2.

- Pourquoi tires-tu une tête pareille, Machinar ? Mon état est si mauvais ?

- C'est pire que mes plus sombres prévisions.

- Moi, je me sens plutôt bien… Enfin, si voir voler des éléphants roses est considéré comme normal ! ?

- Si je diminue les analgésiques, tu vas te tordre de douleur et il importe que tu ne fasses pas sauter les multiples sutures de ton ventre.

- Tu me ramènes sur le Karyu ? souffla Aldéran que les quelques propos échangés avaient épuisé.

- Oui. Le Colonel Zéro a pris contact avec la Flotte de l'Union qui lui relaie la position de L'Ombre Noire, et le moment venu l'appuiera de ses vaisseaux Wird qui valent bien ce dernier vaisseau sorti des chantiers navals Skendromme !

- La première entremise ratée, il reste notre seconde option, gémit le grand rouquin balafré, le teint livide et agité de tremblements d'épuisement. Je ne veux pas assister à ça, le cautionner… Warius sait exactement comment mon père raisonne au combat, les chances seront égales, et avec l'appui de la Flotte elles seront au final inégales pour ce vieux pirate qui est avant tout une victime…

- Mais on ne peut pas le laisser continuer, je parle de ce Grunda. En revanche, ce ne sont plus tes soucis. Je finalise ton transfert sur le Karyu. Et je sens que ce transport va t'obliger à doubler mes doses d'antidouleurs…

- Je ferai même plus que ça, marmonna sombrement le Doc du Karyu.

Non sans soulagement, le directeur de la station spatiale avait vu le Karyu reprendre son envol.

« Je ne sais pas ce que je redoutais le plus, en fait, ce foutu pirate ou la présence de ce vaisseau remilitarisé… Ce n'est vraiment pas bon pour les voyageurs et le commerce ! ».


Clio reposa la harpe sur le guéridon à côté d'elle.

- J'ai encore essayé, Warius, je te l'assure, mais l'emprise de Grunda est totale sur Albator, je ne peux m'unir à son âme.

- De toute façon, même si Aldéran ne pouvait frapper son père à mort, il demeure le seul à pouvoir combattre ce Grunda sous sa forme véritable puisque tout indique qu'il ne quittera pas son hôte. Et ce n'est pas parce qu'Aldie a cru le percevoir, qu'il peut vraiment aider son père à l'éjecter, puisque cette entité ne peut combattre en étant infiltrée.

Warius but quelques gorgées de café.

- Mais Aldéran ne sera même pas capable de tenir debout que nous aurons rejoint et serons amenés à combattre notre ami… J'aurais voulu éviter d'en arriver là. J'espérais tant de leur rencontre, qu'Aldie pourrait aider à faire sortir Grunda, qu'on récupérerait Albator sans plus de combat…

- … Et Aldéran y a cru tellement fort, soupira la Jurassienne. Il a pensé réussir au point de laisser son père s'approcher, suffisamment près pour le frapper au corps à corps.

- Nous y avons cru, toi et moi, rappela Warius. Nous nous sommes tellement réjouis d'entendre Albator dire qu'il avait combattu Grunda et l'avait repoussé !

- C'est vrai, admit-elle en prenant la bouteille de vin qu'il lui avait apportée. On ne peut pas le blâmer de s'être fait prendre au double jeu de Grunda qui n'a jamais lâché le contrôle de notre ami… Il voulait tant éviter l'option pour laquelle tu t'es envolé.

- Et il n'y aura plus d'autre alternative, soupira le Colonel de la Flotte Indépendante. Je dois, à nouveau l'affronter et oublier l'amitié née de nos premiers combats pour le détruire !

La Jurassienne eut comme un sanglot, ce qui ne lui ressemblait absolument pas.

- Mais Albator est comme parasité, ce n'est pas lui, il n'a jamais voulu aucun des actes posés ces derniers temps !

- Inutile de me le rappeler, je le sais aussi bien que toi. Mais que veux-tu donc que je fasse d'autre ? J'ai les ordres de mon état-major ! Albator est redevenu catalogué fou dangereux et à abattre par tout qui aurait la puissance de feu de le défier et de le battre !

- Aldéran…

- Toi et moi nous sommes servis de lui, avec son accord, pour la tentative la plus pacifique possible. Et vu ce qui est arrivé, il dispose à peine des forces pour respirer et combattre les infections, pour simplement vivre. Et si j'en crois les rapports médicaux de Machinar, les lésions internes sont graves, les organes sérieusement lésés, et il s'est tant vidé de son sang…

- Aldéran s'est engagé, en parfaite connaissance de cause, et il avait déjà combattu Grunda. Je sais que je l'ai envoyé au casse-pipe, mais il était d'accord.

- S'il avait su ce qu'il affrontait vraiment, jamais il ne se serait dressé face à son père ! jeta violemment Clio qui s'était redressée. Je sais qu'il fallait tenter cette approche, sinon jamais Aldéran n'aurait accepté ton plan, mais celle que tu envisages désormais il ne pourrait s'y résoudre.

- Il ne peut pas plus y participer qu'il ne peut s'y opposer, remarqua Warius en vidant son verre de red bourbon. Et tout semble indiquer que j'arrêterai la course sanglante de mon meilleur ami avant que son fils ne puisse quitter son lit de souffrances.

- Et tu ne vas même pas essayer de l'épargner ? insista la Jurassienne, désespérée.

- Je ne peux plus, Clio. La situation est trop officielle. Et autant mon état-major que l'Union veut la disparition de ce pirate légendaire… Je ne suis pas capable de me sortir de cette situation, et je dois le faire, l'atomiser ! S'il avait son Arcadia, il disposait de son porte-bonheur, mais bien que redoutable, cette Ombre lui est bien moins familière ! Il n'y a plus qu'à espérer qu'en dépit des rapports de Doc Machinar, Aldéran va se rétablir mieux et plus vite que prévu !

- Illusionne-toi encore, mais moi non ! décréta Clio alors que Machinar venait de s'annoncer à l'appartement et s'était tenu devant eux.

- Je sais que tu es relativement inexpressif, vu ta nature Mécanoïde, mais quel est le souci ? firent d'une voix Warius et Clio.

- J'avais mis Aldéran sous sédatif pour son transfert, afin de ne pas ajouter les traumatismes des manipulations à son état général.

- Une attention plutôt délicate, je dirais, indispensable aussi. Quel est l'ennui ? répéta le Colonel du Karyu.

- L'effet des tranquillisants se sont dissipés depuis un bon moment à présent Mais il ne se réveille pas… Impossible de lui faire rouvrir les yeux !