Merci beaucoup Madmouse pour ton commentaire ! :) Sans trop en dévoiler pour le moment, tout commence en effet à l'époque de la mort de la mère de Lisbon. Si l'essentiel de son histoire est indépendante de celle de John le Rouge, les deux se télescoperont de plus en plus au fur et à mesure des événements, jusqu'à la découverte finale d'un lien ancien entre les deux, des plus inattendus. Toutefois, des indices sur ce lien seront semés dès les premiers chapitres pour qui saura les dénicher.
Acte premier, scène1.
Au commencement
Steve souffla un grand coup avant de franchir les portes de l'ascenseur, résigné mais la démarche ferme. Il devait le lui annoncer en personne, aussi difficile que cela fut. Un coup de chance – mais pouvait-on vraiment parler de chance – que son prédécesseur n'y ait pas songé plus tôt, ou jugé la démarche prioritaire. Une belle erreur si on lui demandait son avis. Avisant un officier oisif à proximité, il s'enquit de l'emplacement du bureau de l'agent Lisbon et se dirigea résolument dans la direction indiquée, regardant droit devant lui. Des années d'expérience, d'observations discrètes, lui indiquèrent le degré de curiosité que son passage suscitait. Il imaginait sans peine les pensées qui agitaient leurs esprits surpris, des interrogations sur son identité aux raisons de sa présence, en passant par son attitude quasiment martiale, adoptée inconsciemment il y avait bien longtemps de cela.
Il nota machinalement que le tumulte prit de plus fortes proportions lorsqu'il atteignit l'espace réservé à l'unité des crimes sérieux, qui baignait de manière caractéristique dans la torpeur du travail administratif d'une fin d'enquête. Il changea également de nature : plus que les questions habituelles que provoquait la vue d'une figure étrangère, il ressentit dans l'atmosphère une demande précise qui se trahit bientôt par trois regards braqués sur une forme étendue paresseusement sur un canapé de cuir brun, légèrement à l'écart, ladite forme feignant avec brio un inintérêt total, une dénégation de la tête à peine visible. Il sentit alors les trois regards se braquer à nouveau sur lui tandis qu'il franchissait les derniers pas qui le séparaient de sa destination et frappait trois coups distincts et affirmés – sa signature. Il n'eut pas à patienter longtemps avant que la porte ne s'ouvre brusquement, laissant apparaître le visage familier qu'il recherchait, un visage étonné mais néanmoins ravi.
« Bonjour Tessie !
_ Steve ! Quelle bonne surprise ! Accolade. Mais entre voyons ! »
A moitié poussé dans la pièce close, il intercepta tout de même le regard lourd et menaçant que Teresa lança à son équipe, parfaitement consciente du trouble qui l'agitait silencieusement, puis il entendit vaguement des bruits de papier et de frottements légers, significatifs de la reprise du travail. Il n'en attendait pas moins d'elle.
Une fois seuls et à l'abri des yeux indiscrets, comme les deux vieux amis qu'ils étaient, ils s'installèrent confortablement sur le petit divan à leur disposition pour poursuivre leurs retrouvailles.
« Comment vas-tu Tessie ? Tes affaires ont l'air de bien marcher.
_ Bien merci. Je n'ai pas trop à me plaindre. Et toi ?
_ Ca va, ça va. Je ne regrette absolument pas d'avoir rejoint les marshalls… Une lueur étrange traverse ses yeux qu'elle saisit immédiatement. Le silence s'appesantit rapidement, chargeant l'atmosphère d'inquiétudes et d'interrogations. Plus moyen d'y couper, de retarder l'inévitable pour rattraper proprement le temps perdu. Le moment était venu.
_ OK. Qu'est-ce que tu ne me dis pas ? Soupir résigné de Steve.
_ J'ai de mauvaises nouvelles. Crispation. Il s'est évadé. Il s'est échappé de sa prison il y a trois jours…
_ Quoi ! Fureur. Lisbon se met à arpenter la pièce, les yeux fixés au sol. Pas possible ! Pourquoi ne m'en a-t-on pas avertie immédiatement ?
_ Je l'ignore. Dès que je l'ai appris, j'ai insisté auprès de mon chef pour qu'il me confie la direction des recherches en mettant en avant ma connaissance du dossier et du fuyard. Il m'a laissé carte blanche… Je… La procédure habituelle a été lancée, tous les endroits plausibles vérifiés. Aucuns résultats pour le moment. Navré. Silence.
