Huit ans plus tard…
J'ai pas tellement de souvenirs de ma petite enfance. Des fois j'ai des flashs, je revois un homme au visage un peu sévère, une femme au visage doux… mais ça dure jamais parce que les visages de to-san et to-chan les remplacent très vite. Par contre je me souviens très bien de ma vie à l'orphelinat et ça j'aurais préféré l'oublier parce que c'était pas marrant. Les autres enfants me parlaient pas ou se moquaient de moi parce que j'étais le plus petit, du coup j'étais toujours tout seul et je pleurais souvent en cachette de nii-chan. Je lui ai jamais dis par contre, je voulais pas qu'il s'inquiète. Je l'aime tellement mon grand frère… Ma grande sœur aussi bien sûr, mais c'est pas pareil. C'est Sho nii-chan qui s'occupait déjà de moi là-bas et il a jamais arrêté de veiller sur moi, même après notre adoption et même maintenant qu'il est adulte.
Je me rappelle très bien du jour où to-san et to-chan sont venus pour la première fois. Je m'étais éloigné des autres parce qu'Hiroto-kun et ses copains m'avaient traité de nabot et même si je comprenais pas ce que ça voulait dire, je savais que c'était méchant. Je faisais des dessins par terre avec un bâton, quand to-chan s'est approché de moi. Je l'ai pas regardé, j'avais trop peur qu'on se moque encore de moi, mais il m'a parlé tout doucement, il m'a demandé mon nom, s'il pouvait jouer avec moi et puis si j'aimerais avoir une maison. Je me rappelle avoir fait signe que oui et on a du retourner à l'intérieur. Le lendemain, il est revenu avec des bonbons et j'en mangeais pas souvent alors j'étais content. Mais d'un coup, to-san s'est approché et j'ai eu peur. J'avais peur facilement à l'époque (c'est nii-chan qui a fait en sorte que j'ai plus peur. Encore et toujours nii-chan). J'ai jamais osé demandé à mes papas pourquoi ils m'avaient choisi moi alors qu'il y avait des tas d'autres enfants. Peut-être par peur d'être rejeté, je sais pas. Enfin même si je sais que c'est pas possible parce qu'ils m'aiment.
- Ataru, tu vas être en retard à l'entrainement si tu ne te dépêche pas et to-san doit partir à son shoot !
Ca c'est to-chan. Il est toujours comme ça avec moi. Au début ça m'a étonné, mais tonton Shige, tonton Yuya et tonton Massu m'ont dit qu'il était comme ça avec eux aussi. En fait je les appelle comme ça mais c'est pas mes tontons pour de vrai, c'est les autres membres du groupe News dont to-chan est le leader. Ils sont tous super méga connus et des tas de filles à l'école disent que leurs mamans en sont fans, mais moi je m'en fiche qu'ils soient célèbres même si je suis fier d'eux : c'est juste mes papas et mes tontons.
- J'arrive !
Je mets ma casquette, attrape mon sac à dos et descend les escaliers en vitesse pour rejoindre l'entrée. Au début on habitait un appartement mais on a vite déménagé et en fait je préfère la maison, c'est plus sympa.
- Allez champion, on est partis, me dit to-san en français en souriant.
Depuis notre adoption, on a toujours parlé les deux langues à la maison parce que to-san est à moitié français. Mais j'ai pas vu souvent obaa-chan et ojii-chan en vrai parce qu'ils habitent en France, par contre on se parle souvent sur Skype. Je parle aussi souvent à tonton Guillaume (qui est pas mon vrai tonton non plus mais le meilleur ami français de to-san). Et mon autre obaa-chan du côté de to-chan, elle m'a aimé dès le premier jour et je vais souvent la voir au resto après l'école quand j'ai pas entrainement. Elle m'a raconté plein de fois que c'est là que mes papas se sont rencontrés, un soir où to-san qui travaillait là était malade. Elle a toujours des étoiles dans les yeux obaa-chan quand elle m'en parle, elle est trop marrante.
Je monte devant à côté de lui et il démarre presque tout de suite (to-san est pas très patient).
Cette différence d'appellation, c'est nee-chan qui me l'a apprise quand on est arrivés d'Hokkaido, parce qu'elle disait que papa Keiichiro était plus doux que papa Toma et que du coup, -chan ça lui allait bien. On a fini par les appeler comme ça tous les trois.
- T'es bien pensif. T'angoisse quand même pas pour ton match de samedi ?
- Bien sûr que non ! On va les écrabouiller ! je fais, sûr de moi.
- J'en doute pas, champion. Après tout, tu es la future recrue des Yomiuri Giants, ne.
