Ryuuzaki se tourna enfin face à moi, ses yeux sombres reflétant réellement la solitude.

A ce moment là, je ressentis malgré moi l'envie soudaine de le prendre dans mes bras. C'était vraiment étrange que j'ai envie de serrer un homme contre moi. Mais franchement, j'en avais très envie.

Pendant que je réfléchissait au fait de savoir si entourer Ryuuzaki de mes bras pouvait paraître étrange ou non, il finit de préparer le thé et vint me tirer de mes songes.

-Raito-kun? Est-ce que tout vas bien? Me demanda-t-il en se stoppant devant moi avec un plateau remplis de pâtisserie.

-Ah ouais, ne t'inquiète pas, je pensais juste. Répondis-je en me frottant l'arrière de la tête.

« Ok » fut la seule réponse que j'obtint avant que mon hôte prenne la direction du couloir pour revenir au salon. Je le suivis donc.

Arrivée de nouveau dans l'immense salon, je me rassis pendant qu'il mis le plateau sur la table basse du milieu et qu'il grimpa sur le canapé d'en face, pour s'asseoir les jambes repliées, les mains sur ses genoux, les yeux fixant le plateau.

J'allais parler quand Ryuuzaki décida de prendre la parole en servant le thé.

-Tu sais Raito-kun, si tu veux repartir, rien ne t'obliges à rester… me dit-il sa tête baissée regardant ses pieds qui se frottaient l'un contre l'autre.

Ce que venait de dire Ryuuzaki me fit tout d'abord rire jusqu'à ce que je vois qu'il ne regardait plus ses pieds mais qu'il me regardait moi. Je me sentis alors submergé par un étrange sentiment en me plongeant dans les deux grands yeux noir appartenant à mon interlocuteur.

-…hmm… Peut-être que rien ne m'oblige à rester, mais rien ne m'obliges non plus à partir, à moins que je t'ennuis , je peux partir, mais à vrai dire je comptais bien rester encore un peu! Expliquais-je en lui souriant.

Je ne sais pas , il avait dû être surpris par ce que je venais de dire, car il écarquilla les yeux tellement grand que j'écarquilla les miens de la même façon.

Voyant sûrement que je ne savais pas quoi faire, il se décida à prendre une des pâtisseries du plateau et à planter une petite cuillère qu'il se dépêcha de ramener à sa bouche.

-Est-ce que ça fais longtemps que tu vis ici ? C'est la première fois que je te vois dans les environs. Dis-je en portant ma tasse de thé à mes lèvres.

-Non, en fait ça doit faire 1semaine que j'ai emménagé, j'ai grandi et j'ai été élevé en Angleterre. Me répondit Ryuuzaki entrain d'attaquer une seconde pâtisserie.

-Oh? Et tes parents que font-ils? Demandais-je en reportant mon regard sur lui.

A ce moment, je vis sa main trembler et se stopper net. Il posa la part de gâteau qu'il était entrain de déguster et il me regarda fixement.

-Je n'ai pas de parents. Répondit Ryuuzaki de but en blanc.

-Pas de parents? Tu es orphelin? Questionnais-je, curieux d'en savoir plus sur lui.

-J'ai été adopté par quelqu'un qui s'est très bien occupé de moi. Je ne sais rien de mes parents biologiques. Me dit-il en continuant de me fixer et en passant son pouce sur sa lèvre inférieur.

-Tu as fait faire des recherches pour savoir qui étaient tes vrais parents? Continuais-je en reposant ma tasse sur le plateau.

-Non pas vraiment, je dois dire. L'homme qui m'a élevé et qui a fait de moi ce que je suis maintenant est le seul parent que je n'ai jamais eu et que je n'aurais jamais. Après tout, je pense que toutes les personnes adoptées comme moi doivent penser un peu de la même façon. Si tu ne connais pas tes parents biologique et que la seule personne qui a été près de toi durant toute ton enfance n'est autre que celle qui t'a élevé ; tu ne peux que le considérer comme tes parents. A partir de ce raisonnement, je ne vois pas pourquoi je chercherais à retrouver des parents qui peut-être me décevront. Donc en effet je pense que je ne suis pas curieux de savoir qui sont mes géniteurs.

Enfin, je crois que chacun est en droit de penser comme il veut. Après tout, si chacun est différent , c'est bien aussi pour que la diversité d'opinion ne soit pas la même d'un individu à un autre. Non?

