Bonjour/Bonsoir à tous !
La suite assez rapidement comme promis. Hannibal ne fait pas encore d'apparition dans ce chapitre mais pas de souci, il sera bien présent pour les trois derniers :D
J'espère que ce chapitre deux vous plaira en tout cas.
Bonne lecture à tous !
Le vent glacial frappait violement l'air, pourtant il n'était rien au froid spirituel qui faisait frémir l'entièreté de ses muscles. Il tenta tant bien que mal de reprendre son souffle, de tempérer ses pensées, faisant le tri sur ce qu'il avait appris. Puis relativement plus calme, il put enfin rejoindre les autres près des gradins.
Il eut droit à quelques regards curieux ou inquiets. Mais rien de plus que ce qu'il obtenait après ses expéditions dans l'âme des tueurs. Personne dans son entourage ne semblait comprendre un dixième de ce que représentait le poids de ce trait indissociable de sa personne.
Quoique, en y réfléchissant bien, la logique et les analyses d'Hannibal Lecter le concernant, s'étaient toutes avérées exactes jusqu'à maintenant. Quelque chose chez ce docteur voyait au-delà des murailles. Un maître en matière de rhétorique qui lui permettait souvent de contourner les remparts que Will s'étaient forgés. Il lui permettait au fond de voir à travers lui. Et, étrangement, il ne semblait pas effrayé.
Alors que lui… Il était terrorisé par la nature exacte de qui il était. Elle l'effrayait car il l'ignorait.
- Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?
Les mouvements agités, nerveux, il entama son discours le timbre sensible, touché par l'histoire qu'il s'apprêtait à leur compter.
- Ils ont été tués parce qu'ils ont échoué au test qu'on leur a imposé. On les a mis à l'épreuve espérant qu'aucun des deux ne faibliraient sous la pression. Qu'ils ne commettraient pas cet acte impardonnable d'abandonner l'autre. Mais l'un deux a appuyé le premier sur la gâchette, suivit très certainement par le réflexe du deuxième garçon. C'est en agissant ainsi qu'ils se sont condamnés.
- Mais pourquoi eux ?
- Parce qu'ils étaient amis.
- Alors quoi ? Tous ceux ayant quelconques amis autour d'eux doivent rester chez eux ? Lança Price assez sarcastique.
- Il ne s'agit pas de n'importe quelle relation amicale. Continua Will s'affirmant et s'emballant un peu plus au fur et à mesure du récit. Ces deux garçons venaient certainement tous les jours ici. Ils étaient inséparables. Il y avait une réelle connexion entre eux que le meurtrier a vu. Il tente désespérément de recréer ce lien qui pousse les autres à se protéger, il chercher à comprendre et à s'excuser d'acte passé.
Il s'arrêta une seconde, sentant un mal de tête pointer quand subitement venu de nulle part, les traits sévères, il déclama d'un timbre froid et vindicatif qui n'était pas le sien :
- Vivre ou mourir ensemble. Il n'y avait pas d'autre choix !
Son entourage resta totalement perplexe alors qu'il reprenait difficilement conscience, une main frottant nerveusement son front. Sa conception du meurtrier avait un vague instant prit le dessus sur lui. C'était, bien sur, loin d'être quelque chose qu'il aimait expérimenter. Il savait l'inquiétude transparaître sur ses traits alors que Jack, le relançait, calmement :
- Qu'avez-vous appris sur son profil ?
- C'est un jeune de la région. Ils connaissaient les habitudes de ses victimes. C'est quelqu'un d'assez solitaire, timide, réservé. Reprit-il difficilement. Il a entre treize et dix huit ans je présume. Quelqu'un qui a été touché par une tragédie très récemment. Probablement un ami perdu, peut-être même le seul. Il a le sentiment d'avoir été définitivement abandonné. Il reproduit sa propre souffrance, espérant que quelqu'un réécrive son histoire. Il ne s'arrêtera pas tant qu'il ne trouvera pas ce qu'il cherche désespérément.
Les prunelles de Will quittèrent ses collègues et s'attachèrent de nouveau aux deux victimes. Il clos les paupières et sans aller trop loin dans son introspection, il laissa une partie de l'assassin faire corps avec lui.
- Il a mal. Terriblement mal. Il se sent coupable envers la personne qui a disparu de sa vie. Il se sent esseulé et veut être pardonné.
