Par une belle soirée d'été, Sasuke avait tenté de le tuer.
Le futur Hokage avait pris pour habitude de marcher avec le brun quand Kakashi les congédiait après l'entrainement. Ils habitaient dans la même partie du village alors ils faisaient un bout de chemin ensemble, le plus souvent dans un silence confortable. Cela ne dérangeait pas le blond, pourtant très loquace. En effet, leur sensei les relâchait la plupart du temps assez tard ce qui leur donnait l'occasion d'admirer le soleil se coucher derrière le mont Hokage en rentrant chez eux. Un spectacle époustouflant dont il ne se lasserait probablement jamais.
Ce soir-là, l'Uchiwa qui avait été de mauvais poil toute la journée allait prendre une autre direction à un croisement sans lui jeter un regard. Un peu surpris par ce changement dans leurs petites habitudes, Naruto lui avait demandé tout naturellement où il allait :
« _ Ça ne te regarde pas ! Aboya violemment Sasuke avant de continuer sa route les mains dans les poches.
Le blond, peu enclin à le laisser tranquille après s'être fait jeter comme une merde (faut dire ce qui est) lui cria à son tour en courant vers lui :
_ C'est quoi ton problème bâtard ?! C'était juste une question ! Pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! »
Arrivé à sa hauteur, il tendit son bras vers son épaule pour le retenir mais le brun l'esquiva et lui mit son poing dans la figure. La discussion était terminée.
Le futur Hokage ne savait pas pourquoi son ami se mettait dans un état pareil. Il leur arrivait régulièrement de se battre après une conversation houleuse, mais jamais aussi vite et aussi brutalement. Sasuke était sérieux, il visait ses points vitaux.
Quelque chose clochait, le jeune homme était confus. Le problème c'est qu'il n'arriverait pas à bien réfléchir tout en évitant les coups de son opposant. En plus il commençait à être en colère lui aussi. L'adrénaline parcourait ses veines, accélérant son rythme cardiaque et ses réflexes. Le monde autour de lui ralentissait, il devenait plus attentif. Le blond pouvait mieux distinguer les mouvements de son adversaire et ce qu'il voyait ne lui plaisait pas.
L'Uchiwa avait perdu de sa grâce naturelle. L'envie de sang prenait le dessus, rendant ses gestes moins contrôlés et plus abruptes. Il devait aussi être fatigué après l'entrainement de la journée. Son visage d'habitude inexpressif était déformé par la rage. L'Uzumaki ne l'avait jamais vu dans cet état. Il semblait désespéré. Le brun cherchait sans cesse à l'atteindre, trébuchant presque dans le processus. Il ne pensait plus, c'était certain. Sasuke était un ninja offensif mais aussi un tacticien, il était infiniment plus intelligent que ça.
Pour la première fois depuis leur rencontre Naruto avait peur en présence de son coéquipier. Seulement il ne savait plus à ce stade s'il avait peur de lui ou pour lui. La situation dans laquelle il se trouvait était très étrange. Il avait aussi une irrésistible envie de le frapper ce qui n'aidait pas. Mais il se contenait du mieux qu'il pouvait. L'Uchiwa allait visiblement mal, autant ne pas en rajouter. Et puis, ce n'est pas comme si c'était aussi facile de le toucher, l'enfoiré était redoutable.
Malheureusement, cela se confirma : le jeune homme ne pouvait pas combattre et réfléchir en même temps. Obnubilé par ses pensées, il jaugea mal la distance qui le séparait du prochain tacle du vengeur. Son allonge était grande et Naruto n'avait fait qu'un petit saut en arrière. En un éclair il se retrouva au sol avec les mains de Sasuke autour du cou. Il sentit son souffle se briser dans sa gorge alors que son coéquipier resserrait son emprise. Il était cinglé ! Il allait vraiment le tuer !
Il semblait incapable de fixer son regard, ses yeux devenus rouges bougeaient dans tous les sens et son sharigan tournoyait follement. Sa respiration était erratique et son visage tordu comme s'il souffrait. Le shinobi était hors de contrôle.
Le blond sentait ses forces l'abandonner. Il n'était plus capable de lutter et personne ne viendrait l'aider. Les deux ninjas se trouvaient dans une ruelle reculée du centre du village. Il n'y avait pas de patrouille dans cette zone et il n'était pas certain qu'un civil risque de s'aventurer vers eux s'il voyait ce qu'il se passait, il serait sans doute trop effrayé. Konoha était peut-être en paix pour le moment mais les meurtres étaient toujours monnaie courante. Leur monde était violent par nature.