- Hum !
Oui, ça parait bizarre vu que je suis fils d'idoles, mais mon rêve c'est d'intégrer cette grande équipe de baseball plus tard. La préférée de to-san.
Quand j'en ai parlé il y a deux ans, je pensais qu'ils me diraient d'intégrer plutôt leur agence (ce qui m'intéresse pas du tout), mais en fait nan, ils m'ont dit que j'étais libre de choisir le métier que je voulais, comme nii-chan et nee-chan. Ils ont vingt-trois ans maintenant et ils vont bientôt quitter la maison. Ca me rend triste mais je dirais rien à nii-chan parce qu'il se sentirait coupable et je sais qu'il veut habiter avec Akane-chan. Elle est gentille Akane-chan, je l'aime bien et je sais que mes papas aussi, par contre nee-chan l'aime pas du tout. To-chan m'a dit que c'est parce que nii-chan et elle sont jumeaux et que du coup elle a l'impression qu'il est à elle toute seule et que donc elle est jalouse.
Demain on est lundi. Ca veut dire aller à l'école et j'ai pas envie du tout. Pas à cause des cours, ça ça va même si j'aime pas trop les cours de travaux ménagers. Mais en fait depuis que tout le monde a appris que je suis le fils de Koyama Keiichiro et Koyama Toma de News, plein de gens que je connais pas du tout (même des adultes) viennent me parler tout le temps et ça m'énerve parce que c'est pas moi qui les intéresse, c'est le "fils de" qui les intéressent. Bien sûr je dirais jamais rien de ça à to-san et to-chan parce qu'ils auraient trop de peine, mais ça me rend triste parce que du coup j'ai pas d'amis et je suis presque aussi seul qu'à l'orphelinat même si les raisons sont différentes. Mais sur le terrain, à l'entrainement et en match, l'identité de mes parents compte plus : c'est moi et mes capacités qui comptent. C'est aussi pour ça que je me sens tellement bien quand je fais du baseball. Mon coach dit que si je continue comme ça, je pourrais bien aller aux nationales junior, alors c'est pour ça que tous les jours après l'école, je vais m'entrainer.
Mais c'est rare que to-san ou to-chan m'accompagnent, ils ont pas trop le temps avec leur planning, même s'ils en ont toujours pour nous, alors j'y vais en bus le plus souvent. Ca me permet de faire le chemin avec Hitoshi-kun, un copain que j'aime beaucoup. C'est aussi un "fils de" (celui d'Ohno-san et Ninomiya-san du groupe d'Arashi), alors il me comprend parfaitement. Dommage qu'il fasse pas de baseball. Son truc à lui c'est le kendo et il parait qu'il est très fort. Je verrais un de ses matchs bientôt et lui un des miens, on se l'est promis.
To-san qui claque des doigts me tire de mes pensées.
- T'es arrivé, champion, me dit-il en français. Sois pas si distrait pendant l'entrainement sinon tu vas te blesser.
- Promis, to-san. Allez vas-y vite sinon tu vas être en retard à ton shoot.
- Je file. Toi, rentre directement à la maison ensuite, ne.
- Oui oui.
Je referme la portière et regarde la voiture s'éloigner. Je verrais pas Hitoshi-kun aujourd'hui, je suis un peu déçu.
- Ataru !
Je sursaute et me retourne en entendant mon prénom tout seul. C'est Sophie, la fille d'amis français d'obaa-chan, qui me scotche pire que de la glue. Elle sait toujours où je me trouve, je sais pas comment elle fait. Cette fille c'est la C.I.A, le F.B.I et Scotland Yard à elle toute seule comme dirait to-san quand il est en colère contre Matsuyama-san, son manager. Et le pire c'est que je peux rien dire parce qu'obaa-chan m'a demandé avec des petits yeux tout suppliants de veiller sur elle. J'ai que douze ans moi, pourquoi je devrais m'occuper d'une fille ? Mais c'est obaa-chan, j'ai pas pu lui dire non même si je suis presque sûr qu'elle voudrait bien que Sophie et moi… Ce qui arrivera ja-mais. Les filles c'est une calamité. Enfin sauf nee-chan mais elle c'est pas pareil, c'est pas vraiment une fille, c'est une sœur.
- Pas maintenant Sophie, je lui dis en français. L'entrainement va bientôt commencer.
- Si je me fais toute petite, je peux rester ? S'te plait…
Elle aussi elle me fait des yeux suppliants. Les filles…
- Koyama ! Rassemblement ! fait alors la voix du coach.
