Il est 8h04. Cela fait exactement 37 minutes que je regarde ma montre toutes les 1 minute ce qui signifie que je l'ai regardée très précisément 37 fois. Mon père va se lever dans 6 minutes, c'est à dire à 8h10. Il est à présent 8h05. Je regarde ma montre une trente-huitième fois quand soudain le réveil de mon père se met à sonner. Je récupère le plateau soigneusement préparé par moi-même et cours vers sa chambre. J'ouvre la porte de sa chambre violemment et allume la lumière. Dans un gémissement il se réveille, frotte ses yeux tandis que je l'attends, surexcitée, et me regarde, encore à demi endormi.
- Barbara...?
-Papa ! lui hurlais-je brusquement. J'ai préparé ton petit déjeuner ! Vite, il faut qu'on y aille !
- Ah merci... répondit-il. Mais je vais prendre un café au poste, ça suffira amplement.
Lentement mon visage souriant et plein d'envie se transforma, passant d'un air joyeux à maussade. Ces mots avaient détruit ma matinée.
- Je vais prendre une douche et on va partir.
- Ah... bon bah... je vais manger le petit déjeuner alors... voilà.
Je le regardais partir vers la salle de bain et dégustais tranquillement le petit pancake que je lui avais préparé - grand moment de solitude. Il sortit enfin après une vingtaine de minutes, vêtu de sa traditionnelle veste couleur sable, de sa chemise grise et de sa cravate rouge bordeaux.
- Quelle classe ! déclarais-je en souriant.
- Je te renvoie le compliment. me dit-il en désignant ma tenue d'un geste de main.
Bon c'est vrai que je m'étais habillée style "flic" pour l'occasion. Une chemise rose pâle, un veston gris clair à rayures, un jean noir et mon pendentif mauve voire violet pastel. C'était simple mais classe - sans me vanter bien-sûr. Il ouvrit la porte de la maison, me laissa sortir, en fît de même, la referma et me mena jusqu'à sa voiture de fonction. Une fière Chevrolet dotée de vitres teintées, portières portant le logo G.C.P.D. et jantes noires. L' alliance du bleu marine et du noir mêlée à sa forme de 4×4 lui donnait une allure remarquable. Le voyage fût rapide et agréable - avec un tel bolide, que demander de plus ?
- Nous y voilà. déclara mon père avec une sorte de fierté.
En sortant de la voiture et nous approchant de l'entrée, il continua à parler.
- Le département de police de Gotham City est fier de t'ouvrir ses portes et...
- Je peux ? demandais-je en le coupant.
- Euh... de quoi parles-tu ? rétorqua-t-il, interrogatif.
- Bah. Ouvrir les portes !
- Ah ! Oui...
Mon coeur s' emplit alors d'une sorte d'excitation que je ne saurais décrire. J'ouvris les portes et échappais de peu à la crise cardiaque.
- Bienvenue, Barbara !
Tous les membres du poste avaient préparé mon accueil - c'est trop mignon ! Ils passèrent tous à côté de moi les uns après les autres et me glissèrent chacun un petit message.
- Bonne chance !
- Bienvenue dans la famille.
- J'adore tes cheveux !
Je ne puis m'empêcher de rougir. Je me tournais pour voir mon père... qui avait disparu - ça ne change pas des habitudes - et m'avait donc encore laissée seule. Seule jusqu'à ce qu'un homme, bourru, grand, les cheveux blonds et courts, une grosse moustache et vêtu d'un uniforme de police classique arrive.
- Alors ? T'es la p'tite nouvelle ?
- Oui... c'est moi. répondis-je avec une légère hésitation.
- Tu ressemble à ton père. continua-t-il. Un sombre crétin.
À ces mots je préférais ne pas répondre - pour éviter de me faire abattre - et me déplaçais lentement vers un couloir pour lui échapper. Il m'empêcha de bouger et continua.
- Allez, j'dois te faire visiter.
Quoi ? Plutôt faire la visite avec le pire criminel de Gotham ! Bon, j'ai pas le choix. Je vais tâcher de rester sympa... il m'emmena d'abord à la cantine du poste. Modeste, elle contenait une quarantaine de places. Puis il me fît visiter les salles d'analyse et de recherche situées au sous-sol. Ensuite, on passa rapidement par les cellules - 20 dont 6 remplies - et par le bureau du chef, vide. Bref. On continuait de se promener dans les couloirs, tous me dévisagaient quand une question me vint à l'esprit. C'était assez malpoli et il fallait que je trouve une tournure adroite pour la lui poser. Après quelques mètres je décidais de lui poser ma question.
- Hé ! lançais-je en lui tapotant dans le dos. C'est quoi ton nom ?
Soudain je repris mes esprits. J'avais vraiment dis ça ? Il me regardait d'un oeil sévère - je suis sûre qu'il me jugeait - et inspira très fort avant de répondre.
- Ha ! T'as du cran, petite ! J'vais t'dire, je suis celui que tout le monde respecte, le redoutable et redouté, le seul, l'unique, le Chef O'Hara ! Mais appelle moi Clancy.
- Attends deux secondes, tu m'autorises à te tutoyer et à t'appeler par ton prénom alors que tu es le chef ? questionnais-je en lui lançant un léger sourire.