- Certes. Mais en attendant c'est ces deux jeunes garçons et toute leur famille qu'il a détruite. Enchaîna Jack.
- Je ne lui trouve pas d'excuse. Il rouvrit les yeux puis se retourna vers le groupe pour compléter, le timbre onctueux. Je sais simplement ce qu'il ressent.
Ses traits et ses orbes emplis d'émotions déstabilisèrent un instant Jack et tous les autres qui, encore une fois, prouvaient qu'ils ne saisissaient en rien ce qu'il était capable de percevoir.
- Si vous n'avez plus besoin de moi pour le moment, je vais aller attendre dans la voiture.
- Très bien. Conclut Crawford l'observant toujours comme si il s'apprêtait à exploser telle une bombe.
Mais peut-être que c'était le cas à bien y réfléchir.
Il dépassa les tribunes, se retrouva à une cinquantaine de mètres devant les barrières. Il s'arrêta un instant, releva sa tête quelque peu affaissée et craint déjà de repasser à travers la cohue. Il inspira, expira calmement puis se décida finalement à passer la foule. Le jeune homme fut arrêté par plusieurs familles, requérant nom et explications sur les victimes. Plusieurs photos passèrent devant ses yeux alors que sa bulle protectrice était envahie par les gens autour de lui. Il n'aimait pas être touché. La tête lui tournait, l'excédent supportable de sentiments se multipliait au contact des maux.
Néanmoins, il réussit à s'extraire de la cage émotionnelle de l'attroupement grâce à deux officiers l'ayant aperçus et venus lui prêter main forte. Tanguant, ils le reconduisirent près du véhicule.
- Ça va aller Monsieur ? Demanda le plus âgé des deux.
- Oui, très bien. Merci. Lâcha-t-il le ton et les mouvements empressés, le teint profondément pâle et suant.
Aussitôt, sous le regard circonspect des deux policiers qui repartaient déjà, il monta en voiture et verrouilla les portes derrière lui.
Ses doigts se plissèrent sur son jean, blanchissant ses jointures sous la pression qu'ils exerçaient. Il observa l'horloge de sa montre, ferma les yeux et comme un mantra apaisant, il répéta une fois à haute voix :
- Il est treize heures vingt trois. Je suis à Shiloh, Pennsylvanie. Mon nom est Will Graham.
Depuis une semaine, il n'avait pas succombé à de pertes de conscience. Il n'avait plus rompu de contact avec sa réalité depuis la mort brutal du Dr. Sutcliffe. C'était soit le signe qu'il allait mieux soit… Il n'aimait pas trop songer à l'autre possibilité même s'il la savait là, bien présente.
« Mais si ce n'est pas physiologique, alors vous devrez acceptez que ce avec quoi vous luttez est une maladie mentale »
Les mots du Dr Lecter résonnèrent puissamment. Il avait passé tous les tests neurologiques et rien n'en était revenu. Il aurait préféré accueillir une tumeur lui dévorant tous le système nerveux plutôt que de s'avouer ce à quoi il devait faire face.
Devenait-il réellement fou ? Etait-il dans l'incapacité la plus totale de pouvoir gérer ses aliénations qui subsistaient chez lui ?
En tout cas, c'était comme ça qu'il le vivait. Il n'y avait plus de reflet dans le miroir. Si un jour il avait su ce qu'il était, cette certitude l'avait quitté.
Son psychique et son corps s'usaient. Son don n'était rien de plus qu'un cadeau empoisonné qui régentait son existence plus que l'empathique ne la contrôlait. Il était à la merci de ce déséquilibre qui envahissait chacune des minutes de tous ses jours…
Comme hypnotisé, ayant rejoint une dimension plus réelle que ce qu'était sensé être la réalité, il ouvrit les yeux.
Dehors, le temps s'était littéralement arrêté. La nuit était arrivée. Une nuit sans étoile.
Il ouvrit la portière de l'auto telle un automate. Dehors, le cycle du monde s'était suspendu. La foule, la police, le FBI… ils étaient tous là. Mais aucun ne se mouvait, aucun ne respirait.
Il observa ce décor, soumis, apprivoisé par son inconscient. Il était inébranlable autant dans sa gestuelle que dans la façon dont s'exprimaient les lignes de son visage. Par l'assujettissement, il trouvait une certaine paix.
