Toujours, sans but ni conclusion. Je m'amuse.


Une série de vignettes anodines sur la vie quotidienne d'un couple dépareillé

La deuxième main de Hook

Sparrow se surprenait quelque fois à songer, lorsqu'il était un peu pompette, ou totalement désoeuvré (ce qui arrivait souvent, il fallait bien le dire) à la main rescapée de son "Capitaine adoré". Cet objet de culte était réservé aux plus nobles offices, et sont propriétaire mettait un point d'honneur à ne jamais l'utiliser pour des futilités.

Parmi les actes privilégiés, ont pouvait compter: Boire, manger, se soulager, manier le sabre, frapper du poing sur la table (Ca en imposait toujours), tourner les pages d'un livre, faire signe à un tiers de fuir avant de se faire étriper, ôter une poussière sur son magnifique costume. Tout contact humain était à proscrire, même pour frapper. Mais ce qui l'embêtait le plus, c'était que même dans le but "d'amener son partenaire a faire preuve de plus de bonne volonté concernant leur activité extra-directives", il était hors de question de faire face a autre chose qu'au foutu bout de métal tranchant et tordu.

Jack avait rapidement réalisé à quel point il avait eut tort de considérer son amant comme handicapé. Même amputé d'une main, il avait une façon de vous enfoncer son coude dans l'épaule afin de vous maintenir au sol, qui était tout aussi efficace, bien que nettement plus douloureuse. On aurait presque put croire que James s'en tirait mieux avec son outil qu'il ne l'aurait fait de sa main perdue. Certe, l'item pouvait en de rares occasions faire figure d'aphrodisiaque artisanal, ou a la rigueur de persuasion, mais toutes les bonnes choses avaient une fin.

Jack en avait assez. Surtout que le Capitaine n'avait pas pour habitude de faire dans la dentelle, outre ses manchettes et son plastron, et finissait toujours dans sa hargne par réduire ses frusques à l'état de chiffons. Et ça, c'était inadmissible.

Sans être réellement coquet, -mais bel et bien grippe-sous- Jack avait un penchant tout particulier pour sa tenue quotidienne, qu'il arborait toujours avec fierté, bien qu'elle fut un peu crasseuse, mais surtout il n'avait pas grand chose d'autre a se mettre sur le dos.

- " Faire des caprices sur l'état de sa tenue est un défaut d'aristocrate ou de prostituée. "

Lui affirma très simplement Hook, après que Jack lui ait brandit sous la moustache sa ceinture tranchée en deux. Le capitaine ne tolérait aucune réclamation, quelle qu'elle soit, et celles de son favoris ne faisaient pas exception, au grand dam de ce dernier. Il avait bien essayé la prévention, mais celle-ci avorta dans la plus lamentable des situations:

- "Ne déchire pas mon pantalon... c'est l'un des rares dont les coutures tiennent encore, et dont l'odeur ne fait pas fuir les poissons sur un kilomètre à la ronde. James! Non! mais enfin, un peu de tenue...haha...JAMES! "

Crrriiiiitcchhhh...

- "Et voila... il est bon pour être recousu, maintenant! Et qui va le faire? Toi? Je te préviens, il est pas question que je mette la main à l'aiguille, alors t'as intérêt à m'en retrouver un autre, et un chouette, sinon... "

- "Sparrow? "

Cette petit interrogation était bien trop polie et apaisante pour ne pas promettre de massacre en bonne et due forme, pour un peu qu'on y fasse pas attention. Jack se fit tout petit.

- "Voui? "

- "Si tu ne la ferme pas immédiatement, je te promet de t'enfoncer au fond de la gorge ta chemise roulée en boule. Et je te préviens que pour l'avoir déjà pratiqué sur pas mal de grande gueule, c'est très désagréable, extrêmement douloureux, et que la victime finit presque toujours asphyxiée, en rendant ses propres tripes. "

- "Devant la pertinence de cet argument, comment trouver la force de te contredire. "

La tactique ayant échoué, Sparrow se résolut à ravaler sa fierté, et dès le lendemain s'installa confortablement sur le pont, à l'ombre, bouteille à la main et aiguilles en bouche. Ses gémissement de douleurs alors qu'ils se piquait sans relâche animèrent l'après midi des matelots, et leur ex-capitaine finit sa journée les doigts en sang, emmaillotés dans ce qui restait de sa chemise préférée, une expression dépitée sur le visage.

