Chapitre 2 : La commémoration

Une année s'était écoulée depuis la défaite de Voldemort. Le monde Sorcier pouvait enfin respirer. La guerre avait été longue et douloureuse, les pertes nombreuses et beaucoup de familles étaient en deuil.

Poudlard avait été reconstruit durant l'été qui avait suivi la bataille. La dernière année scolaire avant la chute du lord noir avait été désastreuse et les méthodes d'enseignement des Carrow plus que douteuses.

A l'exception des enfants de mangemorts tous les élèves avaient souffert des punitions à coup de doloris qu'ils leur étaient infligés. Tous avaient accumulé un retard important dans leurs études. A la rentrée scolaire qui avait suivi, il avait fallu scolariser ceux qui auraient du passer leurs ASPIC, faire rattraper le retard accumulé aux autres années. Organiser le passage des BUSE au milieu de la sixième année pour ceux qui auraient du les passer normalement en fin de cinquième...

Harry Potter et tous ceux qui faisaient partie de sa promotion avaient intégré une classe spéciale, une septième année bis et devraient passer leurs ASPIC dans quelques semaines en même temps que Ginny et les septièmes année.

Hermione, elle avait passée ses examens d'ASPIC et les avaient brillamment réussis l'année même de la défaite du Lord noir. Elle avait réussi cet exploit sans avoir assisté à un seul cours de septième année.

En attendant que ses amis présentent leurs examens dans quelques semaines elle avait entamé une dernière année de scolarité dans le monde moldu afin de présenter son GCE A LEVEL. Elle avait suivi par correspondance toute sa scolarité moldue en parallèle de sa scolarité à Poudlard sans en parler à quiconque. La miss-je-sais-tout comme se plaisait à la nommer Snape en avait encore étonné plus d'un.

Aujourd'hui, un an après la bataille finale, une commémoration avait lieu à Poudlard.

Le ministère de la Magie avait à sa tête un nouveau ministre en la personne d'Arthur Weasley qui venait d'être élu.

Le ministère avait commandé une stèle commémorative en l'honneur des combattants de la liberté tombés lors de l'ultime affrontement. Cette stèle était érigée non loin de la tombe d'Albus Dumbledore.

Le monde Sorcier se recueillait et les noms des disparus étaient lus par des élèves de première année et magiquement inscrits sur la dalle de marbre au fur et à mesure de leur évocation. Harry et ses amis, les Weasley, tous les membres rescapés de l'Ordre, Androméda Tonks et le petit Teddy Lupin, Neville et sa grand-mère,Luna, son père tous les parents et amis des disparus étaient présents.

La Directrice Minerva Mac Gonagall et les enseignants se tenaient à leurs côtés. Parmi eux se trouvait un rescapé qui ne devait la vie qu'à la présence d'esprit d'Hermione Granger.

Severus Snape était vivant.

Au contraire de Harry, Hermione avait compris ce jour là dans la cabane hurlante ce que Snape voulait dire par ''Prenez-les...Prenez-les...''

Il ne s'agissait pas de ses souvenirs, qui se répandaient malgré lui. Il avait dans la poche de sa robe un flacon contenant des larmes de phénix que lui avait donné Dumbledore lorsqu'il espionnait pour l'ordre et des potions de régénération sanguine et anti-venin.

Celles-ci avaient permis à Hermione de lui sauver la vie. Elle était restée après le départ de Potter et grâce à vivacité d'esprit, elle avait compris qu'il fallait lui administrer les fioles que contenait sa poche. Après lui avoir fait boire les larmes de phénix et les potions et avoir cautérisé les plaies à l'aide d'un sort, elle l'avait laissé pour retourner dans la bataille et était revenue le chercher une fois la victoire acquise pour le conduire à l'infirmerie et le confier aux bons soins de madame Pomfresh.

Il avait une dette de vie envers elle.

La mise au point d'Harry sur le rôle joué par Snape, ainsi qu'un testament de Dumbledore, à l'abri à Gringotts et qui ne devait être révélé qu'après la mort de Voldemort, avaient suffi après une enquête à réhabiliter le maître des potions.