_ Bon sang Steve ! Il ne devait plus jamais revoir l'extérieur d'une prison ! Il devait être strictement confiné dans un établissement ultra-sécurisé avec surveillance renforcée. Comment ? Comment a-t-il pu s'échapper ? Comment une telle chose a pu arriver ?
_ Nous l'ignorons. Abattu. Nous soupçonnons une intervention extérieure, une complicité interne. Mes meilleurs hommes sont sur le coup. Ils continueront de creuser et n'arrêteront que lorsqu'ils auront trouvé la faille, sois-en certaine. Ferme. Nouveau silence.
_ Qu'est-ce tu ne m'as pas encore dit ? Regard surpris. Yeux au ciel.
_ La fouille de sa cellule n'a rien donné, mais un autre détenu, qui s'occupe de la bibliothèque ambulante, affirme qu'il l'a forcé à lui procurer d'anciens articles de journaux concernant ses meurtres, des photos. Jamais rien de récent. Bien que crédule, le bibliothécaire n'a pas oublié d'être prudent…
_ Il n'a pas renoncé.
_ Probablement pas. Regard bref au calendrier.
_ Il n'a pas non plus calculé la date de son évasion au hasard. Sourcils froncés.
_ Ne t'inquiète pas. On a remis en place le filet de sécurité.
_ Il n'a pas toujours été efficace.
_ Il a été suffisant la plupart du temps. Regard incisif. D'accord, ce n'est pas l'idéal, mais c'est le mieux que nous puissions faire.
_ Je sais. Marmonnement. Excuse-moi. Je ne m'attendais vraiment pas à… à ça.
_ Je sais…
_ Tiens-moi au courant.
_ Evidemment ! Silence. Ca va aller ?
_ Il le faudra bien. Murmure. Merci de t'être dérangé spécialement pour moi. Doux sourire désolé. Steve se lève, se dirige vers la porte, l'ouvre, suivi de Lisbon. Enlacement prolongé.
_ N'en fais pas trop surtout, Steve.
_ Tout ira bien Tessie.
_ Fais attention à toi. »
Se préparant à sortir, Steve ne put s'empêcher de penser qu'elle demeurait fidèle à elle-même, à se préoccuper des soucis des autres avant ses propres inquiétudes. S'il ne la connaissait pas mieux, il n'aurait sans doute pas discerné le léger voile sombre qui la nappait désormais. Ils se détachèrent. Alors qu'il s'éloignait, Steve Carstairs fit un geste de salut désinvolte pour la rassurer, puis disparut à l'autre bout des locaux. Il sentit le regard de Teresa le suivre un instant avant de se retirer à nouveau dans son antre, un masque impénétrable fermement posé à nouveau sur son visage.
Une heure ne s'était pas écoulée depuis le départ du visiteur que Patrick Jane s'insinuait dans le bureau de Teresa Lisbon, en quête de réponses aux questions qu'il ne cessait de ruminer depuis l'apparition de l'inconnu. Il avait déduit de son maintien et de son attitude qu'il appartenait aux forces de l'ordre et qu'il connaissait la jeune femme depuis de nombreuses années, qu'ils avaient été très proches par le passé mais que le temps et la distance les avaient lentement éloignés. Ils tenaient cependant encore beaucoup l'un à l'autre, un attachement particulier. Suffisamment pour que l'inconnu entreprenne un long voyage pour lui parler d'un sujet grave le concernant. Il l'avait compris lorsqu'ils étaient ressortis : Lisbon s'était montrée étonnamment démonstrative, son regard trahissait une inquiétude sincère et profonde à son égard, tandis que le sien contenait davantage d'acceptation, d'ombres et de regrets pour être porteur de mauvaises nouvelles. « N'en fais pas trop surtout » La thèse qui accompagnait le plus souvent ces mots incitant au repos renvoyait à un ennui de santé, suffisamment sévère dans le cas présent pour que l'inconnu veuille renouer une vieille amitié, revoir les êtres qui lui étaient chers…
Cet homme avait eu une place importante dans sa vie. Aucun doute n'était permis à ce sujet. En réalité, c'était ce constat spécifique qui le taraudait. Son esprit ne parvenait pas à comprendre comment deux individus de leur genre avaient pu devenir amis. A la fois trop semblables et trop différents, cocktail plus favorable à la rivalité - ou à la passion - qu'à l'amitié. Or, il s'agissait bien d'amitié : ils avaient visiblement cheminé de concert un bon bout de chemin, sans qu'aucun des gestes, paroles ou inflexions de voix qu'accompagnaient toujours la fin d'une romance ne pointent le bout du nez. Scénario des plus improbables pour qui connaissait la nature humaine. Et Jane estimait assez justement que tel était son cas.