Pour se venger, il fit exprès de scier a demi l'une des courroies maintenant le crochet de Hook en place. Celui ci céda en une heure à peine, alors que son propriétaire effectuait son habituelle inspection de l'effectif du navire. L'appareil s'écroula au sol dans un grand fracas de métal. Fort heureusement, pas un n'eut la folie de rire de cette maladresse, mais Hook en fut si humilié qu'il s'enferma trois jours durants dans sa cabine, sans accepter de voir personne. Jack, confortablement allongé sous la lune, affalé sur les ballots de coton, sifflotait gaiement.

Les représailles ne vinrent jamais. James n'était pas dupe, mais son instinct affûté lui conseillait de se méfier, s'il ne tenait pas à voir un tel incident se reproduire sous peu. Il se montra donc plus consciencieux envers Jack, allant même jusqu'à offrir à son camarade de couchette une chemise similaire a celle qu'il avait avant, en flanelle indéchirable.

- "La vieille sentait mauvais. "

Affirma-t-il encore, plus sévèrement, tandis que Sparrow posait sur lui un regard goguenard.

- "C'est que maintenant que tu commences à saisir à quel point je te suis indispensable, James? "

Ce soir là, Jack assista au tout premier contact entre la peau humaine et la deuxième main de Hook: Il prit une baffe. La deuxième n'est pas racontable.


Praticité

- "Allez, James, soit pas chien... t'es outillé pour, toi! Moi j'ai que mes dents... je vais toutes les faire sauter si ça continue! "

- "Grand bien t'en fasse. Pour le peu de dent véritables qu'il te reste, ce ne sera pas une très grande perte. "

- "Quoi? Tu accorderais tes faveurs à un pirate édenté? Honte sur vous, James Hook! Vous négligez votre rang, votre honneur, et votre pouvoir de séduction! "

Clong. Un objet étranger a l'outillage maritime obscurcit la carte que Hook étudiait depuis un moment avec parcimonie.

- "Sparrow... enlève cette chose de mon travail! "

- "Non! Pas avant que t'ais fait ce que je t'ai demandé! "

- "Imbécile! Si je ne finis pas de consulter cette carte, nous sommes bon pour nous retrouver à crever de faim au beau milieu de nulle part! "

- "M'en fous! Je partirai pas avant! "

- "Oh, pour l'amour de... "

Le capitaine serra les dents, inspira longuement, puis expira.

- "Tu as gagné. Donne. "

Poussé à bout, James exhala un douloureux soupir, étendit le bras, et d'un coup de crochet bien placé, fit sauter le bouchon de la bouteille de rhum.


Divergences

James goûtait un peu de repos, dans le fauteuil du Capitaine, après un copieux repas.

Un terrible migraine le vrillait. Lors de leur dernier abordage, un espagnol sournois s'était insinué derrière lui, et lui avait cassé un pot de chambre -heureusement vide- sur le crâne. Même si l'épaisseur de sa chevelure bouclée avait amorti le choc, Hook en était quite pour un gros bleu sanglant et un bon mal de tête. Malgré cet incident, le quota de blessés usuels, et deux morts dont on ne s'aperçut qu'au décompte des matelots, l'attaque avait été une réussite, et Hook, en bon Capitaine, avait récompensé l'efficacité inhabituelle de ses hommes avec un plantureux festin.

Gentleman éduqué, il s'était vite lassé de leurs rustreries, et les avait abandonné à leur ribambelles de danses, bagarres et chansons paillardes, en attendant d'être malade et de tomber par dessus-bord. Aucune importance, il suffirait simplement refaire un autre décompte, demain matin.

Jack était heureusement resté parmi eux, et James était libre de réfléchir à un second plan d'attaque tout aussi efficace, pour sa prochaine offensive. Mais il ne faut jamais croire aux miracles.

- "MADELEINE LA GUEUSE N'AVAIT JAMAIS D'CULOTTE... "

Ho seigneur Dieu, non...

L'issue était inévitable. A la seconde suivante, un Sparrow bien éméché déboulait dans la cabine, la démarche un peu tanguante, les joues en feu, le regard lourd et enfiévré. James fit mine de ne pas relever cette entrée fracassante, et replongea son nez élégant dans son carnet de bord.

- "CHEVALIER, SORS TON DARD ET DECALLOTE... "

Tu ne l'as pas vu, tu n'entends rien, tu ne dis rien, tu ne l'écoute pas, concentre toi, repense aux cours de Eton... Eton... Eton, le prestige de l'Education Britannique... le savoir est le pouvoir, le savoir est le pouvoir, le savoir est...