Il avait reçu, ainsi que tous les acteurs de ce combat, une récompense. Lui, avait été fait Grand Maître de l'ordre de Merlin. Une citation bien supérieure à l'ordre de Merlin première classe qu'il avait brigué autrefois.

Snape avait ôté le sort de transformation qu'il s'était lui même infligé depuis son adolescence. Juste avant de prendre la marque, il avait changé la forme et la longueur de son nez, pour lui donner l'apparence d'un nez crochu, avait jauni ses dents et graissé ses cheveux.

Avant de prendre la marque, lors de son adolescence chaotique, il avait entrepris cette transformation par étapes successives prétextant un nez cassé durant ses vacances, qui se serait mal ressoudé car il ne pouvait faire usage de sa magie pour le redresser.

Au collège on s'était habitué à sa nouvelle apparence ingrate et on avait oublié peu à peu l'ancienne. Puis, il avait grandit, ses traits avaient mûri. Lorsque adulte, il lui arrivait parfois d'enlever le sort, personne ne pouvait reconnaître, dans les traits de l'homme, le visage de l'adolescent qu'il avait été avant la dissimulation..

Comme il l'avait imaginé, ce subterfuge lui fût très utile dans ses activités d'espionnage et lui avait plusieurs fois sauvé la vie. Il lui permettait d'accomplir certaines missions sans être reconnu, et de temps en temps de prendre un peu de distance avec la guerre.

Personne n'aurait pas dit que, dans son apparence actuelle, il méritait de faire la couverture de ''Sorcière-hebdo'' ou de ''Gay-Sorcier'', mais ses cheveux noirs fins et brillants, son nez droit et bien proportionné, ses dents parfaitement rangées et blanches, sa haute stature et son charisme naturel faisaient de lui un homme de trente-huit ans séduisant.

Pourtant il était toujours seul et à l'exception de brèves relations dans le monde sorcier ou moldu, Severus Snape était toujours un loup solitaire. Juste un solitaire habitué à jouer un rôle et à cacher ses émotions et ses sentiments.

Son caractère n'avait pas beaucoup changé. Certes, il était moins tendu, mais toujours aussi coupant et sarcastique. Ses regards noirs, son manque de convivialité, son intransigeance, faisaient que certains disaient en parlant de lui: ''Mangemort un jour, Mangemort toujours''.

Il apparaissait encore comme le père fouettard du monde sorcier. Celui dont les parents menaçaient leurs enfants indociles :''Quand tu iras à Poudlard, Snape se chargera personnellement de te mater''.

En attendant, il était bel et bien là et semblait se perdre dans la contemplation d'une jeune femme qui se tenait aux côtés de Harry Potter.

Elle paraissait avoir dans les vingt-cinq, vingt-six ans. Elle était de taille moyenne, ses magnifiques cheveux longs, blonds roux, tombaient en cascade sur ses épaules. Outre une bouche aux lèvres bien ourlées et un petit nez, elle arborait de superbes yeux verts émeraude d'un éclat particulier.

Habillée d'un petit tailleur moldu banc cassé et chaussée d'escarpins vernis noirs, elle portait un sac en cuir verni assorti à ses chaussures.

Cette jeune femme réveillait des souvenirs enfouis dans la mémoire de Severus Snape. Elle lui rappelait les seuls souvenirs heureux de son enfance et de son adolescence. Souvenirs dont il se servait pour conjurer son patronus.

Cette jeune femme lui rappelait Lili. Elle avait le visage de Lili, les mêmes yeux, les yeux de Lili, la bouche de Lili, le nez de Lili.

Severus Snape, croyait rêver, il avait devant lui la copie conforme de Lili Evans.

Il n'était pas le seul à être surpris. Tous ceux qui avaient connu Lili Evans Potter semblaient éblouis par la présence de la jeune femme.

Durant toute la cérémonie Severus Snape ne quitta pas du regard la jeune femme. Il semblait se nourrir de cette image. Comme s'il cherchait à puiser dans cette vision la vitalité et le courage nécessaires pour faire face à cette célébration, qui réveillait en lui la mémoire de moments douloureux.