Ainsi donc, tiré par un fil imperceptible, il marcha entre tous, n'arrêtant sa vision qu'ici et là, épiant avec curiosité cet arrêt permanent. Ces infimes détails de la scène. Le froid disparut. Une feuille immobilisée dans les airs. Une larme stoppée dans sa course sur le visage d'une mère.
Puis, sans réel surprise, à la limite d'Herman Drive, il apparut de l'ombre d'un arbre. Le cerf qui tourmentait toute sa vie.
Etait-il maître de son sort ?
Il chemina jusqu'à la bête qui voguait jusqu'à l'extrémité de l'impasse de cette route, conduisant à travers champs et arbres. Quand il atteint la place d'où était apparu l'animal, il distingua la forme de ses pattes imprimées sur le sol. Des dizaines d'empreinte de sang qui serpentaient jusqu'au cerf.
Will s'arrêta là. L'observa lui tourner le dos. Il le craignait autant qu'il désirait tout apprendre de lui. De la lumière aux ténèbres qui harmonisaient cette entité.
Celle-ci bouleversait son existence. Il avait peur des possibilités démesurées qu'elle lui offrait. Pourtant, il ne cessait de se raccrocher à elle en l'invoquant perpétuellement. Elle semblait incarner tout ce qui faisait de sa vie un redoutable chaos. Toutefois, un susurrement doux et absolu lui proclamait poétiquement l'équilibre qu'elle souhaitait lui apporter.
Etait-ce là, l'incarnation de sa folie ? L'image qu'il s'en faisait ? Devait-il faire corps avec elle ?
Perdu dans sa contemplation, il guetta le cerf se tourner pleinement face à lui. L'aura qu'il dégageait était majestueuse, malsaine, fascinante. Sa moral, bien qu'elle ne réponde qu'à ses propres règles, suivaient toujours une même éthique. Will le sentait.
C'était une chose unique.
- Tu te perds Will.
Sur son flan gauche, apparaissant comme un charme, il observa la jeune fille pour qui il avait développé une affection profonde, quasi paternelle. Il lui parla alors, comme si sa présence n'était en rien surprenante :
- Abigail, qu'est-ce qu'on fait ici ?
- Tu veux comprendre. Déclara-t-elle finement.
- Quoi donc ?
- L'évidence. Celle que tu t'efforces à ne pas voir.
- Pourquoi ? Demanda-t-il implorant, dans ce qui ressemblait presque à un gémissement
- Parce que tu te refuses à l'affronter. Tu n'es pas encore prêt à entreprendre ce voyage… Elle considéra l'animal devant eux, puis revins jusqu'à lui les traits rassurants… Ne t'en fais pas, ce n'est pas grave. Ça viendra.
- Et si je n'ai pas envie de faire ce voyage ? Si je voulais être simplement normal ? Ordinaire ?
- Il n'y aura jamais rien d'ordinaire en toi, Will Graham.
Elle lui sourit de façon attendrissante tandis que ses doigts se levèrent pour caresser un instant sa joue. Il ne le vit pas tout de suite mais le sentit clairement quand la peau toucha sa pommette. Lorsque l'effleurement s'évanoui, il tint délicatement les poignets de sa vis-à-vis sous l'emprise de ses phalanges et proféra, plutôt angoissé :
- Tes mains ?! Qu'est-ce que…
- Ce n'est rien. C'est comme les tiennes.
Elle l'interrompit si bien qu'il se rendit compte que les siennes étaient couvertes du même plasma rougeâtre.
Avaient-elles été dans cet état depuis le début?
Ses yeux voguèrent d'Abigail à ses paumes qu'il scrutait avec effarement. Il sentit alors sa main et celle de la brunette s'enlacer, mêlant le sang qui se trouvait sur chacune d'entre elle.
- Tu es ma famille maintenant Will. Tu m'as apporté la providence. Il sera bientôt temps pour toi de trouver la tienne. Cherche la, comprend la et surtout ne la crains pas. Mais sache que peu importe tes choix, je ne te laisserai jamais tomber.
Apaisé par ces paroles, ils pivotèrent tous deux vers le cerf qui les observaient de façon tout à fait indescriptible. Même si à cet instant, il sentait émaner de lui une intense force protectrice.
- Will ? Will ?
Sous l'inquiétude étrange d'Abigail, Will la sentit serrer sa main plus forte. Il la jaugea, interloqué, et s'exclama :
- Oui ? Qu'est qu'il y a ?
- Will, tu m'entends ? Will ?!