- "... ET BOURRE LA RIBAUDE, UN COUP PAR DEVANT... "

...le savoir est bourre la ribaude... COMMENT?

- "...UN COUP PAR DERRIERE... "

- "LA FERME! LA FERME, LA FERME, la ferme, la f... "

Shploff.

Son front haut frappa le bois du bureau, que "l'épaisseur de sa chevelure bouclée" ne suffit pas à amortir cette fois ci. Tout étourdi, ainsi qu'un peu décontenancé par l'attitude de son rabat-joie de capitaine, Jack prit appuis contre le dossier du fauteuil afin de conserver une position plus ou moins verticale.

- "Benalor?... ca va pô'?... Jèm's? Jèm's?... t'as trop bu? T'as mal au ventre? Tu vas vomir? "

Il tapota le dos du pirate de son poing fermé.

Poc, poc.

A bout de forces, James repoussa la main agaçante, et étouffa un bâillement de sa bonne main à lui, privilégiant comme toujours les bonnes manières a la fierté.

- "Je suis fatigué. "

L'autre haussa ses épaules rondouillettes.

- "Ben, vas te coucher! "

- "Jack. Je suis TRES fatigué. "

- "Ben VA te cou... oh. J'ai compris. Tu veux encore que je fasse tout le boulot à ta place. "

- "Exactement. "

- "Que je te déshabille comme un môme. "

- "Tout à fait. "

- "Que je t'enlèves ton attirail de brocanteur. "

- "C'est cela. "

- "Et que je traîne jusqu'à la couchette, et que je te borde comme si t'avais dix ans. "

- "Tu as tout compris. "

- "Je suis pas ta mère. "

Cette phrase fit à Hook l'effet d'une gifle cinglante. Il reprenait un peu de ses sens, durement mis à l'épreuve par la fête, l'heure tardive, la migraine et les beuglements de Sparrow, et se sentit profondément ridicule. Même un solide gaillard tel que lui avait ses faiblesses, et n'était pas, bien qu'il rechignait à l'avouer, totalement insensible a l'absorption d'autant d'alcool en une seule soirée.

Hook n'était pas le genre de personne à s'effacer après avoir subir un affront, surtout s'il était en plus un peu cuit. Toutes ces raisons cumulées suffirent donc a justifier le geste qu'il allait faire: brandir son crochet et en asséner un coup vigoureux à l'homme en face de lui. Et toutes ces raisons cumulées justifièrent également qu'il rata lamentablement son coup, et s'écrasa contre un mur tout proche, pour finir par glisser au sol, piteux, et encore plus fatigué qu'avant. Lorsqu'il cherche a se remettre sur ses jambes, ce fut comme si quelque chose d'invisible le retenait à terre. Il eut beau insister, impossible de bouger. La voix de jack lui parvint, plutôt ouatée:

- "T'es accroché, James. Non, attends, ne bouge pas!... non, ne tire surtout pas! J'arrive! "

Aussitôt dit... Sans aucune hésitation, Jack lui tomba lourdement sur les genoux, sortit la lime qu'il gardait toujours en poche pour se genre de situation, et entreprit de le décrocher.

- "Jack, qu'est ce que... "

- "Ne bouge pas! Tu vas tout saloper! "

- "Jack! Tu m'écrases, triple buse! "

- "Merde, jura tranquillement le Sans Gêne, sans prendre garde à la lueur grenat enflammant les pupilles de son amant, c'est bien accroché. Bon, tant pis, faut carrément tout dévisser. On ira chercher un pied de biche demain matin pour extraire ton truc de la table. "

Il se retourna.

- "Je déteste quand tu fais ça. "

- "Fait quoi? "

- "Tes yeux. Ils sont tout rouges. Ont dirait un monstre marin. "

- "Mythologique, jack. Les monstres marins n'ont que très rarement d'yeux. Un peu de culture. "

- "Et les sirènes, alors? "

- "Tu oserais me comparer avec l'une des ces créatures lascives? "

La lueur grenat augmenta d'intensité, Jack ne s'en inquiéta guère. Liant le geste à la parole...

