Il était de nouveau dans le désert, mais cette fois face à l'arbre mort. Un soupire lui échappa et il posa ses mains sur l'écorce. Que lui, l'arbre, et le vide qui lui ronge les trippes. Un nom s'échappe de ses lèvres en un souffle...
"Ryner..."
Oui, cet arbre est son meilleur ami, la seule chose qui lui confirme qu'il a le droit d'être en vie, d'aspirer au bonheur comme tout le monde... Sans lui... sans lui Sion se doutait bien qu'il sombrerait dans la folie. Il laissa ses mains glisser sur le tronc et s'approcha, enlaça l'arbre. Ici, ce n'était peut-être qu'un bout de bois mort, mais il était tellement plus... Un cri strident au-dessus de lui le fit sursauter et lever la tête. Un gros corbeau lui criait après, s'approchant d'un air menaçant. Surpris, Sion relâcha l'arbre et fit quelques pas en arrière. L'oiseau prit son envol et fonça sur lui. En tentant de faire un pas vers l'arrière, Sion trébucha... et il se réveilla en sursaut. Il était à son bureau, le sommeil avait dû le gagner alors qu'il était distrait. Distrait à songer à la situation présente, aux circonstances étranges... Tiir Rumibul qui désirait marier son Ryner pour obtenir la citoyenneté... Il n'arrivait toujours pas à y croire, en fait. Il y avait quelque chose qui ne collait pas... Miran. Voilà, le noiraud avait certainement joué un rôle dans cette histoire. Justement, en parlant du loup, on cogna à la porte et Miran entra, refermant la porte derrière lui et faisant une révérence devant le roi. Sion se sentait bouillir de rage à l'intérieur, quelque chose qui ne lui arrivait jamais. Il se leva et contourna son bureau pour aller se planter devant son subordonné, se tenant bien droit et le fusillant du regard.
"C'était ton idée, avoue," accusa-t-il tout bas, serrant les poings et usant de toute sa volonté pour tenter de garder une apparence de calme.
"De quoi parlez-vous, mon r-", commença Miran, innocemment.
"Du mariage," le coupa Sion prestemment.
Les deux se fixèrent un moment en silence, puis Froaude tendit une main pour aller placer une mèche argentée rebelle derrière une oreille. "Je n'agis que pour votre bien, Majesté. Alors pourquoi voudrais-je vous enlever votre précieux ami si je sais que vous en serez profondément atteint? Si vous n'avez pas le moral, vous ne serez plus en mesure de bien vous occuper de l'État et ce serait véritablement une tragédie. Non, je n'ai rien à voir dans cette histoire, je n'ai agi que comme messager."
Sion scruta son visage, à la recherche d'un indice quelconque, n'importe lequel, qui indiquerait que l'homme devant lui lui mentait... mais il ne vit rien. Dépité, il poussa un soupire et s'assit sur le bord de son bureau en se massant les tempes. Pourquoi est-ce que tout semblait se mettre entre lui et le beau brun? Pourquoi ne pouvait-il pas être heureux avec lui, tout simplement? On lui prit doucement la main et il ouvrit les yeux, regardant avec un mélange de fascination et d'énervement alors que le noiraud posait doucement ses lèvres sur le dos de sa main, tendrement. La scène un peu plus tôt dans la journée, alors qu'il avait été sur le point d'embrasser enfin son meilleur ami, lui revint en tête et il poussa un nouveau soupire, abandonnant pour le moment sa main à Miran qui prit la liberté de la retourner pour y déposer un autre baiser dans sa paune, puis sur son poignet. Puis le noiraud sembla hésiter, avant de finalement replier ses doigts doucement et y déposer un dernier baiser. Il laissa ensuite la main de son roi retomber et lui sourit, déposa quelques document sur le bureau, à côté du jeune souverain, fit une révérence et sortit, sans un mot de plus, sans un regard, sans même un souffle... Cet homme intriguait toujours Sion, qui se demandait réellement pourquoi il agissait ainsi, pourquoi il n'affirmait pas ses désirs, pourquoi il ne faisait rien de plus pour tenter de le gagner. Miran était visiblement attiré par lui, ça crevait les yeux. Même le roi lui-même le voyait, mais pourtant jamais le noiraud ne faisait un geste, ne prononçait une parole déplacée... Et pourtant, Sion n'arrivait pas à le croire lorsqu'il disait qu'il n'avait rien à voir avec cet homme qui se présentait soudain en clammant qu'il allait marier Ryner. SON Ryner. Sion porta de nouveau ses doigts à ses tempes mais s'arrêta. Les endroits où Miran lui avait baisé la mais picottaient, chatouillaient. Il claqua la langue et retourna s'asseoir à son bureau pour continuer son travail. À l'écurie, Ryner et Tiir étaient assis l'un en face de l'autre dans la cachette du brun. Brun qui avait les bras croisés et était très énervé.
"C'est quoi cette histoire, Tiir!", demanda-t-il à nouveau, entre ses dents pour ne pas hausser le ton et attirer l'attention, ne pas dévoiler sa cachette.
Pour toute réponse, le porteur de l'Iino Dwoué soupira et se pencha vers l'avant, tendit une main et lui caressa le visage. "Ryner, quand vas-tu donc comprendre que je te désire plus que tout? Je sais que je ne te laisse pas indiférent, mais franchement je commence vraiment à me poser des questions. Je déteste devoir te faire choisir entre moi et ce roi de pacotilles, mais c'est à ça que ça se résume."
Le brun ne broncha pas. "Je refuse de choisir," répondit-il, du tac au tac. "C'est stupide comme décision à prendre. Pourquoi est-ce que je devrais choisir entre mon meilleur ami et..." Il s'interrompit.
Un sourire étira les lèvres du noiraud, qui lui lança un regard insistant. "Et...?", encouragea-t-il, glissant ses doigts dans les cheveux de l'autre. "Continue, Ryner. Qu'est-ce que je suis pour toi?"
Le brun frissonna alors que le bout des doigts de son vis-à-vis glissait doucement sur son scalpe, que leurs visages se rapprochaient. "Je ne sais pas... je ne sais pas, Tiir... J'aimerais... J'aimerais le savoir, mais je..."
Le noiraud posa un doigt sur les lèvres du brun, le faisant taire. "On a encore le temps. Je vais prendre mon temps pour te conquérir et te faire décider ce que je suis pour toi. Il n'y a pas de presse."
À leur insu, les murs avaient des oreilles à ce moment-là...