Elle le secoua alors vigoureusement comme pour…
- Will ?!
Il sentit ses paupières papillotées vigoureusement. Quand ses yeux s'adaptèrent au jour, son corps au froid, ses sens à la réalité, il vit transparaître en premier le visage de Beverly qui tentait tant bien que mal d'obtenir contact avec lui, suivit de celui de Jack qui ne cessaient de psalmodier son nom.
- Il revient à lui ! Souffla Beverly rassuré.
Cela dit, elle ne le resta pas longtemps dès lors que Will se mit à trembler comme une feuille sous la fièvre cuisante dont il était sujet. Il se massa la nuque totalement raide sous l'anxiété compulsive d'avoir de nouveau perdu tout repère.
- Will qu'est-ce qu'il vous arrive ?!
Paniqué, ignorant la question de Jack, il regarda partout autour de lui tel un forcené. Il était exactement au même endroit où son mirage l'avait conduit. Il regarda sa montre. Treize quarante-deux. Il n'avait pas perdu la notion du temps. Le moment resté en voiture et la distance parcourut entre elle et où il se trouvait correspondait plus ou moins. Et de toute évidence, il ne s'agissait pas de somnambulisme. C'était beaucoup plus complexe que cela. Une hallucination à grande échelle.
- Je ne veux pas jouer les troubles fêtes mais vous rendez les gens nerveux. Lança Jack confus mais néanmoins inquiet pour lui.
Pâle comme un mort, suintant malgré les températures extrêmement basse, il jeta un coup d'œil aux visages de plusieurs agents des forces de l'ordre et des citadins. Bien qu'il soit plus en retrait, à une centaine mètres de l'accès à la scène de crimes, il sentait une incompréhension totale doublé d'une inquiétude grandissante de son entourage pour son comportement.
Avait-il déambulé entre tous de la même façon que dans son hallucination ?
Si tel était le cas, il avait dû réellement passé pour un fou.
- Peut-être serait-il préférable que quelqu'un vous ramène à Baltimore. Beverly, vous pouvez vous en charger ?
- Bien entendu.
- Et pour l'enquête ?
Il perçut le regard compatissant, de profonde pitié de Jack et Beverly. Se tenir et agir comme un drogué en manque ne devait pas arranger l'image qu'ils avaient de lui. En outre il savait son regard triste, accablé par l'amertume. Il persistait toujours cette sensation constante de maladie qui s'infiltrait dans toutes les fibres de son être. L'aliénation pour lui ne pouvait s'apparenter qu'à la peste. Ses songeries n'essayaient pas de le libérer mais de le piéger dans sa folie. C'était la seule explication valable.
- Moi et plusieurs agents allons rester et enquêter sur places. Vous reviendrez demain si, et seulement si, le Dr Lecter vous pense apte à retourner sur le terrain.
- Je n'ai pas rendez-vous avec lui avant deux jours.
- Je vous suggère donc d'en fixez un dans la journée. Il s'approcha un peu plus, parla sincèrement. Je fais ça seulement pour vous Will.
Il ne voulait pas être écarté des investigations. Surtout que ce cas présent avait quelque chose de très intéressant. Les émotions du tueur étaient extrêmement vivaces, aussi déchirantes qu'un tremblement de terre et espérait plus que tout à accomplir son but. Et, miraculeusement, aucune haine ne persistait chez cette personne. Simplement cette solitude. Cet abandon.
S'il voulait en apprendre plus, alors il passerait par le bureau d'Hannibal Lecter. Dès ce soir.
Peu importait à quel point son esprit se détériorait, son envie maniaque pour toutes ses investigations étaient plus fortes. Cette vérité d'ailleurs le martyrisait très souvent. Mais elle était là, profondément ancré en lui.
- Si le Dr Lecter ne vous pense pas apte à revenir demain, je vous tiendrais tout de même informer de l'avancement de l'enquête.
- Tr... Très bien. Bafouilla-t-il vidé de toute énergie.
Puis, laissant Beverly ouvrir la marche, il la suivit tremblotant, le dos vouté pour ne pas entrevoir les regards sur sa route. Il détestait ça. Le regard des autres le mettait toujours très mal à l'aise. Plus encore en de telle circonstance...
A suivre...
Voilà pour ce chapitre.
J'espère que vous avez apprécié. N'hésitez pas à le faire savoir, j'accepte toute critique ;)
A très bientôt pour la suite :)