- "Ben... tes cheveux sont longs et soyeux... "

- "Vire tes sales pattes! Ne touche pas à ça! "

- "Tu adores crier fort pour attirer les matelots... et tu les tues dès qu'ils approchent. "

- "Enlève tes mains dégoûtantes de ma chevelure, Sparrow! "

- "... tout le monde craint de te rencontrer sur l'océan... "

- "Tu m'écoutes quand je te parle! "

- "..et je dois dire, c'est difficile de te résister, toi aussi. "

- "Par la barbe de Neptune, Jack, FERME LA ET DECROCHE MOI! "

- "Puisque c'est demandé avec autant de délicatesse... "

Le brave pirate entreprit donc d'amener le crochet récalcitrant à plus de bon sens, sans trop tordre le bras de son capitaine et compagnon. Une fois l'objet sorti, et le moignon mit à nu, Jack prit la liberté d'examiner le membre amputé de plus près. Fidèle à sa réputation, si la vue de l'attirail de Hook suffisait à lui retourner l'estomac, celle de la chair tranchée ne lui faisait ni chaud ni froid.

- "Fyhou!Tu ne trouves pas que le corps humain est quand même rudement bien foutu? Regarde, la peau s'est refermée tout autour de la ou c'était coupé... et c'est complètement refermé! Fort! Mais les veines restantes, ou elles sont passées? Balèze... "

Hook n'écoutait guère. Les yeux encrés sur le torse exposé du jeune homme sous sa chemise ouverte, il se disait, effectivement que le corps humain était "rudement bien foutu", mais pour une raison différente. Sparrow fut rapidement pardonné.


Compréhension

- "Ecoute, James. Faut qu'on parle. "

Jack se racla la gorge, vérifia que l'intention de son interlocuteur était bien fixée sur lui, et se lança.

- "Tu vois, ca va bientôt faire six mois que tu as intégr... inflitr... emprunt... anex... que tu t'es sauvagement approprié mon bateau par la force, avec violence et cruauté. Oh, pas que ça me dérange tant que ça! Au contraire, je trouve ça plutôt chouette. Le boulot est bien mieux fait depuis que t'es là, et on a pas le temps de s'ennuyer... vu que tu fais bosser l'équipage sans relâche comme un troupeau d'esclaves en les abreuvant de noms d'oiseaux, et en égorgeant allègrement ceux qui se risqueraient a flâner ou a contester tes ordres... "

Il prit sa tête entre ses mains, affligé.

- "Non, c'est pas bon, pas bon, pas bon du tout... reprenons depuis le début. James! "

- "Croa. "

- "Je veux être totalement honnête. Les trésors, les abordages, la ripaille, les beuveries et le reste, tout ça c'est bien marrant, mais j'ai entendu dire... il se trouve que... ont raconte que... voila, certains matelots pensent -et sans mentir, c'est aussi mon avis- que ça t'arrive parfois de t'emporter un peu trop. Comme avec ce mousse de quinze ans. D'accords, c'était une petite frappe sans âme ni conscience, d'accord, il s'était servi de ton jabot de rechange pour astiquer le pont, n'empêche que les gars ont eut un mal de chien a le déclouer du mat tellement t'avais enfoncé fort... Note bien que c'est pas un reproche, hein? Restons calmes. Je te dis ça en toute franchise, dans l'unique but de servir tes intérêts et ceux du navire. "

Le perroquet pencha la tête de côté, franchement perplexe.

Pas déconcentré, Sparrow s'enfonçait dans son monologue.

- "Et puis y'a pas que ça... je sais bien que t'aimes pas aborder ce sujet, mais... y'a moi. C'est pas que j'aime pas traîner avec toi, c'est juste que... il t'arrive d'être... de te montrer...de faire preuve de... simplifions. Tu comprends, si on devait faire un classement, je serais plutôt dans la catégorie "jeune gars séduisant, expansif, décomplexé, plein d'entrain et d'avenir, pétant de santé, un peu inconscient et aimant profiter au maximum des plaisirs de la vie", et toi... c'est pas pour te vexer, mais tu serais plutôt dans celle des "hommes anormalement sérieux aux zygomatiques congelés, à l'ego démesuré, froid, distant, vieilli avant l'âge, maniaque, cassant, méprisant, aigri par l'échec et criblé de frustrations, avec une petite tendance névrotique et une fâcheuse propension a saigner ses propres collègues ". Encore une fois, c'est pas un reproche! T'as pleins de qualités formidables à côté, je dis pas! Mais... tu pourrais leur faire voir le jour un peu plus souvent... histoire de les dépoussiérer... "

Il hésita, puis conclut sombrement:

- "Au moins quand on est seuls tout les deux. "

- "Ta franchise t'honore. Tout de fois, on lui accorderait plus de crédit si la personne concernée était en face de toi. "

James frappait le sol en cadence du bout de sa botte, accusateur. Jack blêmit dangereusement, et passa une main dans ses cheveux entremêlés.