- Oui ! je crie avant d'ajouter pour Sophie : Fais ce que tu veux mais si tu embête des gens, tu auras affaire à moi.
- Promis !
Je lui fausse donc compagnie et me dirige vers mon équipe, mais j'ai le temps de l'entendre kyater un truc genre "trop viril !". Je lève les yeux au ciel. Comme si ce genre de mot pouvait s'appliquer à moi et surtout à mon âge. Pour dire ça, elle a jamais vu nii-chan, lui il l'est. Et elle bah… elle a un grain, voilà. Faudra que j'en parle à to-san et to-chan parce que je voudrais savoir pourquoi elle fait ça, j'en ai marre moi.
Je rentre à la maison deux heures plus tard, couvert de boue parce qu'il s'est mis à pleuvoir des cordes dès le début de l'entraînement. Mais comme il en faut plus pour me décourager et qu'en plus ça a fait fuir Sophie, je me plains pas.
Un grand éclat de rire m'accueille quand je passe la porte et je me précipite après avoir retiré mes chaussures.
- Nii-chan !
- Et bah petit frère, t'es dans un bel état encore une fois, il me dit en rigolant.
- T'es rentré quand ? C'était bien là-bas ?
- Koyama Ataru, vas te laver avant d'assomer Sho de questions, tu es en train de mettre de la boue partout et tu vas attraper froid trempé comme tu es, me dit alors to-chan un peu sèchement.
- J'y vais. Nii-chan, tu reste là, ne.
- Je bouge pas. File.
Je file donc comme il dit, en laissant une trainée de boue derrière moi et j'entends to-chan râler à travers la porte. C'est rare qu'il soit pas de bonne humeur (enfin sauf quand tonton Shige embête to-san), surtout qu'il l'était pas avant que je parte. Du coup il y a pas cent explications possibles : to-san a du le prévenir qu'il était retenu à son shoot et to-chan supporte pas de rester trop longtemps loin de lui. Nee-chan dit toujours qu'ils sont comme deux parties d'une seule personne. Ca s'appelle des "âmes sœurs" je crois.
Donc je me douche en vitesse et reviens au salon pour entendre que nii-chan a déjà commencé à raconter son voyage. Il est apprenti photographe et il a suivi son prof/maître en voyage pour apprendre les techniques et tout ça. Il est bon, ne et je dis pas ça parce que c'est mon frère.
- T'aurais pu m'attendre… je grogne.
- T'en fais pas, t'as rien raté d'essentiel.
Il reprend donc son récit et je l'écoute en lui posant toutes les questions qui me passent par la têt, puis il se tourne vers moi.
- Et toi Ataru, qu'est ce que tu raconte de beau ?
- Bah pas grand-chose mais…
- Mais ?
- Bah cette fille, Sophie, elle me suit absolument partout, ça me rend fou. En plus tout a l'heure je lui ai dis un truc pas sympa et elle a kyaté quand même. Elle est pas un peu folle ?
Il y a un blanc et soudain il éclate de rire.
- Ah la la, mon petit frère est un séducteur qui fait déjà kyater les filles. Fais gaffe to-chan, il va vous piquer vos fans si ça continue.
- He ? De quoi tu parle nii-chan ? C'est pas marrant, je sais plus comment m'en débarrasser moi…
Ma phrase le fait rigoler encore plus fort et j'aime pas ça alors je gonfle les joues en croisant les bras tout en le fusillant du regard.
- Boude pas petit frère, je vais t'expliquer d'accord ?
Je hoche la tête et attend donc qu'il m'éclaire.
- Pour moi, cette fille est juste amoureuse de toi et comme elle sait pas comment te le dire, elle s'accroche en espérant que tu comprenne et que tu vienne vers elle.
- Heeeeee ?!
- C'est l'explication la plus logique. Une fille joue jamais les stalkers sans une bonne raion. Qu'est ce que tu en pense to-chan ?
- Tu as probablement raison, Sho, répond distraitement to-chan en jetant un nouveau coup d'œil vers l'entrée.
Nii-chan secoue alors la tête et reporte son attention sur moi.
- Mais comment je peux faire pour qu'elle arrête ? Moins je suis gentil avec elle et plus elle s'accroche…
- C'est le pouvoir de l'amour, on peut rien contre ça. La preuve, il ajoute en désignant du menton to-chan qui a définitivement arrêté de s'occuper d'autre chose que de la porte qui s'ouvre pas.
Je soupire lourdement.
- En plus à chaque fois qu'elle s'incruste elle fait fuir Hitoshi-kun, parce qu'il est timide, il me parle juste à moi. Ca m'énerve.