La commémoration se termina sur un discours du ministre qui fit le panégyrique des combattants et finit sur une note d'espoir pour les sorciers. Il évoqua aussi le rapprochement avec les moldus. Il espérait dans un futur proche que les sorciers puissent envisager une coopération avec les moldus.

Arthur Weasley était un fervent admirateur de la technologie moldue et l'ouverture qui se profilait au travers de nouvelles relations pourrait s'avérer très prometteuse. A condition que les changements dans le monde sorcier se fassent avec un accompagnement éducatif et psychologique.

Dès la fin du discours, la foule commença à se disperser et de petits groupes d'amis ou de connaissances à se rassembler dans le parc.

Minerva entraîna son collègue des potions vers le groupe formé par Harry et ses compagnons.

-''Miss Granger, Messieurs Potter, Weasley''...dit Minerva.

-''Mme la Directrice, Professeur Snape, permettez moi de vous présenter ma tante Bridget Evans. Bridget est la soeur cadette de ma mère. Elle est née alors que maman avait onze ans et faisait sa première année à Poudlard. A la mort de mes grands-parents, elle n'avait que huit ans, maman avait

dix-neuf ans et venait juste de finir sa scolarité. Elle ne pouvait pas s'occuper d'elle compte tenu de son engagement dans la première guerre... Et Merlin soit loué, Pétunia n'a pas pu la prendre en charge non plus! Elle a été confiée à son parrain, un moldu qui prenait sa retraite avec son épouse dans le sud de la France. Bridget a grandi là-bas. A la mort de ses parents d'adoption, elle a entreprit des recherches pour retrouver sa famille. Et nous nous sommes rencontrés il y a de cela quelques mois.''

Minerva et Snape saluèrent la jeune femme et Minerva entama une discussion avec elle. Snape ne dit pas un mot, il se contentait d'écouter les deux femmes et de dévisager la plus jeune avec insistance. Bridget sentait sur elle le regard scrutateur du sorcier qui la fixait de ses yeux couleur onyx. Elle ressentait une gêne de plus en plus prononcée sous l'assaut des yeux sombres et se demandait pourquoi il la regardait ainsi. Pendant ce temps, Harry et ses amis s'étaient éloignés, les laissant seuls avec Minerva.

Au bout d'un moment Arthur Weasley s'approcha de la jeune femme et des deux enseignants. Il semblait bien la connaître et l'embrassa sur les deux joues. Il la présenta comme une personne diplômée en sociologie et psychologie d'une université moldue du sud de la France.

Dans le cadre du rapprochement qu'il avait évoqué plus tôt, elle serait chargée par le ministère d'une étude sur l'éducation dans le monde sorcier afin de permettre une meilleure adaptation des jeunes sorciers dans le monde moldu.

Snape se demandait ce que ce rapprochement pourrait bien augurer de bon.

Encore une idée tordue de cet amoureux des moldus, se dit-il.

Il se souvenait de cette naissance dans le foyer des Evans et de la joie de Lili d'avoir une nouvelle soeur. Lui, Severus, s'était réjoui du bonheur de son amie. Mais, il avait vite chassé de sa mémoire l'existence de cette enfant. Après tout ce n'était qu'une petite moldue de plus. Au décès des parents de Lili, il n'était déjà plus en rapport avec cette dernière qui était déjà fiancée à l'infâme maraudeur James Potter. Elle n'avait pas accepté qu'il s'engage auprès du seigneur des ténèbres, avait coupé toutes relations avec lui (dans des circonstances qui encore maintenant lui déchiraient le coeur) et lui avait préféré ce Potter.

Severus émergea de ses pensées amères.

Après avoir pris congé, ils se séparèrent et chacun retourna à ses activités.

La fin de l'année scolaire arriva très vite et Harry et ses condisciples passèrent leurs ASPIC avec succès.

L'été, les vacances, puis une nouvelle année scolaire débuta à Poudlard.

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