- "Hein? Balbutia-t-il avec un petit rire forcé, Comment? Tu... tu crois que je faisais allusion à toi? Mais PAS-DU-TOUT! Tu te trompes! Je parlais à ce perroquet! Rien à voir avec toi! "

Hook croisa les bras sur son large poitrail.

- "Vraiment. J'ignorais que cette oiseau avait James pour prénom, qu'il cultivait une nature sanguinaire, et que toi et lui entreteniez une relation passionnée bien que chaotique. "

- "Tu vois qu'on en apprends tout les jours! "

Aggrava Jack, avec un petite geste de la main. Le sourire qui barrait son visage n'avait rien d'authentique.

- "En effet. "ego démesuré", "maniaque", "aigri par l'échec"... "criblé de frustrations"... "vieilli avant l'âge"..."

Curieusement, il y avait autant, sinon plus, de dépit que de colère dans la voix du Capitaine. L'autre paniqua.

- "Mais c'est pas ce que je voulais dire! Enfin... pas vraiment. Pas tout à fait. Pas totalement. "

Merde, merde, merde, rattrapage, vite, vite, mayday, mayday... Et flûte. Laissez tout tomber, c'est plus la peine de s'embourber davantage, on l'a dans les dents. Mortel, puisqu'il te faut mourir, tu mourras étouffé dans ta propre sincérité.

- "Oh et puis allez, c'est vrai!... c'est vrai que t'es un peu égocentrique. Comme quand t'as refusé d'admettre à l'apothicaire du dernier port que tu savais pas comment on le soignait, le scorbut... on aurait pu tous y passer, mais bon, c'est pas important. T'as eut une bonne éducation, t'es cultivé, raffiné, et tout le bazard... puis tu connais ton métier, pour sûr, t'es le seul à t'être renseigné avant, et qu'a pas fait qu'apprendre sur le tas... même en pratique, tu t'en tires mieux que tout les autres. Chapeau! T'es un peu maniaque, aussi, avec tes bonnes manières, tes vêtements, tes cheveux, ton attirail, tout ça... trois jours d'escales de suite pour que le forgeron local te fonde un nouveau crochet, avec l'or qu'on avait piqué juste avant, à la garnison du même port... c'était gonflé. Enfin, tu l'as eut, et on a presque pas eut de morts de notre côté. "

- "Aigri? "

Aie. Comment s'en sortir. Vite. Parade.

- "C'est... pas vraiment ça. Disons que ça fait un bail que t'as balancé ton innocence aux requins après l'avoir toi-même violée puis étranglée. "

James eut léger un frisson de dégoût.

- "Pas violée, Sparrow. Je ne suis pas un barbare. Criblé de frustration? "

Mais comment il fait pour avoir une telle mémoire de scrogneugneu...

L'imprudent plissa les yeux, pensif.

- "Ben... c'est visible qu'il y'a un truc qui t'as contrarié, un jour, et que tu t'en remets pas. "

Les narines de Hook se dilatèrent sous le poids de l'indignation, et jack crut presque le voir écumer. La lueur rouge reprit sa place habituelle entre ses iris, ce qui était très mauvais signe.

- "C'est pas tes affaires, Sparrow! "

- "Ok! J'en parlerai plus. Je dirai plus rien. Juré. "

Silence.

- "Puisque je vais mourir, ajouta timidement le condamné, je dirais encore que t'as le sang jaune, que tes yeux deviennent rouges quand tu t'énerves, et que t'es le seul pirate auto-emophobe que je connaisse et que tu souffres d'un complexe d'oedipe pas piqué des hannetons. Voila, voila. Je crois que c'est tout. "

Le moment était venu pour sa vie de prendre un tournant décisif. Jack attendit avec appréhension que le destin ne punisse son insolence, sous la forme d'une mort rapide et extrêmement douloureuse, qui non contente de lui tomber dessus si tôt et de manière si injuste se faisait attendre.

James hésitait. Mais savoir si son hésitation portait entre poursuivre cette houleuse conversation, ou en finir sur le champs d'un coup de crochet bien placé, était impossible. Enfin, le capitaine se décida a lâcher la question qui le taraudait.