Aussi, la curiosité dévorant le meilleur de lui-même, il avait fini par céder à la tentation pour s'abreuver à la source du savoir. Il entra sans frapper dans le bureau et s'installa à sa place habituelle sans que sa cible, plongée dans la relecture d'un dossier, ne daigne prendre acte de sa présence. Sa visite ne la surprenait certainement pas. Elle connaissait bien ses habitudes. Nullement découragé, il fixa le moindre de ses gestes un quart d'heure durant avant qu'elle n'accepte de lui adresser la parole.
« Que voulez-vous Jane ?
_ Pourquoi pensez-vous que je veux quelques chose ?
_ Laissez-moi réfléchir… Ironique. Compte silencieusement sur ses doigts.
_ Allons Lisbon, vous seriez incapable de citer autant de raisons.
_ Défiez-moi. Regard mauvais. Jane lève les mains en signe de reddition.
_ C'est étrange. Haussement de sourcils. Ce n'est pas dans vos habitudes de recevoir des visites personnelles ici.
_ Et ?
_ Qui est-ce ?
_ Cela ne vous regarde pas Jane.
_ Quand cela m'a-t-il déjà arrêté ? Silence. Vous vous doutez que j'ai sais déjà tout ce qu'il y a à savoir de toute façon. Lisbon le contemple quelques secondes avant qu'un fin sourire ne se dessine sur ses lèvres. Voix lente, presque susurrante.
_ Vous avez raison Jane. Vous lisez en moi comme dans un livre ouvert, vous le répétez assez souvent.
_ Vous le reconnaissez enfin.
_ Vous savez donc ce que je m'apprête à faire…
_ J'en ai une vague idée. Geste nonchalant de la main.
_ Parfait. Elle se replonge dans son travail.
_ Quoi ? Vous me laissez sur ma faim ?
_ Je croyais que vous le saviez ?
_ Mais…
_ Soyons clairs Jane, je n'ai aucunement l'intention de satisfaire votre curiosité. Réessayez ne serait-ce qu'une fois et je vous assure qu'une rumeur anonyme fera le récit héroïque de ce qui s'est passé lors de votre disparition si mystérieuse de la semaine dernière. Eclair de défi. Vous savez, cette petite chose avec l'Iguane. Voix doucereuse. Regard « vous n'oseriez pas » de Jane. Vous en êtes sûr ?
_ Je vais me préparer une tasse de thé. Ma gorge me gratte horriblement. Il n'y aurait pas comme un courant d'air frais dans la pièce ?
_ Faites cela. »
Jane quitta le bureau d'un air digne, sans remarquer le soupir de soulagement de Lisbon. Anticipant effectivement la tendance fureteuse de son consultant, elle s'était attachée à jouer son rôle habituel en attendant son incursion - bien tardive pour lui, qui possède la patience d'un enfant -, inquiète de ce qu'il pourrait deviner de la visite de Steve. Des conclusions erronées selon toute vraisemblance, sans quoi il aurait insisté davantage et se serait montré moins beau joueur. Pas si transparente que ça, se dit-elle avec un petit sourire, cela se confirmait de jour en jour. Et devrait continuer. Elle préférait garder tout ce passé pour elle et Patrick Jane était bien la dernière personne à laquelle elle le confierait.
A suivre :
" Bonjour Tessie. Je me doutais que tu appellerais mais nous n'avons pas encore eu de ses nouvelles. Ca ne tardera sans doute plus maintenant…
_ Il est à Sacramento,le coupa-t-elle.
_ Quoi ! Tu plaisantes ? Silence chargé de colère. Non, évidemment que non. Grave. J'arrive dans trois heures."