Dans un dernier effort, le ninja serra les poignets de son ami avec force, enfonçant ses ongles pointus dans la chair jusqu'à le faire saigner et tenta de le raisonner :
« Sa...su...ke, ar...arrête ! Articula-t-il difficilement dans un souffle. Il n'arrivait plus à respirer. Naruto savait qu'il devait probablement être violet au niveau du visage, la strangulation ne lui étant pas étrangère. Bientôt son cerveau manquerait d'oxygène et il perdrait connaissance pour mourir lentement d'asphyxie. Merde ! Il ne voulait pas mourir, pas comme ça !
« Ar...ar ...arrête ! » Essaya-t-il à nouveau. Il avait si mal ! Il pouvait sentir ses yeux sortir de ses orbites et son sang frapper frénétiquement dans ses tympans. Il ne distinguait plus son adversaire du reste du monde à cause de ses yeux baignés de larmes de douleur. Il avait l'impression de couler.
Il allait mourir. Le grand Naruto Uzumaki, Hokage en devenir, allait trépasser. Il n'avait jamais voulu la mort. Même dans ses moments de pur désespoir il n'avait pu s'y résigner. Il n'abandonnait jamais, c'était comme ça.
Il lui fallait toujours aller de l'avant car le passé était trop douloureux pour être ressassé. L'avenir, lui, était incertain. Ça lui plaisait. Le blond se demandait parfois si son désir d'avancer ne s'apparentait pas à une énorme fuite en avant. Peut-être que, dans ce cas-là, la mort était son ultime échappatoire ?
Pour penser comme ça son cerveau devait vraiment commencer à manquer d'air. Naruto le sentait, il n'en avait plus pour très longtemps. Il coulait, de plus en plus profondément dans un océan de noir.
« _ Hé merde. » se dit-il. Le shinobi n'aurait même pas l'honneur de mourir debout. Maudit soit l'Uchiwa, il reviendra le hanter ! Son fantôme ira pisser sur sa tête de hérisson les soirs de pleine lune ! Cette résolution en tête, il se laissa aller dans l'abime qui lui tendait les bras.
Puis il refit surface. La pression sur son cou avait disparu. Sa dernière injonction avait dû atteindre les méandres de l'esprit de Sasuke car celui-ci l'avait enfin lâché. Haletant, les traits tirés et les yeux exorbités, il restait figé à le regarder avec effroi. La réalisation de ce qu'il avait été en train de faire semblait l'avoir percuté de plein fouet. L'Uchiwa pleurait. Naruto ne savait pas si son ami s'en était rendu compte vu l'état dans lequel il s'était trouvé. Il avait été comme possédé.
L'afflux d'air frais qui suivit sa libération lui brûla la gorge. Le blond se mit à tousser furieusement. Cela sembla tirer le brun de sa rêverie qui s'enleva d'au-dessus de lui pour s'effondrer sur le sol juste à côté. Un silence pesant s'installa pendant lequel l'Uzumaki reprenait peu à peu contenance, se raclant la gorge de temps en temps.
Il avait failli y passer. Il aurait pu mourir aujourd'hui de la main de son meilleur ami. Merde ! Que c'était-il donc passé ? Pourquoi diable Sasuke avait pété les plombs comme cela ? Naruto n'était pas le plus intelligent des hommes mais il se doutait que quelque chose n'allait pas. Tournant la tête vers la source de ses interrogations, il regarda à nouveau les sillons qu'avaient creusés les larmes de l'Uchiwa sur ses joues, rendus visibles par la poussière qui recouvrait les deux shinobis. Il avait vraiment semblé désespéré. Aujourd'hui n'était certainement pas un jour comme les autres.
Comment est-ce que cette histoire avait commencé déjà ? Ah oui, l'enfoiré allait prendre à gauche et…
Oh
« _ Qui allais-tu voir ? Demanda le jeune homme d'une voix rauque, brisant le silence. Il n'y avait qu'un endroit où il aurait pu aller de ce côté-là. Ça lui ressemblait tellement. Si le désespoir avait un visage, il se trouvait à côté de lui.
Sasuke, toujours allongé par terre, les yeux rivés sur le ciel maintenant sombre de Konoha, prit une profonde inspiration avant de lui répondre, la voix brisée :
_ Ma mère. »
Mikoto Uchiwa était née un matin pluvieux d'été. Elle reposait maintenant sous un chêne aux côtés de son mari au cimetière de Konoha.