- "...vieilli avant l'âge? "

Le jeune homme ouvrit un oeil. Puis l'autre, tout aussi surpris. Le tout formait une expression hautement incrédule, devant cet homme si d'ordinaire si indifférent de ce que les autres pensaient de lui en dehors de son équipage. Faire preuve d'autant de déception d'un coup était impensable, et pourtant...

Avant que son amant n'ait le temps de réaliser sa faiblesse, et décide d'agir en conséquence, Jack prit les devants.

- "T'es pas vieux, James. Enfin, si, plus que moi, mais t'es pas vieux concrètement. Non, c'est juste que parfois, ton pragmatisme fait peur. T'es trop mature pour nous, pirates indisciplinés. "

- "Hum. Les pirates sont des chiens. Tout juste de la viande à poissons. "

- "Ouais, t'as raison, on est tous des cons. Et c'est toi le chef. "

Ajouta-t-il malicieusement, assez fort pour être entendu. Mais l'autre n'eut qu'un reniflement méprisant.

- "Encore heureux. Qu'est ce que vous feriez sans moi? "

Plus bas, grognon:

- "Et le sang jaune, j'l'ai pas choisi d'abords, et les yeux rouges c'est une allergie que j'ai depuis tout petit, et mon "auto-emophobie" ta regarde pas, et mon complexe d'oedipe, comme tu dis, il te dis m... 'spèce de godelureau lascif. "

- "Quadragénaire. "

Imparable.


Quelques questions existentielles essentielles

- "Comment fais-tu pour applaudir? "

- "Je n'applaudis jamais. ON m'applaudit. "

- "Alors c'est ça ton secret! Faire applaudir les autres... pour donner le change! "

- "Tu as tout compris, Jack. Et avant de juger ma tactique, trouve donc un moyen de parvenir au même résultat. "

- "Heu, non merci. J'aime saisir les opportunités à deux mains... Et pour tâter les "attraits" d'une jeune personne? "

- "Je me remémore à quel point la syphilis fait des ravages parmi les imbéciles imprévoyants. "

Sparrow se mordit la lèvre supérieure, confondu, et hocha la tête.

Avec Hook, il était inutile de poser des questions.


Dégradation

Pouic. Pouic. Pouic.

- "Mmmm... rnfl! Rrrr... fff... "

James ébaucha un sourire, et planta de nouveau la pointe arrondie de son crochet dans la chair replète.

Jack grogna une nouvelle fois, un grognement de chien en train de rêver, tandis que les muscles de sa jambe s'agitaient de spasmes instinctifs.

Pouic. Pouic.

- "Gnarf... gnarf... wou... "

- "Seigneur, c'est impensable... Jack! Ote toi de là! "

- "Rrrr... vat'fair. "

C'est à cet instant précis que Hook remarqua l'estafilade encore fraîche zébrant la peau de l'ex capitaine, partant de l'épaule ronde jusqu'aux flancs. L'abordage de la veille avait été particulièrement pénible.

La faiblesse des pirates avait été de sous-estimer la force défensive d'un vaisseau de marchandise, qui s'était rapidement révélé corsaires du Roy, et ce qui au départ devait être une entreprise mesurée, rapide et calibrée à la minute près, s'était embrouillé, mélangé, pour se terminer en joyeux massacre ou pleuvait les coups, les injures et les membres ensanglantés.

De retour au bateau, le capitaine n'avait pas prit la peine d'assaisonner le peu qui restait de son équipage, et s'était directement écroulé sur sa couchette, en jetant juste son chapeau empanaché dans la figure de Sparrow, qui suivait. Sparrow, trop épuisé pour ne serait-ce que songer à jeter un oeil a sa blessure, et plutôt qu'affronter l'humeur acidique de son capitaine et amant en quémandant sa place sur le matelas, avait préféré se traîner jusqu'au fauteuil rembourré pour y passer la nuit.

James s'éveilla aux aurores, accablé d'un poids sur l'estomac. Ce poids portait un nom, et il n'était toujours pas dupe.

- "Jack. "

Un léger ronflement porcin lui répondit. Le pirate avait, on ne sait comment, transité au cours de la nuit du fauteuil inconfortable, jusqu'au torse musclé, encore plus inconfortable, mais ayant l'avantage de se trouver en position horizontale, et ronflait à présent allègrement, vautré sur le capitaine agacé.

