des yeux.
- Je n'aurais pas dû revenir.
- Bien sûr que tu aurais dû, Harry. Tu n'as aucune idée de la façon dont ça a blessé ta mère. Elle a tout simplement été folle d'inquiétude tout le temps que tu as été parti.
Un courant de culpabilité me traversa et je tournai mon regard vers l'extérieur.
- Je ne voulais blesser personne.
- Nous le savons, dit Sirius un peu plus doucement. Mais tu n'y as évidemment pas pensé quand tu es parti comme tu l'as fait.
Je serrai les mâchoires et parlai à travers les dents.
- Je pensais…Je pensais que je n'avais pas de foutu soutien d'aucun de mes amis ou de ma famille, et j'avais besoin de m'en aller.
- Mais avais-tu raison à propos de Malefoy ? demanda mon père.
- Non, lâchai-je. Mais je suis aussi humain…comme vous l'êtes. Vous n'êtes pas des puits de science, quand bien même vous voudriez l'être.
- Harry, me cassa-t-il sur un ton d'avertissement.
- Quoi qu'il en soit, rétorquai-je avant de retomber une nouvelle fois dans le silence.
Ni mon père ni Sirius ne tentèrent de m'amener dans une autre conversation, et avant longtemps nous étions parvenus à la maison. Je ne me donnai pas la peine de prendre mes sacs, et au lieu de ça je me ruai dans la maison. Ma mère avait clairement passé son temps à arpenter le salon, et elle sursauta quand je claquai la porte.
Elle ne prit qu'un court instant pour me regarder avant de se ruer vers moi et de me serrer dans une étreinte étroite. Elle était en train de pleurer et de m'embrasser furieusement les joues.
- Harry…oh, je suis si contente de voir que tu as voyagé sans encombre.
- Moi aussi, dis-je en m'écartant d'elle.
- Où est ton père ?
- Probablement en train d'engueuler Sirius pour être trop gentil avec moi, fis-je amèrement.
- Oh non, déjà ? gémit-elle en croisant les bras. Que s'est-il encore passé ?
- Heu…et bien je suppose que je devrais te le dire avant qu'il n'explose et ne te hurle après, alors…, dis-je avant de hausser les épaules. Tu te souviens d'un type appelé Severus Snape ?
- Oui, je m'en rappelle, fit-elle prudemment.
- Et bien…en France, Severus et moi nous somme rencontrés dans un café et il m'a aidé à fuir Draco.
Ma mère me regarda, ses yeux grand ouverts et curieux.
- Est-ce que Draco…je veux dire… que s'est-il passé ?
Je soupirai et tombai sur le sofa.
- Draco n'avait pas l'air…de garder nos draps… pour nous, dis-je piètrement.
Ma mère comprit ce que je voulais dire, et elle s'assit près de moi.
- Harry, je suis tellement désolée.
Je haussai un peu les épaules.
- J'ai décidé de le quitter…Il est venu me chercher et m'a frappé.
Les yeux de ma mère se posèrent sur la coupure de ma lèvre.
- C'est de lui ?
- Oui…, répondis-je doucement. Severus…il m'a ramené à sa chambre d'hôtel, m'a aidé à me nettoyer et m'a proposé de me ramener à la maison. Il m'a conduit à Paris et s'est occupé de moi. Nous ne nous connaissons pas depuis longtemps mais…j'aimerais mieux le connaître.
Ma mère tira sur une de ses mèches et me regarda avec des yeux troublés.
- Maintenant je comprends pourquoi ton père et Sirius sont si chagrinés à ce propos. Je peux aussi imaginer leur réaction. Est-ce que Severus était avec toi quand tu les as rencontrés ?
- Oui, fis-je tristement.
C'était drôle, car bien que je prétende être adulte, l'attention dont faisait preuve ma mère me faisait vouloir retourner en enfance. Quoi que puisse être ma vie, quand elle était là, je pouvais me sentir bien.
- Harry, je ne sais pas quoi te dire. Si tu désires continuer quelque chose avec Severus, je peux te garantir que ça ne sera pas facile. Je n'imagine pas que Severus apprécie ça plus que ton père ou Sirius.
