J'avais neuf ans lorsque nos parents sont morts, tu n'étais encore qu'un bébé. Nous avions toutes deux était recueilli par Mrs Hurst, notre tante moldu qui possédait Bloomfield, c'était un très beau domaine où elle cultivait des fleurs que lui rapportait Mr Hurst de ses nombreux voyages en Asie.
Avec un nom pareil, la vie chez Mrs Hurst ne pouvait être qu'agréable pourtant, j'avais vécu chez elle les pires six mois de mon existence. Elle avait acceptait de nous prendre avec toute la mauvaise volonté dont on pouvait s'attendre d'une vieille veuve maniaque, riche et avare. Loin de me témoigner l'affection d'une tante, ou juste celle que l'on devait à un enfant ayant récemment perdu ses parents, elle s'évertuait à me rabaisser devant tout le monde et surtout devant ses enfants en me rappelant à quel point j'étais stupide, maigre et laide.
Mrs Hurst avait trois enfants, deux filles et un garçon. Charlotte et Caroline, âgées de quatorze et douze ans étaient capricieuses, sottes et superficielles. Souvent, elles repoussaient leur promenade dans le parc à l'heure où je récurais le sol de l'entrée, imprimant de leurs souliers boueux le carrelage miroitant. De temps à autre elles sortaient de la salle de musique pour m'observer du haut des marches nettoyer de nouveau en ricanant.
Pendant que les autres enfants étudiaient ou s'amusaient, j'aidais les employés de maison dans leurs corvées. Mrs Hurst leur avait interdit de me témoigner une quelconque marque de sympathie car cela m'aurait conforté dans mon attitude de jeune hypocrite, la plupart se montrèrent affreusement obéissants. Heureusement, il y avait Polly, la cuisinière qui m'aimait bien même si elle me trouvait « un peu sauvage et emportée », elle me donnait les taches les moins pénibles et me laissait toujours quelques biscuits et un verre de lait lorsqu'elle donnait leur goûter aux enfants de Mrs Hurst.
C'est alors que mes pouvoirs ont commencé à se manifester. Malgré les nombreuses remarques des employés de maisons et les plaintes répétées de ses enfants, Mrs Hurst faisait la sourde oreille, admettre mon anormalité l'aurait obligé à m'envoyer en pension et à débourser plus que nécessaire pour une méchante et ingrate petite orpheline. Plus ces phénomènes inexplicables se produisaient, plus ses punitions devenaient cruelles et excessives. Un jour alors que je balayais la cuisine, j'entendis les enfants parler de moi dans le jardin, il se moquait de notre famille, Caroline avait osé dire de notre père que c'était un ivrogne et qu'il s'était suicidé parce qu'il ne pouvait plus subvenir aux besoins de sa famille. Un instant plus tard, Caroline se trouvait à terre, une main sur sa joue écarlate, la lèvre en sang et moi j'écumais de rage, le souffle court, j'en avais assez de ces insultes et de ses humiliations quotidiennes. Cependant, mon geste me coûta extrêmement cher. Je n'avais jamais vu Mrs Hurst aussi en colère. Sitôt que les enfants l'avaient prévenu, elle me tira par les cheveux et m'entraîna vers le coin le plus sombre de la maison, la cave.
—Non, non je vous en supplie arrêtez, vous me faites mal !
—Silence petite sotte, si votre mère a fauté dans votre éducation, je me chargerais personnellement de corriger votre caractère.
Tout en me parlant, elle me secouait violemment par les épaules, je lui mordis la main.
—Ah ! Comment osez-vous, petite sauvage !
Elle me gifla du revers de la main et son alliance entailla ma joue. Lorsque je vis le sang sur mes doigts, c'était comme si quelqu'un d'autre avait pris possession de mon corps.
—Pourquoi me fixez-vous ainsi, comme un tigre affamé? Vous n'avait eut que ce que vous…
Une lampe éclata, bientôt suivit par toutes les autres. Nous étions dans la gallérie des iris. C'était un long couloir parcourut de large porte fenêtre donnant sur le jardin où Mrs Hurst aimait prendre le thé en compagnie de ses amies.