Le crochet s'éleva, se glissa sous la vieille chemise crasseuse, a moitié déchirée (Interdiction formelle de porter la neuve pour aborder un navire!) et souillée de taches brunes, James fronça les sourcils. Paresseusement, il s'amusa a piqueter la peau découverte de sa pointe métallique, conscient que la lame bien émoussée par les événements de la veille ne risquait pas d'entamer la chair. Troublé dans son doux repos, Jack tenta de repousser l'outil importun d'un tressaillement d'épaule, le même qu'aurait eut une vache à l'égard d'une mouche insistante.

Pouic. Pouic. Pouic.

- "..mm... un Craken sauté au ptits oignons frits pour moi, mademoiselle... James! Comment vas-tu? "

- "Tu fais du gras, jack. "

L'accusé cligna des yeux, un peu surpris par cette réponse qui n'avait rien d'un "Bonjour!" ou même d'un "Mais que faites vous dans mon lit, monsieur?", ou autres "My God, mon fiancé va me tuer! ".

L'esprit confus, il s'entendit rétorquer vaguement:

- "Oui, ça arrive souvent aux mignons, confis dans l'opulence et la tranquillité de leur seigneur et maître, de se laisser aller et de s'empâter. "

- "Et tu sais ce qui attends les mignons qui s'empâtent, n'est-ce pas? "

- "Mmm... répudiation, humiliations, crachats, mépris... et des tas de trucs sympa dans le même genre. "

- "Et ça ne te fais pas peur? "

- "Gnon. Pas du tout. "

James haussa les sourcils, intrigué.

- "Vraiment? Tu ne crains pas que je te remplace? Tu ne penses pas qu'un homme tel que moi pourrait trouver mieux qu'une loque grasse et alcoolique? "

- "Honnêtement, à ce prix, non. "

Hook éclata d'un rire arrogant, très peu flatteur quant a l'irremplacibilité de Sparrow.

- "Mais regarde toi, tu tombes en lambeaux! Hier soir, tu t'es couché avec tes frusques répugnantes, couvert de boue, et du sang mélangé des ennemis et du tiens! Tu n'as même pas songé à te soigner. Tu ne fais pas plus état de ton état de santé que de ta conduite. Tu es un irresponsable achevé et un rustre. "

Loin d'être inquiet, ou même vexé, Jack sombrait déjà de nouveau dans son sommeil interrompu.

- "...je croyais que c'était ce qui faisait mon charme... "

Marmonna-t-il, sans y penser.

- "Ne compte surtout pas sur moi si tu attrapes la gangrène. Se sera la planche sans une hésitation. "

- "Toujours aussi romantique, James. "

- "Je ne plaisante pas. Et ouvre les yeux quand je te parle! Je te défends de te rendormir! "

Sparrow obéit, un peu réticent. Le Capitaine était parti dans l'un de ses innombrables laïus, qui n'avaient pour but que de démontrer à la face du monde qu'IL avait raison, et auxquelles il était impossible de couper court, même en baissant les bras d'office. Qu'on lui sucre sa grasse matinée pour ce genre de blabla à sens unique, avec tout le sport de la veille, le mettait de mauvaise humeur.

- "Si je puis me permettre, tu ne sens pas la rose non plus. Et tu ne t'es pas soigné davantage. "

- "Parce que je n'ai pas laissé le moindre de ces marchands de soupe m'atteindre! J'ai fait attention à moi durant la bataille, au lieu de foncer vers les réserves de rhum, au mépris de ceux qui te barraient la route! "

- "C'est vrai que la recette a bien fonctionné. C'est ça, une vraie existence de pirate. Après l'abordage, ceux qui sont encore en vie sont riches. On va pouvoir acheter des tas d'alcool, de nourriture et d'armes pour la prochaine traversée...tient au fait, a propos de trésor, quand est-ce que tu comptes me payer, pour les faveurs que tu reçois, quasiment tout les jours? "

- "Quelle étrange question. Pourquoi te paierais-je? A ce que je sache, le navigateur n'est pas payé pour son travail. "

- "Celui que tu as si noblement égorgé a reçu son juste salaire. Faut dire qu'il faisait un travail de cochon. On se serait retrouvés aux Bermudes avant d'avoir compris ce qui nous arrivait...Promets moi! Si un jour on en retrouve un autre, à défaut de l'employer gratos, tâche d'être un peu plus mesuré! Ca court pas les rues, les navigateurs qui sont pas déjà réquisitionnés par sa majesté le Roy! "

- "...pas plu rémunéré qu'un barbier, ou un cuisiner. "

Ouais, il a rien écouté, et je suis bon pour mon petit discours bien relevé.