Je commençais à lui répondre quand un Remus Lupin au visage gai entra dans la pièce. Il était vêtu d'un tee-shirt et d'un jean. C'était assez inhabituel car Remus mettait habituellement un pull qui cachait son cou. Quand Remus était un petit garçon, un chien l'avait brutalement attaqué, mordant son cou et sectionnant ses cordes vocales. Il ne pouvait pas parler, et il était lourdement marqué et souvent très précautionneux à propos de ça. Il se sentait plus à l'aise avec ma famille pourtant, si bien que le voir en tee-shirt n'était pas vraiment une surprise.
Il parlait le langage des signes, chose dans laquelle nous étions tous versés, et il était l'amant de Sirius -presque son mari.
Qu'est-ce que ces deux trous du cul n'aimeraient pas ? fit Remus avec une grimace.
Je me levai et soupirai.
- Je…heu…et bien c'est une histoire compliquée.
Remus secoua la tête et m'enveloppa de ses bras. Déposant un baiser paternel sur mon front, il se recula et m'examina du regard.
Tu as l'air d'aller bien, en dehors de ta lèvre. Que s'est-il passé ?
Je regardai ma mère avant de me lancer rapidement dans l'explication des événements de ces deux derniers jours. Quand j'eus fini de raconter ce que Severus m'avait dit à Charles-de-Gaulle, la porte d'entrée s'ouvrit et mon père et Sirius se ruèrent à l'intérieur.
- Il t'a raconté son histoire ridicule ? demanda mon père en me fusillant du regard.
- James, fit ma mère d'une voix ferme, ce n'est absolument pas nécessaire maintenant ! Harry vient juste de revenir d'un an d'enfer avec son amant…
- C'était entièrement de sa foutue faute !cria mon père.
Je grimaçai et m'entourai de mes bras.
- Je…je vais me balader, lâchai-je. Je reviendrai.
Sans donner à quiconque l'occasion de m'arrêter, je me précipitai dehors par la porte d'entrée, inattentif au vent froid et à la pluie glacée qui avait commencé à tomber.
Parcourant le chemin familier en direction de la plage, le même chemin que je prenais quand je me disputais avec mon père à propos de mes actes à l'école, je me retrouvai à ma place. C'était juste un endroit sur la plage, près d'un petit tas de pierres, et je m'assis sur le sable, mon dos appuyé contre le mur. Retirant mes baskets, j'enfonçai mes orteils dans le sable et serrai mes jambes contre ma poitrine.
J'avais fait ça des centaines de fois dans ma vie, et j'avais honnêtement pensé que je ne reviendrai jamais ici à nouveau. Je croyais en avoir terminé avec les bouderies, avec le sentiment d'être complètement sous le contrôle de mes parents…ou tout du moins de mon père. Mais j'étais là, à vingt-cinq ans, sortant d'une rupture et fuyant à nouveau. C'était complètement ridicule.
J'inclinai la tête alors que la pluie se mettait à tomber un peu plus fort, mais je refusai de bouger. Je ne fus pas certain du temps que je passai assis ici avant que je sente une main chaude se poser sur mon épaule. Alarmé, je levai les yeux et vis le visage doux de Remus et les yeux ambrés et brillants me fixant.
Je peux m'asseoir ?
Oui, fis-je en retour, ne faisant pas confiance à ma voix pour le moment.
Remus était habitué à mes humeurs, et savait que je n'étais vraiment pas bien quand je cessais de répondre et que j'hésitais entre parler et utiliser le langage des signes.
Harry, j'ai le sentiment qu'il y a quelque chose en plus dans cette histoire que tu ne dis pas. Je me rappelle que quand tu es parti avec Draco, tu étais juste en colère que nous nous soyons méfiés de ton jugement.
- Et vous aviez raison de le faire, dis-je, enfouissant mes mains dans les manches de mon manteau. J'ai eu tort à propos de lui. C'était un salaud, il était cruel avec moi et n'était jamais fidèle.
Pourquoi as-tu attendu si longtemps, Harry ? Pourquoi as-tu attendu si longtemps pour partir ?