Durant toute son explication, je me rendis compte que je n'avais pas cessé de regarder le mouvement de ses lèvres. Bien sûr que j'avais écouté ce qu'il m'avait dit, et j'étais étrangement tout à fait d'accord avec ce qu'il disait, (je dis étrangement, car d'habitude, mon opinion diffère de celle des autres), mais là je ne sais pour quelle raison, j'étais captivé par ces lèvres ce qui m'empêcha d'entendre ce que continua de dire mon ami.

-…Raito-Kun? Y'a t-il quelque chose qui ne va pas? Est-ce que j'ai quelque chose sur le visage? Me demanda-il en rapprochant son visage du mien et en me passant sa main devant les yeux pour me faire réagir.

-Ah…non, je suis désolé, j'étais encore entrain de réfléchir, mais je suis complètement d'accord avec toi. Répondis-je rapidement en laissant échapper un petit rire nerveux.

A ce moment le portable de Ryuuzaki sonna, il s'excusa et me laissa seul quelques instant dans mes réflexions.

Je me demandais réellement pourquoi j'étais aussi attiré par ce jeune homme dont je venais de faire la connaissance.

Mais je le trouvais tellement intelligent dans ses propos et dans son allure, même ses grands yeux sombres reflétait l'intelligence.

Je faisais dans ma tête le portrait de Ryuuzaki et là-dessus s'ensuivit toutes une liste de questions. Je me demandais si la personne qui l'avait adopté avait été vraiment comme un père. Si cette personne avait éloigné Ryuuzaki de tout contacts. Je me posais ce genre de question assez banals je dirais jusqu'à ce qu'une question des plus étranges passa dans mon esprit. Est-ce que Ryuuzaki avait une petite amie? Alors que cette question défilait dans ma tête, je me demanda moi-même si j'avais pu convenir pour rôle de son petit ami. Cette réflexion me figea momentanément. C'est là que je pensa à Misa, ma « petite amie » du moment. C'est vrai que Misa était très belle, mais il fallait bien avoué qu'elle n'était pas très douée intellectuellement. De plus ces manies qu'elle a de me coller tout le temps me donne vraiment l'envie de la rejeter encore plus. Mais ça ne me dérangeait pas tant que ça, j'étais toujours tombé sur ce genre de filles, allez savoir pourquoi. Et puis elle m'a tellement « harcelé » que j'ai fini par accepter de sortir avec elle. Ce n'était pas que je profitai d'elle, mais c'est que je ne voyais pas l'intérêt de repousser quelqu'un qui vous aime alors que vous-même n'êtes avec personne. Mais c'est là que me vint l'envie de m'imaginer avec Ryuuzaki, contrairement à Misa, je le trouvais beau , avec son teint pâle, ses cheveux ébène ébouriffés, ses grands yeux noirs pleins d'expressions différentes , et je le trouvais indéniablement plus intelligent. Mais le problème c'était que Ryuuzaki était un homme, et que je ne m'était jamais avoué ce genre de « tendance ».

Ryuuzaki réapparut au salon une dizaine de minutes plus tard et se planta devant moi.

-Désolé Raito-Kun, mais je vais devoir te demander de partir, je reçois de la visite. Me dis-t-il en se passant la main sur quelques mèches de cheveux qui s'étaient collées sur son visage.

-Oh c'est vraiment dommage, j'aurais voulu continuer de discuter avec toi. Répondis-je en me levant.

-Pardon de te mettre à la porte de la sorte, ce n'est vraiment pas poli je sais, nous discuterons une autre fois. Continua-t-il en avançant vers la porte d'entrée.

-Dans ce cas, je te donne rendez-vous demain, dans le parc devant le l'Université de Todaï à 10h! Je tiens vraiment à ce que tu y sois! M'exclamais-je en passant la porte et en me retournant pour lui faire face.

-Ah… no…d'accord j'y serais. Hésita t-il à répondre.

-Et bien à demain Ryuuzaki, je compte sur toi, si tu ne viens pas je sais où venir te chercher! Pensais-je en passant le portail de la demeure.

Je me retourna une dernière fois avant de rentrer chez moi pour voir s'il attendait sur le pas de porte de ne plus me voir pour rentrer. Je ne l'y vis pas, mais en revanche je vis un rideau bouger furtivement, comme ci quelqu'un venait d'espionner et qu'il ne voulait pas savoir qu'on l'avait vu; et ça me fis sourire car je savais que la personne derrière ce rideau n'était autre que l'ami que je venais de quitter.

Ryuuzaki avait beau être adulte dans sa manière de parler, et d'agir en publique, cette fois ci, cette manière de se cacher derrière un rideau et de le refermer vite pour ne pas se faire voir, me fit penser à celle d'un enfant.

C'est sur cette dernière pensée que je pris la direction de chez moi.