En effet.

- "Estime toi heureux d'avoir trouvé une utilité, c'est la seule raison qui fasse que l'on ne te vende pas comme esclave au prochain port, pour rembourser tout ce que tu as pu abîmer, ou détruire. "

- "Et mon petit pécule, alors? "

- "Tu auras ta part au même titre que tout les autres. "

- "Mais c'est pas un peu dégradant? "

- "Sparrow, l'homme a besoin de plusieurs chose afin de vivre. L'aventure. Boire, manger. Dormir. Se soulager. Rêver. Se distraire. C'est dans cette catégorie que tu interviens. Ce n'est pas plus dégradant que les autres, à peine moins bien vu. "

- "Mais... pourquoi moi? "

Hook s'assombrit.

- "Je préfère te savoir sur cette couchette plutôt qu'en liberté sur le pont. J'ai le sentiment que tu y feras moins de dégâts. "

- "Oh, la tu t'avances. Tu ne me connais pas. "

- "Je le don de cerner les gens, Sparrow. "

- "Et moi le don de les surprendre. Chacun son art. Mais ne crois pas que je vais toujours me laisser faire, James. "

- "Serait-ce une mutinerie? "

- "Non... seulement, je suis pas ton esclave. Tu as droit de vie et de mort sur moi, c'est entendu... tant que je suis encore avec toi. "

- "Tu fuirais? Tu abandonnerais ton précieux bateau, tout en sachant ce qui c'est passé avec le dernier? Je suis flatté de me savoir encore plus dissuasif qu'un monstre marin aux crocs effilés. Sparrow, tu n'es qu'un lâche, un traître, et un débauché inconséquent. La couardise est plus qu'une habitude chez toi. C'est une seconde nature. "

- "C'est pas sympa de dire ça au type qui brave son dégout tout les matins et tout les soirs, dans ton seul et unique intérêt! Chacun son Craken, James. D'autres choses que la peur peuvent inspirer l'envie de fuir. L'asservissement, par exemple. Ou l'aventure. "

- "Si tu n'as pas gaspillé l'intégralité des forces qui te restaient à proférer ces stupidités, aurais-tu l'amabilité de te cesser de m'asphyxier? "

- "Non. T'es confortable, même si tes foutues breloques me rentrent jusque dans... le nez, et puis on dirait que t'as pris du ventre. Remarque c'est bien normal, avec tout ce que tu bouffes..."

- "Sparrow! "

- "Taratata! Tu crois que je te vois pas, à table? Tu dévores la part de quatre personnes! Ce qui fait que les trois restants se serrent la ceinture... à chaque repas, c'est à tour de rôles des trois gogos qui vont laisser leur part au capitaine! "

- "Foutaises! Je t'ordonne de te taire! "

- "Non! Je te le dis et je le répète, toi, James Hook, tu engloutis avec la même avidité qu'un goret boulimique! T'enfournes presque autant que le poêle! Tu bâfres tellement que tu rentres plus dans tes petites chemises serrées! Je le sais, c'est moi qui doit te les enfiler! "

- "SILENCE! Tu ne sais plus ce que tu racontes! Tu cours droit à la sanction définitive! "

- "M'en fiche! J'le redirais encore! Et encore! Et encore!... "

Plus bas, avec une petite moue contrarié.

- "...pas tant que t'aura reconnu que je suis pas un lâche. J'ai pas toujours fuit. J'ai fait face à la grosse bébête, et elle m'a craché au visage, la garce. Mais j'ai pas honte. Pas une seconde, je n'ai baissé les yeux. "

Curieusement, Hook s'adoucit. Cet épisode le ramenait face a d'anciens démons, autrefois craints, a présent vaincus. Ou tout du moins, éloignés. Il n'était certes pas le plus ouvert des psychologue, mais ça, il pouvait le comprendre. Sa main gauche s'aventura dans la chevelure rugueuse.

- "Tout comme moi, Jack. A l'heure de la mise à mort, j'ai défié le monstre qui me harcelait sans trembler. "

En réponse, Sparrow sourit largement, découvrant sa double rangée de dents bicolores.

- "On a peut-être plus de point communs qu'on ne le pense, chéri. "

- "Au risque d'emprunter tes mots, Jack, "faut pas charrier." "


Et tant pis si c'est des mots dans le vide, et tant pis si je tartine. Moi je trouve ca rigolo. ^^