Je baissai les yeux sur mes chaussures abandonnées et je haussai les épaules.
- Parce que…parce que je croyais que ce que Draco et moi avions était supposé être une relation.
Remus grimaça et tendit le bras pour me prendre la main, la secouant doucement.
Harry, fit-il après s'être reculé, ce n'est pas supposé ressembler à quelque chose. Il n'y a pas de règles établies. Mais ce n'est pas une raison pour que ça ait été ce que c'était. Si Draco t'aimait, il n'aurait jamais fait ces choses-là.
Je soupirai doucement et j'appuyai ma tête contre le mur.
- Severus a dit ça aussi. Il m'a dit…qu'avoir des rapports sexuels ne devait pas être une corvée. Il a dit…et bien il m'a dit beaucoup de choses, mais par-dessus tout il m'a montré combien ça pouvait être merveilleux.
Remus me tapota le bras, attirant mon attention.
Toi et lui avez entamé une liaison ?
Pas dans ces termes, signai-je en retour. Nous n'avons pas fait grand-chose. Il m'a juste fait sentir que je méritais plus que ce que Draco m'avait jamais donné.
Remus sourit et passa sa main sur ma joue, se penchant en avant pour m'embrasser une nouvelle fois le front.
Alors tu dois aller vers lui. Je m'occuperai de ton père et de Sirius, et demain tu pourras rentrer à la maison et leur parler. Ta mère est d'accord avec moi sur le fait que Severus est vraiment quelqu'un qui pourrait t'aider et peut-être t'aimer comme tu as besoin d'être aimé.
J'ouvris grand les yeux.
- Ma mère ?
Oui, Harry, elle t'aime.
- Je sais, chuchotai-je. Je sais.
Remus se leva et me tendit la main, m'aidant à me remettre sur pieds. Passant un bras autour de mon épaule, Remus me fit tourner de façon à ce que je me retrouve face aux cottages. Tu vois celui qui est tout là-bas ?
- Ouais, dis-je curieusement.
Severus vit là-bas.
Remus se pencha en avant et me serra dans ses bras. Là-dessus, Remus sauta par-dessus le mur et flâna le long du chemin, s'éloignant de moi. Ses mains étaient dans ses poches et il semblait apprécier la pluie, levant un peu son visage vers elle.
Ça me fit sourire, et après m'être armé de courage, je ramassai mes chaussures et parcourut la plage. Je fit une pause un moment pour rassembler mes pensées tandis que je m'arrêtai devant la maison de Severus, et je sentis un petit battement d'anxiété au creux de mon estomac.
Avec la façon dont j'avais laissé les choses, que se passerait-il si il avait changé d'avis à propos de nous, à propos de moi ? Que se passerait-il si il ne voulait pas s'arranger avec la tension qui existait entre lui, mon père et mon parrain ? Que se passerait-il si je n'en valais simplement pas la peine ?
Mais alors je me rappelai ses baisers, la façon dont il me tenait et la façon dont il me disait que j'en valais la peine. Et avec une profonde inspiration, je sautai par-dessus le mur et m'avançai les pieds nus jusqu'à sa porte. Avec à peine assez de confiance, je tendis le bras et appuyai sur la sonnette.
Un moment, puis deux, puis trois. Je luttai contre l'envie de faire demi-tour et de courir quand j'entendis des pas résonner à travers le portillon de bois et un instant plus tard, la porte s'ouvrit.
Severus me regarda avec des yeux surpris, et il posa son avant-bras sur la poignée de porte.
- Harry, s'étrangla-t-il.
Déposant mes chaussures sur le seuil, j'enfouis mes mains dans mes poches.
- Heu…salut, dis-je d'un air penaud. Ça te dérange si j'entre ?
Il eut l'air momentanément surpris par la question, et juste au moment où j'étais certain qu'il allait dire non, il tendit le bras et me prit la main.
- Entre, Harry. Viens te réchauffer.
Avec un dernier regard en arrière à la mer démontée, je pris sa main douce et chaude dans la mienne, et pour le moment je décidai de laisser simplement le monde extérieur là où il était.