Plongée dans une semi-obscurité, je distinguais à peine le profil de ma tante, se tenant la tête entre les mains pour se protégé des débris, je l'entendais me crier d'arrêter.
—C'est toi qui as fait ça ! Tu es un monstre, tout comme ton père !
Elle s'apprêtait à me frapper encore et la première porte fenêtre explosa, provoquant un fracas assourdissant, la puissance du choque faisait voler les débris de verre et de bois dans tous les sens.
Non, ne t'approche pas de moi ! S'écria-t-elle en se précipitant de sa démarche boiteuse vers la porte du fond. A mesure que j'avançais, les fenêtres éclataient sur mon passage. La domination est une sensation grisante et dangereuse, j'avais l'impression qu'un immense pouvoir parcourait mon corps, déferlait dans mes veines, électrisait ma peau jusqu'au bout des doigts. Je me sentais puissante, je me sentais invincible…et j'adorais ça.
La dernière fenêtre éclata au visage de ma tante avant qu'elle n'atteigne le loquet de la porte. Elle tomba à terre en criant de douleur. Elle leva vers moi un visage en sang, me suppliant d'épargner sa vie.
Je t'en pris, Hestia…
Navrée ma tante, mais quelqu'un se doit de corriger votre caractère…
Je ne savais pas pourquoi j'avais dit cela, je ne savais même pas ce que j'allais faire, mais ce dont j'étais sure, c'était que voir la terreur déformer le visage ensanglantée de Mrs Hurst me procurait un plaisir transcendant.
Lorsqu'ils avaient entendu crier leur maîtresse et le vacarme des explosions, les domestiques s'étaient précipités dans la gallérie des Iris. Ils m'avaient empoigné et ramené dans ma chambre où je passai la nuit attachée au lit, pieds et poings liés. Le lendemain, je quittais Bloomfield pour un orphelinat situé au cœur de Londres, Le Wool's Orphanage, unbâtiment inquiétant et carré entouré de grilles. Le chauffeur de Mrs Hurst connaissait personnellement Mrs Cole, la directrice de l'établissement qui avait accepté de me prendre. Même choquée et blessée, notre tante ne perdait jamais le nord lorsqu'il s'agissait d'argent et un orphelinat était beaucoup plus économique et pratique qu'une pension. Mais je ne m'en plaignais pas, ça aurait pu être pire, j'aurais pu être enfermé dans un couvent à subir je ne savais quel torture pour faire sortir le supposé démon qui m'habitait.
—Que va-t-il advenir de ma sœur ? Avais-je demandé à Polly le matin en préparant ma petite valise.
—Mrs votre tante a décidé de la garder.
Mon départ me rendait à la fois heureuse et bouleversée. Pendant les six mois que j'avais passé à Bloomfield, je voyais avec soulagement, ainsi qu'une fugace pointe de jalousie l'attention qu'elle te témoignait. Si je te raconte tout ceci, ce n'est absolument pas pour flétrir l'image que tu as de notre tante, elle a toujours été très bonne envers toi : elle jouait avec toi, t'habillait de dentelle blanche et jaune, faisait très attention à ton alimentation et te gardait toujours prés d'elle lorsqu'elle avait des invités.
Au début, j'ignorais les raisons de l'affection qu'elle te portait, autant que celles qui l'ont poussé à me haïr, je me contentais d'être heureuse pour toi, je craignais de ne pouvoir combler le manque qu'avait laissé mère et Mrs Hurst semblait bien s'acquitter de cette tache.
Je me demandais si j'aurais un jour l'occasion de te revoir et si à ce moment, tu me reconnaîtrais. Ça me semblait peu probable, au moment où je quittais Bloomfield, tu faisais à peine tes premiers pas. Malgré tout, tu n'as jamais quitté mon esprit, je pensais à toi tout le temps, lorsque j'étais heureuse comme quand j'avais du chagrin.
En franchissant le portail du domaine, j'étais convaincu qu'un jour, je reviendrai à Bloomfield pour te reprendre, tu étais tout ce qu'il me restait en ce monde, je n'avais plus qu'une obsession, c'était de nous réunir à nouveau et à dix ans, tu penses bien que je n'étais pas consciente de tous les obstacles que j'aurais à affronté.