Naruto n'avait jamais connu sa mère mais il comprenait. Parfois les poings parlaient plus que les mots.
« _ Ça a un rapport avec Hinata-san n'est-ce pas ? Demanda Sasuke, un petit sourire amusé aux lèvres.
Naruto, soudainement ramené sur terre par la voix basse de l'Uchiwa s'étouffa avec son thé. Comment l'enfoiré avait-il su ?
Le brun, apparemment capable de lire dans les pensées ce jour-là répondit à sa question silencieuse :
_ Tu le caches très mal. »
Si l'Uzumaki avait lui aussi le don d'écouter les réflexions internes de son ami il y entendrait : « Aussi mal qu'elle crétin ! ». Mais à la place, il eut droit à :
« _ Tout le monde est au courant tu sais ?
Mince ! Était-il si mauvais à le cacher ? Il se gratta l'arrière de la tête nerveusement. Probablement oui. Le ninja n'avait jamais été bon pour garder les secrets, à part peut-être celui scellé dans son corps. Si tout le monde était au courant cela voulait dire que…
Oh il allait avoir un gros problème, un énorme problème ! Mais juste pour être sure il allait poser la question :
_ Quand tu dis tout le monde…
_ Oui, Neji aussi », lui répondit l'Uchiwa d'un air moqueur. Le bâtard avait l'air de se faire plaisir.
« Hé merde » pensa le futur Hokage. Il était foutu. Si jamais Neji était au courant pour ses plans du lendemain soir il serait mal barré.
Une fois, le shinobi aux cheveux longs l'avait menacé de lui couper les testicules avec son chakra juste pour avoir tendu un verre d'alcool à sa chère cousine Hinata un soir de fête. Naruto avait pris l'intimidation très au sérieux. Le futur Hokage était convaincu que le Hyuuga en était capable. Inconsciemment il déglutit tout en rapprochant ses mains de son entrejambe sous la table.
Néanmoins, dans un coin reculé de son esprit, ça lui faisait plaisir de constater que les 2 cousins s'entendaient si bien maintenant. Il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était un peu grâce à lui.
Mettant sa peur de l'instinct hyper-protecteur de Neji de côté, l'Uzumaki revint sur la raison de sa venue :
« _ Je l'ai invité à sortir, déclara-t-il enfin le rouge aux joues.
_ Il était temps.
_ Tu peux parler monsieur le puceau ! Rétorqua-t-il avec humour. À sa remarque, la peau au-dessus de l'œil droit de Sasuke se contracta, signe d'énervement. Il avait marqué un point.
_ Contrairement à toi je suis encore pur par choix, répliqua-t-il sèchement
Laissant glisser la pique que le shinobi venait de lui envoyer, Naruto se mit à sourire :
_ Quelle vie trépidante tu mènes Sasuke ! Plaisanta-t-il
Le brun le foudroya du regard :
_ Pense ce que tu veux. »
De nouveau un silence s'installa. Les moments où les deux amis parlaient librement comme cela étaient rares. Ils n'avaient pas l'habitude. Naruto était secrètement content, et aussi un peu inquiet pour son vis-à-vis.
C'était vrai qu'il était encore vierge par choix. Toutes les filles de Konoha, dont leur coéquipière (bien que Sakura s'était un peu calmée) baisaient le sol sur lequel il marchait, ce n'était donc pas les occasions qui lui manquaient. Le shinobi préférait juste rester seul. Les rencontres amoureuses n'étaient pas à l'ordre du jour. Le blond avait sa théorie sur les raisons de son célibat, voire de son comportement glacial en général :
Sasuke se préparait à mourir.
Son but ultime était de tuer son grand frère et il était prêt à sacrifier sa vie dans le processus. L'Uzumaki aimait à penser que c'était pour eux qu'il était comme ça, pour ne pas qu'ils s'attachent et ainsi pleurent sa mort. Mais l'Uchiwa n'était pas aussi gentil. Il ne voulait probablement aucune distraction qui l'éloigne de sa haine envers Itachi. Car s'il créait trop de liens, cela pourrait remettre sa détermination en cause.
« _ Qu'a-t-elle répondu ? S'enquit le brun curieusement, sortant encore une fois son coéquipier de sa rêverie.
_ Oh elle s'est évanouie. » Lui répondit-il en rigolant, un sourire béat accroché au visage.
La suite lundi.