- J'ai pas dit que tu pouvais me tutoyer, petite.
- Je te tutoierais quand même.
Il me sourit et s' en alla vers son bureau en m'indiquant la direction des bureaux destinés à ses collègues - c'est nous ! Je me dirigeais donc vers la cafétéria, tournait à gauche avant d'y entrer, passait devant les escaliers menant aux labos et arrivait enfin devant deux portes vitrées - en verre armé - sur lesquelles étaient affichés des logos G.C.P.D. ainsi que l'indication "Police Criminelle" en dessous de ces derniers. Je passais la porte et découvris une grande salle, entourée de petites salles insonorisées et faite de petits bureaux sur lesquels on trouvait dossiers, stylos, ordinateurs et barres en métal sur lesquelles étaient écrits les nom et fonction de chaque policier à qui appartenait le bureau correspondant. Ils étaient une dizaine sur les ordis, cinq ou six discutaient dans les couloirs et d'autres étaient dans les salles annexes. Le bureau du lieutenant, les salles de réunion, les salles d'interrogatoire et la petite salle de repos constituaient ces mêmes salles annexes. Je vis quelqu'un dans le bureau du lieutenant. Je toquais à la porte, une voix me répondit "Oui ?" et j'entrais en observant l'homme qui m'avait répondu. C'était un homme d'un certain âge. Il avait des cheveux gris, des lunettes et la peau pâle.
- Barbara. dit-il en se levant et en s' approchant de moi. Enchanté, je suis David Cornwell.
- Enchantée, monsieur.
- Je vais vous mener à votre bureau. Si vous voulez bien me suivre.
Il m'emmena à côté de la petite salle de repos. Il y avait deux vitres qui étaient à la perpendiculaire l'une de l'autre et qui formait ainsi une sorte de petite pièce. Il y avait deux bureaux : un premier, déjà rempli de papiers en tous genres et de dossiers en bataille. Il n'y avait qu'un ordinateur sur le deuxième. Les deux avaient les fameuses petites barres en métal. La première barre était abaissée et la seconde, droite, laissait paraître un nom qui m'était bien familier. David me laissa en déclarant que ma collègue allait arriver. Le nom sur le deuxième était bien le mien. "Barbara Gordon" suivi de la mention "Détective". La classe ! J'étais détective avec une certaine... euh... voyons voir. J'approchais lentement ma main de l'autre barre de métal que je soulevais en tentant de lire le prénom qui y était inscrit.
- Renee ...
- Montoya. répondit une voix.
Je me retournais soudainement et aperçut une femme au teint mat, aux yeux marrons, aux cheveux courts, noirs et bien coiffés et qui portait des vêtements classiques - vous allez en avoir marre des descriptions de vêtements - de détective : veste noire, jean bleu roi, chemise blanche et porte-flingue en cuir. Elle me regardait de haut en bas avec classe. Elle me tendit la main et me la serra - wahou, quelle poigne !
- Alors, prête à devenir détective à mes côtés ? demanda-t-elle.
- Oui ! déclarais-je.
- Parfait. Tu aimes écrire ?
- Euh... j'aimais écrire des romans au lycée et...
- Parfait ! Tiens. continua-t-elle en me donnant un paquet de papiers. Ceci est ce que l'on appelle de la paperasse. Ta mission : lire toutes les feuilles et y écrire les infos manquantes.
- Mais comment je vais...
- Je plaisante, c'est juste des papiers où tu dois mettre des infos sur toi.
Ha, ha ! Voilà une partenaire qui a le sens de l'humour ! Je sens qu'on va s'entendre. Bref. Après quelques signatures - le retour des licornes - et informations sur ma petite vie, je me dirigeais vers la salle de repos en compagnie de cette chère Renee.
- Un café ? me demanda-t-elle.
- Non, rétorquais-je. Je vais prendre un Coca...
J'ouvre le petit frigo et là, sacrilège ! Pas de Coca ! Bref. Sans Coca, la journée fût difficile - mais instructive ! L'après-midi passa assez rapidement et j'ai eu le temps de discuter et de faire véritablement connaissance avec ma nouvelle partenaire. Enfin le soir arriva, puis la nuit et ainsi de suite...
Les semaines ont passé, nous sommes aujourd'hui le 19 octobre. Il doit être 14h30 et je sirote tranquillement un Coca-Cola - depuis que j'ai exprimé mon mécontentement quand au fait qu'il n'y en avait pas - dans ce que j'appelle "notre petit Q.G.". Les pieds en éventail sur mon bureau, j'attendais Renee pour que nous puissions reprendre nos petites discussions. Rien n'avait changé au poste - à part l'apparition de Coca-Cola dans le frigo. J'avais épluché des tonnes et des tonnes de dossiers de meurtriers et criminels en tous genres.
- Allez, on arrête de rêvasser. me lança Renee en arrivant à notre Q.G.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demandais-je.
- Nous avons un crime sur les bras, en avant, partenaire. continua-t-elle en me faisant signe de venir.
Je me levais de mon siège, attrapais une valisette, enfilais ma - propre - veste de détective portant le blason G.C.P.D. et m'en allais du Q.G.