- Ton copain Hitoshi, tu l'aime beaucoup pas vrai ?
- Bah oui.
- Tu préférerais que ce soit lui qui te colle plutôt que Sophie ?
- Largement ! Lui au moins il est pas bête ni énervant.
- Je vois, il fait en faisant le même genre de sourire en coin que to-san quand il veut embêter to-chan gentiment.
- Quoi ? Pourquoi tu souris comme ça ?
- Pour rien, pour rien.
- Si, dis-moi !
- Tu le découvriras tout seul bien assez vite je pense. T'en fais pas pour ça et regarde plutôt ce que je t'ai ramené de là-bas, il me dit en m'ébouriffant les cheveux.
To-san revient une heure après et je vois le visage de to-chan s'éclairer brusquement. J'ai aucune expérience là-dedans bien sûr, mais je crois pas connaitre des personnes qui s'aiment autant que mes papas. Même pas tonton Massu et tonton Yuya. Mais to-san fait une tête bizarre et to-chan le remarque tout de suite.
- Toma ? Qu'est ce qui se passe ? Ton shoot ne s'est pas bien passé ?
- Nan c'est pas ça. Ca concerne Ataru.
- Comment ça ? Qu'est ce que j'ai fais ?
- Rien mais… Bon attendez, c'est un peu compliqué, alors je prend une douche et je vous explique tout.
Là je suis super curieux. Qu'est ce que je peux avoir à faire avec le fait que to-san rentre du travail avec une drôle de tête ? Du coup quand il revient, je lui saute à moitié dessus.
- Alors ?!
Il prend quand même le temps de s'asseoir et nous regarde tous les trois (oui nee-chan est pas encore rentrée).
- Bon voilà, on m'a demandé de devenir l'égérie d'une nouvelle marque de vêtements…
- Mais c'est fantastique Toma ! s'exclame to-chan, enthousiaste.
- Oui mais il y a un hic, tu t'en doute bien. (il me regarde et ajoute) Leur concept est "des vêtements pour père et fils".
- J'ai peur de comprendre, fait alors nii-chan.
Bah il a du bol parce que moi non. Et ça doit se voir, parce que to-chan explique :
- Ca veut dire que j'aurais ce contrat que si tu fais tous les shoots avec moi, champion.
- Heeeeee ?!
Je le regarde, les yeux écarquillés.
- Mais… je peux pas, j'ai entraînement tous les soirs après l'école et puis… ça m'intéresse pas de faire ça moi…
Ca fait un peu égoïste de dire ça je m'en rends compte, mais c'est vrai aussi que j'ai pas le temps de caser une activité en plus dans mon emploi du temps.
- Je sais Ataru, je sais. Et tu pense bien que je leur ai dis, mais ils ont rien voulu savoir. Mais je te force à rien. Si tu veux pas, je leur dirais, c'est tout.
- Je peux réfléchir ?
- Bien sûr champion.
Il m'ébouriffe les cheveux en souriant et se met à parler de plein d'autres trucs qui ont rien à voir, mais moi, dans ma tête, j'y pense en boucle. Est-ce que j'ai vraiment le droit de dire non et d'empêcher to-san d'avoir ce contrat ? Enfin j'ai le droit parce qu'il dit que je l'ai, mais est ce que ce serait bien de faire ça ? Ce serait pas un peu… zut c'est quoi le mot déjà… ingrat avec tout ce qu'il fait pour moi non ?
Je soupire alors que mes deux papas vont à la cuisine préparer le repas du soir.
- Fais pas cette tête, petit frère, me dit alors nii-chan. To-san t'oblige pas à accepter.
- Je sais mais…
- Mais ?
- Ce serait pas gentil.
- Qu'est ce que tu as envie de faire, Ataru ?
- Pour de vrai ?
- Oui pour de vrai.
- Bah… si je rate des entrainements, j'irais jamais en nationale…
- Alors refuse.
- Mais to-san…
- Il veut ton bien avant tout. Et tu sais bien que lui, on l'a obligé à faire plein de choses qu'il voulait pas quand il est entré dans l'agence, alors il veut certainement pas qu'il t'arrive la même chose. Dis-lui juste ce que tu ressens.
- Hum.
Je me dirige donc vers la cuisine pour dire à to-san ce que j'ai décidé, mais finalement je m'arrête avant d'y arriver. Je peux pas lui faire ça… Après tout ce qu'il a fait pour moi, il mérite bien le sacrifice de quelques entrainements. Je l'aime assez pour supporter ça. Et puis… peut-être qu'il y aura pas beaucoup de shoots et que j'en raterais pas trop…
